MOI, DANIEL BLAKE : Palme d’honneur

moidanielblakeafficheUne Palme d’Or vaut bien une critique pour elle toute seule. Même si pour le coup, Moi, Daniel Blake ne donnera pas lieu de ma part à une critique dithyrambique. Je sais que c’est un de mes travers, mais il est difficile de ne pas juger ce film à l’aune de l’œuvre d’un réalisateur aussi prolifique et qui, surtout, traite le plus souvent du même sujet. Sans être un mauvais film, très loin de là, celui-ci n’atteint pas les même sommets que bien d’autres longs métrages de Ken Loach.

Deux choses m’ont quelque peu chagriné chez Moi, Daniel Blake. Si le film dénonce avec force un système bien réel et injuste, il le fait avec quand même un certain nombre de failles dans le scénario. J’ai notamment passé tout le film à me demander pourquoi il n’appelait pas son docteur. Cela ressemble un peu à de la poussière poussée sous le tapis et cela fragilise quand même beaucoup l’argumentation. Cela donne l’impression, pas totalement infondée, qu’il se base sur un cas improbable et poussé à l’extrême pour dénoncer quelque chose de globalement monstrueux. Or, on le sait, technocratique ou généreux, tout système génère des cas imprévus générateurs d’injustice. Paradoxalement, baser le film sur un cas moins extrême aurait être au final plus solide et convaincant.

moidanielblakeLe deuxième élément qui a douché mon enthousiasme reste ce dénouement bien trop prévisible. On le voit arriver de très loin et cela dénote une volonté de charger la mule du drame autant que possible, sans discernement, ni subtilité. Ken Loach arrive à créer assez d’empathie avec ses personnages pour que l’on soit tout de même profondément ému par tout ce déluge de malheur, mais le procédé est un peu trop facile pour être totalement honnête. C’est d’autant plus dommage que Moi, Daniel Blake recèle en son sein des passages d’une force prodigieuse justement parce qu’elles sont inattendues, notamment une scène dans la Banque Alimentaire qui justifierait presque à elle seule cette Palme d’Or.

Certains me trouveront peut-être sévère avec ce film qui peut difficilement laisser indifférent. Mais comme la Loi du Marché, il penche un peu trop vers le misérabilisme pour être totalement enthousiasmant, malgré des passages d’une grande force. Il m’a donné envie de revoir It’s a Free World ou Bread and Roses qui sont pour le coup deux chefs d’œuvres absolus. La carrière de Ken Loach vaut bien deux Palme d’Or, il n’y a rien à dire à ce propos. Mais Moi, Daniel Blake n’en méritait pas forcément une.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Sixteen Films, Why Not Productions, Wild Bunch
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Montage : Jonathan Morris
Photo : Robbie Ryan
Décors : Fergus Clegg, Linda Wilson
Distribution : Le Pacte
Musique : George Fenton
Durée : 100 min

Casting :
Dave Johns : Daniel Blake
Hayley Squires : Katie
Micky McGregor : Ivan
Dylan McKiernan : Dylan

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