LIFE ON EARTH (Hurray for the Riff Raff), PAINLESS (Ninüfer YaNya), LUCIFER ON SOFA (Spoon) : Bons classiques

Life on Earth de Hurray for the Riff Raff : Suivre la voix

Life on Earth de Hurray for the Riff RaffOn commence avec le groupe américain Hurray for the Riff Raff, dont j’avais déjà apprécié l’album the Navigator en 2017. Ils sont de retour en 2022 avec Life on Earth. On y retrouve la voix envoûtante de Alynda Segarra, incontestablement le point le plus fort du groupe. Elle se pose sur un son pop rock classique mais efficace. Ils font preuve de maîtrise et de conviction. Les titres s’enchaînent avec une qualité constante, tout en offrant une certaine variété. On regrettera simplement qu’aucun d’entre eux ne sorte réellement du lot.

Painless de Ninüfer Yanya

Painless de Nilüfer YanyaNilüfer Yanya est une artiste britannique aux origines turquo-irlandaise. Painless est son deuxième album. Elle nous y propose un rock dynamique. Elle mord dans ses titres. D’ailleurs, les passages plus calmes sont nettement plus ordinaires. Elle affiche le minimum de personnalité requis pour valoir le détour, conjugué à une réelle maîtrise et des instrumentations mélodiques et propres. Malheureusement, un petit côté évaporé prend progressivement le dessus et nous offre une fin d’album nettement moins convaincante.

Continue reading LIFE ON EARTH (Hurray for the Riff Raff), PAINLESS (Ninüfer YaNya), LUCIFER ON SOFA (Spoon) : Bons classiques

R.M.N. : 50 nuances de gris

R.M.N. affiche

Dans un monde où la vision manichéenne prend de plus en plus de place, il est bon de se confronter à des propos qui renvoient tout le monde dos à dos, où du moins chacun à ses propres travers. R.M.N. est le nouveau film du réalisateur roumain Cristian Mungiu, récompensé par la Palme d’Or à Cannes en 2007 pour 4 Mois, 2 Semaines, 2 Jours. Si c’est le Suédois Ruben Östlund et son Sans Filtre qui a eu droit à une deuxième consécration sur la Croisette, on peut s’étonner que le Roumain soit reparti sans le moindre prix. Avec ce film, le réalisateur livre une vision sans grande concession de ses compatriotes, du racisme qui les habite, de leur absence d’empathie ou de conscience des enjeux écologiques. Mais sa vision de ceux prompts à leur faire la leçon n’en est pas moins cinglante. Un match nul salutaire.

Cinglante ironie

Ceux qui ont vu 4 Mois, 2 Semaines, 2 Jours ne s’imaginent pas vraiment son auteur signer un jour des films légers et drôles. Ce n’est effectivement toujours pas le cas avec R.M.N. Le film est cependant parcouru d’une ironie cinglante qui peut faire sourire parfois. Il tourne en ridicule les indignations hypocrites de ceux qui ne cherchent qu’à cacher leur égoïsme et leur bêtise. Mais comme tout le monde en prend pour son grade, on en vient à se demander si on n’aurait pas pu nous aussi être dépeint avec le même mordant par Cristian Mungiu. Cela rend les choses un peu moins amusante d’un coup, mais cela donne beaucoup à réfléchir.

Continue reading R.M.N. : 50 nuances de gris

NOVEMBRE : Le feu de l’action

Novembre affiche

Les attentats du 13 novembre auront mis quelques années à venir hanter le cinéma français. Mais ces dernières semaines, ils se trouvent au centre de deux longs métrages mais de manière très différente. Tout d’abord, Revoir Paris nous avait raconté le parcours difficile des survivants. Cette fois-ci, Novembre nous fait marcher sur les traces de ceux qui ont traqué les terroristes en fuite, notamment le cerveau de l’opération. Le tout se terminera dans l’explosion d’un appartement à Saint-Denis 5 jours plus tard. Le film est d’une redoutable efficacité mais pose la question de la manière dont on peut faire revivre de tels événements.

