Un des éléments les plus fascinants dans le cinéma japonais, et en particulier celui d’animation, est l’absence parfois totale d’éléments explicites en rapport avec les rapports amoureux ou la sexualité. Pas le même le début d’un baiser, même dans un récit débordant d’une certaine sensualité. La même histoire racontée par un Occidental comporterait une dimension « romantique », voire carréement « érotique ». Un exemple frappant est donné par Liz et l’Oiseau Bleu, une histoire d’amitié entre deux lycéennes, d’une innocence totale au premier degré,… mais d’une grande ambiguïté si on creuse un peu. Et c’est bien de cette dernière qu’il tire tout son intérêt.
Les premières minutes de Liz et l’Oiseau Bleu nous incitent à nous demander ce que peut bien vouloir nous raconter Naoko Yamada, réalisateur du très remarqué Silent Voice. Puis les événements prennent sens et on comprend le fond du propos. Un propos à première vue assez gentillet sur l’affirmation de soi, mais qui prend une toute autre dimension si on y voit aussi une dimension amoureuse, jamais évoqué, mais que l’on peut facilement glisser entre les mots. Cela donne une tension dramatique supplémentaire à l’histoire qui nous y fait pleinement entrer. L’habilité du récit qui apporte un retournement final de perspective fait le reste pour nous livrer un joli moment qui va au-delà de la bleuette pour adolescentes qu’il paraissait être.
Le graphisme de Liz et l’Oiseau Bleu confirme la volonté de renouer avec un trait « à la main », loin du tout numérique qui semblait être devenu la norme. C’est doux et apporte une dimension poétique supplémentaire. Cela manque peut-être parfois quelque peu de personnalité, mais cela n’agresse jamais les yeux en tout cas. On peut facilement penser que la distribution de ce film en France tient beaucoup au succès de Silent Voice. Il constitue certainement une œuvre mineure comparée à ce dernier, mais assez agréable pour se laisser porter par cette histoire touchante sur les renoncements qu’il faut parfois consentir pour grandir et avancer.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Hibike! Production Committee Distribution : Eurozoom Réalisation : Naoko Yamada Scénario : Reiko Yoshida Montage : Kengo Shigemura Photo : Kazuya Takao Musique : Akito Matsuda, Kensuke Ushio Directeur artistique : Mutsuo Shinohara D’après l’œuvre de Ayano Takeda Durée : 90 min
La politique est un monde impitoyable, qui ferait passer Dallas pour le royaume des Bisounours. Au cinéma, bizarrement (ou pas), il donne naissance le plus souvent à des thrillers haletants, bien plus souvent à qu’à des récits de combats nobles pour la défense du bien commun (même si ces derniers existent aussi heureusement). El Reino ne va certainement pas redorer l’image de la politique. Par contre, il démontre une nouvelle fois la capacité du cinéma espagnol de nous livrer des œuvres noires et intenses.
El Reino est un film remarquablement bien construit. La montée en puissance du scénario représente un modèle du genre. Dans les premières minutes, on est loin de se douter d’où tout cela va nous mener. On suit donc le même chemin que le personnage principal qui fait face à une situation de plus en plus inextricable. Le récit nous conduit à un dénouement remarquable qui incite à une certaine réflexion, tout en laissant au spectateur la possibilité d’apporter sa propre conclusion. On en ressort le souffle court, tant on avait fini par se laisser porter par cette histoire qui n’a au final pas grand-chose à voir avec la politique au sens premier du terme. Une preuve que l’instinct de survie peut se révéler lui aussi parfois communicatif.
