THUNDER ROAD : Rendez-vous manqué

thunderroadafficheLes personnages décalés, victimes de folie plus ou moins douce, peuvent être au centre de films aussi attachants que leur principal protagoniste. Mais ceci constitue aussi leur plus grande fragilité. En effet, si la connexion entre le spectateur et le personnage central ne se fait pas, alors c’est tout le film qui devient décevant. Difficile d’aimer une histoire quand on ne ressent pas de réel affection pour celui ou celle auquel elle est bâtie. C’est malheureusement ce qui m’est arrivé avec Thunder Road. Un film aux réelles qualités mais que je n’ai sans doute pas su apprécier à sa juste valeur.

Un film s’assimile à une rencontre. La première impression est donc importante et il faut parvenir à briser la glace. Parfois un plan suffit. Parfois, le lien ne se fait pas. La première scène, particulièrement longue, de Thunder Road donne le ton du reste du film. Certains dans la salle sont visiblement tombés sous le charme. Moi pas du tout. Je suis resté de marbre pour ne jamais vraiment sortir de cet état. J’ai bien souris parfois, été amusé par certaines situations mais trop rarement et jamais avec un réel enthousiasme. Seul le dénouement m’aura sorti de ma torpeur, me laissant par la même occasion avec beaucoup de regrets.

thunderroadJim Cummings a évidemment mis beaucoup de lui dans ce film. Acteur principal, réalisateur, scénariste et même compositeur il n’a pas fait les choses à moitié pour son premier film. Mais peut-être nous livre-t-il une œuvre trop personnelle et oublie de penser au spectateur. Mais le tout manque de rythme, de punch et l’ennui guette. Pourtant, son jeu force l’admiration, sa réalisation ne manque pas d’élégance et le scénario est plutôt bien écrit. Mais quelque chose ne fonctionne pas. A moins que ça soit ma propre perception qui ait connu des ratés. Mais au cinéma, le spectateur que j’étais n’y a pas trouvé son compte.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Réalisation : Jim Cummings
Scénario : Jim Cummings
Photographie : Lowell A. Meyer
Son : Danny Madden et Jackie Zhou
Montage : Brian Vannuci et Jim Cummings
Musique : Jim Cummings
Durée : 92 minutes

Casting :
Jim Cummings : Jim Arnaud
Kendal Farr : Crystal Arnaud
Nican Robinson : Officier Nate Lewis
Jocelyn DeBoer : Rosalind Arnaud
Chelsea Edmundson : Morgan Arnaud
Macon Blair : Dustin Zahn
Ammie Leonards : Celia Lewis
Bill Wise : Le capitaine

LEAVE NO TRACE : Marginalité héritée

leavenotraceafficheLa marginalité est un sujet singulier au cinéma. En effet, elle est souvent valorisée pour donner des personnages originaux et sympathiques. L’image du rebelle hors système donne facilement de bon héros attachant et positif. Heureusement, certains scénarios parviennent à sortir des raccourcis trop faciles et, sans pour autant devenir des éloges de la norme et du conformisme, nous montre les choses sous un jour un peu plus réaliste. C’est le cas de Leave No Trace. Un film qui pose une question qui n’a rien d’anodine. Quelle part de « folie » (au sens très large) avons-nous le droit d’imposer à nos enfants ?

Leave No Trace est un film au propos clair (ce qui ne veut absolument pas dire prévisible), qui va à l’essentiel, qui ne prend son temps que pour nous permettre de mieux connaître les personnages. Un film sans chichi, sans superflu et qui est assez intéressant pour maintenir toute l’intention du spectateur du début à la fin. Le dénouement est très réussi, apportant une vraie conclusion convaincante. Le mérite de cette réflexion est que le spectateur peut se sentir en droit de ne pas la partager, même si personnellement je trouve la réflexion très pertinente et mesurée. Tout cela ne donne pas le film le plus marquant qui soit, mais au moins peut-on considérer que Debra Granik avait réellement quelque chose à raconter, ce qui n’est pas le cas de tous les cinéastes.

