Des films dressant un panorama de la société chinoise sortent régulièrement sur nos écrans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela est rarement reluisant. Violence sociale, déshumanisation des relations entre individus, absence totale d’espoir dans un avenir meilleur qui effectivement ne vient jamais… Une vision sombre de ce pays pourtant amené à jouer un rôle de plus en plus central dans la marche du monde. Une nouvelle preuve avec Les Eternels. Une histoire centrée sur le destin de deux individus, mais qui a pour toile de fond la pègre chinoise et un tissu social en lambeaux.
Les Eternels est un film chinois et ressemble donc à un film chinois également dans la forme. Il adopte donc un rythme de narration qui nous semble un rien contemplatif pour nos yeux d’Occidentaux. J’admets, je suis en train de chercher une périphrase pour dire qu’il est un rien ennuyeux. Le tout manque de souffle et on a bien du mal à être vraiment enthousiasmé par cette histoire. Si le tableau social est intéressant, l’histoire d’amour entre les deux personnages, qui constitue le cœur du scénario, peine à faire naître l’émotion qui sied à ce genre de récit. On reste ainsi de marbre devant des sentiments qui rappellent plus le frigo que le brasier. Une vision désabusée des rapports humains et amoureux qui peut parler à l’intellect, difficilement au cœur.
Les Eternels est marquée par une ambiance visuelle aussi sombre que la société qu’il décrit. On retrouve la maîtrise de Jia Zhangke que l’on avait appréciée dans A Touch of Sin, même si le propos est ici moins marquant. Les deux acteurs principaux, Zhao Tao et Fan Liao, incarnent leurs personnages avec talent, mais leur manque d’expressivité nous empêche de réellement s’y attacher. Tout cela contribue à une forme d’indifférence envers tout ce qui peut leur arriver et aucune impatience particulière vis-à-vis du dénouement. On y parvient après deux heures et demi avec un léger soulagement que cela soit terminé. Non que l’on ait forcément passé un mauvais moment, mais un long moment, ça, c’est certain.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Xstream Pictures, Shanghai Film Group, Office Kitano, MK2 productions, Huanxi Media Group, Arte France Cinéma, Beijing Runjin Investment Réalisation : Jia Zhangke Scénario : Jia Zhangke Montage : Matthieu Laclau Photo : Eric Gautier Décors : Weixin Liu Distribution : Ad vitam Musique : Giong Lim Durée : 150 min
Casting : Zhao Tao : Qiao Fan Liao : Bin Zheng Xu : l’étudiant Feng Xiaogang : le docteur Yinan Diao : le passager du train
Imaginer une histoire valant le coup d’être racontée, avec une grande et belle intrigue et de grands et beaux personnages, représente un exercice difficile. Heureusement, l’Histoire, celle avec un grand h, recèle déjà bien des épisodes pouvant rassembler ces deux caractéristiques. Il suffit d’en s’en inspirer pour en faire un film. C’est ce que Josie Rouke a fait pour nous proposer Marie Stuart, Reine d’Ecosse. Une réalisatrice qui quitte le monde du théâtre pour rejoindre celui du 7ème art. Ses débuts sur grand écran sont au final plutôt réussis, même si le film n’est pas dénué d’imperfections.
On peut s’en douter à la lecture du titre, mais l’histoire est principalement centrée sur l’histoire d’un seul et même personnage. On peut parler de biopic, même si le terme semble un peu incongru pour un film en costumes qui nous emmène au XVIème siècle. Cependant, dans le dernier quart d’heure, le propos se recentre brutalement sur un autre personnage. Ce changement de cap semble un peu étrange et ne permet pas à Marie Stuart, Reine d’Ecosse de connaître la conclusion qu’il aurait mérité. En effet, malgré quelques longueurs, le reste du film ravira à la fois les curieux avides de parfaire leur culture historique et ceux qui se contenteront d’apprécier l’intrigue pleine de rebondissements et de tension. C’est toujours dommage de finir sur une impression quelque peu négative, mais il serait injuste de décrier de trop le film dans sa globalité.