La principale limite d’El Reino réside dans son personnage principal, pourtant remarquablement interprété par Antonio de la Torre. En effet, on a bien du mal à ressentir un attachement profond pour cet homme à la personnalité pour le moins ambigüe. Du coup, si on est marqué par la force des péripéties, on a du mal à ressentir la petite pointe d’émotion qui aurait pu donner à ce film un supplément d’âme et par la même une dimension supplémentaire. Mais la réalisation brillante de Rodrigo Sorogoyen compense largement ce léger manque pour nous livrer une œuvre forte et vraiment pas rassurante quant aux mœurs dans les hautes sphères du pouvoir.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Distribution : Le Pacte Réalisation : Rodrigo Sorogoyen Scénario : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Pena Montage : Alberto del Campo Photo : Alejandro de Pablo Décors : Ana Muniz Musique : Olivier Arson Durée : 131 min
Casting : Antonio de la Torre : Manuel Lopez-Vidal Monica Lopez : Ines Josep Maria Pou : José Luis Frias Nacho Fresneda : Paco Castillo Aba Wagener : Asuncion Ceballos Barbara Lennie : Amaia Marin Francisco Reyes : Alvarado Luis Zahera : Luis Cabrera
Au village aussi l’on a de beaux assassinats, dit la chanson. Il est vrai que les zones rurales recèlent bien des histoires sombres et sanglantes. Y compris les zones rurales de Colombie, dans des terres où les logiques claniques liées à l’appartenance à des tribus indiennes dominent. Elles n’ont rien à envier à la Sicile et peuvent nous offrir des histoires qui n’ont pas à rougir devant le Parrain et autre Gomorra. La preuve avec les Oiseaux de Passage, dont le titre ne donne pas vraiment une idée immédiate du contenu de ce film, qui nous raconte comment le développement de la production de cannabis et le trafic qui s’en suit a apporté le trouble et la violence dans ces régions dans les années 70.
Les Oiseaux de Passage est un excellent film pour plusieurs raisons. Ce que l’on retient avant tout reste la galerie de personnages profondément marquants. C’est souvent le cas des films de « gangsters », ces derniers se démarquant souvent du commun des mortels. Ici, le contexte socio-géographique très particulier renforce encore cette singularité. On découvre aussi une culture et un aspect méconnu d’un pays. Cela donne toute la richesse de ce film. Tout cela est également porté par une intrigue solide, pleine de rebondissements, avec un rythme et une intensité qui va crescendo. Cela donne beaucoup de raisons pour apprécier cette histoire à la fois hyper classique et profondément originale.
Les Oiseaux de Passage bénéficie également d’une réalisation élégante. Ciro Guerra et Cristina Gallego donnent à leur film une réelle identité visuelle qui contribue largement à la qualité du film. C’est aussi par ses qualités esthétiques que l’on rentre profondément dans cette histoire fascinante. Tout cela met parfaitement en lumière un casting de très haut niveau. On peut particulièrement en avant Carmina Martinez, impressionnante en matrone chef de clan. Au final, on assiste à un spectacle étonnant, à ne pas mettre devant les yeux les plus sensibles et qui apportent une vraie nouveauté à un genre que l’on pouvait imaginer éculé.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Ciudad Lunar, Blond Indian Films, Pimienta Films, Films Boutique, Snowglobe Réalisation : Ciro Guerra, Cristina Gallego Scénario : Ciro Guerra, Maria Camila Arias, Jacques Toulemonde Vidal Montage : Miguel Schverdfinger Photo : David Gallegos Décors : Angélica Perea Distribution : Diaphana Musique : Leonardo Heiblum Directeur artistique : Angelica Perea Durée : 125 min
Casting : Carmina Martinez : Ursula José Acosta : Rapayet Natalia Reyes : Zaida Jhon Narvaez : Moises
Il faut parfois se battre pour obtenir certaines choses. Certains combats valent vraiment le coup d’être menés. Mais parfois, une fois la victoire obtenue, on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au fond de son lit ou de son canapé, ou tout simplement d’aller voir autre chose à la place. J’aurais mis du temps, faute d’horaires me convenant, et je me suis finalement rendu dans un cinéma quelque peu improbable pour aller voir Synonymes, me disant qu’il a quand même reçu l’Ours d’Or à Berlin. Certes, je savais que je prenais un risque puisque les critiques spectateurs se montraient aussi mauvaises que les critiques presse élogieuses. En bon démocrate, j’aurais dû écouter la voix du peuple et m’abstenir !
Synonymes présente un seul intérêt. A chaque scène on se montre bien incapable de prévoir ce qui nous attend. En effet, le scénario ne choisit jamais la solution qui possèderait un minimum de sens… ou pire un minimum d’intérêt. On reste relativement abasourdi devant cet enchaînement de n’importe quoi qui ne semble jamais vouloir s’arrêter ou au moins nous expliquer ce que tout cela signifie. On sent bien la volonté de Nadav Lapid de nous transmettre un message profond et subtil. Mais à moins d’abuser de substances psychotropes, bien malin serait celui capable de le décoder, tant il se cache sous un masque profond et obscur de ridicule et d’ineptie. L’histoire ne parvient d’ailleurs même pas à la moindre conclusion et se termine au milieu de nul part.
