La vie dans les « quartiers » est devenue avec le temps l’exemple type de sujet pouvant être traité de manières radicalement différentes. Du drame profond à la comédie la plus légère. Demain est à Toi fait incontestablement partie de la seconde catégorie. Mais reste à savoir si on la range dans la catégorie des comédies lourdingues ou bien des comédies fines, subtiles et surtout drôle. Au final, le film se situe quelque part entre les deux. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’elle est à ranger dans la catégorie des comédies réussies.
Demain est à Toi est une comédie qui repose de manière significative sur ses personnages. Il reprend tous les clichés que l’on peut attendre dans un tel environnement pour s’en moquer dans un parfait équilibre entre ironie totale et un réel fond de vrai. On s’attache rapidement à eux, même si certains souffrent de graves imperfections… pour ne pas dire que certains sont carrément tarés. Ils font naître une délicieuse alchimie qui compense les situations quelque peu convenues où ils vont être entraînés. C’est bien d’eux que vient l’énergie et l’humour qui soutiennent ce film. Et le tout fonctionne assez pour faire passer au spectateur un très bon moment.
Le Monde est à Toi bénéficie d’un casting étonnant. Passons rapidement sur une Isabelle Adjani, passée définitivement du côté obscur de la chirurgie esthétique. On se souviendra avant tout des troisièmes rôles interprétés par François Damiens et Philippe Katerine, qui livrent deux prestations vraiment drôlatiques et de Vincent Cassel qui se parodie lui-même, 23 ans après la Haine. On retiendra la nouvelle belle performance de la resplendissante Oulaya Amara. Mais le film fonctionne aussi grâce au talent de Karim Leklou. Il n’a pas le jeu le plus spectaculaire de la bande, mais assez de justesse pour donner un supplément de crédibilité bienvenue. Le film lui doit beaucoup et le spectateur, par le réel plaisir qu’il prend devant ce film, aussi.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisation : Romain Gavras
Scénario : Karim Boukercha, Noé Debré, Romain Gavras
Photographie : André Chemetoff
Montage : Benjamin Weill
Production : Charles-Marie Antonioz, Mourad Belkeddar, Jean Duhamel, Nicolas Lhermite, Vincent Mazel, Hugo Selignac
Durée : 101 minutes
Casting :
Karim Leklou : François
Isabelle Adjani : Danny
Vincent Cassel : Henry
Oulaya Amamra : Lamya
Gabby Rose : Britanny
Sam Spruell : Bruce
Mounir Amamra : Mohamed 1
Mahamadou Sangare : Mohamed 2
Robert Lyndon Harry : Manchester
Sofian Khammes : Poutine
François Damiens : René
Philippe Katerine : Vincent
Hollywood peut trembler. La Chine cinématographique s’est éveillée ! Entendons-nous bien, je parle ici de cinéma grand public à très grand spectacle, de blockbusters voués à être vus par les spectateurs du monde entier. Car cela faisait évidemment longtemps que le cinéma chinois nous enchantait par des films beaucoup plus intimistes. Il y a désormais match avec l’Oncle Sam sur tous les terrains, ou plutôt tous les écrans. Détective Dee : la Légende des Rois Célestes séduira un large public. En reprenant bien des codes des films américains à gros budget, mais aussi en offrant un petit supplément d’âme.
Pour le reste, Détective Dee : la Légende des Rois Célestes est un film d’aventure fort sympathique. Les personnages sont notamment très attachants et prennent de l’épaisseur au fur et à mesure que l’histoire avance. Cela concerne surtout les « gentils », les méchants n’étant pas exceptionnellement intéressants. On peut regretter aussi un dénouement un peu « facile », où tout est réglé d’un coup de baguette magique. Mais encore une fois, ce film s’apparente plus à un déluge qu’un long fleuve tranquille, tant les scènes d’action et les effets visuels spectaculaires se succèdent sur un rythme effréné comme rarement vu. Alors, on ne s’attarde jamais longtemps sur les petits défauts. En tout cas, ce film ne pourra que convaincre les plus sceptiques des bienfaits de la mondialisation.
Certains films ne laissent pas indifférents. Ils mènent les spectateurs hors des sentiers battus, là où on peut se perdre facilement. Perdre ses repères peut alors faire naître des sentiments très différents au gré des personnalités de chacun. On peut apprécier la sensation ou au contraire avoir envie de quitter les lieux au plus vite. Si on lit les critiques des spectateurs à propos de Under the Silver Lake, on est frappé par la parfaite répartition des notes : sur les 6 possible, 3 ont été données par 18% des spectateurs, 2 par 16% et la note maximale par 14%. Bref aucun consensus. Mais c’est sans doute là la preuve de l’intérêt réel de cette œuvre qui sort réellement de l’ordinaire.