leavenotraceSa réalisation est sobre, mais elle possède un joli sens de la narration. On entre dans l’histoire progressivement en en comprenant peu à peu les tenants et les aboutissants, avant de proposer plusieurs péripéties ensuite. Le scénario de Leave No Trace est parfaitement construit. Elle sait aussi mettre parfaitement en lumière le jeu de ses acteurs sur lesquels le film repose largement. Ben Foster est peut-être un rien statique, mais c’est au final assez raccord avec son personnage. La vraie révélation de ce film reste Thomasin McKenzie, que l’on avait visiblement entraperçu dans le dernier volet de The Hobbit. Espérons que cela donne l’idée à d’autres réalisateurs de lui offrir d’autres jolis rôles pour d’autres jolis films.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : First Look Media, Harrison Productions, Still Rolling Productions
Réalisation : Debra Granik
Scénario : Debra Granik, Peter Rock, Anne Rosellini
Montage : Jane Rizzo
Photo : Michael McDonough
Distribution : Condor Distribution
Musique : Dickon Hinchliffe
Durée : 108 min

Casting :
Ben Foster : Will
Thomasin McKenzie : Tom
Dale Dickey : Dale
Dana Millican : Jean Bauer

MADEMOISELLE DE JONCQUIERES : Légèreté classique

mademoiselledejoncquieresafficheL’amour, fournisseur officiel d’histoire depuis l’aube de l’humanité. J’aime bien cette formule. Je l’ai trouvée en écrivant ma critique précédente et les bonnes idées méritent d’être exploité autant que possible. Surtout que cela colle parfaitement pour introduire la critique de Mademoiselle de Joncquières. Un film qui montre le caractère intemporel où un film du XXIème siècle donne vie à un récit du XVIIIème et nous permet de découvrir que la formule « tu me suis, je te fuis, tu me fuis, je te suis » (elle n’est pas de moi celle-là) ne date pas d’aujourd’hui. Elle nous offre surtout un film particulièrement plaisant.

Mademoiselle de Joncquières est un film au final plutôt léger. Cela fait sa force, mais on peut aussi regretter que le film ne soit pas parcouru d’un souffle plus dramatique qui aurait pu lui donner une toute autre dimension. L’amour dévorant est joué avec des codes du théâtre classique, mais n’est pas forcément vécu avec toutes sa puissance par les personnages. Tant pis et il serait dommage de appesantir outre mesure sur ce léger regret. Car le résultat reste particulièrement agréable à suivre, particulièrement distrayant et parfois réellement savoureux. Après tout, l’amour est trop sérieux pour qu’on le prenne trop au sérieux. Et puis un peu de légèreté fait toujours du bien.

mademoiselledejoncquieresMademoiselle de Joncquières offre à Edouard Baer et Cécile de France l’occasion de vraiment s’amuser à donner vie à un texte aux allures classiques de manière fraîche et vivante. Ce film prouve surtout qu’Edouard Baer peut être à l’aise partout (on le savait déjà pour Cécile de France) et méritait certainement de s’aventurer dans des rôles qui le font sortir de sa zone de confort. La réalisation d’Emmanuel Mouret est elle aussi très classique, mais il parvient à faire oublier le manque évident de moyen en mettant parfaitement en valeur les costumes et les décors. Au final, il livre un joli divertissement qui donne de plus envie de se replonger dans l’œuvre de Denis Diderot.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Arte France cinéma, Reborn Productions, Moby Dick Films
Distribution : Pyramide distribution
Réalisation : Emmanuel Mouret
Scénario : Emmanuel Mouret, adapté de Denis Diderot
Montage : Martial Salomon
Photo : Laurent Desmet
Décors : David Faivre
Durée : 109 min

Casting :
Cécile de France : Madame de La Pommeraye
Edouard Baer : Marquis des Arcis
Alice Isaaz : Mademoiselle de Joncquières
Natalia Dontcheva : Madame de Joncquières
Laure Calamy : L’amie de Mme de La Pommeraye

LES FRERES SISTERS : De l’or en pellicule

lesfreressistersafficheA quoi reconnaît-on un grand cinéaste ? La réponse est relativement simple. Ce sont ceux qui réalisent des grands films. Et les très grands cinéastes ? Ce sont ceux qui réalisent de grands films toujours différents, quel que soit le budget, le sujet, le contexte. Jacques Audiard est définitivement un très grand cinéaste. Les Frères Sisters le prouve définitivement. Il aura parfaitement réussi son franchissement de l’Atlantique ne perdant rien de son âme, tout en tirant le meilleur du cinéma américain. Ce film constitue l’événement cinématographique de la rentrée et lance merveilleusement bien cette nouvelle saison de 7ème art.