J’aurais vraiment aimé pouvoir sauver quelque chose dans ce film. Même dans le pire navet, j’ai quand même tendance à saluer la performance des comédiens, qui sont rarement les premiers responsables dans de tel naufrage. Mais il n’y a pas grand-chose à sauver non plus à ce niveau-là. A la fois comment donner vie de manière crédible à des dialogues aussi crétins et prétentieux ? Pour ne pas noircir outre mesure, je qualifierai la réalisation d’honnête mais sans que ça ne puisse le moins du monde justifier l’achat d’un billet. Il n’existe donc aucune raison d’aller voir Synonymes. Cela tombe bien, l’immense majorité des spectateurs n’y sont pas allés.
LA NOTE : 05/20
Fiche technique : Production : Arte France cinéma, SBS Productions, Pie Films, Komplizen Films Distribution : SBS Distribution Réalisation : Nadav Lapid Scénario : Nadav Lapid, Haim Lapid Montage : Neta Braun, Era Lapid, François Gédigier Photo : Shai Goldman Décors : Pascale Consigny Durée : 123 min
Casting : Tom Mercier : Yoav Quentin Dolmaire : Emile Louise Chevillotte : Caroline Christophe Paou : Raphaël Uria Hayik : Yaron Léa Drucker : la professeur de français Olivier Loustau : Michel
Parfois, comme ça, pour déconner, je vais voir un film allemand dont le sujet central est le viol. Oui, je sais mettre de la joie et de la déconne dans mes soirées ! Evidemment, présenté comme cela, je ne vais pas vraiment donner envie d’aller voir Comme Si de Rien n’Etait. Ce serait un tort, vue la qualité du film, même s’il ne fait pas vraiment rêver dans un premier temps. Il faut dire que ce film est en fait l’œuvre de troisième cycle d’Eva Trobisch. Mais certaines étudiantes sont assez douées pour faire oublier qu’elles ne sont qu’étudiantes pour démontrer qu’elles sont simplement déjà des réalisatrices de talent.
L’intérêt de Comme Si de Rien n’Etait réside dans le caractère presque anodin de l’histoire qui nous est racontée. Rarement un titre n’aura résumé parfaitement le fond d’un propos. Ce décalage entre son point de départ, qui est faut-il le rappeler tout simplement un crime, et tout ce qui suit, comme si ce qui c’était passé n’avait rien de vraiment dramatique, crée un malaise peut-être plus fort que si l’approche avait été plus directe. Ce n’est pas parce que la violence devient ordinaire, que sa gravité est niée par la victime elle-même, que ses conséquences en deviennent pour autant moins profondes et destructrices. Ce film en fait la brillante démonstration et c’est ce qui fait toute sa force.
Pour un film d’étudiant, Comme Si de Rien n’Etait ne bénéficie pas non plus de moyens très importants. Mais à la fois, le sujet n’en demandait pas plus que ceux dont disposait Eva Trobisch. Elle a cependant assez de sens artistique pour nous livrer un long métrage, et rien qui ressemble à un exercice d’étudiant ou à un téléfilm. Elle dirige parfaitement toute la distribution. Aenne Schwarz se démarque particulièrement en portant une grande partie du film sur ses épaules dans un rôle qui demande beaucoup de retenue et de subtilité. Si le film se caractérise par les mêmes qualités, c’est en grande partie grâce à elle. Elle nous livre donc ce témoignage poignant d’une horreur ordinaire auquel nous devons tous prêter l’attention qu’elle mérite.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Eva Trobisch Scénario : Eva Trobisch Photographie : Julian Krubasik Montage : Kai Minierski Décors : Renate Schmaderer Casting : Susanne Ritter
Casting : Aenne Schwarz : Janne Andreas Döhler : Piet Hans Löw : Martin Tilo Nest : Robert Lina Wendel : Sabine Lisa Hagmeister : Sissi Dagny Dewath : Tina Thomas Grässle : Flori
Le Nom des Gens reste un film culte pour tous ceux qui ont baigné et baigne toujours dans la même culture politique que moi. Neufs ans ont passé et on attendait avec impatience que Michel Leclerc nous offre une nouvelle œuvre du même acabit. Certes, il y a bien eu la Vie Très Privée de Monsieur Sim entre temps, mais qui n’a pas laissé un souvenir particulièrement impérissable. Pour la Lutte des Classes, il a cherché à retrouver l’esprit de son premier grand succès et les ingrédients qui y ont contribué. Mais on fait que parfois les mêmes ingrédients ne donnent pas toujours la même saveur au plat et qu’il existe toujours un danger que ce dernier sente passablement le réchauffé. Heureusement, il n’en est rien ici.
