SAUVAGE : Déséquilibre

sauvageafficheSauvage est un film qui traite à la fois de la prostitution masculine et de l’addiction au crack. Autant vous dire qu’il ne s’agit pas d’une petite comédie légère et romantique, mais vous vous en seriez douté. Ce film est même à déconseiller aux âmes sensibles car il propose des moments d’une grande dureté, face auxquels il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Camille Vidal-Naquet signe là un premier film audacieux, mais globalement maladroit. Si l’avenir sourit à ceux qui osent, alors il nous livrera bientôt une œuvre remarquable. En attendant, il faut faire avec celle-là.

Sauvage est un film quelque peu déséquilibré. Montrer les choses telles qu’elles sont constitue toujours une intention louable. Mais faut-il encore que le caractère cru des images servent réellement un propos. Ici, Camille Vidal-Naquet se noie quelque peu dans ses propres intentions en donnant une impression de vouloir aller toujours plus loin, toujours plus fort. Certes, cela accompagne un processus de déchéance et de descente aux enfers, mais cela manque passablement de subtilité. Surtout que cela conduit à un dénouement assez convenu, loin de la force dont le réalisateur voulait doter son film. Ceci dit l’exercice n’avait rien d’évident et nombreux sont ceux qui se seraient carrément noyés.

sauvageEn effet, tout n’est pas à jeter dans Sauvage. La réalité sociale décrite méritait bien d’être portée à l’écran. Le film brille surtout par sa galerie de personnages. Camille Vidal-Naquet parvient à leur donner une formidable consistance et échappe aux clichés dans lesquels ils auraient pu très aisément tomber. C’est vraiment dans la mise en images que le réalisateur s’est quelque peu pris les pieds dans le tapis. On saluera la performance remarquable, dans un rôle loin d’être facile, de Félix Maritaud. Il est particulièrement convaincant et parvient à donner une grande humanité à un personnage dont la dignité est constamment bafoué. Rien que son interprétation vaut bien de jeter un œil sur ce film.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Camille Vidal-Naquet
Décors : Charlotte Casamitjana
Costumes : Julie Ancel
Photographie : Jacques Girault
Son : Julien Roig, Jérémie Vernerey et Benjamin Viau
Montage : Elif Uluengin
Musique : Romain Trouillet
Production : Emmanuel Giraud et Marie Sonne-Jensen
Durée : 99 minutes

Casting :
Félix Maritaud : Léo
Éric Bernard : Ahd
Nicolas Dibla : Mihal
Philippe Ohrel : Claude
Marie Seux : la femme médecin
Lucas Bléger : l’homme handicapé
Lou Ravelli : membre de la bande
Nicolas Chalumeau : client plug #1
Nicolas Fernandez : client plug #2

TOUT CA POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PS : EPISODE 14 : Débat primaire

episode14Le résultats des scrutins intermédiaires ne laissent guère de doute. Nicolas Sarkozy ne serait pas réélu et le candidat du Parti Socialiste avait toutes les chances de devenir le prochain Président de la République. Restait à le désigner et, avant cela, choisir la manière dont il serait désigné. Ce débat, comme beaucoup d’autres au PS, ne pouvaient être totalement compris sans être capable de décoder les intentions de chacun se cachant derrière les discours pleins de bonnes intentions désintéressées.

Sur la table du débat étaient posées deux options. Soit une désignation classique par les membres du Parti, soit une primaire ouverte à tous ceux qui voudraient bien se reconnaître comme sympathisant socialiste. Cela ressembla à une sorte de controverse entre les anciens et les modernes. Bon, peut-être que cette vision vient de mon jeune âge à l’époque. En tout cas, les arguments pertinents des deux côtés ne manquaient pas, même si je trouvais personnellement beaucoup des objections avancées par les opposants aux primaires ouvertes totalement infondées. Elles se révélèrent l’être d’ailleurs, mais à l’époque, organiser une telle désignation s’assimilait à un saut dans l’inconnu et il est facile de se donner raison avec le recul.

