GROSSE FATIGUE

primairesgaucheLe revenu universel aura donc été la grande idée de cette primaire. Une idée à étudier… mais à étudier vraiment.

Si je ne suis pas franchement convaincu, c’est que je ne crois vraiment pas qu’elle atteindra son but. L’argument notamment comme quoi elle permettra de rééquilibrer le rapport employé/employeur au moment de négocier un salaire me laisse circonspect. J’y vois même une grave erreur. En effet, ce rapport de force est avant tout déterminé par le taux de chômage et la difficulté à trouver un emploi satisfaisant. Dans un contexte de chômage de masse, le revenu universel risque fort d’être utilisé comme argument du type « on vous donne déjà X euros par mois, je n’ai pas besoin de vous payer plus ».

Et si jamais les salaires ne baissaient pas, l’effet sur l’immobilier sera catastrophique pour les classes populaires. En effet, on va solvabiliser de manière totalement artificielle les emprunteurs à hauteur de X euros par mois. Ceci va entraîner une hausse forte et rapide de prix de l’immobilier qui se répercuteront fatalement sur les loyers, encadrement ou pas. Après on peut toujours dire que le revenu universel permettra de faire face à ces hausses de loyer, mais si c’est pour que tous les effets inflationnistes qu’il va engendrer éteigne totalement le bénéfice, cela ne va rien changer.

Evidemment, on peut très certainement imaginer des moyens de contourner ces difficultés. En le limitant d’abord aux plus modestes et aux jeunes comme Benoît Hamon le préconise dans un premier temps. Dans ce cas là, ça s’appelle le RSA et la garantie jeune, que le gouvernement actuel a revalorisé pour le premier et créer pour la deuxième. Il n’y a donc pas de révolution, mais juste quelques mots pour vendre un peu de rêve avec des idées anciennes… et pas spécialement de gauche puisque le revenu universel a été défendu par de nombreux économistes ultra-libéraux.

Mais le pire du pire reste quand même l’idée de le financer entre autres une taxe sur les robots ? Sérieusement ? Que ça donne un début d’érection à tous ceux à gauche qui ont la bave aux lèvres dès qu’on parle des entreprises (travers fréquent chez beaucoup de militants et sympathisants socialistes, surtout quand ils n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise, ce qui n’est pas une tare en soi, mais devrait inciter à un peu de retenu) est effectivement très efficace pour gagner une primaire qui rassemble si peu de monde. Mais c’est un fait largement établi qu’il y a une corrélation positive entre le nombre de robots du tissu productif d’un pays et sa capacité à créer des emplois. Parce que la robotisation signifie compétitivité et tout simplement modernité… Bref, Hamon propose une taxe sur la modernité !!! Tellement révélateur !

Mais tellement révélateur aussi l’argument utilisé par ses adversaires (y compris ceux qui du jour au lendemain sont devenus ses meilleurs potes) qu’ils utilisent en boucle. Ce n’est pas finançable ! Cet argument est d’une faiblesse crasse. On ne parle pas d’une telle mesure en ne considérant que son coût brut, mais il faut évidemment analyser les choses globalement. C’est d’ailleurs le même reproche que l’on peut faire aux « frondeurs » quand ils parlent du CICE.

Manuel Valls a fait preuve d’une rare vacuité programmatique dans cette campagne. Se situer dans une continuité n’est pas incompatible avec la recherche de nouvelles idées. Surtout que si on ne le fait pas au moment d’une campagne électorale, on le fait quand ?

Benoît Hamon peut chaudement remercier ses adversaires pour leur beau moment de « tous contre lui » du troisième débat ! Ce genre de situation profite toujours à celui qui est cerné, François Hollande peut en témoigner aux primaires 2011. Il n’y a pas de mauvaise publicité en politique, même une modeste expérience de conseiller municipal d’opposition et un seul média-training permet d’en être convaincu. Alors quand j’entends que la stratégie de Valls sera de taper fort sur Hamon demain soir, je me dis qu’il aura bien mérité sa défaite.

Le militant socialiste que je suis est donc arrivé au bout d’une certaine forme de fatigue. Jamais je ne voterai blanc à une élection, même si, là, la tentation est grande. Je dois choisir entre deux personnages pour lesquels je n’ai aucune appétence. Deux personnes qui symbolisent tout ce qui me désole au sein de mon parti et plus largement de l’ensemble du monde politique. Je ferai donc un choix. Je n’ai guère de doute sur ce qu’il sera, mais je me réserve encore un peu de temps et le débat de demain pour l’affermir définitivement. Mais tout ceci me plonge dans un flou total pour la suite. La suite de la campagne, mais surtout pour la suite de mon engagement politique. Non, je n’ai pas l’intention de me mettre en marche. Je me pose simplement une infinité de questions. Le temps apportera peut-être les réponses. Mais j’ignore ce qu’elles seront.

Et pour ceux qui verraient dans ce texte une nouvelle couche du « tous pourris » ou du « tous nuls », je terminerai par cette pensée inspirée par mon expérience d’élu local, de militant de terrain et de lecteur des commentaires sur les réseaux sociaux : le « peuple » a la médiocrité politique qu’il mérite !

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