LORD GAMMA (Michael Marrak) : Un dénouement comme on aimerait en voir plus souvent

lordgammaPlonger ses personnages, et ainsi son lecteur, brutalement dans une situation mystérieuse et étrange est un procédé narratif classique et qui fonctionne plutôt bien. L’auteur joue ainsi sur notre désir de compréhension ce qui semble inexplicable dans un premier temps. Les indices s’accumulent, dévoilant parfois une partie du mystère, mais pour souvent en remettre une bonne couche également. Tous les fans de Lost connaissent bien le procédé. Mais voilà, il arrive un moment où il faut tout dévoiler, tout expliquer et surtout donner une cohérence à l’ensemble. C’est généralement à ce moment que les choses se corsent et souvent, la déception est au rendez-vous. Cela aurait pu être le cas avec le roman Lord Gamma de Michael Marrak. Mais au final, c’est tout l’inverse qui se produit.

Stan Ternasky suite une route qui semble sans fin dans un décor désertique où le soleil est figé en crépuscule perpétuel. Une route uniquement ponctuée de bunkers dans lesquels vivent les clones (dont le sien) des passagers de l’avion dans lequel il se trouvait dans son dernier souvenir « terrestre ». Parmi eux, il doit à chaque fois retrouver Prill, sa compagne, et la convaincre de partir avec lui pour qu’il puisse vérifier si elle est bien le clone qu’il recherche. Tout cela sur les instructions du mystérieux Gamma qui communique avec lui par l’intermédiaire d’un poste de radio.

Lord Gamma présente la particularité d’être un roman de science-fiction allemand. Bon, cela reste au final anecdotique, mais assez rare pour être signalé. C’est surtout un excellent roman, bien meilleur que ce que laissent penser ses deux premiers tiers. En effet, passée la surprise initiale, on est qu’assez peu convaincu par la suite des évènements et par les débuts d’explications qui nous sont apportées. On s’imagine alors facilement que tout cela va se terminer en eau de boudin, dans une révélation confuse, incohérente et difficilement crédible.

Or, il n’en est rien. Michael Marrak prend le temps de tout expliquer et arrive remarquablement à recoller les morceaux de manière claire et convaincante. Si Lord Gamma n’est pas le roman de science-fiction du siècle, cela fait vraiment plaisir de trouver un auteur qui ne se contente pas de faire monter la sauce et qui se soucie de la cohérence des éléments dont il s’est servi pour accrocher le lecteur. Cela permet de rester sur une très bonne impression, sans aucune frustration et c’est très agréable, surtout que c’est malheureusement trop rare.

Lord Gamma enchaîne les passages tournés vers l’action et ceux plus descriptifs, où nous partageons les interrogations de Stan sur le pourquoi du comment de ce qu’il est en train de vivre. Le roman alterne également les chapitres entre ceux plus longs qui décrivent l’intrigue principal et ceux plus courts qui nous font vivre les premiers instants du personnage principal dans ce monde étrange. Cela contribue à éviter toute monotonie dans le récit et permet de passer sans problème même les passages un peu plus faibles.

Le style de Michael Marrak sans être exceptionnel est clair et vivant. Bien sûr, il plonge parfois le lecteur dans la perplexité à certains moments, mais le dénouement révèlera que cela provient bien d’une vraie démarche volontaire, totalement maîtrisée, non de défauts de la narration. Comme tout récit situé dans un monde imaginaire, les descriptions sont nombreuses mais elles se concentrent sur l’essentiel, étant avant tout informatives et non prolongées pour le simple plaisir. La fin prend la forme d’une longue explication, mais comme elle donne du sens à tout le reste, on la dévore avec avidité.

Lord Gamma n’est donc pas le roman de science-fiction du siècle, mais il possède certaines qualités rares qui raviront les amateurs du genre.

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