DRIVE MY CAR : Eloge de la patience

Un film japonais de trois heures est quelque chose qui peut faire peur. Surtout quand on sait que Ryūsuke Hamaguchi est un réalisateur qui n’a pas occidentalisé son style, mais se place bien dans une grande tradition de films nippons au rythme de narration diffèrant des normes auxquels nous sommes habitués de ce côté du monde. La peur ne s’évanouit pas forcément quand la première heure du film nous expose des événements dont on a du mal à saisir le sens profond et la manière dont elles vont pouvoir s’assembler pour livrer un propos cohérent et surtout intéressant. Mais parfois, la patience est récompensée et le spectateur qui aura osé pourra alors découvrir Drive My Car, un très beau film, récompensé par le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes.

Ryūsuke Hamaguchi construit son film comme un puzzle où se mêle le présent et le passé. Le tableau complet se dessine assez lentement, mais une fois que tout prend son sens, on se sent porté par une très belle émotion. Drive My Car nous parle beaucoup de l’absence et du deuil avec une infinie subtilité. Le film n’est jamais larmoyant, même s’il nous plonge au cœur du drame vécu par les personnages. Le propos ressemble plus à une réflexion qu’à une tentative de partager pleinement la peine avec les spectateurs. Il s’adresse largement autant qu’au cerveau qu’au cœur, mais ne néglige complètement ni l’un, ni l’autre. Cet équilibre contribue à la singularité de ce film et à la sensation d’assister à une œuvre sortant vraiment de l’ordinaire.

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Drive My Car est un film largement contemplatif, ne le cachons pas. Cependant, toutes les images ont un sens, immédiat ou a posteriori, et viennent enrichir le propos. Le rythme n’est pas très intense, mais on touche là à toute la beauté d’un cinéma japonais dont la dimension poétique est à nulle autre égal. Le film permet aussi de profiter pleinement du talent de Hidetoshi Nishijima dont le jeu d’une grande justesse et d’une réelle subtilité est le fil avec lequel tout l’ensemble de l’histoire est brodée. Mais le petit supplément d’humanité qui donne toute sa dimension au film vient de Tōko Miura qui apparaît dans un premier temps quelque peu inexpressive avant de transmettre beaucoup d’émotion. En tout cas, la profondeur et la beauté de ce film place Ryūsuke Hamaguchi comme un des réalisateurs majeurs du cinéma nippon.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Ryūsuke Hamaguchi
Scénario : Ryūsuke Hamaguchi et Takamasa Ōe, d’après la nouvelle homonyme de Haruki Murakami
Musique : Eiko Ishibashi
Photographie : Hidetoshi Shinomiya
Durée : 179 minutes

Casting :
Hidetoshi Nishijima : Yūsuke Kafuku
Tōko Miura : Misaki Watari
Masaki Okada : Kōji Takatsukiu
Reika Kirishima : la femme de Kafuku
Satoko Abe : Yuhara

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