
Il est donc largement question d’agriculture dans Sérotonine. Michel Houellebecq y démontre une compréhension du sujet infiniment supérieure à la moyenne, mais n’échappe néanmoins pas à de nombreux clichés démontrant aussi son lien distendu avec le milieu agricole. Mais après tout, il s’agit d’un roman, pas d’un essai, donc ce n’est pas non plus vraiment un problème, même si, personnellement, ça m’a forcément fait tiquer à de nombreuses reprises. On peut aussi reprocher à l’auteur un petit goût pour le sordide parfois inutile. Le passage sur le voisin pédophile n’apporte rien à l’histoire, ni au propos et on n’aurait pu franchement s’en passer.
Sérotonine représente une nouvelle fois une œuvre traitant avec un talent immense de la souffrance affective (et souvent sexuelle) masculine dans une société valorisant à ce point le mâle dominant… titre qui, par définition, ne peut être attribué qu’à une minorité d’individus. Depuis les Particules Elémentaires beaucoup de choses se sont passées, des tonnes d’encore ont coulé pour parler de masculinité, mais cela ne change pas le fond des choses. La majorité des individus sont vite confrontés à la médiocrité de leur existence, de leurs rapports avec les autres, en particulier avec le sexe opposé. Leur vie affective et sexuelle leur offre infiniment plus de frustration que de satisfaction. Tout cela est porté par la plume magnifique de Michel Houellebecq. Ce roman peut donc facilement relancer le débat : un sale type peut-il être un grand auteur ? Je n’y rentrerai pas et retiendrai surtout de ce livre, un peu égoïstement, qu’un Agro peut être un grand auteur…