LA MENTEUSE EST SANS PITIE (Loren D. Estleman) : Complexité de gare

lamenteuseestsanspitieJe l’ai déjà évoqué dans ces critiques, mais j’ai un faible pour la littérature du gare. Attention, au sens noble du terme, c’est à dire des récits courts, souvent policiers ou d’espionnage, imprimés sur du papier de qualité médiocre et destinés à être lu pendant les voyages ferroviaires. On peut prendre ça pour de la sous-littérature, mais c’est aussi un univers riche et foisonnant. La crème de la crème du genre se retrouvait sûrement dans la collection Série Noire des éditions Gallimard. Vous y trouverez notamment La Menteuse est Sans Pitié, de Loren D. Estleman.

Amos Walker, détective privée, est embauchée par une star de cinéma. Sa mission : retrouver le parrain de la mafia avec lequel elle sortait avant qu’il ne disparaisse et avec lequel elle voudrait solder les comptes pour reprendre sa liberté. Mais il va vite s’avérer que ceci n’est qu’un test et qu’une toute autre mission l’attende. Et un tout autre employeur.

La Menteuse est Sans Pitié possède une caractéristique assez fréquence dans ce genre de littérature. Au final, on ne voit pas très bien pourquoi ce titre a été choisi. Peut-être que c’est juste une mauvaise traduction du titre orignal, « Sweet Women Lie ». Ce n’est pas très important mais c’est amusant de le noter. Bon, il est vrai qu’il ait beaucoup question de femmes et de mensonges dans ce roman.

La Menteuse est Sans Pitié est en fait beaucoup plus complexe que la plupart des romans de ce type. C’est à la fois sa plus grande originalité, mais aussi sa plus grande faiblesse. Car du coup, il se retrouver un peu les pages entre deux chaises. Le résultat est donc un peu bancal avec par exemple les personnages un rien caricaturaux et dont la psychologie est assez peu fouillée, mais qui se retrouvent à entretenir des relations à tiroir. Du coup, on ne sait pas trop si Loren D. Estleman a eu trop ou au contraire pas assez d’ambition.

La conséquence la plus fâcheuse de tout ça est que La Menteuse est Sans Pitié n’est pas hyper clair dans son dénouement. Il y a beaucoup de rebondissements, de double-jeu, de trahisons diverses et variées. Mais quand toute la vérité se fait, on n’est pas sûr d’avoir bien saisi les motivations de chacun. Bref, ce n’est pas hyper convaincant et amène une petite déception, puisque ce qui avait précédé avait plutôt piqué notre curiosité.

Cette légère confusion est donc due en partie à la complexité de l’intrigue, mais aussi au style de Loren D. Estleman qui n’aide pas toujours. Le style est moins épuré que la plupart des auteurs de cette catégorie. Les dialogues sont eux aussi plus complexes qu’à l’accoutumée, mais cela ne constitue pas qu’un bien. On lutte toujours un peu pour rester accroché à cette intrigue à tiroirs et du coup, on n’a pas vraiment le temps de rentrer complètement dedans et de se laisser porter. Souvent, un bon roman de gare se dévore, là il faut vraiment le lire.

Je terminerai sur un point vraiment positif. La Menteuse est Sans Pitié est raconté à la première personne, le narrateur étant le détective privé. Il ne se gêne pas pour faire des remarques sur ce qu’il pense des autres personnages et des situations. Il le fait toujours avec un certain détachement, mi-ironique, mi-désabusé. Cela apporte une pointe d’humour subtil et surtout un peu de personnalité à ce récit. Du coup, son personnage est le seul ayant vraiment de l’épaisseur et nous inspirant un minimum de sympathie.

La Menteuse est Sans Pitié pourra donc contenter les fans de la collection série noire et les amateurs de littérature de gare. Mais, on doit bien admettre qu’on a fait beaucoup mieux dans le genre.

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