Efficacité bien placée ?

Il est possible de ressentir un léger malaise devant la première partie de Novembre. En effet, il épouse tous les codes de la réalisation d’un film d’action et s’apparente à du grand spectacle. Le sujet n’appelle évidemment pas à nous proposer un pur divertissement. La suite nous rend plus à l’aise, quand la dimension humaine du scénario prend le pas. Mais jusqu’au bout, on retrouve le souci d’une certaine efficacité dans la réalisation et une dimension thriller que l’on peut juger malvenue. Si le film peut provoquer une vraie émotion, c’est par son aspect reconstitution méticuleuse, incluant dès que possible de vraies images. Ceci peut facilement nous renvoyer avec force à la manière dont nous avons nous-mêmes vécu ces quelques jours qui a profondément bouleversé notre pays.

Continue reading NOVEMBRE : Le feu de l’action

LA PAGE BLANCHE : Le changement, c’est maintenant !

La Page Blanche

Qui n’a jamais rêvé à un moment ou à un autre de pouvoir refaire sa vie à partir d’une page blanche ? De pouvoir tout remettre en question, réécrire sa vie comme on l’entend. C’est la question au centre de la Page Blanche (titre pertinent donc), une jolie fable humoristique sur fond d’amnésie. Une comédie un rien philosophique, portée par la magnifique Sara Giraudeau. Même si la réponse à la question initiale est non, vous pourrez tout de même apprécier pleinement ce film plein de fraîcheur et de légèreté. Donc aucune raison de se priver.

Jeu de piste

La Page Blanche est un film tourné presque entièrement vers un seul personnage. Mais peut on parler de film portrait quand le point de départ est justement que ce personnage ne se rappelle plus qui elle est ? Va s’en suivre un jeu de piste que l’on suit avec un certain enthousiasme. Cet aspect de l’histoire lui donne son épaisseur scénaristique. L’histoire ne se limite donc pas aux interrogations métaphysiques qui torturent les protagonistes. Le récit est vivant, ponctué de traits d’humour qui font mouche. A force d’être léger cependant, il manque tout de même quelque peu de profondeur pour devenir vraiment inoubliable.

Continue reading LA PAGE BLANCHE : Le changement, c’est maintenant !

AS BESTAS : Féroce !

As Bestas affiche

Comment ai-je pu me trouver à deux doigts d’oublier de vous livrer la critique d‘As Bestas. En effet, c’est en voyant l’affiche au cinéma il y a quelques jours que j’ai réalisé que dans ma volonté de rattraper mon retard, j’avais tout simplement zappé un des meilleurs films de l’année. Pourtant, il n’y a pas plus grand plaisir pour un critique, même aussi amateur que moi, que de mettre des mots sur son enthousiasme ! Même si, j’avoue, les proses concernant les navets sont aussi particulièrement jouissives à écrire. Bref, nous sommes là devant un beau et grand film.

Noire psyché

Qu’il s’agisse d’un film noir, mais très axé sur l’exploration de la psyché des personnages, ne surprendra pas ceux qui connaissent déjà l’œuvre de Rodrigo Sorogoyen. As Bestas prend naturellement sa place dans sa filmographie de Que Dios Nos Perdone, El Reino ou Madre. Mais en termes de qualité pure, ce film est clairement un cran au-dessus. Le scénario est remarquablement écrit, parcouru d’une tension constante, que les rebondissements ne viendront jamais casser bien au contraire. Chaque élément vient relancer l’intrigue pour pousser le spectateur toujours un peu plus profondément dans le film. On en ressort à la fois ravi d’avoir assisté à un tel spectacle, mais presque soulagé qu’une expérience aussi intense s’achève pour nous laisser souffler.

Continue reading AS BESTAS : Féroce !

