On mesure souvent la qualité d’un jeu d’acteur à l’émotion véhiculée par un visage et des expressions, par la manière dont l’intonation, le timbre d’une voix sublime un texte. On oublie aussi souvent que le corps d’un comédien constitue aussi un élément déterminant de sa performance. Evidemment, certains sujets mettent particulièrement en avant cet état de fait. Le rapport au corps est un thème pas toujours facile, mais qui a donné de très beaux films au cours de l’histoire du 7ème art. Girl est à ajouter à cette longue liste. Il prouve surtout encore une fois la capacité du cinéma belge de nous offrir des films audacieux et de très grande qualité.
Girl repose avant tout sur son personnage principal. Cependant, il ne se contente pas d’être un film portrait. Il traite à travers lui de nombreux sujets dont la portée est bien plus universelle qu’un simple destin individuel. Ce mélange d’attachement profond à une jeune fille que l’on apprend à connaître et d’une réflexion profonde donne toute sa richesse à ce film. Ce dernier interroge le spectateur, peut le troubler et lui apporte aussi beaucoup d’émotion directe et sincère. Le tout se terminera avec une scène qui peut difficilement laisser indifférent. Un moment d’intensité dramatique rare qui laisse le spectateur sur une sensation forte et profondément marquante.
Girl repose ainsi beaucoup sur la performance extraordinaire du jeune Victor Polster. C’est tout son être qu’il offre au film, son corps, mais aussi certainement une partie de son âme. Il est évident qu’un tel rôle ne laisse pas indemne et qu’il le marquera profondément. Il permet surtout au spectateur de découvrir une comédien hors du commun qu’on a hâte de revoir. La réalisation de Lukas Dhont est d’une rare élégance. Sa caméra reste très pudique, alors que le corps de ses personnages jouent un rôle central. Elle trouve la bonne distance pour faire de ce film un film aussi beau qu’il est intéressant. Seul bémol, un rythme de narration parfois un peu faible et qui nous fait parfois flirter avec l’ennui. Avec un petit quart d’heure de moins, ce long métrage aurait été tout simplement inoubliable.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Frakas productions, Topkapi films Réalisation : Lukas Dhont Scénario : Lukas Dhont, Angelo Tijssens Montage : Alain dessauvage Photo : Frank van den Eeden Distribution : Diaphana Musique : Valentin Hadjadj Directeur artistique : Philippe Bertin Durée : 105 min
Casting : Victor Polster : Lara Aieh Worthalter : Mathias Oliver Bodart : Milo Tjmen Govaerts : Lewis Katelijne Damen : le médedin Valentijn Dhaenens : Le psy Magali Elali : Christine
La chance du débutant existe-t-elle ? Vous avez quatre heures… Allez épargnons-nous ce débat passionnant, mais un peu vain. Et reconnaissons simplement l’immense talent de Gilles Lellouche en tant que réalisateur. Certes, nous n’avons à ce jour qu’un seul film pour en juger (bon techniquement, ce n’est pas tout à fait vrai, j’admets… passons…), mais Le Grand Bain est d’assez grande qualité pour lancer cette affirmation sans avoir trop peur de se tromper. Un condensé d’humour et de gravité particulièrement enthousiasmant qui donne envie de se jeter à l’eau. Gilles Lellouche l’a fait en osant passer seul de l’autre côté de la caméra et on ne pourra que le remercier de cette heureuse initiative.
Le Grand Bain bénéficie en premier lieu d’un excellent scénario. Il est remarquablement bien écrit, nous offrant une fantastique galerie de personnages. Et surtout, il ne se contente pas d’une série de portraits. L’histoire offre de vrais rebondissements et quelques jolis changements de perspective. On ne s’ennuie pas une seule seconde et on se demande jusqu’au bout où le récit va nous mener. Mais la plus grande qualité de ce scénario reste sa richesse. En effet, si on rit énormément, le film nous dévoile également le côté le plus pathétique des protagonistes, sans jamais rien édulcorer. Et ses opposés se marient ici dans une parfaite synergie pour nous livrer un résultat particulièrement étonnant et détonnant.
