UNE PAGE D’AMOUR (Emile Zola) : Un Zola romantique

unepagedamourSuite de mon exploration de la série des Rougon-Macquart, d’Emile Zola, avec Une Page d’Amour, 8ème volet de la série. Une histoire axée sur le romantisme donc, qui ressemble à une parenthèse dans cette œuvre à la connotation sociale très forte. Un roman peut-être plus « léger » donc, mais qui reste tout de même typique de l’auteur.

Hélène, jeune veuve, vit seule avec sa fille et jure qu’elle ne se mariera plus et que l’amour n’est pas fait pour elle. Un jour, elle fait la connaissance de sa voisine, Mme Deberle, dont elle apprécie très vite la compagnie. Mais, à son corps défendant, elle commence également à apprécier de plus en plus la compagnie de son marie, le Docteur Deberle.

Une Page d’Amour reprend donc le schéma classique du triangle amoureux et le thème de l’adultère. C’est évidemment relativement osé pour l’époque (même si depuis Tristan et Iseult, cela reste un grand classique de la littérature) surtout que le texte est avant tout centré sur les sentiments des personnages, sans jugement moral. Bien sûr, tout cela ne se terminera pas non plus par un happy-end romantique, ce n’est pas vraiment le genre de la maison et cela aurait été évidemment inacceptable au XIXème siècle.

Une Page d’Amour a donc un côté très moderne, mais est naturellement très marqué par la démarche naturaliste de Zola. Il y’a donc une certaine distanciation entre l’auteur et ses personnages qu’il observe et décrit, sans jamais se fondre en eux. Le récit est certes largement centré sur le point de vue d’Hélène, avec certains passages adoptant celui de sa fille. C’est d’ailleurs la relation entre les deux qui forme un des axes fort du récit, presque plus que le lien entre les deux amants, puisque le point de vue du Docteur nous reste toujours étranger.

Du coup, Un Page d’Amour manque un peu de cette passion que l’on attendrait d’un récit sur ce thème. Il n’y a pas ce désir qui parcourt les pages d’un Tristan et Iseult ou d’un Roméo et Juliette. La démarche de Zola est toute autre, mais du coup, on a un peu plus de mal à y adhérer. Décrire la société du XIXème siècle présente évidemment un intérêt historique incontestable. Décrire de la même manière une chose aussi intemporelle que les sentiments amoureux est déjà moins enthousiasmant. Bien sûr, il reste le contexte sociétal, quand même très présent, mais le thème de l’amour adultère dans les milieux puritains et bourgeois n’est pas celui qui nous ait le plus étranger, avec 150 de recul. Nos mœurs ont certes évolué depuis, avec la multiplication des divorces notamment, mais le thème reste globalement sans surprise.

Une Page d’Amour reste néanmoins une œuvre écrite par un des plus grands auteurs qu’ait connu la langue française. La puissance du style reste toujours aussi impressionnante à chaque page et demeure un vrai plaisir purement esthétique. Bien sûr, on n’écrirait plus un roman avec une telle écriture, mais tout auteur rêverait d’être capable de l’imiter. Ce ne sera jamais mon cas, mais bon, j’arrive quand même à trouver le sommeil pour autant.

Une Page d’Amour est donc une belle page de littérature. Pas la plus belle qu’ait écrite Emile Zola, mais cela n’enlève rien à la force de son écriture.

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