MOTEL 007 (Ian Fleming) : James Bond vu par la une James Bond Girl

motel007Poursuite de l’exploration des romans originaux écrits Ian Fleming et mettant en scène le plus célèbre espion, avec ce dixième roman de la série des James Bond : Motel 007. Peut-être le plus anecdotique et qui s’apparente plus à une longue nouvelle, mais aussi le plus original sur la forme.

Vivienne Michel doit garder un motel pour la nuit avant le retour des propriétaires le lendemain. Frappent alors à sa porte deux hommes qui se font passer pour des experts en assurance, mais qui se révèlent bientôt être en fait deux gangsters chargés de mettre le feu au bâtiment et de maquiller ça en accident dont la jeune femme serait responsable. Un plan simple, mais qui n’avait pas anticipé l’arrivée impromptu d’un voyageur anglais.

Motel 007 a comme titre original « The Spie who Loved Me », soit en français, l’Espion qui m’aimait. Le amateurs de James Bond auront reconnu le titre d’un des films, mais ne verront pas vraiment le rapport entre le synopsis du livre et celui du film. C’est tout à fait normal car il n’y en a aucun. Ian Fleming était tellement mécontent de son roman qu’il a demandé aux producteurs de ne reprendre que le titre et rien qui soit en rapport avec l’histoire originale… Ce qui fut fait…

Il est vrai que Motel 007 n’est certainement pas un grand roman. En dehors de tout autre contexte, il n’aurait même aucun intérêt. Simplement, Ian Fleming a essayé ici de proposer une forme totalement différente des autres épisodes de la série. En effet, le récit est raconté à la première personne, mais le narrateur n’est en rien James Bond, mais Vivienne Michel. D’ailleurs, elle commence par raconter sa vie depuis sa naissance et ses différentes mésaventures sentimentales et on se demande bien alors quel sera le rapport avec notre agent secret préféré. Ce dernier n’interviendra que dans seconde moitié du roman.

L’idée à la base de Motel 007 aurait pourtant pu se révéler excellente. En effet, elle permet de voir ce personnage déjà fort célèbre à l’époque avec un regard extérieur. Ce dernier se caractérise notamment par son charme irrésistible et ses conquêtes féminines multiples (même si ce trait de caractère est né avec l’adaptation cinématographique et n’était pas du tout omniprésent dans les premiers romans). Du coup, adopter le regard d’une « James Bond Girl » aurait pu vraiment casser la routine de cette série de romans d’espionnage au final très classique sans la renommée de son personnage principal.

Malheureusement l’idée reste totalement sous-exploitée. La faute à une intrigue très simpliste et qui ne ménage quasiment aucun suspense. On se doute bien que les deux gangsters de bas étage ne vont pas triompher d’un espion de haut niveau qui d’ailleurs vient se jeter dans la gueule du loup en toute confiance. En plus, cette partie où l’action commence enfin n’occupe que le dernier tiers d’un roman certes très court, mais qui ne nous avait pas du tout passionné jusqu’à présent. Cela met un peu d’animation, mais cela ne soulève toujours pas le grand enthousiasme.

Restent tout de même quelques réflexions sur ce bel étranger qui fascine immédiatement la narratrice. Mais là encore, ça reste très basique. On sent bien là les limites du talent de Ian Fleming qui a donné naissance à un personnage légendaire, mais plus par hasard que par le talent de sa plume. L’idée de base était bonne, mais il se montre incapable d’en tirer le maximum, de véritablement faire preuve d’humour, d’originalité ou d’auto-dérision. Le fait qu’il est lui même était très insatisfait du résultat montre bien à quel point Motel 007 est passé à côté de quelque chose qui aurait pu vraiment se démarquer du reste de la série.

Au final, Motel 007 est un objectivement un mauvais roman, mais aussi une curiosité littéraire qui pourra titiller celle des fans du mythe.

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