LE BOUC EMISSAIRE (Daphné du Maurier) : Mon double, son château et moi

leboucemissaireEn littérature comme ailleurs, il y a des valeurs sûres. Parmi elles, Daphné Du Maurier. La romancière anglaise n’a pas écrit que des chefs d’œuvre de la dimension de l’Auberge de la Jamaïque. Elle a également signé de simples très bons romans comme le Bouc-Emissaire, qui, s’il n’a pas connu les joies d’une incontournable postérité, démontre tout la richesse de la bibliographie de son auteur.

Le Bouc Emissaire repose sur une idée que l’on retrouve dans de nombreuses fictions : deux inconnus, sosies pour le coup, qui se croisent et échangent leurs vies. Le récit repose sur plusieurs ressorts connus : les difficultés du narrateur pour masquer la supercherie, la volonté du remplaçant de réparer les erreurs et faiblesses de son alter-ego, le tiraillement entre l’envie de retrouver son existence d’avant et cette nouvelle vie qui offre de nouveaux horizons… Rien n’est vraiment original, ni terriblement surprenant, mais le tout fonctionne particulièrement bien.

La plume de Daphné Du Maurier reste de tout premier ordre. Le Bouc Emissaire se dévore, tant il est facile d’y rentrer et de parcourir les différentes péripéties. Le style est léger, agréable, toujours vivant. Les personnages sont très marqués, mais sans jamais tombé dans la caricature. Heureusement, car tout ce qui fait justement l’intérêt de ce genre de récit est justement la profondeur et l’ambiguïté de chacun d’eux et la manière dont la substitution de l’un d’entre eux fait ressortir la complexité des rapports qu’ils entretiennent. Les hypocrisies se retrouver révélés au grand jour et chacun est amené à voir l’autre d’un œil nouveau. Tout cela aurait pu vite tourner à la psychologie de bas étage, mais le talent d’une telle romancière repose justement sur la capacité pour trouver le bon équilibre entre une étude de caractères et un récit qui doit rester alerte, crédible et cohérent.

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