Mais la qualité de Le Grand Bain ne s’arrête pas là. Le film est aussi admirablement réalisé. La scène finale de ballet est un modèle à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Si on ajoute à cela une direction d’acteur totalement maîtrisée (Benoît Poelvoorde ne cabotine jamais…), on ne peut que saluer la qualité artistique du cinéaste Gilles Lellouche. Certes, il bénéficie d’un casting relativement hors du commun, ce qui facilite grandement la tâche, mais il tire tout le monde vers le haut, même les rôles bénéficiant d’un interprète moins prestigieux sont remarquables. Le tout donne un grand moment de bonheur cinématographique dans lequel chacun pourra plonger sans aucune retenue.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Chi-fou-li productions, Cool Industrie, StudioCanal, TF1 Films production, Artémis productions, Voo, BeTV, RTBF Réalisation : Gilles Lellouche Scénario : Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini Montage : Simon Jacquet Photo : Laurent Tanguy Décors : Florian Sanson Distribution : StudioCanal Musique : John Brion Durée : 118 min
Casting : Félix Moati : John Philippe Katerine : Thierry Mathieu Amalric : Bertrand Benoit Poelvoorde : Marcus Guillaume Canet : Laurent Jean-Hugues Anglade : Simon Virginie Efira : Delphine Leïla Bekhti : Amanda Marina Foïs : Claire Alban Ivanov : Basile
Envoyer un homme sur la lune reste un de plus grands accomplissements de l’humanité. Il est étonnant que cet événement planétaire occupe finalement une place assez congrue au cinéma. C’est désormais moins vrai avec First Man, le nouveau film de Damien Chazelle. Avec ce film, le réalisateur de La La Land, explore de nouveaux horizons. On pouvait espérer qu’il nous emmène plus haut et plus loin, suivant les traces de la mission Apollo. Au final, il nous livre un bel objet cinématographique, mais un peu froid. Un peu comme un clair de lune donc.
En nous offrant un film où la musique n’occupe pas le rôle central, Damien Chazelle a pris le risque d’abandonner ce qui avait fondé jusqu’à présent son succès. Mais en faisant ce choix, il a aussi perdu un peu de sa personnalité artistique. First Man reste un film d’un grand classicisme, sur la forme et sur le fond. Certes, le scénario nous parle de l’homme derrière le héros, brisant l’icône pour nous montrer toutes les failles qui le traversent. Mais tout cela est fait de manière assez froide et distancée. On ne retrouve pas ici dans le personnage de Neil Armstrong, les émotions sublimées qui parcouraient le batteur de Whiplash. Du coup, le spectateur n’en ressent pas autant qu’il aurait espéré.
D’un point de vue purement formel, First Man reste une très belle leçon de cinéma. Chaque plan est finement ciselé et ne peut être l’œuvre que d’un grand réalisateur. C’est beau, c’est incontestable, mais d’une manière totalement académique. On est admiratif certes, par contre jamais emporté ou totalement enthousiaste. La performance de Ryan Gosling est à l’image du film. Parfaite, mais peut-être trop. Il fait étalage de tout son talent, mais ne semble jamais avoir été poussé dans ses derniers retranchements. Bref, tout cela manque d’un petit supplément d’âme qui distingue les excellents films, ce qu’il est, des grands films marquants. Du coup, j’ai très envie de revoir l’Etoffe des Héros…
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Universal Pictures, DreamWorks, Temple Hill, Perfect World Pictures Distribution : Universal Pictures International Réalisation : Damien Chazelle Scénario : Josh Singer, inspiré de la biographie de James R. Hansen Montage : Tom Cross Photo : Linus Sandgren Décors : Nathan Crowley Musique : Justin Hurwitz Durée : 141 min
Casting : Ryan Gosling : Neil Armstrong Claire Foy : Janet Armstrong Jason Clarke : Ed White Kyle Chandler : Deke Slayton Corey Stoll : Buzz Aldrin Patrick Fugit : Elliott See Ciaran Hinds : Bob Gilruth Olivia Hamilton : Pat White Lukas Haas : Mike Collins
Ce n’est pas un, mais trois livres dont je vais vous parler dans cette critique. Non, en fait, c’est un seul et même livre, à savoir le deuxième tome des Aventuriers de la Mer. Du moins de son édition originale, ce qui correspond aux tomes 4, 5 et 6 de l’édition française. Comme souvent pour de l’heroic fantasy, il a été fait le choix de découper arbitrairement une œuvre pour éviter d’avoir à vendre un gros pavé, brisant son équilibre naturel. Lire les trois à la suite permet donc de rétablir les intentions originelles de Robin Hobb. Et surtout de les apprécier à sa juste valeur. (NB : le roman existe aussi dans une édition : l’Intégrale qui rétablit le découpage d’origine)
Le milieu d’une trilogie constitue souvent un moment faible. Ou du moins de calme avant la tempête. Ce n’est pas vraiment le cas ici, l’histoire ayant eu un peu de mal à démarrer lors du premier volet. On est plutôt sur un rythme de croisière (c’est le cas de le dire ici) qui nous permet de mieux connaître les personnages et de les voir évoluer et prendre de l’épaisseur. On est désormais à l’aise dans cet univers (ou du moins partie de l’univers, puisque les événements se situent dans le même monde que l’Assassin Royal) et on peut apprécier pleinement les péripéties nombreuses et variées que vivent les nombreux personnages.
