LA REGLE DE QUATRE (Ian Caldwell et Dustin Thomason) : Mystères à la bibliothèque

laregledequatreLes livres sont des objets dont l’aura dépasse largement leur utilité première. Ils ont quelque chose de sacré. Dans de nombreuses histoires, un livre devient un objet de convoitise car le texte qu’il contient recèle des trésors cachés, quand ce n’est pas le sens de l’univers. C’est vrai dans la fiction, mais parfois même dans la réalité, quand on voit, par exemple, la fascination exercée par les Manuscrits de la Mer Morte. La Règle de Quatre, un polar plutôt réussi, se situe dans cette tradition.

A Princeton, deux étudiants, Tom et Paul, travaillent d’arrache-pied sur l’étude du Songe de Poliphile, ou Hypnerotomachia Poliphili de son petit nom latin. Une étude qui tourne vite à la fascination, tant ce livre semble receler de mystères. Des mystères auxquels d’autres avant eux se sont attaqués, notamment le père de Tom, que des rivalités entre professeurs aura entraîné vers la mort. Pardonnera-t-on à ses successeurs d’être si prêt du but ? 

La Règle de Quatre est un polar dont l’intrigue se situe à deux niveaux. D’une part, il y’a la quête des deux étudiants, cherchant à percer les mystères contenus par l’ Hypnerotomachia Poliphili, d’autre part, les évènements que leurs avancées semblent provoquer. On en découvre peu à peu le sens, qui a un lien avec le passé des personnages, en se demandant bien sûr qui est derrière tout cela. Double intrigue, double plaisir.

C’est surtout cette richesse qui donne tout son intérêt à La Règle de Quatre. Car les deux aspects sont traités avec un certain classicisme et sans être par ailleurs exceptionnel. Ce livre est vraiment un tout dont le charme vient de l’articulation entre différents éléments qui forment un puzzle un peu comparable à celui proposé par Hypnerotomachia Poliphili (toute proportion gardée). L’ambiance feutrée d’une grande université américaine, les mystères de la Renaissance italienne, tout cela participe à un certain dépaysement, que vient renforcer un certain ésotérisme.

Ian Cadwell et Dustin Thomason mêle une grande érudition historique (l’ Hypnerotomachia Poliphili existe réellement) avec un sens du mystère et une grande imagination. On se rapproche ainsi un peu du Da Vinci Code. Mais si on doit rapprocher La Règle de Quatre d’un livre plus connu, on s’approche beaucoup plus de la Neuvième Porte, porté à l’écran par Roman Polanski. Il se situe en retrait de ces deux œuvres à la renommé supérieur, mais reste encore une fois une œuvre très agréable à lire.

Bon, je ne sais pas vraiment comment on fait pour écrire à deux, mais en tout cas les deux auteurs nous livrent un style très agréable. A l’image du livre, ce n’est pas non plus exceptionnel, mais largement suffisant pour se laisser lire avec plaisir. La Règle de Quatre laisse une large place au dialogue et garde toujours une plume très vivante. On pourra peut-être reprocher un petit trou d’air après un début très prometteur. Mais heureusement, l’intrigue remonte en puissance rapidement et le dénouement est vif, clair, pas forcément hyper surprenant, mais sûrement pas décevant.

La Règle de Quatre pourra donc séduire tous les amateurs de polar un rien ésotérique. Ian Caldwell et Dustin Thomason ne sont peut-être pas Dan Brown, mais se défendent sur un marché du genre relativement pléthorique.

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