BUZZ L’ÉCLAIR : Vers l’infini mais guère au-delà

Buzz l'Eclair affiche

Les producteurs ont inventé la notion de suite et de franchise à peu près en même temps que le cinéma. Mais leur imagination a fini par faire naître d’autres idées pour exploiter au maximum un personnage ou un concept à succès. Sequel, prequel, spin-off, séries… Nos écrans sont remplis de dérivés de ce type. Pour le pire souvent, mais aussi parfois pour le meilleur. Buzz l’Éclair est à ranger dans la catégorie des spin-off. Mais un spin-off plutôt malin dans son lien avec la franchise originale, à savoir Toy Story, dont les 4 épisodes nous ont enchanté depuis bientôt 20 ans. Le résultat n’est pas tout à la hauteur du reste, mais assez réussi et surtout différent pour valoir un petit détour.

Buzz a le rythme

Buzz l’Eclair ne se situe pas dans l’univers de Toy Story. Il est le film dont le jouet Buzz l’Éclair est supposé être tiré. Il s’agit donc d’un vrai film d’aventure de science-fiction, sans lien avec notre réalité ou les personnages de la franchise, du moins sous forme de jouet. Cela pourra déstabiliser les plus petits, mais le film n’est clairement pas pensé uniquement pour eux. Les amoureux de Toy Story ont quelque peu grandi depuis 1995 et ils sont donc demandeurs d’un peu de complexité. Le scénario ici n’est pas celui d’Inception ou d’Interstellar, mais on y retrouve une notion de paradoxe temporel notamment. Bref, c’est divertissant, plutôt rythmé, propose quelques bonnes surprises, même si cela manque un peu d’audace. Mais on se vide la tête et on passe un bon moment.

Continue reading BUZZ L’ÉCLAIR : Vers l’infini mais guère au-delà

EL BUEN PATRON : Le bon Javier

Certains acteurs sont spécialistes des transformations physiques d’un film à l’autre. On pense notamment à Russell Crowe ou Johnny Depp. Javier Bardem est également pas mal dans son genre. La preuve avec El Buen Patrón où il incarne un chef d’entreprise d’un certain âge et bedonnant. On est loin du Javier Bardem d’une sensualité absolue de Vicky Cristina Barcelona ou même d’Everybody Knows, pour prendre un exemple plus récent. Mais ce qu’il y a de formidable avec un tel talent, c’est qu’il reste intact quelle que soit l’enveloppe qui le véhicule. Grâce à lui, le film nous offre un moment cinématographique particulièrement réjouissant.

Un portrait satyrique

El Buen Patrón est un portrait satyrique. Celui d’un homme aux défauts à première vue véniels, mais qui vont peu à peu prendre des proportions démesurées, quand les événements semblent se liguer contre lui. Il finira par commettre les pires horreurs pour un motif dont le dénouement soulignera la futilité. Le ton est résolument celui de l’humour et de la dérision, version acide particulièrement corrosif. Le spectateur devrait objectivement détester ce personnage, mais la magie du second degré (et le talent de l’acteur évidemment) fait naître un attachement et, avouons le, un plaisir sadique de le voir s’enfoncer toujours un peu plus.

Continue reading EL BUEN PATRON : Le bon Javier

ELVIS : King is not dead

Elvis affiche

Baz Luhrmann restera à jamais le réalisateur d’un de mes trois films préférés, avec George Cukor et Quentin Tarantino. Vous imaginez donc avec quelle curiosité impatiente je peux aller voir chacun de ses autres films… qui m’ont à peu près tout déçus. Je garde cependant espoir de voir renaître le génie. Soyons clair, ce n’est pas tout à fait le cas avec Elvis, même si cela reste sûrement son œuvre la plus aboutie, en dehors de Moulin Rouge. Un film qui souffre néanmoins de nombreux défauts. Il se révèle au final aussi imparfait que l’homme dont il raconte la vie.

