COMPANEROS : Putain 12 ans !

companerosafficheEn France, il n’est pas rare de voir un homme politique de finir sa carrière devant les tribunaux, voire même parfois en prison, après avoir occupé un nombre importants de mandats diverses et variés. Mais il existe encore plus de pays où les hommes politiques ont tâté du cachot avant d’être élus. On pense à Nelson Mandela bien sûr, mais dans beaucoup d’ex-dictature, cela a pu être le cas. L’Uruguay a été soumis à une dictature militaire comme le continent sud-américain en a connu beaucoup. Les opposants ont y été longuement emprisonnés arbitrairement dans des conditions inhumaines. C’est ce que nous fait découvrir Companeros, le récit de 12 ans de captivité de trois hommes qui auront ensuite marqué l’histoire de leur pays.

Faire un film de deux heures sur trois hommes enfermés dans un espace relativement restreint, voilà qui peut sembler difficile. Mais Alvaro Brechner parvient à construire un récit à tiroir, entre présent et flash-backs, qui parvient à réellement captiver le spectateur. Ne vous attendez pas à des scènes spectaculaires, mais au moins l’histoire propose quelques surprises et reste toujours parcourue d’une réelle tension narrative. Companeros a aussi le bon goût de ne pas en rajouter dans la description de l’horreur dans lequel les trois hommes sont plongés. Au contraire, il utilise parfois l’humour et l’absurde pour dénoncer avec force le calvaire qu’ils ont vécu.

companerosLes trois comédiens, Antonio de la Torre, Chino Darin et Alfonso Tort, livrent tous une prestation formidable. On retiendra quand même plus particulièrement celle du premier cité, qui donne une formidable humanité et profondeur à son personnage. Ils croiseront énormément de protagonistes secondaires au gré de leurs changements de lieux d’emprisonnement et c’est tout le casting qui nous réserve une foule de jolies surprises. En tout cas, Companeros est aussi remarquable sur le fond que sur le forme et met en lumière l’histoire méconnue d’un pays qui l’est tout autant. Voir un bon film et se coucher moins bête, voilà deux bonnes raisons pour aller le voir.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Alcaravan, Haddock films, Hernandez y Fernandez, Manny films, Tornasol films
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Alvaro Brechner
Scénario : Alvaro Brechner
Montage : Irene Blecua, Nacho Ruiz Capillas
Photo : Carlos Catalan
Décors : Laura Musso
Musique : Federico Jusid
Durée : 122 min

Casting :
Antonio de la Torre : José Mujica
Chino Darin : Mauricio Rosencof
Alfonso Tort : Eleuterio Fernández Huidobro
César Troncoso : le militaire
Soledad Villamil : La psychiatre
Dilvia Pérez Cruz : Ivette
Mirella Pascual : Lucy

US : Double tranchant

usafficheLe problème avec le succès et la réussite, c’est qu’une fois que vous les avez obtenus, on s’attend à ce que cela devienne la norme à chacune de vos oeuvres. C’est ce qui arrive à Jordan Peele, réalisateur encensé pour Get Out. Des compliments mérités et qui ne doivent rien au hasard et beaucoup à son talent. La promotion de Us a beaucoup insisté sur le succès passé de son réalisateur. Il est donc logique que le spectateur s’attende à un nouveau film du même acabit. Malheureusement ce dernier, sans être mauvais pour autant, constitue un retour à l’ordinaire.

Us est à ranger dans les films qui font peur. Or il fait peur, mais pas trop. Le film mise quand même aussi pas mal sur l’humour et les situations quelque peu décalées. Du coup, on ne sait pas trop sur quel pied danser et le film s’avère ni franchement drôle, ni terriblement terrifiant. De plus, on peut regretter que le mystère qui avait créé l’ambiance et donné son intérêt au film, disparaisse au travers d’une longue explication complète et précise, mais pas forcément hyper convaincante. L’histoire y aurait gagné à ne pas chercher à tout expliquer. Elle se termine par le twist final qui va bien, mais quelque peu prévisible. Au final, on aura plutôt passé un bon moment, mais sans jamais s’enthousiasmer totalement.

usJordan Peele n’a rien perdu de son sens de l’image. Us nous propose quelques séquences vraiment réussies d’un point de vue esthétique. Techniquement, les faces à face entre les personnages et leurs doubles sont bluffants et jamais on ne devine les ficelles derrières les trucages. Lupita Nyong’o porte vraiment le film et tire tout le casting vers le haut. On soulignera notamment la performance assez impressionnante de la jeune Shahadi Wright Joseph, dont le double maléfique est véritablement terrifiant. Tout cela provoque un peu de frustration car le film possédait tous les ingrédients pour être nettement plus réussi et convaincant.