On n’attendait sûrement pas Jacques Audiard se lancer à l’assaut d’un genre cinématographique qui n’a rien d’hexagonal, à savoir le western. Ce n’est pourtant pas si étonnant que ça, si on considère que Dheepan n’était pas si loin d’en être déjà un. En tout cas, il semble parfaitement à l’aise dans ces grandes plaines de l’Ouest, en pleine ruée vers l’or. A l’aise sûrement parce qu’il fait ce qu’il sait faire de mieux, à savoir dresser des portraits extrêmement vivants de grands personnages. Il mêle dans un subtil mélange introspection, humour et action, réjouissant le spectateur à chaque scène. Il n’y a vraiment rien à jeter dans les Frères Sisters et on dévore cette histoire comme les pages d’un roman extraordinaire.

lesfreressistersChaque plan de les Frères Sisters est finement ciselé par l’œil hors du commun de Jacques Audiard. Rien de franchement spectaculaire, mais une maîtrise totale et impressionnante. Il ne fait pas que mettre en scène son scénario, il le sublime par l’image. Tout comme il sublime la performance d’un casting hors du commun. Pour son premier film aux Etats-Unis lui permet de bénéficier d’une distribution qui ferait pâlir de jalousie l’immense majorité des réalisateurs de part le monde. Il serait injuste de départager le trio Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhall. Trois immenses stars qui rappellent ici pourquoi elles bénéficient de ce statut. N’oublions pas non plus Riz Ahmed, un éternel second rôle qui tient là un des plus marquants de sa carrière. Marquant par le rôle même et surtout la grandeur du film dans lequel il prend vie.

LA NOTE : 15,5/20

Fiche technique :
Production : Why not productions, Page 114, Anapurna Pictures, Atresmedia Cine
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain, adapté du roman de Patrick DeWitt
Montage : Juliette Welfling
Photo : Benoît Debie
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 117 min

Casting :
John C. Reilly : Eli Sisters
Joaquin Phoenix : Charlie Sisters
Jake Gyllenhaal : Morris
Riz Ahmed : Hermann Kermit Warm
Rutger Hauer : Commodore
Carol Kane : Mme Sisters
Rebecca Root : Mayfield

SHEHERAZADE : Amateurs à mater

sheherazadeafficheFaire jouer des acteurs non professionnels s’apparente parfois à une certaine forme de démagogie. Mais parfois cela donne un résultat étonnant de fraîcheur, de spontanéité et de crédibilité. C’est bien le cas de Shéhérazade qui met en scène des jeunes dont les parcours sont proches de ceux qu’ils interprètent. Une plongée assez vertigineuse dans les « quartiers » de Marseille et son lot de violence. Mais surtout un formidable films de personnages d’une grande humanité, jamais manichéen et parfaitement mis en scène. Bref, un joli moment de cinéma.

Si vous cherchez dans Shéhérazade un film de gangsters spectaculaire, vous pouvez vous abstenir car ce film ne ressemble en rien à cela. Il est porté par une histoire forte, portée elle même par une galerie de protagonistes remarquable. Ces derniers prennent vie dans toute leur complexité, ce qui nous permet de nous attacher à eux, malgré toutes leurs vicissitudes. Aussi parce qu’il s’agit là d’une belle histoire d’amour, ce sentiment universel, fournisseur officiel d’histoires depuis l’aube de l’humanité. Visiblement, le filon est toujours loin d’être épuisé et on ne va pas s’en plaindre.

sheherazadeLe casting composé d’amateurs est réellement épatant. Leur investissement et l’énergie dont ils font preuve forcent le respect. Dylan Robert et Kenza Fortas forment à l’écran un duo qui vaut bien mieux que bien des couples de comédiens ayant pignon sur rue (et le cachet qui va avec). Mais de multiples seconds rôles sont du même acabit et font de Shéhérazade un film aux qualités artistiques remarquables. Car cette formidable interprétation est parfaitement mise en valeur par la réalisation nerveuse mais particulièrement adaptée à son sujet de Jean-Bernard Marlin. Il existe une réelle synergie entre tous ces éléments pour donner un résultat particulièrement brillant.