Josie Rourke a bénéficié pour Marie Stuart, Reine d’Ecosse d’un casting de premier ordre qu’elle dirige avec maestria. Saoirse Ronan livre là une prestation remarquable, confirmant, après Ladybird, qu’elle est une actrice extraordinaire, encore bien trop sous-utilisée. En face d’elle, Margot Robbie, découverte dans Suicide Squad, prouve qu’elle peut être promise à une immense carrière d’actrice pouvant changer de peau à chaque rôle. Ce merveilleux duo de commédiennes est parfaitement mis en valeur par une réalisation élégante, même si elle sombre parfois dans quelques petits excès. Les costumes et les décors ne transpirent pas les moyens sans limite, mais parviennent à donner vie à cette histoire de manière réaliste, à défaut d’être particulièrement spectaculaires. Beaucoup de raisons d’apprécier ce film au final donc.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Focus Features, Perfect World Pictures, Working Title films Distribution : Universal Pictures International France Réalisation : Josie Rourke Scénario : Beau Willimon, inspiré de la biographie de John Guy Montage : Chris Dickens Photo : John Mathieson Décors : James Merifield Musique : Max Richter Durée : 124 min
Casting : Saoirse Ronan : Marie Stuart Margot Robbie : La Reine Elisabeth I Jack Lowden : Lord Darnley Joe Alwyn : Robert Dudley David Tennant : John Knox Guy Pearce : Sur William Cecil Gemma Chan : Bess de Hardwick Ismael Cruz Cordova : David Rizzio Adrian Lester : Lord Randolph
La Chute de l’Empire Américain clôt la trilogie de Denis Arcand commencée en 1987 avec le Déclin de l’Empire Américain. C’est du moins ce qu’on peut lire parfois, même si certains rappellent qu’elle a plutôt été conclue par l’Age des Ténèbres. Le débat n’est guère intéressant et il est vrai qu’à part le parallèle entre les deux titres, le film qui squatte actuellement nos grands écrans n’a pas grand chose à voir avec les précédents. Le réalisateur québecois nous offre ici une comédie policière où on retrouve le regard ironique qu’il pose sur l’existence et la société, mais sans aller très loin dans l’analyse psychanalytique de l’époque. C’est avant tout léger et ma foi fort sympathique.
La Chute de l’Empire Américain repose sur le ressort narratif ultra classique du personnage innocent et naïf, plongé un peu par hasard dans un monde qui n’est pas le sien. En gros, l’intello philosophe contre les gangsters. Ce n’est donc pas très nouveau, mais on ne se lasse pas facilement des bonnes choses. Le film fonctionne plutôt bien grâce à une galerie de personnages très réussie. On s’y attache et du coup on suit leurs péripéties avec un réel plaisir. Surtout que ces dernières sont variées et donnent un bon rythme à la narration. On est curieux de voir où tout cela va nous mener et si la fin n’est pas spécialement marquante, on ressort de la salle satisfait du spectacle auquel on vient d’assister.
La réalisation de Denis Arcand reste particulièrement sobre. Il parvient cependant à créer une certaine tension lors des scènes où il y a un peu d’action (cela reste très relatif). Bref, pas de superflu, mais un minimum de maîtrise. Niveau interprétation, la plus belle révélation s’appelle Maripier Morin qui éclabousse l’écran de son charme et son charisme. Mais tout le casting œuvre pour donner vie à cette histoire et en faire un spectacle plaisant. Il prouve une nouvelle fois la bonne santé du cinéma québecois qui nous offre chaque année plusieurs longs métrages de qualité. Nos cousins d’outre-Atlantique contribuent donc pleinement au rayonnement du cinéma francophone. Merci à eux !
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Cinémaginaire Distribution : Jour2fête Réalisation : Denys Arcand Scénario : Denys Arcand Montage : Arthur Tarnowski Photo : Van Royko Décors : Michèle Forest Musique : Mathieu Lussier, Louis Dufort Directeur artistique : Patrice Bengle Durée : 129 min
Casting : Remy Girard : Sylvain Maripier Morin : Aspasie Alexandre Landry : Pierre-Paul Louis Morissette : Pete Maxim Roy : Carla
Si Ozon osait… Je me rappelle avoir utilisé ce titre pour la critique d’un film de François Ozon (Angel, je crois). Cela résume assez bien ce que je pense de celui qui reste un des plus brillants réalisateurs français en termes de maîtrise artistique et même narrative, mais à qui il avait jusqu’alors toujours manqué une réelle audace dans les sujets et les traitements pour nous offrir de vrais grands films qui parlent plus aux tripes qu’à l’intellect. Etre doué, c’est très bien, savoir prendre de risque, c’est mieux et vous permet d’accéder à un tout autre statut. Avec Grâce à Dieu, enfin, il ose vraiment avec une film et une démarche salutaire.
