OUISTREHAM : A bon port

Le travers du misérabilisme qui frappe beaucoup de films français est un thème récurrent dans mes critiques. Que voulez-vous, à mon âge, on commence à radoter. Mais comment ne pas l’aborder quand il constitue le thème central de Ouistreham ? Un film sur les conditions de travail des femmes de ménage qui travaille sur les ferries. Mais aussi sur la démarche entreprise par Florence Aubenas, qui a partagé leur vie, sans révéler sa vraie identité, pour pouvoir écrire un livre sur le sujet. Un procédé qui pose de vraies questions morales que ce long métrage aborde avec beaucoup de pertinence.

Ouistreham a deux principaux mérites. Déjà celui de conduire le spectateur à mener sa propre réflexion, sans lui livrer une réponse définitive ou manichéenne. Chacun pourra se faire sa propre opinion sur les événements relatés, mais en fait sur le film lui-même. On juge la démarche et la démarche de relater la démarche. Ensuite, le scénario amène au propos principal en suivant un chemin qui nous pousse vraiment à nous poser progressivement des questions. Le spectateur est bousculé par les interrogations qui viennent à lui, mais reste happé par l’histoire grâce à des personnages terriblement attachants. Le propos peut donc être lu (enfin plutôt vu dans ce cas) à plusieurs niveaux, mais chaque dimension présente bien un réel intérêt.

Copyright Christine Tamalet

Le casting aussi de Ouistreham reproduit les injustice sociales. La magnifique performance de Juliette Binoche a été beaucoup soulignée en parlant de ce film. Cela n’a rien d’immérité car cela faisait longtemps qu’on ne l’avait pas connue dans un tel rôle. Mais cela éclipse malheureusement la vraie star de ce film, interprétée par une parfaite inconnue, Hélène Lambert, agente d’entretien dans la « vraie vie » et qui apporte vraiment à ce film un supplément d’humanité, sans lequel il aurait pu vite devenir insupportable. En tout cas, on ne peu que féliciter Emmanuel Carrère pour la manière dont elle a traité un sujet qui aurait pu facilement donner un film insupportable. Elle parvient au final à nous livre un moment de profonde réflexion, dont on ne ressort pas totalement indemne.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Emmanuel Carrère
Scénario : Emmanuel Carrère et Hélène Devynck, d’après le récit Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas
Musique : Mathieu Lamboley
Photographie : Patrick Blossier
Montage : Albertine Lastera
Son : Jean-Pierre Duret
Décors : Julia Lemaire
Costumes : Isabelle Pannetier
Production : Olivier Delbosc, David Gauquié et Julien Deris
Durée : 107 minutes

Casting :
Juliette Binoche : Marianne Winckler
Hélène Lambert : Christèle
Léa Carne : Marilou
Émily Madeleine : Justine
Patricia Prieur : Michèle
Évelyne Porée : Nadège
Didier Pupin : Cédric
Louis-Do de Lencquesaing : Louis-Do, un ami de Marianne
Charline Bourgeois-Tacquet : Charline, l’amie de Louis-Do
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