SENTINELLE SUD : L’impossible retour

Dans notre pays, nous vivons la guerre comme quelque chose de lointain, pouvant difficilement nous atteindre. Certes, les événements en Ukraine ont rapproché cette réalité de nous, mais sans pour autant nous la faire vivre concrètement. Nous oublions ainsi facilement certains de nos compatriotes, engagés dans des conflits lointains, la vivent concrètement. Et rentrent au pays avec leurs blessures, qui ne sont pas toujours que physiques. Sentinelle Sud nous raconte le retour plus que difficile de soldats ayant combattu en Afghanistan. Un sujet quasiment absent du cinéma hexagonal.

Evidemment, cela tient aussi à la différence de niveau d’engagement et du nombre de soldats (et de victimes) concernés, mais la différence est frappante avec le cinéma américain qui traite très fréquemment de la réinsertion particulièrement compliquée des vétérans. Mais Sentinelle Sud n’a vraiment rien d’un film hollywoodien. Le traitement des personnages, la dimension psychologique et sociale, la noirceur du propos dans ses aspects les plus intimistes, en font un film purement hexagonal. Et dans le bon sens du terme. Le film est chargé d’une forte charge émotionnelle car il se focalise avant tout sur l’humain, même s’il se repose sur une intrigue par ailleurs solide et non dénuée de rebondissements.

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Sentinelle Sud offre à plusieurs de ses interprètes des rôles qui repoussent les limites dans laquelle le reste de leurs carrières les cantonnait. C’est un peu moins vrai pour Niels Schneider, ancien César du Meilleur Espoir Masculin, mais Sofian Khammes et India Hair sortent clairement de leur zone de confort et prouvent qu’ils méritent un peu plus de considération. Espérons que quelques réalisateurs oseront les employer à nouveau à l’avenir dans un tel registre dramatique. Matthieu Gerault signe là un premier film particulièrement maîtrisé et relativement audacieux. Explorer ainsi un thème aussi négligé par le cinéma français représente une initiative à saluer. Surtout que la réalisation est à la hauteur du sujet.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Mathieu Gerault
Scénario : Mathieu Gerault, Nicolas Silhol, Noé Debré
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Photographie : Laurent Brunet
Montage : Guerric Catala
Décors : Sébastien Danos
Costumes : Judith de Luze
Son : François Boudet, Sandy Notarianni, Samuel Aïchoun
Production : David Coujard
Durée : 96 minutes

Casting :
Niels Schneider : Christian Lafayette
Sofian Khammes : Mounir
India Hair : Lucie
Denis Lavant : Commandant De Royer
Thomas Daloz : Henri
David Ayala : Jean-Claude Abraham
Marc Prin : Général Saint-Agnan

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