Un débat purement intellectuel alors ? Un débat où chacun avançait les idées qui lui semblaient les plus justes en son for intérieur ? Il n’en n’était évidemment rien. En fait, tout cela se croisait avec un débat beaucoup plus personnel. Parmi les opposants aux primaires ouvertes, on comptait un nombre étonnement élevé de supporters de Martine Aubry. En effet, garder un mode de désignation interne, constituait le meilleur moyen de désigner comme candidate la Première Secrétaire du Parti. Mais pour preuve qu’elle n’en tenait pas les rennes si fermement puisque les partisans des primaires ouvertes réussirent à faire adopter ce mode de désignation. Une fois, ceci fait, on pouvait en être quasiment certain, Dominique Strauss-Kahn serait le prochain Président de la République.

On sait ce qu’il advint, prouvant que l’histoire prend parfois des chemins passablement inattendus. Je me souviens avec une clarté absolue du moment où ma copine de l’époque m’a annoncé l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Cela fait partie de ses événements assez marquants pour que l’on se souvienne toute notre vie précisément de ce que l’on faisait au moment où l’a appris. Bon, pour celui-ci en particulier, cela concerne avant tout les militants socialistes, mais en tout cas il est bien gravé dans ma mémoire.

Il serait vraiment malhonnête de ma part de me prétendre être un « hollandais » de la première heure. J’en connais des véritable, d’autres qui ne le sont que dans leurs discours. De mon côté, j’admets volontiers que l’annonce de sa candidature aux primaires avaient fait naître chez moi un sourire amusé et condescendant, trouvant cette ambition un rien pathétique. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et j’ai la prétention de ne pas en être un. Je finis donc par examiner la situation et me rendre compte que François Hollande était bien le candidat avec qui je partageais le plus d’idées.

Je ne fis pas campagne dans ces primaires mais vota François Hollande pendant les deux tours, avant de me réjouir sincèrement de sa victoire. Mais ces primaires restent à ce jour un des meilleurs souvenirs de mon parcours de militant. La participation fut remarquable, même à Viroflay. Quelle joie de voir défiler tous ces électeurs de gauche dans une commune où ils semblaient sortir de nul part. Cela mettait un visage aux électeurs qui nous apportaient leurs voix aux élections et cela donnait du sens à notre action au sein du Conseil Municipal et aux campagnes que nous menions à chaque élection.

J’aurais évidemment à reparler des primaires dans un épisode proche de la conclusion de ce récit. Ce chapitre sera alors nettement moins réjouissant. Mais pas assez en tout cas pour me faire oublier ce beau moment de démocratie qui donna à François Hollandais et tous ceux prêts à s’engager à ses côtés un élan incomparable. Les primaires sont comme tout, ni la panacée, ni une calamité. Mais là encore, éviter un débat trop manichéen semble hors de portée. Et pendant ce temps là, les citoyens perdent foi en la démocratie.

BURNING : Triangle de Seoul

burningafficheL’amour à deux constitue déjà une source inépuisable d’inspiration pour tous les scénaristes. Il existe déjà dans cette configuration des dizaines situations possibles et imaginables . Alors à trois, cela décuple les possibilités. Loin de la comédie romantique, Burning est un film sombre et mystérieux. Un film à la sauce coréenne en fait, même s’il ne représente pas l’archétype des productions de ce pays. Un ménage à trois autour duquel viennent se mêler de nombreuses thématiques qui en font un film relativement inclassable.

Burning reste cependant un film relativement inégal. Le spectateur plonge immédiatement au cœur de l’histoire et reste longtemps captivé par le spectacle proposé. Puis un événement vient tout bouleverser qui ouvre sur une deuxième moitié de film nettement moins maîtrisée. Le scénario flotte quelque peu et on décroche légèrement. Cependant, l’ensemble se tient et offre une histoire surprenante et fascinante par bien des aspects. Elle propose en outre bien des thématiques en second plan, notamment les fractures au sein de la société coréenne, qui viennent enrichir le propos. Le film est donc au final loin du énième polar coréen que l’on aurait pu imaginer.