LA NOTE : 11/20

Production : Monkeypaw productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Jordan Peele
Scénario : Jordan Peele
Montage : Nicholas Monsour
Photo : Mike Gioulakis
Décors : Ruth De Jong
Musique : Michael Abels
Durée : 116 min

Casting :
Lupita Nyong’o : Adelaide Wilson, Red
Winston Duke : Gabe Wilson, Abraham
Elisabeth Moss : Kitty Tyler, Dahlia
Tim Heidecker : Josh Tyler, Tex
Shahadi Wright Joseph : Zora Wilson, Umbrae
Evan Alex : Jason Wilson, Pluto

LES TEMOINS DE LENSDORF : En quête de vérité

lestemoinsdelensdorfafficheLe polar est un des genres cinématographiques et littéraires les plus classiques. Si on en croit le Larousse, il implique forcément l’intervention de la police, ce qui est assez logique vue l’étymologie du mot. Mais on peut aussi élargir cette définition à tous récit impliquant un travail d’enquête, une traque d’indices, de preuves, pour faire éclater la vérité. Alors dans ce cas-là, les Témoins de Lendsdorf est incontestablement un polar, même si cette fois le scénario ne fait pas intervenir de policier, mais un historien juif orthodoxe. Les mécanismes sont bien les mêmes, même si le film est considérablement enrichi par bien d’autres éléments.

Les Témoins de Lensdorf adopte donc une forme particulièrement prenante qui donne vraiment envie au spectateur de connaître le fin mot de l’histoire. De l’histoire et de l’Histoire, puisque le film possède évidemment une dimension historique aux intérêts multiples. Le film aborde aussi largement la question de la mémoire, ainsi que le fondement même de l’idée d’être juif. Le tout est traité avec une grande profondeur en poussant vraiment la réflexion jusqu’au bout. Le film est donc passionnant à plus d’un titre et ravira des spectateurs aux attentes et aux centres d’intérêt très différents.

lestemoinsdelensdorfLes Témoins de Lendsdorf confirme la vitalité de la fiction israélienne, que ce soit sur grand ou petit écran. Le film offre aussi un premier grand rôle à Ori Pfeffer, plutôt habitué aux troisièmes rôles dans les productions hollywoodiennes de seconde zone. On peut donc parler de révélation car il porte réellement le film sur ses épaules avec un rare talent. Amichai Greenberg signe donc un film remarquablement maîtrisé dans toutes ses dimensions. Il rappelle ainsi à quel point la forme n’est jamais l’ennemie du fond et que les sujets les plus graves peuvent être traiter au travers d’une réelle intensité dramatique.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Amichai Greenberg
Scénario : Amichai Greenberg
Photographie : Moshe Mishali
Production : Sabine Moser, Olivier Neumann
Durée : 88 minutes

Casting :
Ori Pfeffer : Yoel
Rivka Gur : Fania
Hagit Dasberg-Shamul : Rina
Ori Yaniv : Micky
Michael Fuith : Le maire autrichien
Iréna Flury : Sylvie
Michaela Rosen : Le politicien autrichien
Helmuth Häusler : Le garde du corps

SIBEL : Forte comme une Turque

sibelafficheCe n’est pas parce qu’un sujet nous a déjà offert un grand film sur un sujet qu’il ne faut pas renoncer à l’aborder à nouveau. Ainsi, si vous avez aimé Mustang et avez été touché par le destin de ses héroïnes, je ne peux que vous conseiller d’aller voir Sibel (même si à l’heure où j’écris ces lignes, cela va devenir difficile de trouver une salle qui le programme encore). Surtout qu’au final les deux films racontent deux histoires très différentes, combien même la condition des jeunes filles dans la Turquie rurale reste la question centrale. Au-delà de tout cela, ce sont surtout ses qualités qui doivent vous inciter à donner à cette production franco-germano-turco-luxembourgeoise les honneurs qu’elle mérite.

