MORT D’UNE HEROINE ROUGE (Qiu Xiaoling) : Au coeur d’un système absurde

mortduneheroinerougeLes romans policiers se distinguent généralement par leur suspense. Mais ce dernier peut provenir de deux types de construction de l’intrigue. Soit, on se demande jusqu’à la dernière page qui est le coupable. Soit, on se demande jusqu’à la dernière page comment celui qui mène l’enquête va enfin pouvoir prouver la culpabilité de celui qu’il pourchasse. En gros, c’est la différence entre les enquêtes d’Hercule Poirot et celles de l’inspecteur Columbo. Mort d’une Héroïne Rouge, premier roman de Qiu Xiaolong, fait partie de la deuxième catégorie, nous plongeant au cœur du fonctionnement de la société chinoise.

Le corps de Hongying est repêchée dans le canal, après avoir été visiblement violée et étranglée. Elle n’est pas n’importe qui, mais une Travailleuse Modèle de la Nation, soit une jeune fille censée être la communiste parfaite. L’enquête des inspecteurs Chen et Yu va donc se dérouler sous le regard attentif des cadres du parti. Ces derniers ne vont pas leur faciliter la tâche quand le principal suspect s’avère être le fils de l’un d’entre eux.

Qui Xiaolong est un chinois réfugié aux Etats-Unis. Son père, professeur, avait été victime de la Révolution Culturelle et lui-même avait été interdit d’études. Il s’est néanmoins accroché, a réussi à apprendre l’anglais malgré tout et a obtenu le droit de passer un an à l’université de Saint-Louis en 1988. Mais les évènements de la Place Tian’anmen l’année suivante lui feront choisir l’exil définitif. Ce parcours n’a rien d’anecdotique pour comprendre son œuvre qui est visiblement très marquée par son parcours personnel. A travers, Mort d’une Héroïne Rouge, il cherche à nous décrire, avec beaucoup d’intelligence, ce qu’il a fui, c’est à dire un système hyper administratif et totalement hypocrite.

Mais le plus grand mérite de Qui Xialong dans Mort d’une Héroïne Rouge est de faire tout ça avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, et surtout beaucoup d’humour. Il cherche à nous démontrer l’absurdité du système. Ses personnages portent un regard assez désabusés sur les situations qu’ils vivent et on partage largement leur point de vue. On sourit donc beaucoup à la lecture de ces pages, même si on devine le côté assez monstrueux de cette société parfois écrasante. Il utilise l’ironie pour fustiger l’attitude des cadres du parti qui font tout pour échapper aux contraintes de politiques dont ils sont pourtant les garants. Ces aspects là du roman sont vraiment passionnant et apportent un vrai plus à l’intrigue.

En effet, à côté de ça la partie policière proprement dite est bien menée, mais sans rien de bien original. On aurait aimé pourquoi pas quelques fausses pistes, alors que l’intrigue se concentre vraiment sur la remontée d’une piste tournant autour d’un seul et même suspect. C’est un choix de départ, qui permet à Qiu Xialing de se concentrer sur l’autre aspect de Mort d’une Héroïne Rouge, mais mener les deux de front aurait rendu le roman encore meilleur. Mais que voulez-vous, on ne peut jamais tout avoir dans la vie.

Le style de Qiu Xialing est assez vivant. On suit l’avancée de l’histoire soit à travers la vision de l’inspecteur Chen ou celui de son collègue. Le récit est toujours à la troisième personne, mais on partage largement leurs pensées et leurs sentiments. Cela permet vraiment de rentrer au cœur de l’hypocrisie du système en montrant le décalage entre les apparences qu’il faut conserver et ce que pense vraiment les protagonistes. On parcourt donc Mort d’une Héroïne Rouge avec beaucoup de plaisir et de facilité.

Mort d’une Héroïne Rouge est le premier roman d’une série. S’il n’est pas parfait, ce point d’entrée donne vraiment envie de parcourir les tomes suivants. Cela tombe bien, j’en ai qui m’attendent dans ma bibliothèque.

 

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