EDMOND : Adapater et c’est joué

edmondafficheAdapter représente un art presque aussi subtil que l’écriture d’une histoire originale. Un art bien trop déconsidéré, ce qui fait que l’on assiste régulièrement à de très mauvaises adaptions. Mauvaises adaptations de romans. Mais surtout mauvaises adaptations de pièce de théâtre. En effet, il est tentant de considérer que les deux arts sont tellement proches qu’il suffit de poser sa caméra devant une scène pour faire un film. Or, il n’en est rien. Les deux arts sont profondément différents et du théâtre filmé ne fera jamais un grand film. Edmond connaît un triomphe ininterrompu depuis trois ans au théâtre. Le voir débarquer sur grand écran ne constitue pas vraiment une surprise. Mais voir l’auteur même de la pièce diriger de l’autre côté de la caméra pouvait faire craindre un film ne sachant pas se détacher de l’œuvre théâtrale. Il n’en est heureusement rien.

Le théâtre et le cinéma se distinguent en partie par la gestion de l’énergie. On occupe pas une scène et un écran de la même façon. Le grand mérite d’Edmond version cinéma est d’avoir su modifier profondément l’énergie qui habite cette histoire. Le film est nettement plus posé, faisant de la comédie théâtrale frénétique un long métrage drôle, mais laissant plus de place à la mélancolie ou à la tristesse. Quand les personnages se montrent pathétiques, ce n’est ici pas que pour faire rire, mais aussi pour les rendre plus humains et plus réalistes. En réalisant cette mutation, Alexis Michalik a vraiment su transformer son histoire pour l’adapter à son nouvel écrin. Cependant, en faisant ça, il faut l’admettre, il l’a aussi banalisé, lui faisant perdre une partie de ce qui explique son formidable succès. Il nous livre au final une bonne comédie, pas une grande comédie.

edmondReste dans Edmond la présence permanente du texte de Cyrano de Bergerac. Alexis Michalik nous offre tout de même et avant tout un formidable cri d’amour pour ce qui reste pour moi le plus beau texte jamais écrit par une main humaine. La fusion entre les deux histoires fonctionne avec autant de bonheur au cinéma qu’au théâtre. Le film se nourrit de l’émotion incomparable véhiculée par le texte original et ce dernier lui donne quelque chose d’unique. Sa réussite doit beaucoup à Olivier Gourmet que l’on a du coup vraiment envie de voir revêtir le costume de Cyrano pour de vrai, tant son interprétation de l’ultime scène de la pièce d’Edmond Rostand est magnifique. Un passage qui nous rappelle que si on oubliera sûrement un jour ce film sympathique, on n’oubliera jamais le texte sublime qui lui a donné naissance.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Legende films, UMedia
Distribution : Gaumont
Réalisation : Alexis Michalik
Scénario : Alexis Michalik
Photo : Giovanni Fiore Coletallacci
Décors : Franck Schwartz
Musique : Romain Trouillet
Durée : 110 min

Casting :
Thomas Solivérès : Edmond Rostand
Olivier Gourmet : Constant Coquelin
Mathilde Seigner : Maria Legault
Tom Leeb : Léo
Lucie Boujenah : Jeanne d’Alcie
Alice de Lencquesaing : Rosemonde Gérard
Clémentine Célarié : Sarah Bernhardt
Igor Gotesman : Jean Coquelin
Dominique Pinon : Léon

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