STEVE JOBS, CHOCOLAT : Portraits croisés

stevejobsafficheCela faisait un moment que je n’avais pas fait une critique croisée entre deux films. Mais ce mardi soir au cinéma, j’ai été frappé par les points communs, mais aussi les différences, entre les deux biopics que j’ai vu à la suite l’un de l’autre. Le premier, Steve Jobs, est américain, le second, Chocolat, est français. Deux destins extraordinaires, des grands acteurs, des mises en scène soignées, par de nombreux côtés les deux films se ressemblent. Beaucoup moins par d’autres.

Steve Jobs présente une efficacité toute hollywoodienne. Cependant, il y a aussi de l’audace dans ce scénario qui ne nous raconte pas la vie du fondateur d’Apple. Il nous raconte uniquement trois moments clés de sa vie, trois lancements de produit, trois de ces shows dont il avait le secret. Et à travers ces quelques heures, le film cherche à nous raconter l’ensemble de son parcours, à cerner un personnage qui se complexifie au fur et à mesure. Et il faut bien admettre qu’il y a arrive de manière assez brillante et étonnante. Mais en payant un certain prix…

chocolatafficheChocolat adopte lui un récit linéaire de la vie du premier artiste noir ayant connu la célébrité en France. Ce traitement hyper classique est sans surprise, mais permet du coup de connaître de manière exhaustive son parcours éclairant sur une page de notre histoire et de notre société. A côté de ça, le film a mis les moyens pour nous faire partager cette histoire. Les décors et les costumes sont très réussis et jamais on ne retrouve le côté cheap de certains films historiques français. On est là face à une vraie superproduction, au bon sens du terme. Mais est-ce totalement suffisant ?

En choisissant une structure audacieuse, Dany Boyle a confirmé qu’il est bien un des réalisateurs les plus imaginatifs et Aaron Sorkin, à qui on doit aussi le superbe The Social Network, un des scénaristes les plus talentueux. Leur portrait est sans concession et démonte largement le mythe. Steve Jobs n’a rien d’une hagiographie et ce n’est pas là sa moindre qualité. Mais voilà, à force de faire ressembler le film à un exercice de style brillant, il en perd un peu en authenticité. On ne sait plus très bien s’ils ont plié la réalité aux besoins de la forme ou ont mis leur audace au service de la vérité. Mais après tout, c’est un film, non un documentaire, mais cela reste un petit caillou dans la chaussure.

stevejobsChocolat avait tout pour faire un grand film chargé en émotion forte et sincère. Les sujets graves abordes sont nombreux et les personnages assez attachants pour que l’on soit touché par toutes les injustices qu’ils subissent. Mais voilà, Roschdy Zem n’arrive pas à insuffler à son film le souffle nécessaire pour que l’on soit vraiment enthousiaste. Un manque de rythme, une forme de flottement, qui rend le propos moins percutant, moins efficace. L’histoire en elle-même est intéressante, touchante, dramatique, mais le film oublie de la sublimer.

Par contre, Steve Jobs et Chocolat constituent l’occasion de saluer l’immense talent de deux grands acteurs. Michael Fassbender démontre une nouvelle fois l’étendue de sa classe, avec un jeu incroyablement sobre, mais qui lui permet néanmoins d’incarner totalement son personnage, jusqu’à lui ressembler sans chercher à l’imiter (même s’il y a un vrai travail sur ses postures). Omar Sy tient lui vraiment son film sur ses épaules par son énergie communicative. Mais ce sont dans les moments plus intimistes que l’on admire vraiment le magnifique comédien qu’il est.

chocolatAu final, entre le classicisme et l’audace, je choisis l’audace. Steve Jobs est un film incontestablement plus percutant et d’une efficacité redoutable. Je me suis surpris à verser ma petite larme à la fin, alors que je déteste ce personnage et que le dénouement n’est certainement pas le moment le plus intéressant. Cependant, voilà, on est vraiment pris dans le film, comme pris au piège. Chocolat laisse malheureusement plutôt sur une légère frustration. Encore une fois, il y avait matière à faire un grand film. Mais, je ne pense pas lui faire injure en constatant simplement que Roschdy Zem n’a pas tout à fait le génie de Dany Boyle.

LES NOTES :
STEVE JOBS : 14/20
CHOCOLAT : 12,5/20

STEVE JOBS
Fiche technique :
Production : The Mark Gordon Company, Universal Pictures, Legendary Pictures, Management 360,
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Aaron Sorkin
Montage : Jon Harris
Photo : Alwin H. Küchler
Décors : Gene Serdena
Musique : Daniel Pemberton
Directeur artistique : Guy Hendrix Dyas
Durée : 122 min

Casting :
Michael Fassbender : Steve Jobs
Kate Winslet : Joanna Hoffman
Seth Rogen : Steve Wozniak
Jeff Daniels : John Sculley
Michael Stuhlberg : Andy Hertzfeld
Katherine Waterston : Chrisann Brennan
Perla Haney-Jardine : Lisa Brennan

CHOCOLAT
Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Gaumont, Korokoro, M6 Films
Distribution : Gaumont
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Cyril Gely, Olivier Gorce, Roschdy Zem, d’après le livre de Gérard Noiriel
Montage : Monica Coleman
Photo : Thomas Letellier
Décors : Jérémy Duchier
Musique : Gabriel Yared
Costumes : Pascaline Chavanne
Durée : 110 min

Casting :
Omar Sy : Rafael Padilla dit Chocolat
James Thierrée : Footit
Clotilde Hesme : Marie
Olivier Gourmet : Oller
Frédéric Pierrot : Delvaux
Noémie Lvovsky : Mme Delvaux
Alice de Lencquesaing : Camille
Olivier Rabourdin : Germier
Alex Decas : le compagnon de cellule

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