CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 16: Le grand pardon

Photo by JUNG Yeon-je / AFP

Je leur pardonne ! Oui, aujourd’hui, je peux enfin pardonner à tous les professeurs d’EPS qui m’ont forcé à jouer à ce sport horrible qu’est le volley-ball. Ceux qui me connaissent diront que j’aurais dû aimer un sport où on a rarement besoin de courir, mais je leur rappellerai que c’est avant tout un sport d’adresse et que la seule adresse qui je porte en moi est celle qui me permet de recevoir du courrier. Et puis, pendant longtemps, ce sport était une vraie plaie à regarder avec de longues séquences de reprises mutuelles de service, sans aucune évolution du score. C’est vrai que le nouveau système de pointage a rendu ça beaucoup plus sympathique à suvire, mais vous l’aurez compris, le volley-ball n’est pas mon sport préféré ! Sauf sans doute aujourd’hui !

Si la magie des Jeux s’éteindra demain pour trois ans, elle nous aura livré une avant-dernière journée qui rentrera dans l’histoire du sport français. Une journée parachevée par cette médaille d’or en volley-ball au bout d’un match et d’un suspense absolument incroyables. Un scénario qui démontre une nouvelle fois une vérité essentielle du sport de compétition : il ne faut jamais renoncer. Et les premiers à l’avoir démontré dans ce match sont les Russes qui, menés dans le troisième set après avoir perdu les deux premiers, ont su renverser la vapeur. Si, à un moment donné, l’Equipe de France a donné la sensation d’être un rouleau compresseur que rien n’arrête, l’Equipe de Russie (ou je sais, du Comité Olympique bla bla bla…) s’est muée à son tour en une force que rien ne semblait vouloir stopper. Franchement, quand elle a pris l’avantage d’entrée dans le tie-break, je pense qu’on était nombreux à penser que le match était déjà plié. Force est de constater qu’il ne l’était pas.

Le parcours de l’Equipe de France a ceci d’incroyable est qu’elle a répété encore et encore ce flirt avec la catastrophe, avant de l’emporter. Lors des qualifications pour les JO, pour sortir des poules, en quart de finale contre la Pologne et au cours de cette formidable finale. On se moque souvent des discours de ceux qui prétendent encore postuler à la victoire quand tout semble perdu. C’est vrai, ils ont alors plus de chance d’échouer que de réussir. Mais l’histoire de sport est jalonnée de ces retournements de situations qui en font la légende.

© FRANCK FIFE / AFP

Légendaire aurait pu être le renversement de situation qui aurait offert le titre olympique au Danemark en handball. Mais voilà, la logique finit parfois par être respectée. Mais s’offrir une dernière attaque pour aller en prolongation semblait hautement improbable quand la France menait de six buts, presque tranquillement. Les Danois ont continué d’y croire jusqu’au bout. Ils ont eu raison, même si l’histoire leur a finalement donné tort. Bravo à eux ! Et bravo à l’Equipe de France pour ce merveilleux troisième titre olympique, conquis de manière autoritaire et dominatrice.

Crédit: Getty Images

L’Equipe de France de basket féminin a eu raison d’y croire. Cette réflexion ne vient pas du déroulement du match, qu’elles auront mené de bout en bout, mais face à leur histoire récente. L’histoire d’une équipe échouant systématiquement au moment de gravir la dernière marche, avec cette incroyable série de cinq défaites de suite en finale du Championnat d’Europe. Mais cette fois, elles n’ont pas tremblé au moment de terrasser leurs deux bêtes noires (tiens, ce lieu commun aurait pu faire l’objet d’une chronique… j’y penserai dans trois ans). L’Espagne en quart de finale et la Serbie aujourd’hui pour remporter une très belle médaille de bronze.

©AFP/Thomas COEX

Les seuls perdants du jour, côté Français, ont eu aussi raison d’y croire. Pourtant, perdre au basket contre les Etats-Unis est presque quelque chose de normal. Même s’ils restaient sur deux victoires face à leurs adversaires, les Bleus ont tout simplement été battus par plus fort qu’eux. Mais ce qu’il y a d’enthousiasmant dans cette défaite, c’est qu’ils ne vont pas rejoindre la longue liste des perdants magnifiques qui fait la légende du pays de Poulidor. En effet, jusqu’à la dernière seconde, ils ont joué comme des vainqueurs potentiels et auront tout donné pour arracher la médaille d’or malgré l’adversité. Cet état d’esprit, qui n’a pas toujours caractérisé les Equipes de France, est de celui qui prépare les scénarios improbables, comme celui vécu par les volleyeurs aujourd’hui.

Demain, on espère tous l’équipe de France féminine de handball se joindra à la fête. Je n’ai jamais trop aimé non plus jouer au handball en EPS. Mais là aussi, je suis prêt à tout pardonner !

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