Ce deuxième volet des Aventuriers de la Mer est un récit choral, avec plusieurs fils narratifs qui avancent en parallèle autour de protagonistes séparés dans l’espace. Il s’agit là d’un procédé classique de la fantasy, mais pas toujours aussi bien utilisé que Robin Hobb. On s’attache plus ou moins à chaque sous-histoire, mais au moins on peut leur connaître toujours une grande cohérence et une même profondeur. Le récit est riche et très prenant, à défaut d’être terriblement passionnant. En tout cas, on termine cette lecture en étant impatient d’appareiller pour le dernier volet.
Je suis un homme discipliné et fidèle. D’autres diront psychorigide, mais ce sont de bien mauvaises langues. Donc comme je suis un fidèle discipliné de l’univers Marvel, je vais voir tous les films se situant dans celui-ci. Le plus souvent pour le meilleur heureusement, mais quelque fois, il faut bien l’admettre, pour le pire. C’est bien à ce dernier auquel je m’attendais en allant voir Venom, vue la réception critique désastreuse qu’il a connue. Mais l’avantage de ne rien d’espérer d’un long métrage, c’est que qu’on ne peut pas être déçu. On ne peut être qu’agréablement surpris. Dans le cas présent, ce ne fut pas non plus une très bonne surprise, mais une petite surprise quand même.
En fait, Venom est tellement bourré de défauts qu’il en devient quelque peu attachant. Rien ne fonctionne, tout est maladroit, le cul entre deux chaises. Mais au moins, le spectateur est régulièrement surpris par le résultat. L’humour est symptomatique. On rit parfois aux éclats, mais on ne sait jamais trop si c’est du film ou avec ce film. Le mieux est donc d’arrêter de se poser des questions est d’apprécier de rire tout simplement. Ce n’est pas avec cette production Marvel qu’on se fera des nœuds au cerveau et ce n’est pas plus mal parfois. A côté de ça, il faut reconnaître que le scénario n’est pas non plus très intéressant et les personnages secondaires n’apportent vraiment pas grand chose.
Reste le plaisir de voir Tom Hardy rejoindre enfin l’univers Marvel, après avoir été un des personnages les plus marquants de l’univers cinématographique DC. Son interprétation est à l’image du film, quelque peu bancale. Il navigue de la gravité à la légèreté, de l’horreur à l’humour, sans trois savoir ce qu’il doit privilégier. En tout cas, un tel acteur aurait mérité un rôle beaucoup mieux écrit. Venom s’annonce comme le premier acte d’une trilogie, espérons que la suite s’avérera bien meilleure. Le potentiel est là. Avec juste un tout petit peu de talent au scénario et à la réalisation, cela serait tout à fait envisageable. Parce que ce premier épisode en manque cruellement.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Colombia pictures, Marvel Entertainment, Sony Pictures Distribution : Sony Pictures Releasing France Réalisation : Ruben Fleischer Scénario : Jeff Pinkner, Scott Rosenberg, Kelly Marcel Montage : Alan Baumgarten, Maryann Brandon Photo : Matthew Libatique Musique : Ludwig Göransson Durée : 112 min
Casting : Tom Hardy : Eddie Brock Michelle Williams : Anne Weying Riz Ahmed : Carlton Drake Scott Haze : Security Chief Roland Treece Jenny Slate : Dr. Dora Skirth
Le remake est un exercice presque aussi vieux que le cinéma. Un certain nombre de grands classiques de l’âge d’or hollywoodien des années 50-60 consistait déjà en une nouvelle version d’un long métrage préexistant. On peut penser à Ben-Hur, mais aussi à Une Étoile Est Née. Ces deux derniers partagent le fait d’avoir donné lieu à une version contemporaine. A Star is Born est même la quatrième version de la même histoire. En tout cas, ces deux exemples permettent de dresser le même constat : ce n’est pas toujours dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.