Le cinéma français a beaucoup de mal à affronter son histoire contemporaine sur grand écran, même si c’est une démarche qu’il entreprend de plus en plus souvent. Grâce à Dieu marque une nouvelle étape puisque les événements qu’il décrit n’ont toujours pas connu leur conclusion judiciaire. Et le moins que l’on puisse dire est que François Ozon a décidé de prendre parti. Il se plonge réellement dans son sujet pour nous délivrer un message qui mêle les faits et les émotions. Tout cela donne une puissance formidable au propos qui frappe l’esprit et le cœur avec la même force. On en ressort bouleversé, ému et à vrai dire assez en colère.
Le sujet de Grâce à Dieu déborde largement des seuls faits criminels. Il dresse le portrait sans concession de toute une société renvoyée à sa lâcheté et son hypocrisie. Le seul point où François Ozon garde une certaine neutralité est finalement le rapport à la foi en nous renvoyant aux différences qui séparent à ce niveau-là ses personnages. Un choix judicieux qui pousse le spectateur à mener sa propre réflexion, qui se fait elle-aussi avec l’esprit et le cœur. Cela montre toute l’intelligence de ce film, qui bénéficie par ailleurs d’une formidable interprétation et d’une réalisation soignée, mais qui sait s’effacer devant la profondeur du sujet et le talent des interprètes. Merci pour cette audace Monsieur Ozon !
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Mandarin cinéma, FOZ, France 2 cinéma Distribution : Mars Films Réalisation : François Ozon Scénario : François Ozon Montage : Laure Gardette Photo : Manu Dacosse Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine Durée : 137 min
Casting : Melvil Poupaud : Alexandre Guérin Denis Ménochet : François Debord Swann Arlaud : Emmanuel Thomassin Josiane Balasko : Irène, la mère d’Emmanuel Eric Caravaca : Gilles Perret Hélène Vincent : Odile Debord Frédéric Pierrot : le capitaine Courteau Aurélia Petit : Marie Guérin Jeanne Rosa : Dominique Perret François Mathouret : le cardinal Barbarin
Le film de sous-marin constitue un genre mineur et rare du cinéma, mais qui a offert quelques jolis moments au 7ème art. Ainsi, A la Poursuite d’Octobre Rouge est devenu un des films cultes du début des années 90. On ne s’attendait pas à voir le cinéma français s’y attaquer. C’est donc avec une certaine surprise que l’on a vu arriver sur nos écrans Le Chant du Loup. Avec une bande-annonce qui faisait vraiment envie, la surprise était même double. Du coup, ressortir de la salle en ayant la sensation d’avoir vu une vrai bon film n’en représentait plus vraiment une. Mais le plaisir, lui, était intact.
Le Chant du Loup a tout pour lui. Une histoire solide, où la tension monte crescendo, jusqu’à un final particulièrement réussi. Des personnages marquants qui permettent au spectateur de rentrer dans le film en profondeur (ce qui est logique pour un film de sous-marin!) du fait de l’attachement que l’on ressent pour eux. Enfin, les décors et les vues extérieures sont particulièrement soignées, aussi réalistes que spectaculaires. Comme quoi, quand il s’en donne un peu les moyens et fait preuve d’ambition, le cinéma hexagonal n’a rien à envier aux films hollywoodiens. Voire même, il sait donner aux histoires qu’il raconte une épaisseur supplémentaire comparée à l’autre côté de l’Atlantique.
Le Chant du Loup bénéficie d’un casting particulièrement prestigieux. Voir Omar Sy relégué dans un second rôle n’est plus si fréquent. Mais il partage l’affiche avec d’autres comédiens de renom qui interprètent tous leur partition avec le plus grand des talents. Cependant, le premier et le plus beau rôle revient au moins connu d’entre eux, François Civil, qui livre là une prestation remarquée. Antonin Baudry nous offre un premier film réellement abouti, après avoir un été un auteur de bande-dessinée et un scénariste de talent. Ces artistes avec autant de cordes à leur arc sont quelque peu énervants. Mais vu la qualité de ce qu’ils nous proposent et les bons moments qu’ils nous font passer, on leur pardonne aisément.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Les Productions du Trésor, Pathé productions, Chi-Fou-Mi Productions, Jouror Productions Distribution : Pathé distribution Réalisation : Antonin Baudry Scénario : Antonin Baudry Montage : Nassim Gordji Tehrani, Saar Klein Photo : Pierre Cottereau Décors : Benoît Barouh Musique : Tomandandy Durée : 115 min
Casting : François Civil : Chanteraide Mathieu Kassovitz : Alfost Omar Sy : D’Orsi Reda Kateb : Grandchamp Paula Beer : Diane
Se rendre dans une salle obscure pour voir l’adaptation d’une œuvre dont on est fan par ailleurs s’apparente à une manœuvre particulièrement risquée. En effet, on regardera le film en question avec un œil particulier et critique, scrutant le moindre détail qui pourrait s’apparenter à une trahison et ne fera preuve d’aucune indulgence face au moindre écart de ce qu’on considère comme étant un canon dont il est criminel de s’écarter. Gumn fait partie des œuvres pour laquelle j’ai une tendresse particulière et que je suis avec la plus grande attention, puisque le manga continue d’être régulièrement publié. J’ai donc été voir Alita : Battle Angel avec cet œil particulier et une certaine appréhension suite à une bande-annonce pas vraiment convaincante. Le résultat est meilleure qu’espéré, mais loin d’être transcendant.
