En France, il n’est pas rare de voir un homme politique de finir sa carrière devant les tribunaux, voire même parfois en prison, après avoir occupé un nombre importants de mandats diverses et variés. Mais il existe encore plus de pays où les hommes politiques ont tâté du cachot avant d’être élus. On pense à Nelson Mandela bien sûr, mais dans beaucoup d’ex-dictature, cela a pu être le cas. L’Uruguay a été soumis à une dictature militaire comme le continent sud-américain en a connu beaucoup. Les opposants ont y été longuement emprisonnés arbitrairement dans des conditions inhumaines. C’est ce que nous fait découvrir Companeros, le récit de 12 ans de captivité de trois hommes qui auront ensuite marqué l’histoire de leur pays.
Faire un film de deux heures sur trois hommes enfermés dans un espace relativement restreint, voilà qui peut sembler difficile. Mais Alvaro Brechner parvient à construire un récit à tiroir, entre présent et flash-backs, qui parvient à réellement captiver le spectateur. Ne vous attendez pas à des scènes spectaculaires, mais au moins l’histoire propose quelques surprises et reste toujours parcourue d’une réelle tension narrative. Companeros a aussi le bon goût de ne pas en rajouter dans la description de l’horreur dans lequel les trois hommes sont plongés. Au contraire, il utilise parfois l’humour et l’absurde pour dénoncer avec force le calvaire qu’ils ont vécu.
Les trois comédiens, Antonio de la Torre, Chino Darin et Alfonso Tort, livrent tous une prestation formidable. On retiendra quand même plus particulièrement celle du premier cité, qui donne une formidable humanité et profondeur à son personnage. Ils croiseront énormément de protagonistes secondaires au gré de leurs changements de lieux d’emprisonnement et c’est tout le casting qui nous réserve une foule de jolies surprises. En tout cas, Companeros est aussi remarquable sur le fond que sur le forme et met en lumière l’histoire méconnue d’un pays qui l’est tout autant. Voir un bon film et se coucher moins bête, voilà deux bonnes raisons pour aller le voir.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Alcaravan, Haddock films, Hernandez y Fernandez, Manny films, Tornasol films
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Alvaro Brechner
Scénario : Alvaro Brechner
Montage : Irene Blecua, Nacho Ruiz Capillas
Photo : Carlos Catalan
Décors : Laura Musso
Musique : Federico Jusid
Durée : 122 min
Casting :
Antonio de la Torre : José Mujica
Chino Darin : Mauricio Rosencof
Alfonso Tort : Eleuterio Fernández Huidobro
César Troncoso : le militaire
Soledad Villamil : La psychiatre
Dilvia Pérez Cruz : Ivette
Mirella Pascual : Lucy
Le problème avec le succès et la réussite, c’est qu’une fois que vous les avez obtenus, on s’attend à ce que cela devienne la norme à chacune de vos oeuvres. C’est ce qui arrive à Jordan Peele, réalisateur encensé pour Get Out. Des compliments mérités et qui ne doivent rien au hasard et beaucoup à son talent. La promotion de Us a beaucoup insisté sur le succès passé de son réalisateur. Il est donc logique que le spectateur s’attende à un nouveau film du même acabit. Malheureusement ce dernier, sans être mauvais pour autant, constitue un retour à l’ordinaire.
Jordan Peele n’a rien perdu de son sens de l’image. Us nous propose quelques séquences vraiment réussies d’un point de vue esthétique. Techniquement, les faces à face entre les personnages et leurs doubles sont bluffants et jamais on ne devine les ficelles derrières les trucages. Lupita Nyong’o porte vraiment le film et tire tout le casting vers le haut. On soulignera notamment la performance assez impressionnante de la jeune Shahadi Wright Joseph, dont le double maléfique est véritablement terrifiant. Tout cela provoque un peu de frustration car le film possédait tous les ingrédients pour être nettement plus réussi et convaincant.
Le polar est un des genres cinématographiques et littéraires les plus classiques. Si on en croit le Larousse, il implique forcément l’intervention de la police, ce qui est assez logique vue l’étymologie du mot. Mais on peut aussi élargir cette définition à tous récit impliquant un travail d’enquête, une traque d’indices, de preuves, pour faire éclater la vérité. Alors dans ce cas-là, les Témoins de Lendsdorf est incontestablement un polar, même si cette fois le scénario ne fait pas intervenir de policier, mais un historien juif orthodoxe. Les mécanismes sont bien les mêmes, même si le film est considérablement enrichi par bien d’autres éléments.
Les Témoins de Lendsdorf confirme la vitalité de la fiction israélienne, que ce soit sur grand ou petit écran. Le film offre aussi un premier grand rôle à Ori Pfeffer, plutôt habitué aux troisièmes rôles dans les productions hollywoodiennes de seconde zone. On peut donc parler de révélation car il porte réellement le film sur ses épaules avec un rare talent. Amichai Greenberg signe donc un film remarquablement maîtrisé dans toutes ses dimensions. Il rappelle ainsi à quel point la forme n’est jamais l’ennemie du fond et que les sujets les plus graves peuvent être traiter au travers d’une réelle intensité dramatique.