A Star is Born n’a pas comme seule originalité par rapport aux versions précédentes un oubli de traduction du titre. Il transporte aussi l’intrigue du milieu du cinéma vers le milieu de la chanson. Les cinéphiles avertis reconnaîtront cependant un scénario fidèle et sans réelle surprise au final. En effet, au-delà de ce choix, Bradley Cooper manque trop d’inspiration pour vraiment justifier le fait de nous raconter une histoire déjà racontée auparavant. La faute à un personnage masculin trop caricatural pour être émouvant. Il prête même involontairement à rire parfois, plombant définitivement son film.
Par contre, une étoile du 7ème art est bien née avec A Star is Born. Les fidèles de la série American Horror Story le savaient déjà, mais Lady Gaga est une extraordinaire actrice. Elle se révèle ici sur grand écran de manière éblouissante. Elle éclipse totalement Bradley Cooper, renvoyé à ses limites. Mais elle ne parvient pas à elle seule à sauver le film d’un vrai sentiment de médiocrité. Pas un film franchement raté, mais rien qui ne fasse vraiment vibrer, rien qui donne envie de s’enthousiasmer. Tout cela est un peu lisse, un peu convenu, sans réelle prise de risque. On était en droit d’attendre mieux et il est alors difficile de ne pas être déçu.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : Warner Bros Pictures, Live Nation productions, MGM, Peters Entertainment, Gerber pictures, Malposo, Thunder Road picture Distribution : Warner Bros Pictures France Réalisation : Bradley Cooper Scénario : Bradley Cooper, Eric Roth, Will Fetters, histoire de Robert Carson et William A. Wellman Montage : Jay Cassidy Photo : Matthew Libatique Décors : Karen Murphy Musique : Lady Gaga, Bradley Cooper et Lukas Nelson Durée : 134 min
Casting : Lady Gaga : Ally Bradley Cooper : Jackson Maine Sam Elliott : Bobby Dave Chappelle : Noodles Anthony Ramos : Ramon Bonnie Somerville : Sally Cummings
Les journées ne faisant désespérément que vingt-quatre heures, mener deux vies en une constitue un exercice d’équilibriste difficile. Surtout quand ces deux vies sont déjà particulièrement chronophages. Pourtant, certains, à force d’abnégation, s’en sortent. Nos Batailles leur rend un bel hommage en nous proposant par la même occasion un beau film. En évitant la plupart des pièges qui l’attendaient, Guillaume Senez donne de la crédibilité et de l’émotion à son propos. Des larmes et des sourires au programme. Et un Romain Duris particulièrement inspiré.
Le principal travers dans lequel Nos Batailles aurait pu sombrer est le misérabilisme. Il peut paraître facile de faire proposer une histoire touchante à partir des malheurs qui peuvent frapper les personnages. Or il n’en est rien. Il faut trouver le bon équilibre pour ne pas tomber dans la facilité. Guillaume Senez y parvient parfaitement en s’appliquant surtout à dresser le portrait de ses personnages. Ce ne sont pas tant les événements qui l’intéresse que la manière dont les protagonistes les vivent. En en cachant rien de leurs faiblesses, en en faisant ni des victimes, ni des surhommes, il nous livre une histoire qui méritait bien d’être racontée, même si tout ce qui la compose ne se vaut pas.