Le grand mérite de la Lutte des Classes est d’être capable de se moquer de tous les protagonistes avec un mélange détonnant de mordant féroce et de bienveillance sans faille. Pourtant, en abordant le champ du social et surtout du religieux, Michel Leclerc s’aventurait dans un terrain miné. Il en ressort indemne et fait même preuve d’un certain brio. Sauf peut-être sur la fin où le film sombre quelque peu dans un certain n’importe quoi, même si l’aspect « united color of bandes de cons » est assez réjouissant. En tout cas, si tous les commentateurs traitant de ces sujets faisaient preuve du même discernement et du même recul, le monde ne s’en porterait que mieux !
Michel Leclerc reste un des meilleurs directeurs d’acteurs du cinéma hexagonal. Si Leïla Bekhti est parfaite comme à son habitude, il parvient à contrôler Edouard Baer qui joue la comédie du début à la fin, sans jamais cabotiner une seule seconde (ou juste ce qu’il faut). Il donne la pleine mesure de son talent, ce qui n’est pas peu dire. On peut dire la même chose de Ramzy Bedia dont l’aura de sympathie est indéniable. Au final, la Lutte des Classes livre un propos d’une profondeur bien supérieure à ce que laisse penser son statut de comédie. Le film certes rire, mais donne beaucoup à réfléchir aussi. Un mélange détonnant mais salutaire.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Karé Productions, UGC Images, Orange Studio, France 2 Cinéma, Scope Pictures Distribution : UGC Distribution Réalisation : Michel Leclerc Scénario : Michel Leclerc, Baya Kasmi Montage : Christel Dewynter Photo : Alexis Kavyrchine Décors : Mathieu Menut Musique : Guillaume Atlan Maquillage : Emma Franco Durée : 103 min
Casting : Leïla Bekhti : Sofia Edouard Baer : Paul Ramzy Bedia : Bensallah Tom Levy : Corentin « Coco
Il existe quelques moments de notre existence où quelque chose s’est joué, changeant définitivement le cours de notre vie. La moindre différence dans le déroulement des événements aurait bouleversé profondément notre destin. Cette idée a donné naissance à une multitude d’histoires sur le mode « et si… ». Si Smoking/Not Smoking d’Alain Resnais a été le plus loin dans l’exploration du concept, ce dernier irrigue quand même le cerveau et l’imagination de beaucoup d’auteurs depuis longtemps. Le dernier en date est Hugo Gélin qui s’y attaque à son tour avec Mon Inconnue. J’en ai presque déjà trop dit car, personnellement, j’ai eu la chance d’aller voir ce film sans rien en savoir et cela n’a fait que renforcer mon plaisir. Si au final, il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre du 7ème art, il offre une combinaison personnages attachants/rythme de narration qui permet de passer un très bon moment.
Il ne faut donc pas s’attendre à une originalité débordante de la part de Mon Inconnue. Sans être totalement dans le déjà vue, on peut rapprocher à peu près toutes les éléments clés du film dans d’autres œuvres qui l’ont précédé. Pourtant, on prend plaisir à se faire raconter cette histoire. Déjà parce qu’un courant de sympathie se crée assez vite avec les différents protagonistes, que ce soit le couple principal ou les quelques seconds rôles qui gravitent autour d’eux. Ensuite, l’histoire est racontée avec assez d’énergie et de rebondissements, même s’ils sont souvent sans grande surprise, pour que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. L’humour est peut-être un peu potache parfois, mais assez efficace en tout cas pour nous donner un vrai grand sourire qui nous accompagne du début à la fin. Toutes les qualités que l’on cherche dans un divertissement drôle, un rien romantique et qui ne prend pas une seconde la tête.