Sibel est un film portrait. Il repose donc largement sur les sentiments qui naissent envers son héroïne. On ne s’attache pas ici à elle parce qu’elle est une victime. Femme, muette, autant de caractéristiques qui ne lui promettent pas un destin facile, mais le personnage est loin de s’arrêter à ça. Au contraire, c’est pour sa force qu’on en vient à suivre son destin avec autant de ferveur. Le scénario possède une dimension presque épique qui lui donne un intérêt au-delà des sujets sociaux qui sont abordés. On assiste donc à un portrait particulièrement vivant qui fait entrer en synergie toutes ses dimensions pour en décupler l’impact et gagner le cœur et la raison du spectateur.

sibelSibel doit beaucoup au talent de Damla Sönmez. En effet, privée de paroles, elle doit transmettre tout ce qu’elle ressent par ses expressions. Enfin pas tout à fait puisqu’elle utilise aussi une langue sifflée (sous-titrée du coup) pour s’exprimer, mais cela ne remplace pas réellement le langage articulée. On ne peut donc que saluer la performance qui a le grand mérite de ne pas ressembler à un numéro d’acteur. Elle reste d’un naturel déconcertant dans toute la très large palette d’émotions qu’elle nous transmet. Elle porte sur ses épaules un film formidable qui aurait mérité un meilleur sort en termes de distribution.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisateurs : Çağla Zencirci, et Guillaume Giovanetti
Assistant réalisateur : Yagmur Misirlioglu
Scénaristes : Çağla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti
Producteurs: Marie Legrand, Rani Massalha, Michael Eckelt, Johannes Jancke, Marsel Kalvo, Nefes Polat, Christel Henon, Lilian Eche
Co-producteur : Marc Simoncini
Image : Eric Devin
Son : Tim Stephan & Stephan Konken
Musique : Bassel Hallak and Pi
Montage : Véronique Lange
Décors : Osman Özcan
Durée : 95 minutes

Damla Sönmez : Sibel
Emin Gürsoy : Emin
Erkan Kolçak Köstendil : Ali, le vagabond
Elit Iscan : Fatma
Meral Çetinkaya : Narin
Gülçin Kültür Şahin : Feride
Şevval Tezcan : Çiçek

REBELLES : La prétention, c’est dépassé !

rebellesaffichePour faire un bon film, un immense talent ne suffit pas toujours, comme on a pu le constater avec Ma Vie avec John F. Donovan. Avec beaucoup moins de talent, mais de l’énergie et du peps, on arrive par contre à proposer de longs métrages qui donnent beaucoup de plaisir au spectateur. Peut-être pas des chefs d’œuvre, peut-être par des moments inoubliables, mais de vrais bons moments, aussi éphémères soient-ils. Rebelles ne marquera pas profondément l’histoire du 7ème art. Mais en ne cherchant pas à être autre chose que ce qu’il est, ce film atteint parfaitement son but et nous en donne pour notre argent. Sans compter la présence de Cécile de France…

L’idée de départ de Rebelles n’a vraiment rien d’original. A tel point, qu’on peut encore voir sur nos écrans la Chute de l’Empire Américain qui possède à peu près le même. Mais qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Cela fait des siècles que l’imagination des humains fait naître des vaudevilles de toute sorte et on n’en a toujours pas fait le tour. Quand c’est drôle, rythmé, riche en rebondissements, même s’ils sont parfois un peu prévisibles, on ne boude pas notre plaisir. Le film dure un tout petit moins d’une heure et demi, ce qui prouve qu’Allan Mauduit sait aller à l’essentiel et on l’en remercie. On avait déjà pu le constater dans un genre radicalement différent lorsqu’il avait signé le scénario d’Arès qui ne durait qu’une heure vingt.