Un point très positif reste que Alita : Battle Angel est particulièrement réussi visuellement. Le personnage principal est remarquablement travaillé pour rester à la frontière entre le virtuel et le réel, entre sa nature humaine et son corps de cyborg. Cette limite floue donne tout son intérêt au propos et structure profondément le film. Il nous permet de rentrer vraiment dans cette histoire et nous assure déjà de ne pas assister à un naufrage. La première partie du film reste particulièrement fidèle au manga et on se met à espérer une adaptation pleinement réussie. Malheureusement, la suite fera quelque peu déchanter. Certes, les écarts à l’histoire originelle ne dérangent au fond que les fans comme moi, mais le problème est que tous ces choix sont assez mauvais et font dérailler quelque peu l’histoire.
Certaines scènes de Alita : Battle Angel sont franchement ratées et flirtent parfois carrément avec le ridicule. Pas au point de nous faire sortir totalement du film, mais suffisamment pour ne pas s’enthousiasmer comme on l’aurait aimé pour cette œuvre de science-fiction qui restera sympathique mais mineure. Et vue la direction que semble prendre l’histoire à la fin du film, il semble difficile d’espérer que la suite de la saga remontera le niveau général. Je peux bien sûr me tromper. Au final, Robert Rodriguez nous offre un film quelque peu inabouti, réalisé avec un certain talent (mais il n’est pas Guillermo Del Toro non plus), qui aurait mieux fait de coller totalement à l’histoire imaginée par Yukito Kishiro. C’est peut-être le fan qui parle, mais surtout, je pense, l’amateur de grandes et belles histoires.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : 20the Century Fox, James Cameron, Lightstorm Entertainment, Troublemaker studio, TGS Distribution : 20th Century Fox France Réalisation : Robert Rodriguez Scénario : James Cameron, Robert Rodriguez, Laeta Kalogridis, manga de Yukito Kishiro Montage : Stephen E. Rivkin, Ian Silverstein Photo : Bill Pope Décors : Caylah Eddleblute, Steve Joyner Musique : Junkie XL Effets spéciaux : Weta Digital Durée : 122 min
Casting : Rosa Salazar : Alita Christoph Waltz : Dr Dyson Ido Jennifer Connelly : Chiren Mahershala Ali : Vector Ed Skrein : Zapan Keean Johnson : Hugo
La culture geek est désormais bien installée dans le paysage culturel global. Elle s’est enrichie à un tel point qu’elle peut désormais se nourrir d’elle-même et nous proposer des œuvres reposant entièrement sur des références issues de celle-ci. Les Mondes de Ralph appartient à cette dernière catégorie, au même titre que Sucker Punch ou Ready Player One. Le premier volet avait représenté une belle réussite, alliant humour, aventure et beaucoup de nostalgie pour les spectateurs de ma génération qui ont grandi à proximité d’un Commodore 64 puis de consoles Nintendo. Ce succès ne pouvait conduire qu’à une suite, intitulée Ralph 2.0. La règle veut qu’elle soit moins intéressante que l’épisode originel. Parfois les règles sont suivies.
Ralph 2.0 n’est pas un mauvais film, loin de là. Il constitue un divertissement familial distrayant, aux qualités réelles, mais aussi aux faiblesses, qui le sont tout autant. Ce qui fait l’originalité de cet univers et tout son charme, c’est le côté parodique, mêlant regard tendre et décalé sur les références geeks dont il se nourrit. C’est pour cela que l’on va voir ce film et c’est quand il prend cette direction qu’il devient presque enthousiasmant et nous offre de vrais éclats de rire. Mention spéciale aux princesses Disney transformées en ressort comique particulièrement efficace. Mais le tout manque de densité et quand le film devient juste un film d’aventures sans réel second degré, il perd beaucoup de son intérêt.