LA NOTE : 14/20

Production : Geko Films
Réalisation : Jean-Bernard Marlin
Scénario : Jean-Bernard Marlin, Catherine Paillé
Montage : Nicolas Demaison
Photo : Jonathan Ricquebourg
Distribution : Ad vitam
Musique : Jacob Stambach
Durée : 112 min

Casting :
Dylan Robert : Zachary
Kenza Fortas : Shéhérazade
Idir Azougli : Ryad
Lisa Amedjout : Sabrina
Kader Benchoudar : Mehdi

SOFIA : Ni noir, ni blanc

sofiaafficheAprès le prostitué accro au crack, la jeune Marocaine en plein déni de grossesse. Tout cela, dans la même soirée cinématographique. On imaginera facilement que j’en ai connues des plus légères et des plus enjouées. Mais j’en aurais aussi connues surtout des plus décevantes en termes de qualité. En effet, si Sauvage restait imparfait, Sofia est un film qui sort du lot pour plusieurs raisons. Certes, pas par son humour, mais il existe bien d’autres raisons pour apprécier un long métrage. En tout cas, il constitue une nouvelle preuve de la vitalité d’un cinéma nord africain qui retranscrit l’aspiration d’une jeunesse à la liberté et la disparition des carcans. Notamment ceux qui pèsent sur les rapports homme-femme.

Sofia bénéficie en premier lieu d’un scénario réellement brillant. On pourrait penser assister à une histoire relativement balisée. Il n’en est rien. Elle réserve au contraire de vraies surprises qui prend le spectateur au dépourvu et le force à quitter un point de vue trop consensuel. Le film échappe à tout manichéisme et s’il porte une dénonciation et une colère, il montre aussi à quel point les acteurs de l’oppressions ne sont pas toujours (que) ceux que l’on attend. Meryem Benm’Barek traite à travers son film bien des problématiques et des fractures qui parcourent la société marocaine, pas seulement celles liées au poids des traditions et de la religion. Elle livre également une réflexion humaniste à la portée largement universelle.

sofiaLa réalisation de Meryem Benm’Barek reste relativement sobre, sans effet de style spectaculaire. Mais elle sait mettre parfaitement en lumière les personnages et leurs émotions, qui constituent le ciment de cette histoire. Maha Alemi restera la jolie révélation de Sofia, donnant vie à son personnage avec un naturel déconcertant. Lubna Azabal attrape la lumière à l’écran de manière beaucoup plus forte que sa partenaire, mais tout cela colle parfaitement avec la personnalité des deux protagonistes qu’elles incarnent. Elles donnent le ton d’un casting qui est tout entier sur ce registre. Ils contribue tous à faire de ce film infiniment plus riche que les moyens (et l’exposition médiatique) dont il a visiblement bénéficier.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Meryem Benm’Barek
Photographie : Son Doan
Montage : Céline Perréard
Durée : 80 minutes

Casting :
Maha Alemi : Sofia
Lubna Azabal : Leila
Faouzi Bensaïdi : Faouzi
Nadia Benzakour : Fatiha
Nadia Niazi : Zineb
Sarah Perles : Lena
Ghita Fokri : Sanaa

SAUVAGE : Déséquilibre

sauvageafficheSauvage est un film qui traite à la fois de la prostitution masculine et de l’addiction au crack. Autant vous dire qu’il ne s’agit pas d’une petite comédie légère et romantique, mais vous vous en seriez douté. Ce film est même à déconseiller aux âmes sensibles car il propose des moments d’une grande dureté, face auxquels il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Camille Vidal-Naquet signe là un premier film audacieux, mais globalement maladroit. Si l’avenir sourit à ceux qui osent, alors il nous livrera bientôt une œuvre remarquable. En attendant, il faut faire avec celle-là.

Sauvage est un film quelque peu déséquilibré. Montrer les choses telles qu’elles sont constitue toujours une intention louable. Mais faut-il encore que le caractère cru des images servent réellement un propos. Ici, Camille Vidal-Naquet se noie quelque peu dans ses propres intentions en donnant une impression de vouloir aller toujours plus loin, toujours plus fort. Certes, cela accompagne un processus de déchéance et de descente aux enfers, mais cela manque passablement de subtilité. Surtout que cela conduit à un dénouement assez convenu, loin de la force dont le réalisateur voulait doter son film. Ceci dit l’exercice n’avait rien d’évident et nombreux sont ceux qui se seraient carrément noyés.

