LES NEIGES BLEUES (Piotr Bednarski) : Une forme qui laisse froid

lesneigesbleuesParler du quotidien est souvent synonyme de légèreté. Cependant, certains contextes font que ce dernier ressemble à un drame sans cesse renouvelé. Les Neiges Bleues nous fait partager le regard d’un jeune garçon, l’auteur lui-même en fait, qui nous fait découvrir ce qu’était la vie des déportés polonais dans les goulags soviétiques au début de la seconde guerre mondiale. Il y vivra bien des tragédies, mais il sera aussi témoin de belles histoires d’amour.

Le père Petia, officier dans l’armée polonaise, est déporté dans un camp de prisonniers, après l’invasion soviétique. Son fils et sa femme le suivent dans un camp situé à proximité. Ils y sont libres mais sous l’étroite surveillance des agents du parti. La vie s’y organise et le jeune garçon va y connaître une adolescence à la fois particulière et ordinaire.

Les Neiges Bleues se présentent comme un livre à sketchs. Sous forme de courts chapitres, Piotr Bednarski nous présente un épisode de sa vie ou de celle du camp et de ses autres habitants. Le ton y est souvent grave, mais on y trouve aussi la joie, l’espoir et l’amour. Comme tous les récits de ce type, Les Neiges Bleues est quelque peu inégal. Certains passages sont profondément émouvants, d’autres laissent beaucoup plus indifférents. Du coup, on a un peu de mal à rentrer totalement dans ce récit qui manque quelque peu d’un fil rouge solide, capable de maintenir constant l’intérêt du lecteur.

Les Neiges Bleues constitue néanmoins un témoignage rare sur un quotidien trop peu souvent rapporté. Il n’y a aucun parti pris idéologique dans l’écriture, mais la volonté de rapporter les faits, de décrire cette ambiance particulière. L’oppression discrète et constante y est remarquablement bien décrite, sans jamais tomber dans le spectaculaire ou le lyrique. L’auteur a très certainement quelque peu romancé certains passages, c’est inévitable, mais très certainement de manière très limitée. On peut y voir une force ou une faiblesse car le livre hésite toujours entre le ton du récit romanesque et le témoignage historique. Il aurait sûrement gagné à choisir franchement entre les deux, même si cette œuvre en aurait sûrement perdu une partie de son identité.

L’écriture de Piotr Bednarski est également parfois un peu confuse. Les personnages sont extrêmement nombreux et on s’y perd parfois. Il n’y a pas vraiment ni de gentil, ni de méchant, mais des rapports parfois complexes. L’auteur s’efforce à décrire le jonglage permanent entre ses pensées et ce qu’il a le droit de dire. C’est là un des principaux intérêts du récit, mais il y perd parfois un peu le lecteur.

Les Neiges Bleues est passionnant sur le fond, mais la forme ne permet pas d’en apprécier pleinement l’intérêt. Dommage car il s’agit là d’un sujet pour lequel les sources sont peu nombreuses.

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