rebellesAllan Mauduit bénéficie d’un beau casting qu’il exploite à merveille. Vous l’aurez compris, la simple présence à l’écran de Cécile de France me ravit. Elle prouve une nouvelle fois à quel point, elle est capable d’incarner des femmes toujours différentes avec le même bonheur (pour nous) et le même talent. Elle est parfaitement secondée par Yolande Moreau et Audrey Lamy dans des registres habituels pour elles, mais qui donnent vie à leur personnage avec assez d’enthousiasme pour être convaincante. Au final, Rebelles reste un divertissement sans prétention. Mais l’absence de prétention est une qualité qu’il faut savoir apprécier à sa juste valeur.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Allan Mauduit
Scénario : Allan Mauduit et Jérémie Guez
Production : Matthieu Tarot
Sociétés de production : Albertine Productions et Wild Bunch
Société de distribution : Le Pacte
Photographie : Vincent Mathias
Montage : Christophe Pinel
Durée : 87 minutes
 
Casting :
Cécile de France : Sandra
Audrey Lamy : Marilyn
Yolande Moreau : Nadine
Simon Abkarian : Simon Bénéké
Samuel Jouy : Digne
Béatrice Agenin : la mère de Sandra
Patrick Ridremont : Jean-Mi
Michel Nabokoff : le conseiller

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN : Le génie et l’ego

mavieavecjohnfdonovanafficheJe reconnais à Xavier Dolan un talent de réalisateur totalement hors du commun. Mommy reste pour moi un pur chef d’oeuvre, déchirant sur le fond, terriblement original sur la forme. Un talent comme celui-là doit lui permettre de nous offrir encore et toujours de nouveaux chefs d’œuvre. Juste la Fin du Monde m’avait plutôt déçu pour plusieurs raisons, mais j’espérais là qu’il ne s’agissait là que d’un simple accident de parcours. Malheureusement, après avoir vu Ma Vie avec John F. Donovan, je crains de devoir poser un diagnostic que j’espère sincèrement ne pas être définitif : le génie a disparu sous son propre égo.

Il n’y a pas un seul plan de Ma Vie avec John F. Donovan qui ne soit parfait, sublime, spectaculaire… en un mot baroque. Mais comme dans une église baroque (et je sais de quoi je parle écrivant cette critique depuis Prague), ce clinquant, aussi flamboyant soit-il, ne laisse strictement aucune place à l’émotion et à la profondeur. Xavier Dolan essaye juste de nous en mettre plein la vue à chaque instant, de nous démontrer à quel point il est un grand cinéaste. Il semble fuir la simplicité comme la peste, mais nous laisse par la même totalement de marbre. C’est beau mais c’est froid.

L’mavieavecjohnfdonovanhistoire de Ma Vie avec John F Donovan devrait nous tirer des torrents de larmes. Moi qui pleure pourtant facilement au cinéma, je n’en ai pas versé la moindre. Je pourrais pourtant également dire tout le bien de l’interprétation car Xavier Dolan est également un excellent dans la direction d’acteurs. Mais trop, c’est trop. La forme est au service du fond, pas l’inverse. On a ici vraiment l’impression que le réalisateur cherche à empêcher quoique ce soit s’éclipser son propre talent, que ça soit le scénario ou les comédiens. Mais au final, il donne surtout envie au spectateur de s’éclipser pour ne pas cautionner ce moment regrettable d’auto-satisfaction.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : Lyla Films, Sons of Manual, Warp Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Xavier Dolan
Scénario : Xavier Dolan, Jacob Tierney
Montage : Xavier Dolan, Mathieu Denis
Photo : André Turpin
Décors : John El Manahi, Pierre Perrault
Musique : Gabriel Yared
Durée : 123 min

Casting :
Kit Harington : John F. Donovan
Natalie Portman : Sam Turner
Jacob Tremblay : Rupert Turner enfant
Susan Sarandon : Grace Donovan
Ben Schnetzer : Rupert Turner adulte
Thandie Newton : Audrey Newhouse
Kathy Bates : Barbara Haggermaker
Michael Gambon : le narrateur