sauvageEn effet, tout n’est pas à jeter dans Sauvage. La réalité sociale décrite méritait bien d’être portée à l’écran. Le film brille surtout par sa galerie de personnages. Camille Vidal-Naquet parvient à leur donner une formidable consistance et échappe aux clichés dans lesquels ils auraient pu très aisément tomber. C’est vraiment dans la mise en images que le réalisateur s’est quelque peu pris les pieds dans le tapis. On saluera la performance remarquable, dans un rôle loin d’être facile, de Félix Maritaud. Il est particulièrement convaincant et parvient à donner une grande humanité à un personnage dont la dignité est constamment bafoué. Rien que son interprétation vaut bien de jeter un œil sur ce film.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Camille Vidal-Naquet
Décors : Charlotte Casamitjana
Costumes : Julie Ancel
Photographie : Jacques Girault
Son : Julien Roig, Jérémie Vernerey et Benjamin Viau
Montage : Elif Uluengin
Musique : Romain Trouillet
Production : Emmanuel Giraud et Marie Sonne-Jensen
Durée : 99 minutes

Casting :
Félix Maritaud : Léo
Éric Bernard : Ahd
Nicolas Dibla : Mihal
Philippe Ohrel : Claude
Marie Seux : la femme médecin
Lucas Bléger : l’homme handicapé
Lou Ravelli : membre de la bande
Nicolas Chalumeau : client plug #1
Nicolas Fernandez : client plug #2

BURNING : Triangle de Seoul

burningafficheL’amour à deux constitue déjà une source inépuisable d’inspiration pour tous les scénaristes. Il existe déjà dans cette configuration des dizaines situations possibles et imaginables . Alors à trois, cela décuple les possibilités. Loin de la comédie romantique, Burning est un film sombre et mystérieux. Un film à la sauce coréenne en fait, même s’il ne représente pas l’archétype des productions de ce pays. Un ménage à trois autour duquel viennent se mêler de nombreuses thématiques qui en font un film relativement inclassable.

Burning reste cependant un film relativement inégal. Le spectateur plonge immédiatement au cœur de l’histoire et reste longtemps captivé par le spectacle proposé. Puis un événement vient tout bouleverser qui ouvre sur une deuxième moitié de film nettement moins maîtrisée. Le scénario flotte quelque peu et on décroche légèrement. Cependant, l’ensemble se tient et offre une histoire surprenante et fascinante par bien des aspects. Elle propose en outre bien des thématiques en second plan, notamment les fractures au sein de la société coréenne, qui viennent enrichir le propos. Le film est donc au final loin du énième polar coréen que l’on aurait pu imaginer.

burningLes amateurs de The Walking Dead auront la surprise de voir à l’écran Steven Yeun. Il livre là une prestation remarquable qui donne envie de le revoir au plus vite sur grand écran. Mais les deux autres comédiens sont tout aussi talentueux. Cela a d’autant plus d’importance que la réalisation de met particulièrement en valeur les sentiments des personnages à travers des petits riens dans les attitudes et les expressions. Le spectateur partage du coup une profonde intimité et ressent une grande proximité avec eux. Un beau film qui s’apparente à une jolie rencontre. Une triple rencontre même.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Pinehouse Film, Now Film, NHK
Réalisation : Lee Chang-dong
Scénario : Lee Chang-dong, Oh Jung-mi, d’après la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami
Montage : Kim Hyeon, Kim Da-won
Photo : Hong Kyeong-pyo
Distribution : Diaphana
Musique : Mowg
Directeur artistique : Shin Joom-hee
Durée : 148 min

Casting :
Yoo Ah-in : Jongsu
Steven Yeun : Ben
Jeon Jong-seo : Haemi

SILENT VOICE : Le geste et la parole

silentvoiceafficheLes enfants sont des êtres mignons, adorables, ne pouvant pas faire de mal à une mouche, c’est bien connu. Tout ceci ne constitue évidemment qu’un sombre cliché sans fondement puisque ces créatures peuvent être aussi cruelles et démoniaques que n’importe quel adulte. Et après avoir vu Silent Voice, on se dit heureusement, sinon personne n’aurait eu la chance de profiter de ce beau film particulièrement touchant. De toute façon, si le monde était idéal et sentait la guimauve à tous les coins de rue, le 7ème art compterait nettement moins de chefs d’œuvre.