burningLes amateurs de The Walking Dead auront la surprise de voir à l’écran Steven Yeun. Il livre là une prestation remarquable qui donne envie de le revoir au plus vite sur grand écran. Mais les deux autres comédiens sont tout aussi talentueux. Cela a d’autant plus d’importance que la réalisation de met particulièrement en valeur les sentiments des personnages à travers des petits riens dans les attitudes et les expressions. Le spectateur partage du coup une profonde intimité et ressent une grande proximité avec eux. Un beau film qui s’apparente à une jolie rencontre. Une triple rencontre même.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Pinehouse Film, Now Film, NHK
Réalisation : Lee Chang-dong
Scénario : Lee Chang-dong, Oh Jung-mi, d’après la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami
Montage : Kim Hyeon, Kim Da-won
Photo : Hong Kyeong-pyo
Distribution : Diaphana
Musique : Mowg
Directeur artistique : Shin Joom-hee
Durée : 148 min

Casting :
Yoo Ah-in : Jongsu
Steven Yeun : Ben
Jeon Jong-seo : Haemi

UNE BALLE DANS L’ESTHETE (Patrick Eris) : Un Poulpe bien servi mais sans goût

uneballedanslestheteQuoi encore un Poulpe ? Et oui, j’en ai encore un certain nombre qui m’attendent dans ma bibliothèque et je compte bien y faire honneur. En effet, cette série ressemble un peu à une boîte de chocolats, comme disait la mère de Forest Gump. Puisque chaque épisode est écrit par un auteur différent, on ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber. Patrick Eris, qui a signé Une Balle dans l’Esthète est avant tout connu pour ses traductions. Mais il possède incontestablement une belle plume. A défaut d’avoir des idées brillantes pour animer son histoire.

Une Balle dans l’Esthète est incontestablement un Poulpe particulièrement bien écrit. On apprécie la volonté de Patrick Eris de revenir aux racines du personnage au début de Une Balle dans l’Esthète, après quelques libertés dans les derniers épisodes que j’ai lus (sachant que je les lis dans l’ordre de leur parution). Malheureusement, les pages passent les unes après les autres et le lecteur reste en attente du vrai départ du récit. Il ne viendra jamais et se termine sans que l’on ait eu la chance de vraiment rencontrer les personnages et l’univers dans lesquels ils évoluent. Plutôt frustrant donc.

Comme tous les épisodes de la série, Une Balle dans l’Esthète reste particulièrement court (128 pages avec une police très élevée et des pages blanches) et s’apparente donc à une petite friandise littéraire. Un exercice de style auquel s’attaque plein d’auteurs et qui nous permet de les comparer. Cela fait partie de l’intérêt et de l’originalité de cette série. Alors on pardonne facilement les imperfections et on a envie de crier « au suivant » pour savoir à quelle sauce le Poulpe sera servi la prochaine fois.

SILENT VOICE : Le geste et la parole

silentvoiceafficheLes enfants sont des êtres mignons, adorables, ne pouvant pas faire de mal à une mouche, c’est bien connu. Tout ceci ne constitue évidemment qu’un sombre cliché sans fondement puisque ces créatures peuvent être aussi cruelles et démoniaques que n’importe quel adulte. Et après avoir vu Silent Voice, on se dit heureusement, sinon personne n’aurait eu la chance de profiter de ce beau film particulièrement touchant. De toute façon, si le monde était idéal et sentait la guimauve à tous les coins de rue, le 7ème art compterait nettement moins de chefs d’œuvre.

Silent Voice est film au propos surprenant. Une histoire réellement inattendue et réellement inspirée, voilà qui est particulièrement bienvenu. On retrouve beaucoup d’éléments propres aux mangas, et pas que le meilleur. Encore une histoire d’adolescents venue du Japon, parcourue par une certaine pudibonderie relativement horripilante. Malgré cela, le scénario se démarque significativement avec sa grande dureté qui côtoie les meilleurs sentiments. Dommage simplement que le film s’étire un peu plus que nécessaire en tournant un peu en rond en son milieu. Cependant, on est assez sous le charme pour ne jamais réellement voir le temps long.

