PORT TROPIQUE (Barry Gifford) : Oui et ?

porttropiqueIl arrive fréquemment que face à une œuvre, généralement un livre ou un film, on rencontre le phénomène du « oui et ? ». Vous ne venez pas de passer un mauvais moment, ce que vous venez de voir ou lire n’était pas désagréable, pas mauvais, pas bâclé. Mais voilà, vous restez désespérément indifférent, comme si tout était fini avant même d’avoir commencé. C’est exactement ce qui s’est passé avec Port Tropique, un polar de Barry Gifford.

Dans un pays d’Amérique Centrale imaginaire, en proie à la Révolution, Franz Hall est un écrivain Américain qui prétend écrire une biographie de Benjamin Franklin. Mais à ses heures perdues, il fait également le coursier pour des contrebandiers locaux. Mais l’avancée des rebelles va finir par le mettre dans une position délicate vis-à-vis de ses employeurs.

J’ai bien eu du mal à écrire ce court synopsis. Car Port Tropique possède plus un fil rouge qu’une réelle trame narrative. Le but principal de roman est de nous décrire un personnage, plus que de lui faire vivre des aventures palpitantes. Bien sûr, il est quelque peu hors du commun, mais pas tant que ça. Là est une des principales limites de ce livre.

Port Tropique tient d’ailleurs plus de la longue nouvelle que du roman. S’il s’étale sur 180 pages, c’est surtout qu’il est présenté de manière originale, en cours chapitres, aucun ne dépassant trois pages et certains ne faisait que quatre ou cinq lignes. Autant dire qu’il y’a presque autant de blanc que d’écriture de ce roman. C’est sans doute une volonté de l’auteur, mais pour quiconque payera pour ce livre (ce n’était pas mon cas, heureusement), cela pourra être un peu frustrant et un tantinet agaçant.

Si ce roman n’est donc pas inoubliable, il se lit trop vite pour qu’on lui en veuille. C’est presque plus un objet de curiosité qu’un vrai moment de littérature, comme une nouvelle dans un magazine. Ca peut occuper une après-midi à la plage et ça change de Gala ou Voici. Je suis un peu vache, car la plume de Barry Gifford est plutôt agréable, et vraiment littéraire pour le coup. Et on pourra tout de même apprécier cette description d’un petit monde où les Occidentaux viennent cherche soleil, aventures et dépaysement. On aurait pu facilement situer ce roman à Cuba, au moment de la chute de Batista. L’auteur a préféré inventer un lieu imaginaire pour se donner toute liberté, ce dont il fait pleinement usage

Port Tropique n’est même pas frustrant. Le récit a une certaine cohérence, on ne s’attend pas vraiment à plus. Il n’est ni trop court, ni trop long, on a juste un peu de mal à comprendre ce que l’auteur a vraiment cherché à faire passer. L’histoire est plutôt bien raconté, elle se termine bien par une chute, mais on se dit qu’au fond, on en ignorerait tout que ça ne changerait pas grand chose à notre existence. Si tant est qu’un polar puisse changer quoique ce soit à une existence, mais ceci est un autre débat…

Bref, Port Tropique, c’est un peu comme le steack frites de la cantine. Ca nourrit, ce n’est pas désagréable en bouche, mais on ne lui prête pas une grande attention. Aussitôt avalé, aussitôt oublié.

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