Silent Voice est film au propos surprenant. Une histoire réellement inattendue et réellement inspirée, voilà qui est particulièrement bienvenu. On retrouve beaucoup d’éléments propres aux mangas, et pas que le meilleur. Encore une histoire d’adolescents venue du Japon, parcourue par une certaine pudibonderie relativement horripilante. Malgré cela, le scénario se démarque significativement avec sa grande dureté qui côtoie les meilleurs sentiments. Dommage simplement que le film s’étire un peu plus que nécessaire en tournant un peu en rond en son milieu. Cependant, on est assez sous le charme pour ne jamais réellement voir le temps long.

silentvoiceGraphiquement, Silent Voice possède également un charme singulier. Là aussi, se mêle un classicisme nippon absolu et de réels éléments d’originalité, même s’ils sont moins marqués que pour le scénario. Le visage des personnages est moins fade que dans la majorité des mangas, leur conférant une personnalité supplémentaire qui nous fait tomber sous leur charme. L’animation manque parfois un peu de fluidité, mais rien qui ne fasse mal aux yeux. On peut donc sereinement profiter et se laisser émouvoir, bien plus profondément que ce que l’on aurait imaginé au départ. Pas de quoi en perdre la parole, mais presque.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Distribution : Art House Films
Réalisation : Naoko Yamada
Scénario : Reiko Yoshida, à partir des mangas de Yoshitoki Oima
Photo : Kazuya Takao
Décors : Seiichi Akitake
Musique : Kensuke Ushio
Directeur artistique : Mutsuo Shinohara
Durée : 122 min

Casting :
Miyu Irino : Shoya Ishida
Saori Hayami : Shoko Nishimiya
Aoi Yüki : Yuzuri Nishimiya

GUY : Plus vrai que nature

guyafficheLa mode des biopics nous à offert une foule de performances d’acteurs et d’actrices se glissant dans la peau d’un personnage historique, homme politique ou star de showbiz. Autant de rôles qui ont souvent valu un prix à leur interprète. Peut-être ajoutera-t-on Alex Lutz à cette longue liste. A la différence près que le personnage qu’il incarne dans Guy est totalement imaginaire. La transformation n’en reste pas moins particulièrement impressionnante. Et le film globalement réussi.

Guy reste cependant un film relativement inégal. On entre tout de suite dans l’histoire, subjugué par le personnage et la manière intelligente dont le sujet est traité. Dès le début, on attend le dénouement vers lequel le scénario devrait logiquement nous mener. Puis le film s’essouffle, mais on continue tout de même d’espérer la conclusion espérée. Elle ne viendra jamais, nous laissant quelque peu sur notre faim. C’est aussi une façon de surprendre le spectateur mais peut aussi donner à penser qu’Alex Lutz ne savait pas vraiment comment finir son histoire. On termine donc le film un peu loin du réel enthousiasme des premières minutes.

guyCependant, en sortant de Guy, il nous reste quelque chose de graver. On a bien du mal à croire au final que Guy Jamet n’existe pas. C’est peut-être parce qu’il est imaginaire qu’il arrive à nous toucher autant. Parce qu’il nous rappelle tant de gens, connus ou inconnus. Tour à tour, émouvant, drôle et pathétique, Alex Lutz à fait naître un personnage plus vrai que nature. On ne peut donc que souligner la qualité d’écriture et la maestria de l’interprétation. On en ressort avec l’envie d’écouter les chansons un peu ringardes qui peuplent le film. Des chansons inventées pour l’occasion mais qui nous semblent tout à coup familières. Un peu comme Guy Jamet en fait.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Illiade et films, Studiocanal, JMD productions
Réalisation : Alex Lutz
Scénario : Alex Lutz, Anaïs Deban, Thibault Segouin
Montage : Alexandre Donot, Alexandre Westphal
Photo : Mathieu Le Bothlan
Décors : Pascal Le Guellec
Distribution : Apollo Films
Musique : Vincent Blanchard, Romain Greffe
Durée : 101 min

Casting :
Alex Lutz : Guy
Tom Dingler : Gauthier
Pascale Arbillot : Sophie Ravel
Brigitte Roüan : la mère de Gauthier
Dani : Anne Marie
Elodie Bouchez : Anne Marie jeune
Nicole Calfan : Stéphanie Madhani