Ralph 2.0 porte un message moralisateur, comme les productions américaines ont le secret. Alors que cela est souvent plutôt synonyme de lourdeur, on apprécie ici le propos qui ne manque ni d’intelligence, ni de subtilité. Une petite leçon de vie qui ne fera pas de mal aux enfants qui regarderont ce film. Certes, on reste loin de Bettelheim, mais cela reste appréciable. Au final on a été heureux de retrouver les deux personnages principaux particulièrement attachants. Ils auraient mérité un peu d’audace et d’imagination débridée. On ignore encore s’ils reviendront pour un troisième tour. Mais ce second épisode nous fait penser que ce n’est pas pas indispensable.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique : Réalisation : Rich Moore, Phil Johnston Scénario : Phil Johnston, Pamela Ribon Société de production : Walt Disney Pictures, Walt Disney Animation Studios Durée : 113 min
Casting : John C. Reilly : Ralph La Casse Jack McBrayer : Félix Fixe Jr. Sarah Silverman : Vanellope von Schweetz Jane Lynch : Tamora Jean Calhoun Taraji P. Henson : Yesss Gal Gadot : Shank Alan Tudyk : JeSaisTout Brad Garrett : Bourriquet
L’avantage des histoires sur la famille, c’est qu’encore plus que pour les histoires d’amour, on peut imaginer une infinité de configurations. Deux Fils porte assez bien son nom, puisqu’il nous parle de la relation de deux frères et de leur père. Vous me direz, s’il portait parfaitement son nom, il se serait appelé Deux Fils et leur Père, mais la perfection n’est pas de ce monde. Ce film n’est d’ailleurs pas parfait dans sa globalité mais il parvient tout de même à séduire le spectateur par ses nombreuses qualités. Et puis, avouons-le, les rares familles parfaites (ou modèle) que nous connaissons font rarement très envie !
Deux Fils repose donc sur un triangle familial, qui vaut bien des triangles amoureux. Trois personnages donc occupent le cœur du film, même si quelques personnages secondaires viennent enrichir le tout. Trois personnages assez différents que l’on doit apprendre à aimer pour vraiment apprécier le film. Felix Moati fait preuve de beaucoup de subtilité et d’intelligence pour nous les présenter car ils ne vont pas forcément faire naître un élan de sympathie immédiat. En fait, on va suivre le même chemin que les protagonistes les uns par rapport aux autres, qui apprennent à se comprendre pour vraiment s’apprécier. En nous faisant partager ce processus, il nous permet de rentrer vraiment dans cette histoire et de finir par la suivre avec un plaisir non dissimulé, même si elle ne révolutionne pas non plus le genre.
Deux Fils constitue un nouveau film français portant la marque de l’immense talent de Vincent Lacoste. J’ai bien conscience de me répéter, mais la dimension qu’il prend m’étonne moi-même, vu comme je ne l’appréciais guère à ses débuts. Benoît Poelvoorde est une nouvelle fois excellent dans un rôle un peu pathétique. Et le très jeune Matthieu Capella n’a rien à envier à ses deux illustres collègues. Enfin, Anaïs Demoustier apporte le supplément de charme qui la caractérise. Felix Moati a donc plutôt réussi son premier film, même si je reste convaincu qu’il nous en offrira des plus aboutis. A revoir de ce côté de la caméra donc.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Nord-Ouest films, Artemis productions, France 3 Cinéma Distribution : Le Pacte Réalisation : Félix Moati Scénario : Félix Moati, Florence Seyvos Montage : Simon Birman Photo : Yves Angelo Décors : Julia Lemaire Musique : Limousine, Matthieu Sibony Durée : 90 min
Casting : Benoit Poelvoorde : Joseph Vincent Lacoste : Joachim Mathieu Capella : Ivan Anaïs Demoustier : Esther Noémie Lvovsky : la belle-soeur India Hair : l’assistante sociale Patrick D’Assumçao : l’éditeur
L’engagement militant est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, vu mon propre parcours. Je sais trop bien à quel point il peut donner lieu à des réflexions et parfois des crises existentielles. Personnellement, j’ai toujours cherché à avoir un minimum de recul par rapport à cet engagement. Mais pour certains, c’est toute leur vie, voire même dans certain cas toute leur histoire familiale. Tout ce qu’il me Reste de la Révolution nous fait découvrir un personnage que l’on peut clairement ranger dans la dernière catégorie. Et cela est loin d’être facile à vivre tous les jours. Pour elle-même et pour les autres.