silentvoiceGraphiquement, Silent Voice possède également un charme singulier. Là aussi, se mêle un classicisme nippon absolu et de réels éléments d’originalité, même s’ils sont moins marqués que pour le scénario. Le visage des personnages est moins fade que dans la majorité des mangas, leur conférant une personnalité supplémentaire qui nous fait tomber sous leur charme. L’animation manque parfois un peu de fluidité, mais rien qui ne fasse mal aux yeux. On peut donc sereinement profiter et se laisser émouvoir, bien plus profondément que ce que l’on aurait imaginé au départ. Pas de quoi en perdre la parole, mais presque.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Distribution : Art House Films
Réalisation : Naoko Yamada
Scénario : Reiko Yoshida, à partir des mangas de Yoshitoki Oima
Photo : Kazuya Takao
Décors : Seiichi Akitake
Musique : Kensuke Ushio
Directeur artistique : Mutsuo Shinohara
Durée : 122 min

Casting :
Miyu Irino : Shoya Ishida
Saori Hayami : Shoko Nishimiya
Aoi Yüki : Yuzuri Nishimiya

LA TRILOGIE DU VIDE, TOME 2 : VIDE TEMPOREL (Peter F. Hamilton) : Décollage en seconde

videtemporelRien ne sert de courir, il faut partir à point. C’est vrai dans beaucoup de domaines et pas seulement les courses animalières. En littérature également et pas que chez Jean de la Fontaine. Chez Peter F. Hamilton aussi. La preuve avec le deuxième volet de la Trilogie du Vide, Vide Temporel. En effet, le premier tome n’incitait pas réellement à l’enthousiasme et on avait un tout petit peu de mal à imaginer comment le lecteur pourrait finir pas s’intéresser profondément à ce récit au long cours. Mais il ne fallait surtout pas perdre espoir.

Le premier épisode était construit autour de deux lignes narratives disjointes et d’importance inégale, avec une alternance de chapitres portant sur l’une puis l’autre. Vide Temporel reprend le même procédé mais en inversant l’importance relative des deux parties. C’est peut-être pour cela que ce deuxième volet est nettement plus intéressant. C’est surtout que cela permet au lecteur d’appréhender enfin réellement tous les enjeux des différentes composantes du récit. Tout prend sens et la curiosité du lecteur s’éveille soudain.

On peut cependant reprocher à Peter F. Hamilton toujours le même manque de clarté dans la narration. A la fois, cela fait partie inhérente de son style et il ne faut pas trop le craindre si on s’aventure dans un de ses récits. Je regrette cependant une nouvelle fois l’absence d’un index des personnages, toujours utile pour des histoires aussi foisonnantes. Vide Temporel ne brille donc pas forcément par la qualité de la plume de son auteur. On n’apprécie donc pas totalement à sa juste valeur la richesse de ce roman, mais assez désormais pour avoir une réelle envie de connaître la suite.

GUY : Plus vrai que nature

guyafficheLa mode des biopics nous à offert une foule de performances d’acteurs et d’actrices se glissant dans la peau d’un personnage historique, homme politique ou star de showbiz. Autant de rôles qui ont souvent valu un prix à leur interprète. Peut-être ajoutera-t-on Alex Lutz à cette longue liste. A la différence près que le personnage qu’il incarne dans Guy est totalement imaginaire. La transformation n’en reste pas moins particulièrement impressionnante. Et le film globalement réussi.

Guy reste cependant un film relativement inégal. On entre tout de suite dans l’histoire, subjugué par le personnage et la manière intelligente dont le sujet est traité. Dès le début, on attend le dénouement vers lequel le scénario devrait logiquement nous mener. Puis le film s’essouffle, mais on continue tout de même d’espérer la conclusion espérée. Elle ne viendra jamais, nous laissant quelque peu sur notre faim. C’est aussi une façon de surprendre le spectateur mais peut aussi donner à penser qu’Alex Lutz ne savait pas vraiment comment finir son histoire. On termine donc le film un peu loin du réel enthousiasme des premières minutes.

