CHRONIQUE DES JO DE TOKYO: JOUR 3 : Dans la tête d’une championne olympique

Qu’est ce que ça fait de devenir championne olympique ? Voilà une question que les mordus de sport se sont souvent posés. Personnellement, elle m’est venue à l’esprit en suivant la course cycliste en ligne féminine ce matin, avec la victoire surprise de l’autrichienne Anna Kiesenhofer. Parce que même dans ses rêves les plus fous, elle n’avait jamais dû s’imaginer le devenir. Quand elle a attaqué avec quelques autres en début de course non plus. Dans une course « normale », cette tentative aurait été vouée à l’échec et elle le savait pertinemment.

Mais les kilomètres ont passé et les favorites en jouant à la plus maligne ont oublié de faire descendre l’écart qui les séparait des échappées. A quel moment a-t-elle commencé à y croire ? A quel moment a-t-elle vraiment compris que c’était gagné ? Son cerveau, porté par un corps certainement perclus de douleur par l’effort long et quelque peu surhumain, pouvait-il vraiment tenir un raisonnement ? N’importe qui a pu faire l’expérience de la difficulté à réfléchir quand on est fatigué, mais peu de gens ont expérimenté un tel degré d’épuisement. A-t-elle alors uniquement compris en franchissant la ligne souriante et hilare ? Ou alors est-ce quelques secondes plus tard, quand elle fut frappée de spasmes et de sanglots, sous l’œil indécent de la caméra, que l’idée a pu enfin pleinement prendre forme dans son esprit ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse claire et définitive à la question. Tout ceci restera donc fascinant, magique, mystérieux…

Et ce n’est pas Romain Cannone qui nous aidera à répondre à cette question. Le premier champion olympique de la quinzaine côté français a livré ses premières impressions au micro, du genre « je ne réalise pas ». Cela sonne un peu comme un poncif, mais ce billet montre bien que ce ne l’est peut-être pas après tout. Lui, non plus ne s’imaginait sûrement pas champion olympique en arrivant à Tokyo et même après avoir remporté son premier match, mais quand on est un Français en escrime, on ne monte quand même pas sur la piste pour faire de la figuration. En tout cas, il nous a livré, au-delà du résultat, un spectacle assez fascinant avec son style flamboyant et plein de malice. Après Luka Mkheidze, il a prouvé qu’il ne fallait pas forcément être un géant par la taille pour être un très grand champion.

Le cerveau des sportifs n’est pas mystérieux que dans la victoire d’ailleurs. Car ce soir, je me demande bien ce qui se passe dans la tête d’Annemiek van Vleuten, la dauphine d’ Anna Kiesenhofer. Elle était la grande favorite de la course. Une course qu’elle pensait avoir gagnée, ce qui l’a poussé à lever les bras en signe de victoire sur la ligne d’arrivée, devant les caméras du monde entier. Elle est aujourd’hui la risée du monde entier, surtout vu la suffisance avec laquelle a mené sa course, puis réagi à l’annonce de son non-triomphe ! Elle vient certes de remporter une médaille d’argent aux Jeux Olympiques, mais elle va rentrer dans la légende du sport par la porte du ridicule. Pas sûr que la joie soit ce qui domine aujourd’hui dans son esprit. Mais là encore, je n’aurais jamais vraiment la réponse. Et là encore, je ne m’en plains pas !

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