Débuts difficiles

Les premières minutes d’Elvis portent la marque de fabrique de Baz Luhrmann qui veut qu’il débute tous ses films par de longues séquences absolument insupportables. Si on souhaite positiver à tout prix, on peut mettre en avant que cela crée un contraste avec la suite, la rendant d’autant plus appréciable. De manière plus réaliste, voici un tic dont il ferait mieux de se passer. Cependant, la plus grande faiblesse de ce film ne réside pas dans la forme, mais dans le fond. Exactement comme pour Freddy Mercury dans Bohemian Rhapsody (qui est à mon sens un très mauvais film), le King est présenté ici comme la victime d’une influence extérieur néfaste, qui expliquerait tous ses travers. Il y a sans doute une part de vrai, mais cela déresponsabilise totalement le personnage et fait perdre une large part de son intérêt à ce portrait que l’on sent bien trop biaisé.

Continue reading ELVIS : King is not dead

LES CRIMES DU FUTUR : Au risque de se perdre

Si on peut reprocher au cinéma hollywoodien un manque d’imagination de plus en plus marqué (cf. le dernier Jurassic Park), le cinéma américain indépendant ne manque pas lui de cinéastes créatifs. Un des représentants les plus illustres de ce dernier reste David Cronenberg (qui est en fait canadien il est vrai). A 80 ans, avec les Crimes du Futur, il continue de proposer aux spectateurs son univers et son style bien particuliers qui font de chacune de ses œuvres des expériences uniques et surprenantes. Ses scénarios sont souvent torturés et sortent largement des sentiers battus. Au risque de se perdre.

Les Crimes du Futur nous raconte une histoire difficile à résumer sans donner l’impression que c’est un grand n’importe quoi. Peut-être tout simplement parce qu’on n’est pas loin de la vérité. Pourtant, elle garde longtemps un caractère fascinant. Le talent du cinéaste fait qu’on accepte le point de départ quelque peu dérangeant et on se surprend à se demander où cela peut bien nous mener. Sauf que plus le temps passe, plus on réalise que cela ne nous mène nul part. Cela rend tout le reste gratuit. On peut trouver ça simplement surréaliste, mais la narration est trop complexe pour que cela ne soit pas frustrant.

Continue reading LES CRIMES DU FUTUR : Au risque de se perdre

JURASSIC WORLD : LE JOUR D’APRES : Le nullosaure

C’est quand même ballot de consacrer plusieurs millions de dollars à la réalisation d’un film et d’oublier de relire le scénario qu’un vulgaire stagiaire a pondu vite fait. Parce que c’est forcément ce qui est arrivé pour Jurassic World : le Monde d’Après. Parce qu’on ne produit pas un film aussi mauvais à tout point de vue en le faisant exprès… Peut-être que je me berce d’illusions en pensant cela, mais je refuse d’imaginer que des êtres humains, supposés être des professionnels, fassent preuve d’une telle médiocrité et qu’on les laisse faire. Il faut croire que je suis bien naïf et innocent…

Résumer ce qui ne va pas dans Jurassic World : le Monde d’Après n’est pas une tâche facile. On pourrait tenter de résumer ça en disant simplement « tout », mais ça serait inexact. Ce n’est pas tant que rien ne va, mais plutôt qu’il y a toujours quelque chose qui ne va pas, qui ne tient pas de debout, à chaque scène. Que ce soit la situation, les dialogues ou même la réalisation, il y a systématiquement un élément qui s’avère totalement ridicule. Ca prête parfois à sourire, mais cela consterne surtout. Encore et encore. Du coup, impossible de rentrer dans l’histoire et ressentir la moindre vibration en la suivant. On se fout littéralement de ce qui se passe et la seule émotion survient lorsque l’on se sent soulagé que tout cela finisse enfin.

Continue reading JURASSIC WORLD : LE JOUR D’APRES : Le nullosaure