guyCependant, en sortant de Guy, il nous reste quelque chose de graver. On a bien du mal à croire au final que Guy Jamet n’existe pas. C’est peut-être parce qu’il est imaginaire qu’il arrive à nous toucher autant. Parce qu’il nous rappelle tant de gens, connus ou inconnus. Tour à tour, émouvant, drôle et pathétique, Alex Lutz à fait naître un personnage plus vrai que nature. On ne peut donc que souligner la qualité d’écriture et la maestria de l’interprétation. On en ressort avec l’envie d’écouter les chansons un peu ringardes qui peuplent le film. Des chansons inventées pour l’occasion mais qui nous semblent tout à coup familières. Un peu comme Guy Jamet en fait.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Illiade et films, Studiocanal, JMD productions
Réalisation : Alex Lutz
Scénario : Alex Lutz, Anaïs Deban, Thibault Segouin
Montage : Alexandre Donot, Alexandre Westphal
Photo : Mathieu Le Bothlan
Décors : Pascal Le Guellec
Distribution : Apollo Films
Musique : Vincent Blanchard, Romain Greffe
Durée : 101 min

Casting :
Alex Lutz : Guy
Tom Dingler : Gauthier
Pascale Arbillot : Sophie Ravel
Brigitte Roüan : la mère de Gauthier
Dani : Anne Marie
Elodie Bouchez : Anne Marie jeune
Nicole Calfan : Stéphanie Madhani

LE MONDE EST A TOI : Les quartiers côté face

lemondeestatoiafficheLa vie dans les « quartiers » est devenue avec le temps l’exemple type de sujet pouvant être traité de manières radicalement différentes. Du drame profond à la comédie la plus légère. Demain est à Toi fait incontestablement partie de la seconde catégorie. Mais reste à savoir si on la range dans la catégorie des comédies lourdingues ou bien des comédies fines, subtiles et surtout drôle. Au final, le film se situe quelque part entre les deux. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’elle est à ranger dans la catégorie des comédies réussies.

Demain est à Toi est une comédie qui repose de manière significative sur ses personnages. Il reprend tous les clichés que l’on peut attendre dans un tel environnement pour s’en moquer dans un parfait équilibre entre ironie totale et un réel fond de vrai. On s’attache rapidement à eux, même si certains souffrent de graves imperfections… pour ne pas dire que certains sont carrément tarés. Ils font naître une délicieuse alchimie qui compense les situations quelque peu convenues où ils vont être entraînés. C’est bien d’eux que vient l’énergie et l’humour qui soutiennent ce film. Et le tout fonctionne assez pour faire passer au spectateur un très bon moment.

lemondeestatoiLe Monde est à Toi bénéficie d’un casting étonnant. Passons rapidement sur une Isabelle Adjani, passée définitivement du côté obscur de la chirurgie esthétique. On se souviendra avant tout des troisièmes rôles interprétés par François Damiens et Philippe Katerine, qui livrent deux prestations vraiment drôlatiques et de Vincent Cassel qui se parodie lui-même, 23 ans après la Haine. On retiendra la nouvelle belle performance de la resplendissante Oulaya Amara. Mais le film fonctionne aussi grâce au talent de Karim Leklou. Il n’a pas le jeu le plus spectaculaire de la bande, mais assez de justesse pour donner un supplément de crédibilité bienvenue. Le film lui doit beaucoup et le spectateur, par le réel plaisir qu’il prend devant ce film, aussi.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Romain Gavras
Scénario : Karim Boukercha, Noé Debré, Romain Gavras
Photographie : André Chemetoff
Montage : Benjamin Weill
Production : Charles-Marie Antonioz, Mourad Belkeddar, Jean Duhamel, Nicolas Lhermite, Vincent Mazel, Hugo Selignac
Durée : 101 minutes

Casting :
Karim Leklou : François
Isabelle Adjani : Danny
Vincent Cassel : Henry
Oulaya Amamra : Lamya
Gabby Rose : Britanny
Sam Spruell : Bruce
Mounir Amamra : Mohamed 1
Mahamadou Sangare : Mohamed 2
Robert Lyndon Harry : Manchester
Sofian Khammes : Poutine
François Damiens : René
Philippe Katerine : Vincent

DETECTIVE DEE : LA LEGENDE DES ROIS CELESTES : Le dragon est bien éveillé

detectivedeelalegendedesroiscelestesafficheHollywood peut trembler. La Chine cinématographique s’est éveillée ! Entendons-nous bien, je parle ici de cinéma grand public à très grand spectacle, de blockbusters voués à être vus par les spectateurs du monde entier. Car cela faisait évidemment longtemps que le cinéma chinois nous enchantait par des films beaucoup plus intimistes. Il y a désormais match avec l’Oncle Sam sur tous les terrains, ou plutôt tous les écrans. Détective Dee : la Légende des Rois Célestes séduira un large public. En reprenant bien des codes des films américains à gros budget, mais aussi en offrant un petit supplément d’âme.