Personnellement, je me situe plutôt dans la seconde catégorie. J’ai apprécié ce voyage plein de surprise. Surtout que la réalisation de David Robert Mitchell, auteur du remarquable It Follows, est finement ciselée. Trop diront certains. Là encore, c’est une question de point de vue. Il parvient en tout cas à faire d’Andrew Garfield un acteur convaincant, ce qui n’est pas un mince exploit. Bon ok, j’exagère un peu. Sans doute, je lui en veux encore peu pour les catastrophiques Spider-Man. En tout cas ici, je ne peux que reconnaître son talent. Under the Silver Lake constitue donc un OVNI cinématographique, assez plaisant de mon point de vue. Mais ce n’est que mon point de vue.
Le polar noir reste une spécialité cinématographique coréenne. Mais le voisin chinois n’est pas en reste avec pour preuve Une Pluie Sans Fin. Qui plus est, les intempéries collent assez bien avec l’ambiance de ce genre d’histoire. Comme si le ciel devait forcément refléter la couleur des âmes des personnages. Tout cela ressemble quelque peu à un cliché, mais force est de constater que cela continue de fonctionner, vue la qualité de ce film. En nous proposant à la fois une intrigue policière bien menée et une réflexion sur l’évolution de la Chine contemporaine, il nous donne de quoi nourrir la curiosité du spectateur.
Une Pluie Sans Fin jette des ponts avec des événements et des évolutions historiques de la Chine contemporaines, notamment le rattachement de Hong Kong. Le spectateur curieux de ces éléments prendra encore plus de plaisir à la découverte de ce film. Surtout qu’il reste réalisé avec un talent certain par Dong Yue. Certes, la pluie est élément « facile » pour créer une certaine ambiance, mais sa réussite ne s’arrête pas là. La direction d’acteur est également vraiment remarquable. Les personnages sont ainsi magnifiquement mis en valeur. Le tout donne un excellent polar à l’ambiance hivernale et froide qui fait du bien en ces temps de canicule.
Qu’est ce qui nous fait aimer un personnage ? La figure du héros est généralement associée à une certaine forme de perfection et une longue liste de valeurs positives : courage, équité, sens du sacrifice… Cependant, on peut facilement s’attacher également à des figures qui comptent de vrais défauts. Entre le héros et le anti-héros absolu, il existe tout une graduation. Mais dans tous les cas, l’équilibre est subtil. On ne peut pas aimer tout le monde dans la vraie vie et au cinéma, on ne peut pas aimer tous les personnages. Et quand le lien avec le spectateur ne se crée pas, alors c’est le film tout entier qui peut sombrer. C’est exactement ce qui m’est arrivé en allant voir My Lady.
Je ne peux qu’admettre que la performance d’Emma Thomson n’est en rien à blâmer dans cet état de fait. Elle donne ici toute la mesure de son talent, ce qui n’est pas peu dire. D’ailleurs, peut-être que son interprétation est trop parfaite, ne cachant donc rien des imperfections de son personnage. D’un point de vue formel, la réalisation de Richard Eyre est parfaitement maîtrisée, tout comme l’est la narration dans sa manière d’amener chaque élément de l’intrigue l’un après l’autre pour toujours enrichir le propos. Cependant, la conclusion n’est guère convaincante et ne m’a pas permis de partir sur une bonne note d’un film dans lequel je n’étais de toute façon jamais vraiment rentré.
La nostalgie est un sentiment qui nous frappe de plus en plus souvent lorsque l’on devient adulte. Si on considère que les films d’animation s’adressent avant tout aux enfants, alors on se demandera bien à qui est destiné Happiness Road. Il faut bien être assez avancé dans sa vie pour apprécier pleinement cette œuvre qui aborde beaucoup de sujets, mais dont le fil rouge est bien le regard un rien nostalgique que l’on peut porter sur son enfance. Une œuvre à la fois dépaysante et universelle qui nous offre bien des raisons de tomber sous son charme.
Happiness Road est marqué par un style graphique très en vogue. Un retour à des dessins « à la main », ce qui est apparemment effectivement le cas ici. En tout cas, cela donne un résultat beaucoup plus chaleureux qu’une animation qui semble purement et clairement digitale. Le film est joli, à défaut d’être beau, et on a plaisir à regarder les images défiler. Il y a surtout une synergie entre le graphisme et les sujets abordés qui donnent une force supplémentaire au propos. On oubliera donc les quelques longueurs et on appréciera pleinement ce joli voyage, qui nous parle d’où qu’on soit dans ce monde.
Quand un franchise, qui plus est partie sur des bases pas terribles, en est au sixième volet, on ne s’attend pas vraiment à grand chose de surprenant ou d’original. Cela n’empêche pas le distributeur d’essayer de vous vendre cela comme l’événement cinématographique de l’année. Mission Impossible – Fallout est sorti à grand renfort de marketing pour en faire le blockbuster de l’été. On imagine que le marché français a été particulièrement visé puisque l’intrigue nous emmènera pour quelques scènes spectaculaires dans les rues de Paris. Le spectateur pouvait donc attendre à un produit formaté certes, mais assez distrayant pour constituer le spectacle estival idéal. Malheureusement le résultat est assez désastreux.
