TENET : Vertige temporel

tenetafficheOn pense parfois que certains concepts ont donné tout ce qu’ils avaient à donner à l’histoire de la fiction. On pense qu’ils ont été exploité tellement souvent que plus rien ne viendra les renouveler profondément. Il existe heureusement dans ce monde des esprits assez géniaux et assez fous pour imaginer ce que personne n’avait encore jamais osé imaginer. Le voyage dans le temps occupe les récits depuis longtemps. Vers le futur, vers le passé, conjecturant encore et encore sur les conséquences d’une telle possibilité. Le terme remonter le temps y était fréquemment employé mais toujours dans le sens : se transporter d’un saut en arrière dans le temps avant de reprendre son cours normal à partir de son point d’arrivée. Personne (ou presque…) n’avait pensé à prendre l’expression de manière littérale, c’est à dire dans le sens de vivre le cours du temps à l’envers… Personne avant un cinéaste de génie… Monsieur Christopher Nolan qui nous a offert Tenet.

Notre perception du temps si profondément ancré dans notre perception de la réalité même que l’on a du mal à accepter que le temps soit autre chose que ce que nous percevons. Tous ceux qui se sont intéressés de prêt ou de loin à la théorie de la relativité le savent bien. Tenet nous offre une expérience tellement contraire à notre manière habituelle de percevoir le temps qu’il est facile de se montrer totalement rétif à cette histoire. Mais si vous acceptez ce point de départ, cette idée simple, celle que peuvent cohabiter des êtres et des objets ne vivant pas le temps dans le même sens, mais aux conséquences vertigineuses et parfois impossibles à appréhender, alors vous vivrez une expérience en tout point extraordinaire. En se laissant simplement porter par l’histoire, en ne cherchant pas à comprendre chaque détail de chaque seconde du film (il faudrait le revoir dix fois pour ça), alors le voyage s’avère merveilleux.

Surtout que Christopher Nolan fait une nouvelle fois preuve d’une incroyable faculté à rendre accessible l’immense complexité dans lequel il cherche à plonger le spectateur. Ici la tâche était trop ardue pour qu’il y parvienne totalement. Mais il conserve l’aspect très pédagogique de ses récits, où il propose plusieurs scènes ne servant qu’à expliquer les concepts qu’il utilise. On peut trouver ça barbant, tant cela ressemble parfois à des cours très théoriques, mais si vous aimez les conférences qui vous emmènent vers des mondes inconnus, vous serez enchantés de recevoir la leçon. Tenet ne se résume heureusement pas à un cours sur la relativité, mais constitue avant tout un film d’aventures haletants, doublés d’un polar où la structure même de l’univers peut-être vue comme l’arme du crime.

tenetTenet bénéficie pleinement de la maestria de Christopher Nolan. Les scènes d’actions sont à couper le souffle, même si, pour la dernière, il se laisse peut-être aller à un peu de cabotinage. Les scènes d’intrigues sont toujours aussi prenantes alors qu’elles pourraient passer juste pour du bavardage. Il maintient constamment le récit, et ainsi le spectateur, sous tension et lui offre régulièrement de quoi en prendre plein les mirettes. On fait face à un cinéaste au sommet de son art, à qui on ne pourra en tout cas jamais reprocher l’absence de prises de risque ou une paresse qui le conduirait à arrêter d’explorer de nouveaux territoires et à repousser les limites du possible en termes de narration.

Tenet est tellement marqué par son réalisateur que l’on aurait tendance à oublier de parler des comédiens ou de tous ceux qui ont travaillé sur ce film. S’il y a un élément qui place ce film un cran plus bas qu’Inception, c’est sans doute son casting. Il est juste très bon, sans être exceptionnellement brillant. On retiendra simplement que Robert Pattinson est définitivement un acteur excellent sur tous les terrains. On saluera aussi la musique de Ludwig Göransson qui est en parfaite harmonie avec le reste du film. Et quand on connaît sa complexité, on devine que la tâche n’avait rien d’évident.

Nous ne savons pas encore où nous emmènera Christopher Nolan la prochaine fois. Mais on a hâte de la suivre, même si c’est pour s’y perdre.

LA NOTE : 16,5/20

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Syncopy
Distribution : Warner Bros
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Montage : Jennifer Lame
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Nathan Crowley
Musique : Ludwig Göransson
Durée : 150 min

Casting :
John David Washington : Le protagoniste
Robert Pattinson : Neil
Elizabeth Debicki : Kat
Kenneth Branagh : Andrei Sator
Dimple Kapadia : Priya
Michael Caine : Sir Crosby
Clémense Poésy : Barbara
Aaron Taylor-Johnson : Ives
Himesh Patel : Victor

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