LA NUIT DU 12 : Mal ordinaire

La Nuit du 12 Affiche

Le film noir est une grande tradition française au même titre que la baguette de pain et les discussions interminables en terrasse. La tradition est peut-être moins forte que dans les années 60 ou 70, mais certains cinéastes hexagonaux la font perdurer. Parmi eux, Dominik Moll est sans doute celui qui contribue le plus à entretenir la flamme. Par la qualité plus que par la quantité, puisque la Nuit du 12 n’est que son 7ème film en près de 30 ans de carrière, 3 ans après Comme des Bêtes et 23 ans après Harry, un Ami qui Vous Veut du Bien qui a vraiment lancé sa carrière. Cela ne surprendra personne de savoir qu’il ne s’agit pas d’une comédie, mais d’une histoire de meurtre irrésolu (c’est dit dès les premières secondes, je ne spoile rien) venant hanter l’inspecteur en charge de l’enquête. Une histoire qui porte surtout un regard interrogatif sur nos comportements envers autrui.

Evil next door

La Nuit du 12 s’intéresse plus particulièrement aux rapports de séduction entre les hommes et les femmes. Surtout à l’attitude méprisante que la gent masculine peut adopter avec celles qu’elle qualifiera un peu rapidement de faciles. Un sujet dans l’air du temps, mais traité ici avec assez de pertinence pour ne pas y voir qu’une volonté d’aller dans le sens du vent. Un propos qui aurait pu paraître également caricatural s’il était porté avec moins d’intelligence. Le thème de ce film est au fond « les tueurs sont des gens ordinaires ». Cela place cette histoire de meurtre dans une réalité beaucoup plus médiocre, mais infiniment plus réaliste, que celle qui transparaît d’habitude des films de ce genre. Les assassins sont en effet rarement des génies pervers. Rarement des gens extraordinaires, au sens premier du terme. Rien ne les distingue en particulier au quotidien. C’est ce que ce film vient rappeler avec force.

Copyright Haut et Court

Dominik Moll offre à Bastien Bouillon son premier grand rôle comme tête d’affiche. Ils avaient déjà collaboré sur Comme des Bêtes. Il livre une performance remarquable, trouvant le bon équilibre dans ce personnage taiseux, mais pourtant torturé. Il est aidé par la présence de Bouli Lanners, qui lui sert d’alter ego. Le contraste entre les deux fonctionne parfaitement pour donner définitivement à cette histoire un caractère profondément humain. La Nuit du 12 bénéficie aussi pleinement de la capacité de son réalisateur à créer une ambiance particulière et saisissante. On entre dans ce film et il nous enserre totalement pour nous plonger profondément dans l’histoire. On ne sent pas oppressé, mais un peu plus que simple spectateur. Jamais, Dominik Moll ne tombe dans les effets de manche classiques des thrillers. Tout est dans la subtilité artistique et narrative, mais le résultat n’en est pas moins d’une grande force. Il est définitivement un réalisateur rare mais majeur du cinéma français.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Dominik Moll
Scénario : Dominik Moll et Gilles Marchand, d’après le livre 18.3 – Une année à la PJ de Pauline Guéna
Musique : Olivier Marguerit
Décors : Michel Barthélémy
Costumes : Dorothée Guiraud
Photographie : Patrick Ghiringhelli
Montage : Laurent Roüan
Production : Barbara Letellier et Carole Scotta
Durée : 114 minutes

Casting :
Bastien Bouillon : capitaine Yohan Vivès
Bouli Lanners : Marceau
Théo Cholbi : Willy
Johann Dionnet : Fred
Thibaut Evrard : Loïc
Julien Frison : Boris
Paul Jeanson : Jérôme
Mouna Soualem : Nadia
Pauline Serieys : Stéphanie (Nanie), la meilleure amie de Clara
Lula Cotton-Frapier : Clara
Royer Charline Paul : Mme Royer
Matthieu Rozé : M. Royer
Baptiste Perais : Wesley Fontana
Jules Porier : Jules Leroy
Nathanaël Beausivoir : Gabi Lacazette
Benjamin Blanchy : Denis Douet
Pierre Lottin : Vincent Caron
Camille Rutherford : Nathalie Bardot
David Murgia : Mats
Anouk Grinberg : la juge
Nicolas Jouhet : Tourancheau
Marc Bodnar : commissaire de la PJ

Fiche Allociné : https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=295635.html

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