Nos Batailles repose quasiment exclusivement sur les épaules de Romain Duris. Voilà qui ne fait pas peur à tel acteur qui s’acquitte de cette tâche en éclaboussant l’écran de son talent. Certes, il abuse peut-être de certaines mimiques, mais il parvient à donner de la crédibilité et de la profondeur à son personnage. Tous les seconds rôles se mettent au diapason, en particulier Laure Calamy qui mériterait amplement enfin un premier et grand rôle. La réalisation de Guillaume Senez est sobre et reste totalement au service de l’histoire et des personnages, ce qui est assez bienvenu dans ce genre de film. Encore une fois, il démontrer un vrai sens de l’équilibre qui explique largement la réussite de son film.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Les films Pelléas, Iota Production Réalisation : Guillaume Senez Scénario : Guillaume Senez, Raphaëlle Desplechin Montage : Julie Brenta Photo : Elin Kirschfink Distribution : Haut et Court Durée : 98 min
Casting : Romain Duris : Olivier Laura Calamy : Claire Laetitia Dosch : Betty Lucie Debay : Laura
Il y a des histoires que l’on se raconte encore et encore dans des versions toujours différentes. On ne s’en lasse pas, on en redemande même parfois. Les triangles amoureux, les ascensions avant la chute, autant d’idées qui pourraient résumer un nombre très important de films, sans que l’on n’ait l’impression d’avoir fait le tour de la question. Cependant, il arrive tout de même parfois que la sensation de déjà-vu domine et que le scénario ressemble à un plat mal réchauffé. C’est malheureusement le cas de Frères Ennemis, un film pas si mal foutu, mais qui en rappelle tant d’autres… et des meilleurs.
Deux amis d’enfance, l’un flic, l’autre voyou, qui vont devoir surmonter tout ce qui les sépare désormais. Voici comment on peut résumer le synopsis de Frères Ennemis. Rien de nouveau à l’horizon et on cherche encore dans le scénario l’élément qui pourrait donner à ce film une singularité qui justifierait son existence. Si je lui reproche un léger manque de rythme, il n’y a rien non plus dans le scénario qui mérite un torrent de reproches. Mais voilà quelque chose de vu mille fois a bien du mal à déclencher un réel enthousiasme. Ici, l’absence de défaut marqué témoigne surtout d’une absence totale de prise de risque.
S’il y a une seule raison d’aller voir Frères Ennemis, c’est la présence à l’écran de Reda Kateb. Quel plaisir de voir ce formidable acteur au charisme singulier et incomparable. A ses côtés, Matthias Schoenaerts fait un peu pâlichon, même s’il fait preuve d’une réelle application. Dommage que leurs personnages respectifs maquent trop de profondeur et d’originalité pour leur permettre de donner toute la mesure de leur talent. Au final, David Oelhoffen ne signe pas un mauvais film, il serait très injuste de dire cela. Mais un film sans grand intérêt dont on peut largement se passer.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : One World Films Distribution : Bac films Réalisation : David Oelhoffen Scénario : David Oelhoffen, Jeanne Aptekman Montage : Anne-Sophie Bion Photo : Guillaume Deffontaines Décors : Stéphane Taillasson Musique : Superpoze Durée : 111 min
Casting : Matthias Schoenaerts : Manuel Reda Kateb : Driss Sabrina Ouazani : Mounia Adel Bencherif : Imrane Nicolas Giraud : Remi Sofiane Zermani : Foued Marc Barbé : Marc Gwendolyn Gourvenec : Manon
Vous avez une faim de loup ? Juste un petit creux ? Ne serait-ce qu’une très vague envie de manger ? Et là, vous vous dites, et si je me faisais un petit ciné avant ! Je ne vous conseille alors d’éviter à tout prix la Saveur des Ramen, sous peine de ressortir de la salle dans un état de fringale absolue. En effet, voici un film qui donne l’eau à la bouche, au sens premier du terme parce que la nourriture joue un rôle éminemment central dans cette histoire. Et au sens figuré aussi, car il brille par bien d’autres qualités qui satisferont bien plus l’esprit que l’estomac.
La Saveur des Ramen est avant tout un film intimiste qui nous plonge dans une histoire familiale et une quête personnelle de l’identité. Mais tout cela se fait sur une trame qui porte des enjeux bien plus larges, au premier rang desquels les relations difficiles entre les populations japonaises et chinoises, sur fond de passé douloureux. Cette double lecture donne au film toute sa richesse et permet de donner une autre dimension à une histoire qui aurait pu se contenter sans cela d’être un étalage de bons sentiments. La grande limite du scénario reste en effet son aspect un rien gentillet qui en fait un feel good movie sympathique, quand il aurait pu posséder une dimension dramatique toute autre.