LE MYSTERE HENRI PICK : Pas vraiment à la page

lemysterehenripickafficheFace à un film avec une actrice qu’on adore et un acteur qui nous horripile, notre cœur balance. Le mien a longtemps hésité devant le Mystère Henri Pick. En effet, je suis loin d’être le plus grand admirateur de Fabrice Lucchini, quand j’ai une affection particulière pour Camille Cottin. Pendant longtemps la réponse a plutôt penché vers la négative. Mais les conseils d’un collègue et, il faut l’avouer, le hasard des horaires m’ont conduit à aller le voir. Au final, il ne souffre pas des défauts que je pouvais lui prêter a priori. Malheureusement, il en possède d’autres qui ne permettent pas à cette histoire de se montrer assez convaincante pour emporter une totale adhésion.

Je dois écarter toute responsabilité de Fabrice Lucchini concernant le caractère quelque peu décevant du Mystère Henri Pick. Pour une fois, il fait preuve d’une certaine retenue, ne gâchant pas son personnage par ses simagrées excessives habituelles. Mais d’où vient le problème alors ? Il provient avant tout d’un dénouement qui ne colle pas bien avec l’équilibre général du film. Difficile d’en dire plus sans rien révéler. En tout cas, j’en suis sorti sur une vraie note négative. Et dans un film où on attend tout du long la résolution d’un mystère, il est évident que quand la révélation finale est décevante, c’est tout le film qui en pâti. Tout le reste devient quelque peu vain et perd de son sens. On en oublie alors tout ce qui aurait pu donner un vrai charme à ce film.

lemysterehenripickEt si je parle de charme, vous vous doutez bien que Camille Cottin n’y est pas pour rien. Je ne suis peut-être pas très objectif, mais elle fait preuve une nouvelles fois d’une très belle présence à l’écran avec un naturel et une simplicité déconcertants. Le duo qu’elle forme avec Fabrice Lucchini fonctionne parfaitement bien et on ne peut vraiment rien leur reprocher. Il restera donc un des films de Rémi Bezançon que j’aurais le moins apprécié, même si sa carrière (voire même les différentes parties de ses films) a toujours été assez inégale. Enfin, il aura bien l’occasion de faire mieux la prochaine. C’est en tout cas, tout le mal qu’on lui souhaite.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Gaumont production, Scope pictures, France 2 Cinéma
Distribution : Gaumont
Réalisation : Rémi Bezançon
Scénario : Rémi bezançon, Vanessa Portal, romand e David Foenkinos
Montage : Valérie Deseine
Photo : Antoine Monod
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Laurent Perez del Mar
Durée : 100 min

Casting :
Fabrice Luchini : Jean-Michel Rouche
Camille Cottin : Joséphine Pick
Alice Isaaz : Daphné Despero
Bastien Bouillon : Frédéric Koska
Josiane Stoléru : Madeleine Pick
Astrid Whettnall : Inès de Crecy
Marc Fraize : Jean-Pierre Gourvec
Hanna Schygulla : Ludmila Blavitscky

CAPTAIN MARVEL : Un peu plus près des étoiles

captainmarvelafficheDepuis la série Alias au début des années 2000, même le plus macho des spectateurs a déjà ressenti le plaisir de voir un personnage féminin se battre avec énergie contre des adversaires particulièrement baraqués de sexe masculin. Le monde des super-héros est souvent vu comme très marchiste, vu la plastique toujours très avantageuses des héroïnes. Pourtant, les lecteurs de comics connaissent depuis longtemps cette joie puisque des super-héroïnes particulièrement puissantes sont nées il y a bien longtemps déjà. Mais il est vrai que lors de leur passage sur grand écran, elles n’ont pas forcément occupé leur place légitime. Le mal a été quelque peu réparé chez DC grâce au succès de Wonder Woman. Marvel lui emboîte le pas avec Captain Marvel. Un film qui a reçu un accueil critique plutôt tiède, alors qu’il possède bien des qualités. Comme quoi, on est toujours plus exigeant avec les femmes que les hommes.

