SUR LA ROUTE : LE ROULEAU ORIGINAL (Jack Kerouac) : A l’épreuve de la route

surlarouterouleauoriginalAvant de rentrer dans le vif du sujet, il faut que j’explique de quoi exactement je vais vous livrer la critique. Il ne s’agit pas tout à fait du roman Sur la Route, tel qu’il est lu depuis sa publication en 1957. Il s’agit de sa première version, écrite du 2 au 22 avril 1951, sur des feuilles à calligraphie japonaise collée bout à bout pour former un seul et même rouleau de 36 mètre de long. On peut évidemment imaginer la tête de son éditeur quand Jack Kerouac lui a soumis ce texte sous cette forme… Il fut ensuite maintes fois retravaillé pour donner le roman tel qu’il est le plus connu.

Cet objet, ce fameux rouleau, a longtemps constitué un mythe. Il a notamment été vendu aux enchères pour un peu plus de 2 millions de dollars en 2001. La légende prétendait qu’il ne comportait aucune ponctuation, signe de la rapidité incroyable, de la ferveur quasi mystique avec lesquelles Jack Kerouac a écrit ce premier jet, où les personnages portent encore leurs vrais noms, en faisant donc pour le coup une réelle autobiographie. La publication de cette version mythique permet désormais à tout le monde d’y avoir accès.

Heureusement, Sur la Route dans sa version originale comporte bien une ponctuation tout à fait normale. Par contre, il compte 450 pages pour…un seul renvoi à la ligne… On ressent donc pleinement la frénésie de l’écriture de Kerouac. Simplement, si cela a quelque chose de fascinant, il faut bien avouer que cela rend la lecture de cette version parfois assez difficile. Si vous perdez le fil, vous pouvez vite vous retrouver quelque peu perdu. Surtout que ce roman est incroyablement touffu et dense. Mais affronter une légende ne peut se faire sans effort.

Il est donc difficile d’apporter une appréciation sur la qualité de cette version de Sur la Route. Il se dégage de cette œuvre une fièvre rare, mais sans doute trop peu communicative du fait de la difficulté pour le lecteur de suivre le rythme de son auteur. Mais au moins ce moment de l’histoire de la littérature a quelque chose d’unique, d’extraordinaire, pour ne pas dire de monstrueux. On en ressort quelque peu fatigué, mais avec la satisfaction d’avoir vécu une épreuve à nulle autre pareil.

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