Surtout qu’il n’y a pas grand chose d’autre pour sauver Mission Impossible – Fallout. Je ne reviendrai même pas sur l’intrigue en elle-même qui ne pouvait guère être plus convenue. Par contre, on est frappé à quel point les scénaristes ne savent plus comment exploiter les personnages. Cela se ressent dans l’interprétation des acteurs qui joue sans aucune conviction. Au premier rang, Tom Cruise qui ne fait toujours pas son âge, mais qui ne brille pas ici de son charisme habituel. Le méchant est assez falot et nous revient d’un autre épisode de la série qui était déjà relativement médiocre. Le seul petit éclair vient du personnage interprété par Vanessa Kirby mais qui joue un rôle assez mineur. Aller voir ce film constitue définitivement une mission que vous n’êtes pas obligé d’accepter.
Personnellement, je considère Brad Bird comme étant un des plus illustres cinéastes contemporains. Je regrette beaucoup que son nom ne soit aussi peu connu, sous prétexte qu’il a connu ses plus grands succès en dirigeant des films d’animation. Certes, le travail de réalisateur y est quelque peu différent, mais cela reste un vrai travail de direction artistique et cinématographique. Son œuvre la plus marquante reste sans conteste les Indestructibles. Le premier volet représentait en effet un vrai bijou pour petits et grands, alliant aventures et humour, premier et second degré avec une maestria rare. Il avait donc placé la barre haut et la suite allait forcément être jugée à l’aune de celle-ci. Mais visiblement Brad n’est pas du genre à avoir le vertige !
Les Indestructibles 2 reste un spectacle familial puisque toutes les générations y trouveront un intérêt. Il faut être cependant adulte pour saisir toute la profondeur d’un humour parodique parfois assez subtil. C’est ça qui fait la force de l’œuvre de Brad Bird, d’ouvrir sur le rêve et l’imaginaire, sans jamais être gnangnan. Le film vous offrira un vrai moment de détente, sans crampe au cerveau, mais sans non plus mettre ce dernier totalement en position arrêt. Un équilibre savoureux qui donne tout son piment à cette œuvre qui prouve que rassembler un large public ne signifie pas forcément tout avoir tiré vers le bas.
Le Polar à la française est souvent une affaire d’hommes et de femmes. Bref, de personnages. Le portrait dressé du flic ou du voyou, l’analyse de leur psychologie compte au moins autant et souvent plus que la simple résolution d’un mystère ou le récit d’une traque. Paul Sanchez est revenu ! se situe dans cette pure tradition. Cependant, pour fonctionner, un tel film doit offrir au spectateur des personnages forts, suffisamment pour que l’on se soucie de leur sort. Et il n’est jamais évident de rendre attachants des figurent de flic ou de voyou. Surtout quand on fait des choix aussi hasardeux que Patricia Mazuy.
Paul Sanchez est Revenu ! est donc un film raté. L’idée de base n’était pas totalement inintéressante, mais n’est jamais exploitée de manière à surprendre ou enthousiasmer le spectateur. Laurent Laffite et Zita Hanrot ne ménagent pourtant pas leurs efforts pour donner vie à leurs personnages. Mais c’est vraiment dans l’essence même de ces derniers que réside le problème. Leur interprétation est irréprochable. De plus, le film s’étire beaucoup trop en longueur pour le peu d’intérêt qu’il présente, annihilant tout souffle narratif qui aurait pu porter un tant soit peu le spectateur. Aucun film ne se remet d’un scénario aussi mal écrit. Pas plus ce film qu’un autre.
Une bande-annonce a pour but premier de donner envie aux spectateurs de venir voir le film en question. En tant que militant politique et ayant un métier fortement orienté communication, je sais à quel point il faut savoir parfois déformer quelque peu la vérité pour donner envie. L’omission reste peut-être le travers le plus pardonnable, puisque, techniquement, on ne ment pas. On n’en voudra donc pas trop à ceux qui ont monté la bande-annonce de Roulez Jeunesse, qui, à travers elle, semblait être une pure comédie, très orientée premier degré. Il se révèle finalement être bien plus que cela. Et de plus, la surprise est vraiment bonne.
Roulez Jeunesse marquera sans doute un tournant dans la carrière d’Eric Judor. Comme son ancien compère Ramzy Bedia, il prouve qu’il peut être à l’aise dans des rôles un peu plus complexes que celui d’ahuri un peu naïf. Le film le prouve d’autant plus que c’est exactement ce qu’est son personnage au départ. Et comme l’intrigue, on le verra évoluer, en même temps que le jeu de son interprète. Il ne livre pas non plus une interprétation bouleversante. Mais sans doute, beaucoup de réalisateurs auront noté qu’il est possible de lui proposer autre chose. Le reste du casting est également excellent, avec une mention spéciale pour les deux enfants qui savent se montrer aussi attachants qu’horripilants parfois. Entre surprise et tromperie, la frontière est parfois mince. Mais ce film fait incontestablement partie de la première catégorie.
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