La Saveur des Ramen reste aussi un hymne à la cuisine. Pas seulement celle que l’on mange, mais celle que l’on prépare. Le rapport sensible, par les cinq sens, aux ingrédients occupe une place de choix dans ce film. Ce n’est pas tant de voir des gens manger qui donne faim, mais d’en voir assembler les éléments d’un festin. On en sentirait presque l’odeur et on s’attendrait à ce qu’un personnage sorte de l’écran pour venir vous servir. Il n’en est malheureusement rien, alors on reste avec son envie de soupe et de nouilles chinoises. Son appétit de cinéphile est heureusement lui rassasié.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Zhao Wei Films, Wild Orange Artists, Comme des Cinémas, Version Originale Distribution : KMBO Réalisation : Eric Khoo Scénario : Tan Fong Cheng, Wong Kim Hoh Montage : Natalie Soh Photo : Brian Gothong Tan Musique : Kevin Mathews, Christine Sham Durée : 90 min
Casting : Takumi Saito : Masato Jeanette Aw Ee-Ping : Mei Lian Mark Lee : Wee Beatrice Chien : Masam Lee Tsuyoshi Ihara : Kazuo Seiko Matsuda : Miki Tetsuya Bessho : Akio
Le génie est sans doute ce qui chez l’humain s’apparente le plus à un super-pouvoir. Mais tous les lecteurs assidus de comics le savent. Un super-pouvoir doit être maîtrisé, sous peine de se transformer en malédiction pour celui qui le possède, avec moult de victimes collatérales. Aller voir Climax permet de se sentir dans la peau d’une de ces dernières. Et Gaspard Noé est clairement un super-héros qui n’a pas appris le contrôle et finit pas consumer la pellicule qu’il avait commencé par enchanter. Tant pis pour tous ceux qui auront ressenti un profond malaise devant ce film qui finit par tourner au désastre.
Les premières minutes de Climax nous laissent quelque peu circonspects, ne révélant rien de sa nature profonde. Puis il nous offre une scène de danse à couper le souffle. Une des plus extraordinaires jamais proposées dans un long métrage. N’ayons pas peur des mots, il y a ici un vrai moment de pur génie qui vous scotche à votre siège et prouve le talent unique de Gaspard Noé. C’est après ça que le film commence vraiment d’un point vue narratif en tout cas. Cela commence d’ailleurs plutôt bien, on approfondit sa connaissance d’une très belle galerie de personnages. Tout continue donc pour le mieux… mais peu à peu, le film change de nature. Il devient de plus en plus malsain, dérangeant, jusqu’à en devenir totalement insupportable.
Si au moins tout ceci avait au service de quelque chose, d’une histoire, d’un propos, d’un message. Mais cette horreur est totalement gratuite. Gaspard Noé sait faire naître des images extraordinaires mais n’a encore une fois strictement rien à raconter, sinon à chercher à aller toujours plus loin, toujours plus fort, même si c’est pour aller strictement nul part. Le spectateur reste seul avec un profond sentiment de dégoût et de malaise saisissant. Si au moins, c’était la première fois, on pourrait aisément pardonner. Mais on retrouve le même schéma que pour Love, qui proposait peut-être la scène la plus érotique de l’histoire du cinéma, avant de se perdre dans un grand néant. On peut donc craindre que c’est bien la carrière de ce faiseur d’images de génie qui sombre dans ce grand néant.
LA NOTE : 3/20
Fiche technique : Production : Wild Bunch, Artémis Production, Les Cinémas de la Zone Réalisation : Gaspar Noé Scénario : Gaspar Noé Montage : Denis Bedlow, Gaspar Noé Photo : Benoit Debie Décors : Jean Rabasse Distribution : Wild Bunch Distribution Durée : 95 min
Casting : Sofia Boutella : Selva Kiddy Smile : Daddy Souheila Yacoub : Lou Romain Guillermic : David Taylor Kastle : Taylor Giselle Palmer : Gazelle Naab : Naab
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