Ce n’est pas parce qu’un sujet nous a déjà offert un grand film sur un sujet qu’il ne faut pas renoncer à l’aborder à nouveau. Ainsi, si vous avez aimé Mustang et avez été touché par le destin de ses héroïnes, je ne peux que vous conseiller d’aller voir Sibel (même si à l’heure où j’écris ces lignes, cela va devenir difficile de trouver une salle qui le programme encore). Surtout qu’au final les deux films racontent deux histoires très différentes, combien même la condition des jeunes filles dans la Turquie rurale reste la question centrale. Au-delà de tout cela, ce sont surtout ses qualités qui doivent vous inciter à donner à cette production franco-germano-turco-luxembourgeoise les honneurs qu’elle mérite.
Sibel doit beaucoup au talent de Damla Sönmez. En effet, privée de paroles, elle doit transmettre tout ce qu’elle ressent par ses expressions. Enfin pas tout à fait puisqu’elle utilise aussi une langue sifflée (sous-titrée du coup) pour s’exprimer, mais cela ne remplace pas réellement le langage articulée. On ne peut donc que saluer la performance qui a le grand mérite de ne pas ressembler à un numéro d’acteur. Elle reste d’un naturel déconcertant dans toute la très large palette d’émotions qu’elle nous transmet. Elle porte sur ses épaules un film formidable qui aurait mérité un meilleur sort en termes de distribution.
Pour faire un bon film, un immense talent ne suffit pas toujours, comme on a pu le constater avec Ma Vie avec John F. Donovan. Avec beaucoup moins de talent, mais de l’énergie et du peps, on arrive par contre à proposer de longs métrages qui donnent beaucoup de plaisir au spectateur. Peut-être pas des chefs d’œuvre, peut-être par des moments inoubliables, mais de vrais bons moments, aussi éphémères soient-ils. Rebelles ne marquera pas profondément l’histoire du 7ème art. Mais en ne cherchant pas à être autre chose que ce qu’il est, ce film atteint parfaitement son but et nous en donne pour notre argent. Sans compter la présence de Cécile de France…
Allan Mauduit bénéficie d’un beau casting qu’il exploite à merveille. Vous l’aurez compris, la simple présence à l’écran de Cécile de France me ravit. Elle prouve une nouvelle fois à quel point, elle est capable d’incarner des femmes toujours différentes avec le même bonheur (pour nous) et le même talent. Elle est parfaitement secondée par Yolande Moreau et Audrey Lamy dans des registres habituels pour elles, mais qui donnent vie à leur personnage avec assez d’enthousiasme pour être convaincante. Au final, Rebelles reste un divertissement sans prétention. Mais l’absence de prétention est une qualité qu’il faut savoir apprécier à sa juste valeur.
Je reconnais à Xavier Dolan un talent de réalisateur totalement hors du commun. Mommy reste pour moi un pur chef d’oeuvre, déchirant sur le fond, terriblement original sur la forme. Un talent comme celui-là doit lui permettre de nous offrir encore et toujours de nouveaux chefs d’œuvre. Juste la Fin du Monde m’avait plutôt déçu pour plusieurs raisons, mais j’espérais là qu’il ne s’agissait là que d’un simple accident de parcours. Malheureusement, après avoir vu Ma Vie avec John F. Donovan, je crains de devoir poser un diagnostic que j’espère sincèrement ne pas être définitif : le génie a disparu sous son propre égo.
histoire de Ma Vie avec John F Donovan devrait nous tirer des torrents de larmes. Moi qui pleure pourtant facilement au cinéma, je n’en ai pas versé la moindre. Je pourrais pourtant également dire tout le bien de l’interprétation car Xavier Dolan est également un excellent dans la direction d’acteurs. Mais trop, c’est trop. La forme est au service du fond, pas l’inverse. On a ici vraiment l’impression que le réalisateur cherche à empêcher quoique ce soit s’éclipser son propre talent, que ça soit le scénario ou les comédiens. Mais au final, il donne surtout envie au spectateur de s’éclipser pour ne pas cautionner ce moment regrettable d’auto-satisfaction.
Face à un film avec une actrice qu’on adore et un acteur qui nous horripile, notre cœur balance. Le mien a longtemps hésité devant le Mystère Henri Pick. En effet, je suis loin d’être le plus grand admirateur de Fabrice Lucchini, quand j’ai une affection particulière pour Camille Cottin. Pendant longtemps la réponse a plutôt penché vers la négative. Mais les conseils d’un collègue et, il faut l’avouer, le hasard des horaires m’ont conduit à aller le voir. Au final, il ne souffre pas des défauts que je pouvais lui prêter a priori. Malheureusement, il en possède d’autres qui ne permettent pas à cette histoire de se montrer assez convaincante pour emporter une totale adhésion.
