POURQUOI J’AI MANGE MON PERE (Roy Lewis) : Fous rires à l’aube de l’humanité

pourquoijaimangemonperePaléontologie, voilà un gros mot qui ne donne pas vraiment envie de rire. Il nous fait plutôt penser à un monsieur barbu et sérieux (Yves Coppens pour ne pas le citer) ou bien à des hommes préhistoriques criant « hunk hunk atra atra ! » (La Guerre du Feu pour ne pas la citer non plus). Bon, si j’avais pensé à Grrrrrr ! (pas eu le courage de vérifier le nombre de r), ma démonstration s’écroulerait, mais je n’y pense pas, je préfère oublier. Bref, humour et préhistoire ne faisaient pas très bon ménage. Mais c’était avant Pourquoi J’Ai Mangé mon Père.

Ernest est un pithécanthrope tout ce qu’il y’a de plus banal, si ce n’est sa famille. En effet, son père, toujours avide de découvertes et d’inventions, vient tout juste de maîtriser le feu. Du coup, tout un nouveau champ d’activité s’offre à eux : barbecue, chauffage et même art rupestre. Enfin, tout cela ne plaît guère à son oncle Vania, qui trouve tout cela contre nature, même si cela ne l’empêche pas de se resservir plusieurs fois à chaque barbecue…

Pourquoi J’Ai Mangé mon Père repose sur un ressort comique et un seul. L’anachronisme. Ici, il concerne surtout les pensées des personnages, tout ce qu’il y’a de plus modernes, en décalage complet avec leur mode de vie. Ainsi, le père du narrateur n’arrête pas de s’interroger sur l’âge géologique dans lequel ils se situent et a bien du mal à trancher entre le pléistocène inférieur ou supérieur. Bon, ce n’est pas l’exemple le plus drôle, mais celui qui illustre le mieux le principe général sur lequel repose cet excellent bouquin : les personnages ont conscience de leur étant de préhumain et anticipe les évolutions à venir. C’est un principe qui peut sembler un peu mince, mais Roy Lewis a eu la bonne idée de ne pas pousser le bouchon trop loin et nous livrer un livre court (180 pages chez Pocket avec une taille de police assez élevée) mais suffisant.

Si Pourquoi J’Ai Mangé mon Père est une réussite, c’est parce qu’il est avant tout très drôle. Le principe que je viens d’expliciter est exploité à la perfection et nous offre quelques moments de bravoure littéraire. On retiendra par exemple le moment où le père, au nom du progrès de l’espèce, explique à ses fils qu’ils ne pourront plus coucher avec leurs sœurs et qu’ils vont devoir les échanger avec des femmes de la tribut d’à côté. Bref, un vraiment moment de bonheur drôle et savoureux et, qui plus est, réellement original. Le tout se lit très rapidement, mais les livres, c’est comme tout, ça peut être néanmoins très bon, même quand c’est très court.

Roy Lewis a connu un succès tardif en France avec ce livre puisqu’il n’a été traduit qu’en 1990, alors qu’il a été écrit en… 1960. Comme quoi, parfois, les bonnes choses prennent leur temps avant d’éclore… Ok, j’arrête les expressions toutes faites… Mais que voulez-vous, je n’ai pas le talent littéraire de cet auteur qui, sans avoir une plume de génie, nous emballe son humour avec assez de brio pour que l’on puisse apprécier ce dernier à son entière et juste valeur.

Pourquoi J’Ai Mangé mon Père n’est donc pas du tout un livre à réserver à ceux qui passent leur week-end au Muséum. Non, il s’agit vraiment d’un de ces rares livres qui arrivent à vous arracher un vrai éclat de rire lors de sa lecture. Et ça, c’est un vrai bonheur.

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