L’ENTERREMENT DE MONSIEUR BOUVET (George Simenon) : Ma première rencontre avec une très grande plume

lenterrementdemonsieurbouvetMa mère est une grande admiratrice de George Simenon et d’Agatha Christie. Il y a toujours eu de nombreux romans de ces deux auteurs dans les rayonnages de nos bibliothèques. Mais si j’ai déjà lu un grand nombre des livres de la maman d’Hercule Poirot, à 32 ans, je n’avais jamais ouvert un de ceux de l’écrivain belge. C’est désormais chose faite avec l’Enterrement de Monsieur Bouvet

Monsieur Bouvet est un homme sans histoire, apprécié de ses voisins et de sa concierge. Alors quand il meurt subitement, tout le monde s’imagine que tout se passera simplement. Jusqu’au moment où une femme se fait connaître et prétend que le défunt ne s’appelle pas Monsieur Bouvet et qu’il était son mari, disparu mystérieusement des années de cela.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet est un roman plutôt court. On peut le classer dans le genre policier, même s’il ne s’agit pas ici de trouver un coupable, mais de déterminer la réelle identité d’un macchabée. Le rebondissement que je présente dans le synopsis n’est que le premier d’une longue série, la vérité ultime n’était connu que dans les dernières pages du roman. De ce point de vue, ce livre pourrait s’apparenter des romans de gare et autres séries noires qui ont connu leur heure de gloire dans les années 60. Mais, il reste tout de même une différence de taille.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet est écrit par une des plus belles plumes de la littérature francophone et cela se ressent à chaque page. Un style incomparable qui donne une plus-value énorme à ce roman. Il ne s’agit sûrement pas de plus grand chef d’œuvre de cet auteur, mais on mesure tout de même facilement à qui on a affaire. L’écriture est contemporaine, rien à voir avec le style puissant d’un Hugo, ou d’un Zola, cependant, il en émane cette part du génie qui ne s’explique pas et ne peut que se ressentir.

Au-delà de ça, l’Enterrement de Monsieur Bouvet nous propose une histoire agréable à suivre, à défaut d’être totalement passionnante. On pourrait s’attendre à ce que les révélations se multiplient et se contredisent, avant que l’on découvre le fin mot de l’histoire et qui ment et pourquoi. Il n’en est rien. Ce roman ressemble plutôt à un puzzle dont les pièces s’assemblent peu à peu, mais dont aucune ne finit pas par trouver sa place. Il s’agit ainsi d’une sorte de biographie à l’envers, du récit d’une vie qui se reconstruit en partant de la fin. Enfin quand je dis une, le Monsieur Bouvet en question en a vécu plus d’une.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet est aussi l’occasion pour George Simenon de nous livrer un tableau de son époque et surtout des personnages qui l’habitent. L’autre grande force de ce roman, en dehors du style, c’est cette galerie de personnages finement croquée et livrée au lecteur avec un rare talent. Des personnages ordinaires, mais qui prennent vie et relief sous la plume de cette figure majeure de la littérature du 20ème siècle.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet peut donc constituer une très bonne porte d’entrée à une œuvre qui emmène parfois le lecteur dans des recoins beaucoup plus sombres et inavouables de la nature humaine (enfin pour ce que j’en sais… et pour les adaptations cinématographiques que j’ai pu voir). Un roman presque léger et anodin, même s’il possède des qualités extraordinaires.

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