Et si je parle de charme, vous vous doutez bien que Camille Cottin n’y est pas pour rien. Je ne suis peut-être pas très objectif, mais elle fait preuve une nouvelles fois d’une très belle présence à l’écran avec un naturel et une simplicité déconcertants. Le duo qu’elle forme avec Fabrice Lucchini fonctionne parfaitement bien et on ne peut vraiment rien leur reprocher. Il restera donc un des films de Rémi Bezançon que j’aurais le moins apprécié, même si sa carrière (voire même les différentes parties de ses films) a toujours été assez inégale. Enfin, il aura bien l’occasion de faire mieux la prochaine. C’est en tout cas, tout le mal qu’on lui souhaite.
Depuis la série Alias au début des années 2000, même le plus macho des spectateurs a déjà ressenti le plaisir de voir un personnage féminin se battre avec énergie contre des adversaires particulièrement baraqués de sexe masculin. Le monde des super-héros est souvent vu comme très marchiste, vu la plastique toujours très avantageuses des héroïnes. Pourtant, les lecteurs de comics connaissent depuis longtemps cette joie puisque des super-héroïnes particulièrement puissantes sont nées il y a bien longtemps déjà. Mais il est vrai que lors de leur passage sur grand écran, elles n’ont pas forcément occupé leur place légitime. Le mal a été quelque peu réparé chez DC grâce au succès de Wonder Woman. Marvel lui emboîte le pas avec Captain Marvel. Un film qui a reçu un accueil critique plutôt tiède, alors qu’il possède bien des qualités. Comme quoi, on est toujours plus exigeant avec les femmes que les hommes.
Brie Larson joue un rôle central dans la réussite de Captain Marvel. Ceux qui voient le verre à moitié vide souligneront qu’on pouvait s’attendre à une performance plus marquante d’une actrice oscarisée. Ceux, espérons-le plus nombreux, qui voient le verre à moitié plein souligneront au contraire l’aura de sympathie qu’elle fait naître immédiatement autour de son personnage. Elle n’a pas la beauté d’une Gal Gadot, mais on a envie d’aller boire un verre avec elle au premier regard. Finalement, celui qui se contente vraiment du minimum est Jude Law, même s’il ne bénéficie pas ici du rôle le plus intéressant de sa carrière. De toute façon, les vraies stars de ce film restent un chat… et Stan Lee qui fait là son ultime caméo. En tout cas, ce film est un bon film pop-corn qui permet de patienter un peu avant Avengers : Endgame.
L’effort de promotion dont bénéficie un film n’est en rien corrélé avec sa qualité. Le contraire se saurait depuis le temps. Ainsi, nos écrans accueillent quelques vraies pépites qui passent trop injustement inaperçues. Nos Vies Formidables fait partie de celle-ci. Certes, aucune vedette à l’écran et un sujet, la vie dans un centre de désintoxication, tout cela ne poussait pas vraiment ce film à faire la une des médias. Pourtant, il est à proprement parler formidable par ses nombreuses qualités et l’intelligence et l’humanisme avec lesquels il déroule son propos.
Julie Moulier tient avec Nos Vies Formidables son premier très grand rôle. Et elle s’acquitte de la tâche avec un talent assez sensationnel. C’est vraiment tout le casting qui est à saluer, tant les rôles sont plus difficiles les uns que les autres, mais tous interprétés avec une conviction et une intensité impressionnantes. L’histoire en tire une profonde crédibilité et surtout une densité émotionnelle hors du commun. C’est grâce à eux, sous la caméra remarquable de Fabienne Godet que le film nous touche autant. La réalisation, toujours au plus près des personnages, nous plonge dans une intimité qui décuple encore les sentiments du spectateur. On en ressort bien secoué mais heureux de ne pas être passé à côté de ce formidable moment.
La naïveté est généralement considérée comme un défaut. Pourtant, comme tout trait de caractère, son caractère positif ou négatif dépend des circonstances. Et comme tout trait de caractère, il passe d’autant mieux s’il est pleinement assumé. Damien Veut Changer le Monde est d’un film d’une naïveté assumée. C’est ce qui fait sa limite, mais c’est aussi ce qui lui donne un charme réel. Dans une période où les lourdeurs sont nombreuses et les nuages souvent sombres, un peu de fraîcheur fait vraiment du bien et aère aussi bien les poumons que l’esprit. Un plaisir léger mais salutaire.
Damien Veut Changer le Monde nous offre un casting de second rang, mais qui s’acquitte de sa tâche avec une énergie dont devrait bien s’inspirer bien des stars trop sûres d’elles. Franck Gastambide n’aura certainement pas de César pour sa prestation, mais il nous donne une sévère envie de le rejoindre dans son combat. Le duo formé par Camille Lellouche et Gringe apporte sa pierre à l’édifice et on tombe immédiatement sous leur charme. Melisa Sözen confirme tout son talent entrevu dans le Bureau des Légendes, mais aussi déjà sur grand écran dans Winter Sleep, Palme d’Or à Cannes en 2014. Voilà un prix que ce film ne remportera pas, mais personne n’aura l’idée de le lui reprocher.
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