Mon Inconnue confirme tout le bien qu’on pouvait déjà penser de Joséphine Japy. Espérons que très vite un réalisateur lui donnera un rôle d’une toute autre dimension pour qu’elle exprime à nouveau tout son potentiel comme dans Respire. La bonne surprise vient de Benjamin Lavernhe qui cabotine un rien, mais pour notre plus grand bonheur. Enfin, si François Civil ne déçoit pas, il ne parvient pas cependant à donner une dimension supérieure à son personnage. Il se repose essentiellement sur son charisme naturel, ce qui est déjà pas mal, admettons-le. Tout ce beau monde met en tout cas assez d’énergie pour faire fonctionner le film et nous la transmettre. On les en remercie.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Réalisation : Hugo Gélin Scénario : Hugo Gélin, Igor Gotesman et Benjamin Parent, avec la collaboration de David Foenkinos et Lætitia Colombani Producteurs : Stéphane Célérier, Laetitia Galitzine, Valérie Garcia et Hugo Gélin Durée : 118 min
Casting : François Civil : Raphaël Joséphine Japy : Olivia Benjamin Lavernhe : Félix Édith Scob : Gabrielle Camille Lellouche : Mélanie Amaury de Crayencour : Marc Nina Simonpoli-Barthélemy : L’élève blasée Juliette Dol : Morgane Samir Boitard : Le prof de lettres Christian Benedetti : Étienne Robert, l’éditeur Guillaume Bouchède : Le fan inconditionnel d’Olivia Dorian Le Clech : Un élève Patrice Melennec : Le gardien Odéon
Le cinéma prouve souvent que l’on peut traiter les sujets les plus sérieux, les plus graves et les plus dramatiques avec beaucoup d’humour sans pour autant affaiblir le message, bien au contraire. Une nouvelle preuve avec Tel Aviv on Fire, un film palestinien d’une ironie féroce qui nous plonge en plein conflit israélo-palestinien. Point de discours géopolitique ici, ou d’envolées lyriques sur la paix ou la guerre, juste une brochette de personnages, souvent ridicules, mais qui en disent finalement long sur une réalité à la fois plus simple et plus complexe que ce que l’on imagine.
Tel Aviv on Fire est avant tout drôle. Il est clair que l’intention première de Sameh Zoabi n’est pas de faire rire, mais de se servir du rire comme d’une courroie de transmission pour son message. Mais voilà, il la manie avec tant d’habileté que c’est la première chose qui nous frappe dans ce film. On rit, souvent et beaucoup. Un humour souvent au second degré, mais terriblement efficace. Il tourne en dérision les deux camps avec un enthousiasme débordant. Tout le monde en prend pour son grade et c’est particulièrement réjouissant. Pas forcément rassurant à première vue, car on voit mal comment se sortir d’autant de bêtise, mais d’un autre côté, il est aussi rassurant de voir que certains parviennent à prendre assez de recul pour remettre à leur place les prétentieux, ceux qui défendent jusqu’à l’absurde des causes sans fondement.
Si Tel Aviv on Fire ne bénéficie pas de moyens délirants, mais Sameh Zoabi fait preuve de beaucoup d’imagination. Au final, le film est visuellement très réussi et cela ajoute une nouvelle couche d’ironie. Ce film est donc totalement maîtrisé à tout point de vue de manière assez étonnante. Il s’agit donc d’une vraie bonne surprise cinématographique comme on en croise rarement. Tout cela prend vie grâce à un casting formidable, ce qui prouve définitivement que de merveilleux acteurs se trouvent partout autour du globe. Et si au final, le 7ème art ne va pas rétablir la paix, il nous donne quelques raisons de sourire. Ce n’est déjà pas si mal.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Samsa film, TS Productions, Lama Films, Artémis productions Distribution : Haut et Court Réalisation : Sameh Zoabi Scénario : Sameh Zoabi, Dan Kleinman Montage : Catherine Schwartz Photo : Laurent Brunet Décors : Christina Schaffer Musique : André Dziezuk Durée : 97 min
Certains acteurs attendent toute leur vie pour le grand rôle à la hauteur de leur talent. En effet, les seconds rôles sont souvent occupés par des acteurs largement aussi bons que ceux qui trustent les premiers. Nombreux sont les acteurs condamnés au statut d’éternel second rôle, qui ne constitue pas forcément le pire destin qui soit, mais qui peut évidemment créer un peu de frustration. Bouli Lanners fait partie de ces visages que l’on connaît par cœur pour les voir souvent sur les écrans, mais sans forcément être capable de mettre un nom dessus, car le leur ne s’inscrit que rarement, voire jamais, en haut des affiches. Cela change avec C’est Ca l’Amour. Et on ne peut que remercier Claire Burger pour ce choix judicieux.