Tout ce qu’il me Reste de la Révolution est un film portrait. Le risque avec ce genre de film est que si vous n’accrochez pas personnellement avec le personnage principal, vous risquez de ne pas accrocher avec le film tout entier. De mon côté, mes sentiments étaient partagés et ils le sont de même vis-à-vis de ce long métrage. Elle/Il possède un côté sympathique, mais à force de sombrer trop souvent dans l’excès, pour ne pas dire parfois le grand n’importe quoi, on devient moins indulgent et les travers finissent par prendre le pas sur les qualités. Globalement, le film est trop brouillon et manque parfois trop de mesure pour être totalement convaincant.
On sent bien à quel point Judith Davis s’est investie dans ce film, à l’écriture, derrière et devant la caméra. Elle y a mis clairement une partie d’elle-même. On peut reconnaître à Tout ce qu’il me Reste de la Révolution une vraie sincérité qui rend tout de même le film touchant, malgré une forme quelque peu bancale. Elle vit son personnage largement autant qu’elle l’interprète. Pour cela, on ne peut que saluer le courage d’avoir fait ce film qui ressemble à un cri face à des travers de notre monde que l’on a tous envie de dénoncer. Peut-être pas de cette manière, mais les cris maladroits valent souvent mieux que les silences complices.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : Agat Films et cie, Apsara Films Distribution : UFO distribution Réalisation : Judith Davis Scénario : Judith Davis, Cécile Vargaftig Montage : Clémence Carré Photo : Emilie Noblet Durée : 88 min
Casting : Judith Davis : Angèle Malik Zidi : Saïd Claire Dumas : Eléonore Mélanie Bestel : Noutka Simon Bakhouche : Simon
Proposer un film à thèse constitue un exercice difficile qui peut faire sortir le réalisateur de fiction de son rôle. Raconter une histoire n’est pas tout à fait la même chose qu’établir des faits et chercher la vérité. Quand la frontière entre fiction et documentaire se brouille, la démarche artistique peut devenir discutable. Et ce, quel que soit le génie du cinéaste derrière la caméra. La magie d’une narration réussie réside dans la capacité à nous faire croire à l’histoire qu’elle raconte. Quand il s’agit uniquement de faits imaginaires, cela ne pose pas de problème. Pour les faits historiques, c’est tout autre affaire. Nouvel exemple avec Vice, film formellement génial, mais dont le fond pose tout de même question.
La thèse défendue par Vice est simple : Dick Cheney est le véritable inspirateur de la politique de la droite américaine depuis quarante ans. George W. Bush ? un benêt gentillet qui veut juste prouver à papa qu’il est quelqu’un. Colin Powell ? Une victime, obligée de raconter n’importe quoi à l’ONU contre son gré. Voici en deux exemples illustré le travers clair de ce film. A force de dénoncer la responsabilité d’un homme, il en fait le monstre absolu, quand ceux qui l’entourent se voient déresponsabilisés. Il met très certainement en lumière des faits édifiants et surtout véridiques. Mais il va sans doute trop loin dans son attaque contre un homme et un seul, oubliant d’analyser réellement le système dans lequel il évolue.
Une fois cela dit, on ne peut que souligner et saluer le génie de Adam McKay que l’on avait déjà pu admirer dans The Big Short. En effet, Vice est un vrai film de réalisateur, plein de créativité et d’idées aussi brillantes que parfois loufoques pour souligner les points forts de son propos. L’humour et l’ironie n’enlèvent rien à la force de la démonstration, bien au contraire. Le génie est aussi la marque de la prestation de Christian Bale qui nous offre une transformation physique particulièrement impressionnante. Tout cela ne peut que forcer l’admiration et peut justifier, si on considère bien qu’il s’agit d’un film sans valeur documentaire, un enthousiasme débordant. Le mien est un peu plus mitigé.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Plan B, Gary Sanchez productions, Annapurna Pictures Distribution : Mars films Réalisation : Adam McKay Scénario : Adam McKay Montage : Hank Corwin Photo : Greig Fraser Décors : Jan Pascale Musique : Nicholas Britell Durée : 132 min
Casting : Christian Bale : Dick Cheney Amy Adams : Lynne Cheney Steve Carell : Donald Rumsfeld Sam Rockwell : George W. Bush Tyler Perry : Colin Powell Eddie Mrsan : Paul Wolfowitz Jesse Plemons : Kurt
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