GRAN TORINO : Dien est parmi nous…et il s’appelle Clint

grantorinoafficheIl est des exercices quelque peu lassant ! On doit toujours chercher de nouveaux mots, de nouvelles façons d’exprimer la même idée. Parler du génie de Clint Eastwood rentre totalement dans cette catégorie. Quand, en plus, il nous offre un nouveau film tout juste quatre mois après la sortie du précédent, on ne peut, en tant que critique, que s’écrier « quand c’est trop, c’est trop ! » Merde à la fin, nous ne sommes pas non plus des machines à compliments ! Mais bon, que voulez-vous, Gran Torino donne surtout envie de s’écrirer « que c’est bon ! ».

Walt est un octogénaire qui traîne son aigreur depuis la guerre de Corée, où il a vécu et du commettre les pires horreurs. De plus, il vit dans un quartier où une large majorité de la population est d’origine asiatique. Alors quand il se retrouve veuf, on pense qu’il va s’enfoncer inexorablement dans sa solitude et sa méchanceté. Mais encore plus que les Asiatiques, Walt ne supporte pas l’injustice et va se retrouver mêler au conflit entre ses voisins, qu’il déteste, et un gang local.

Gran Torino surprendra plus d’un spectateur. Non pas parce qu’il est génial, car venant de Clint Eastwood, ça n’a plus rien de surprenant. Non, c’est par le ton du film que l’on est plutôt décontenancé, surtout lorsque l’on a vu maintes fois la bande-annonce. En effet, il s’agit en grande partie d’une comédie et l’ancien interprète de l’inspecteur Harry, après 50 ans de carrière, nous faire rire comme il ne l’avait encore jamais fait. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Néanmoins, la bande-annonce n’est pas totalement mensongère puisque le ton s’inverse brutalement sur la fin.

Le personnage de Walt est d’une incroyable richesse. A première vue, il prête à rire (un peu jaune) par sa méchanceté bête et méchante, son racisme primaire et son aigreur permanente. Mais on découvre vite que tout cela n’est qu’une façade qui cachent bien des douleurs profondes. Le ressort comique est donc loin d’être épuisé lorsque le personnage évolue vers une autre dimension, beaucoup plus profonde et riche d’émotions, mais tout aussi réussie. Walt, et Gran Torino globalement, inspirent aux spectateurs successivement des sentiments aussi extrêmes que diverses. Le tout avec même et extraordinaire réussite.

Il faut également saluer bien bas la performance de la jeune Ahney Her, révélation de ce film, qui interprète un jeune fille aussi sympathique et espiègle que Walt est méchant et acariâtre. La réussite de ce personnage est absolument décisive dans l’immense réussite qu’est Gran Torino. C’est en effet par elle que l’évolution de Walt s’amorce et si cela n’avait pas été crédible, le scénario s’en serait vu considérablement affaibli. Mais cela fonctionne au contraire à la perfection, comme tout le reste dans ce film.

GrantorinoJe tiens encore à insister sur l’immense richesse de ce film. Le scénario nous offre une histoire si simple, mais si réussie, si inspirante, si drôle, si bouleversante… Gran Torino n’est pas un film, c’est un concentré de cinéma pur, d’émotions à l’état brut. Comme si Clint Eastwood avait décidé de nous offrir d’un coup tout ce que son talent nous avait distillé pendant cinquante ans de carrière. Les neurones du spectateur se retrouvent tous stimulés en même temps. Voir ce film est presque une épreuve physique tant on l’impression d’avoir vu des dizaines de films d’un coup, en un peu moins de deux heures… Et de très bons films !

Evidemment, Gran Torino porte la patte de Clint Eastwood quant à l’élégance de la mise en image. La sobriété de la photographie ne retire en rien son incroyable qualité. Elle ne brille pas inutilement, car l’essentiel n’est pas là. Mais elle est au service des acteurs et du scénario, qui ne s’en retrouvent que magnifiés. Comme si ils en avaient besoin…

Après Slumdog Millionnaire, Les Noces Rebelles, The Wrestler, l’Etrange Histoire de Benjamin Button, Gran Torino vient s’ajouter à ce début d’année cinématographique d’une exceptionnelle qualité. Clint Eastwood est depuis longtemps au panthéon des réalisateurs tant qu’il tournera, il y trônera bien plus haut qu’aucun autre ne peut espérer aller.

Fiche technique :
Production : Malpaso, Bouble Nickel Entertainement, Village Roadshow
Distribution : Warner Bros Pictures
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Nick Schnenk
Montage : Joel Cox, Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Format : 35mm
Décors : James J. Murakami
Musique : Kyle eastwood, Michael Stevens
Costumes : Deborah Hopper
Directeur artistique : John Warnke
Durée : 115 mn

Casting :
Clint Eastwood : Walt Kowalski
Christopher Carley : Le père Janovich
Bee Vang : Thao
Ahney Her : Sue
Brian Haley : Mitch Kowalski
Geraldine Hughes : Karen Kowalski
Brian Howe : Steve Kowalski

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