L’ASSOMMOIR (Emile Zola) : Amour, misère et beauté

lassommoirLa saga des Rougon-Macquart nous plonge successivement dans toutes les strates de la société française du Second Empire. Après les salons de Napoléons III dans Son Excellence Eugène Rougon, elle nous plonge au cœur de la condition ouvrière avec l’Assommoir. Un portrait sombre et pessimiste qui constitue un des chefs d’œuvre d’Emile Zola.

Gervaise est abandonnée par son amant, Lantier, qui une fois son héritage consommé, l’a laissé avec leurs deux enfants. Elle finit par céder aux avance de Coupeau, un zingueur sobre et attentionné. Ils se marient malgré l’hostilité de la famille de l’ouvrier. Leur dur labeur leur permet de mettre assez d’argent de côté pour que Gervaise ouvre sa propre boutique. Mais un jour, Coupeau frôle la mort dans un accident. Il en ressortira meurtri dans sa chair et dans son âme. Des blessures dont il est facile de chercher la guérison dans l’alcool.

Sorti en 1877, l’Assommoir avait fait scandale. Certains l’accusaient d’indécence, trouvant obscène cette description très crue de la misère et des mœurs des couches les plus humbles de la population parisienne. D’autres lui reprocheront de noircir et caricaturer la classe ouvrière. Mais voilà, quand on est attaqué par la gauche et la droite pour des raisons diamétralement opposées, c’est qu’on n’est pas loin d’avoir raison. Zola a surtout voulu avant tout décrire à quel point la meilleure volonté de s’en sortir peut être broyée par un environnement et une société qui n’attendent que votre chute.

Tout cela n’a pas empêché l’Assommoir d’être un des romans de la série ayant connu un grand succès commercial à sa sortie. Il faut dire que c’est également un de ceux dont la force dramatique est la plus fulgurante. La démarche « naturaliste » de Zola a parfois tendance à noyer son récit dans ses tableaux, passionnants certes, mais dont le but est avant tout descriptif. Ici, c’est le destin de Gervaise qui emplit chaque page de ce livre, même lorsque Zola nous offre ses panoramas qui font sa marque de fabrique. Plus qu’une société ou un milieu social, l’Assommoir nous décrit un personnage. Et j’aurais envie de dire des personnages.

Comme souvent dans les Rougon-Macquart, ce livre compte une multitude de protagonistes, représentant chacun d’eux un archétype du fait de son caractère ou de sa situation sociale. Mais encore un fois, ici, c’est avant tout l’humain qui domine. Les personnages ont une âme avant d’avoir un intérêt narratif ou historique. Ceci nous fait d’autant mieux plonger dans le cœur du récit et donc du milieu que Zola nous cherche à faire partager le sort. L’Assommoir prend donc tout sa place dans cette vaste œuvre et n’atteint pas moins le but fixé par son auteur, bien au contraire.

Certaines pages de l’Assommoir sont parmi les plus belles de la littérature française. Si on peut parfois trouver les œuvres de Zola un peu lourde dans leur fond, la forme est elle sublime. Il forme avec Hugo et Balzac, un trio de plumes qui aura marqué à jamais son siècle et la littérature tout entière. Bien sûr, le style est un peu daté, l’époque romantique connaissant ici ses dernières heures, mais reste tout de même d’une force inégalée, d’une puissance de chaque instant, où chaque mot est un marteau qui vient frapper avec force l’enclume de l’imagination… Ok, n’est pas Emile Zola qui veut, alors j’arrête ici les métaphores. Chacun son métier.

L’Assommoir est donc une pièce magnifique dans ce grand puzzle des Rougon-Macquart. Mais même hors de son contexte, il reste avant un grand roman plein de drame et de passion, porté par une des plus belle plume que notre littérature n’ait jamais connu.

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