C’est Ca l’Amour explore une thématique de plus en plus souvent traitée au cinéma : la relation père-fille dans un contexte de mère absente. S’il n’est pas totalement nouveau, il reste encore assez rare pour que le 7ème art soit loin d’avoir épuisé le sujet. Ce film peut être rangé dans la catégorie des films portrait, mais il s’agit avant tout du portrait d’une relation, je dirais même d’une émotion, plutôt que bêtement le portrait d’un personnage. On plonge profondément dans ce qu’il peut ressentir et cette émotion est largement partagée avec le spectateur. C’est bien ça qui donne toute sa force à ce très beau film qui peut difficilement laisser insensible.
Cette émotion n’aurait évidemment pas une telle force si elle n’était pas portée par un formidable comédien. Bouli Lanners prouve ici que son talent a largement été sous-exploité par le cinéma français. Il lui manquait sûrement quelques abdos et une belle gueule pour faire une autre carrière, mais rien qu’avec C’est Ca l’Amour, il peut être fier de la sienne. Ce n’est cependant pas une raison pour oublier la très belle prestation de la jeune Justine Lacroix, très belle révélation de ce film. Après Party Girl, Claire Burger confirme ses talents de réalisatrice et sa capacité de nous livrer des portraits intimes et chargés d’une émotion sincère. C’est ça le talent !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Dharamsala, Arte Distribution : Mars Films Réalisation : Claire Burger Scénario : Claire Burger Montage : Claire Burger, Laurent Sénéchal Photo : Julien Poupard Durée : 98 min
Casting : Bouli Lanners : Mario Justine Lacroix : Frida Sarah Henochsberg : Niki Cécile Remy-Boutang : Armelle
Lorsque j’ai appris que Disney avait pour projet de transformer trois de ses plus grands classiques en film live cette année, je n’ai pas vraiment été saisi par l’enthousiasme, c’est le moins que l’on puisse dire. Puis quand j’ai appris que le premier d’entre eux, Dumbo, était réalisé par Tim Burton, un peu de curiosité a fini par naître. Puis en constatant que le film recevait de bonnes critiques, je m’y suis rendu relativement confiant. Et qui est plus digne de confiance qu’un pur génie comme Tim Burton ?
Bon pour être totalement honnête, j’avais tout de même un fond d’appréhension. En effet, si Tim Burton reste une de mes idoles cinématographiques, je dois bien admettre que sa carrière a aussi connu quelques ratés. Mais Dumbo n’en fait incontestablement pas parti. Il a réussi la parfaite synthèse entre son propre style et une magie typique de l’univers Disney classique. Être à la fois un Disney et un Tim Burton, voilà une synthèse qui semblait impossible à réaliser. Et pourtant ce film y parvient pour le plus grand bonheur des petits et des grands, des rêveurs et des gothiques.
Le seul point faible de Dumbo reste la qualité des effets spéciaux, qui frisent parfois l’indigence. Étonnant pour une telle production. Heureusement l’essentiel est sauf puisque le personnage de Dumbo est remarquablement expressif et on peut difficilement ne pas craquer devant sa bouille et son regard. Pour ce qui est de la distribution en chair et en os, on saluera en particulier le charme enivrant d’Eva Greene. Cela fait aussi bien plaisir de voir que Danny De Vito garde toujours la forme. Et Tim Burton cette part de magie qui fait les grands cinéastes.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions, Infinitite Detective, Secret Machine Entertainment Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures Réalisation : Tim Burton Scénario : Ehren Kruger, roman de Helen Aberson Montage : Chris Lebenzon Photo : Ben Davis Décors : Rick Heinrichs Musique : Danny Elfman Durée : 112 min
Casting : Colin Farrell : Holt Farrier Danny DeVito : Max Medici Michael Keaton : V.A. Vandevere Eva Green : Colette Marchant Nico Parker : Milly Garrier Finley Hobbins : Joe Farrier Alan Arkin : J. Griffin Remington Roshan Seth : Pramesh Singh Lars Eidinger : Hans Brugelbecker
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