Il existe encore quelques écarts entre l’Amérique et la Chine. En effet, Détective Dee : la Légende des Rois Célestes bénéficie d’effets spéciaux que l’on peut facilement qualifier de vintage. Mais le vintage n’est-il pas à la mode ? En tout cas, cela donne au final un certain charme à ce film, un aspect presque artisanal. De toute façon, même le spectateur le plus critique n’aura guère le temps de s’attarder sur les quelques défauts visibles, tant le film est parcouru d’une frénésie visuelle constante. Les scènes spectaculaires s’enchaînent, chacune faisant plus fort que la précédente. La longue séquence finale constitue une vrai morceau de bravoure cinématographique que seul la fin de Ready Player One n’aura surpassé.

detectivedeelalegendedesroiscelestesPour le reste, Détective Dee : la Légende des Rois Célestes est un film d’aventure fort sympathique. Les personnages sont notamment très attachants et prennent de l’épaisseur au fur et à mesure que l’histoire avance. Cela concerne surtout les « gentils », les méchants n’étant pas exceptionnellement intéressants. On peut regretter aussi un dénouement un peu « facile », où tout est réglé d’un coup de baguette magique. Mais encore une fois, ce film s’apparente plus à un déluge qu’un long fleuve tranquille, tant les scènes d’action et les effets visuels spectaculaires se succèdent sur un rythme effréné comme rarement vu. Alors, on ne s’attarde jamais longtemps sur les petits défauts. En tout cas, ce film ne pourra que convaincre les plus sceptiques des bienfaits de la mondialisation.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Tsui Hark
Scénario : Chang Chia-lu
Musique : Kenji Kawai
Photographie : Choi Sung-fai
Durée : 132 min

Casting :
Mark Chao : Dee
Carina Lau : impératrice Wu Zetian
Feng Shaofeng : Yuchi Zhenjin
Kenny Lin : Zhong Shatuo
Sichun Ma : Shui Yue
Ethan Juan : Yang Ce, le moine boudhiste
Chien Sheng : empereur Tang Gaozong

LE POETE DE GAZA (Yishaï Sarid) : Conflits intérieurs et extérieurs

lepoetedegazaLe conflit israelo-palestinien tient une place particulièrement importante dans la géopolitique mondiale. Ses répercussions dépassent largement la simple région où les événements se déroulent et chaque évolution fait les gros titres des journaux du monde entier. Pourtant, il n’inspire pas tant que ça la littérature et le cinéma. Peut-être parce qu’il est tellement délicat d’en parler que cela rebute bien des auteurs. Il reste néanmoins des artistes qui le vive au quotidien pour témoigner. C’est le cas de Yishaï Sarid qui nous a offert le remarquable le Poète de Gaza.

Le Poète de Gaza reste un polar, mais ce roman nous fait surtout partager le point de vue, et pour tout dire les tourments, de ceux qui vivent le conflit au quotidien. Le personnage principal est un agent des services secrets israéliens et l’on partagera ses pensées, ses doutes et ses interrogations. Yishaï Sarid est le fils d’un député israélien qui sera battu toute sa carrière pour la paix. On imagine facilement à la lecture de ce livre qu’il partage largement les idées de son père. Mais jamais le propos ne devient manichéen ou militant. Il expose avant tout la manière dont cet état de guerre permanent pèse sur les esprits et toute la société.

Les ressorts de le Poète de Gaza sont donc avant tout psychologiques. Le fil route narratif concernant un projet d’attentat n’est pas quantité négligeable, mais même cet aspect du récit tourne autour de l’évolution des relations entre les protagonistes. Cependant, tout cela est assez bien mené pour être parcouru par une vraie tension et n’être jamais ennuyeux. Le livre n’est pas pas très épais mais il recèle une vraie richesse qui en a fait une lecture d’été parfaite pour ne pas bronzer idiot. Cela tombe bien, ces vacances m’ont permis de bronzer. Reste à espérer que je ne sois pas devenu idiot.