Captain Marvel a deux atouts pour elle. Déjà, le personnage principal est vraiment attachant et pas simplement parce qu’il est sympathique. Sa stature épique et sa puissance lui confèrent un vrai charisme super-héroïque fort appréciable. Ensuite, le film est terriblement distrayant, avec sa bonne dose d’humour et d’action, quand les deux ne sont pas entremêlés. Certes, les esprits ronchons souligneront sans doute que dans un domaine ou dans l’autre, Marvel a déjà proposé mieux et plus original. Certes, mais ce n’est pas parce qu’on n’est pas le meilleur qu’on est forcément mauvais. On passe un vrai bon moment devant cette superproduction et on est vraiment heureux de voir la mythologie Marvel s’enrichir de ce personnage. Cela donne l’eau à la bouche avant le prochain Avengers et on a hâte de voir notre super-héroïne face à Thanos. Seuls les initiés voient dans cette dernière phrase une raison de s’enthousiasmer, mais ces derniers savent bien de quoi je parle !

captainmarvelBrie Larson joue un rôle central dans la réussite de Captain Marvel. Ceux qui voient le verre à moitié vide souligneront qu’on pouvait s’attendre à une performance plus marquante d’une actrice oscarisée. Ceux, espérons-le plus nombreux, qui voient le verre à moitié plein souligneront au contraire l’aura de sympathie qu’elle fait naître immédiatement autour de son personnage. Elle n’a pas la beauté d’une Gal Gadot, mais on a envie d’aller boire un verre avec elle au premier regard. Finalement, celui qui se contente vraiment du minimum est Jude Law, même s’il ne bénéficie pas ici du rôle le plus intéressant de sa carrière. De toute façon, les vraies stars de ce film restent un chat… et Stan Lee qui fait là son ultime caméo. En tout cas, ce film est un bon film pop-corn qui permet de patienter un peu avant Avengers : Endgame.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Réalisation : Ryan Fleck, Anna Boden
Scénario : Meg LeFauve, Nicole Perlman, Geneva Robertson-Dworet
Photo : Ben Davis
Décors : Andy Nicholson
Musique : Pınar Toprak
Directeur artistique : Kasra Farahani
Durée : 124 mn

Casting :
Brie Larson : Carol Danvers / Captain Marvel
Samuel L. Jackson : Nick Fury
Ben Mendelsohn : Talos
Lee Pace : Ronan l’Accusateur
Anette Bening : l’intelligence suprême / Dr Wendy Lawson
Jude Law : Yon-Rogg
Clark Gregg : Phil Coulson

NOS VIES FORMIDABLES : Formidable à plus d’un titre

nosviesformidablesafficheL’effort de promotion dont bénéficie un film n’est en rien corrélé avec sa qualité. Le contraire se saurait depuis le temps. Ainsi, nos écrans accueillent quelques vraies pépites qui passent trop injustement inaperçues. Nos Vies Formidables fait partie de celle-ci. Certes, aucune vedette à l’écran et un sujet, la vie dans un centre de désintoxication, tout cela ne poussait pas vraiment ce film à faire la une des médias. Pourtant, il est à proprement parler formidable par ses nombreuses qualités et l’intelligence et l’humanisme avec lesquels il déroule son propos.

A l’annonce du sujet, on peut facilement imaginer Nos Vies Formidables comme un film plombant et sombre. Certes, il ne nous emmène pas au pays des Bisounours, mais plutôt à celui de la souffrance, du désespoir et du déni. Mais il offre aussi cette lumière qui pousse le spectateur à reprendre espoir d’un avenir meilleur, avant même que ce dernier ne naisse chez les protagonistes eux-mêmes. C’est grâce à lui que l’on reste scotché à l’écran, saisi profondément par cette histoire poignante et forte. Tout cela ne nous mènera pas vers un grand happy-end, mais c’est bien l’espoir qui domine au final. Même après une scène peu avant la fin d’une intensité dramatique absolue qui vous déchirera le cœur. Mais la renaissance a parfois un prix bien lourd à payer.

nosviesformidablesJulie Moulier tient avec Nos Vies Formidables son premier très grand rôle. Et elle s’acquitte de la tâche avec un talent assez sensationnel. C’est vraiment tout le casting qui est à saluer, tant les rôles sont plus difficiles les uns que les autres, mais tous interprétés avec une conviction et une intensité impressionnantes. L’histoire en tire une profonde crédibilité et surtout une densité émotionnelle hors du commun. C’est grâce à eux, sous la caméra remarquable de Fabienne Godet que le film nous touche autant. La réalisation, toujours au plus près des personnages, nous plonge dans une intimité qui décuple encore les sentiments du spectateur. On en ressort bien secoué mais heureux de ne pas être passé à côté de ce formidable moment.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Fabienne Godet
Scénario : Fabienne Godet et Julie Moulier
Photographie : Marie Celette
Montage : Florent Mangeot
Musique : Fabien Bourdier
Producteur : Bertrand Faivre
Durée : 117 minutes

Casting :
Julie Moulier : Margot
Johan Libéreau : Léo
Zoé Héran : Salomé
Françoise Cadol : la mère de Margot
Jacques de Candé : Jérémy
Bruno Lochet : Pierre
Olivier Pajot : le père de Margot
Françoise Pinkwasser : Annette
Abbes Zahmani : César
Cédric Maruani : Jalil
Jade Labeste : Marion
Sandor Funtek : Dylan
Cyrielle Martinez : Zakaria
Mourad Musset : Raha
Emilie Marsh : Alex
François-Michel Van der Rest : Daniel
Camille Rutherford : Lisa
Estelle Meyer : Leila, la prof de théâtre

DAMIEN VEUT CHANGER LE MONDE : Vent de fraîcheur, cri du coeur

damienveutchangerlemondeafficheLa naïveté est généralement considérée comme un défaut. Pourtant, comme tout trait de caractère, son caractère positif ou négatif dépend des circonstances. Et comme tout trait de caractère, il passe d’autant mieux s’il est pleinement assumé. Damien Veut Changer le Monde est d’un film d’une naïveté assumée. C’est ce qui fait sa limite, mais c’est aussi ce qui lui donne un charme réel. Dans une période où les lourdeurs sont nombreuses et les nuages souvent sombres, un peu de fraîcheur fait vraiment du bien et aère aussi bien les poumons que l’esprit. Un plaisir léger mais salutaire.

Damien Veut Changer le Monde possède le grand mérite d’aller à l’essentiel. Le propos est clair, direct et a du coup un vrai impact. On se moque bien des incohérences, des objections que l’on pourrait facilement soulever. On se laisse emporter par le même élan enthousiaste qui saisit les personnages, en écoutant son cœur et non plus sa raison. Cela laisse une impression fugace car on revient vite à la réalité dès qu’on a quitté la salle, mais surtout une très bonne impression. Toutes les faiblesses et les raccourcis du scénario passent au second plan. Surtout qu’on sent une profonde sincérité dans la démarche de Xavier de Choudens et même sans y adhérer pleinement, on ne peut que la saluer.

damienveutchangerlemondeDamien Veut Changer le Monde nous offre un casting de second rang, mais qui s’acquitte de sa tâche avec une énergie dont devrait bien s’inspirer bien des stars trop sûres d’elles. Franck Gastambide n’aura certainement pas de César pour sa prestation, mais il nous donne une sévère envie de le rejoindre dans son combat. Le duo formé par Camille Lellouche et Gringe apporte sa pierre à l’édifice et on tombe immédiatement sous leur charme. Melisa Sözen confirme tout son talent entrevu dans le Bureau des Légendes, mais aussi déjà sur grand écran dans Winter Sleep, Palme d’Or à Cannes en 2014. Voilà un prix que ce film ne remportera pas, mais personne n’aura l’idée de le lui reprocher.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Xavier de Choudens
Scénario : Xavier de Choudens, et Charly Delwart
Régisseur adjoint : Antek Graczyk
Chef montage : Thibault Damade

Casting :
Franck Gastambide : Damien
Melisa Sözen : Selma
Camille Lellouche : Mélanie
Gringe : Rudy
Youssef Hajdi : Marco
Jessim Kas : Behzad
Patrick Chesnais : Vigo, le père de Damien
Liliane Rovère : Madame Lopez
Bass Dhem : Souleman
Rémy Adriaens : Steve
Sébastien Chassagne : Vigo, jeune
Claire Chust : Carole
Tatiana Rojo : Rama N’Dongo