Le personnage principal d’une histoire est souvent celui lequel l’histoire est racontée. Le scénario adopte son point de vue et du coup le spectateur également. Il apporte son lot de subjectivité qui existe forcément en tout récit. Mais quand le personnage principal est un nourrisson de quelques jours, cela paraît plus difficile, puisqu’il apparaît quasiment impossible de faire partager ses émotions et la manière dont il vit les événements. Quasiment, mais pas totalement, comme le prouve Pupille. Un joli film sur un sujet finalement assez peu souvent abordé au cinéma.
Pupille est bien l’histoire d’un enfant. Le bébé ne représente pas uniquement un fil rouge auquel se rattache tout le reste, mais bien un personnage à part entière. C’est réellement ce qui fait l’originalité et tout l’intérêt de ce film. Au-delà de ça, il s’agit d’un film chorale qui nous fait partager un bout du destin des personnes qui gravitent autour de lui. Tous les fils narratifs ne se valent pas, mais forment un tout assez solide pour être convaincant. La narration de Jeanne Herry constitue un point fort de ce long métrage. En montrant dès la première scène où tout cela va mener, il libère le spectateur d’un suspense artificiel pour qu’il puisse se concentrer sur les émotions véhiculées par les personnages. Tous les personnages.
Pupille bénéficie d’un casting de tout premier ordre. Le film permet à Gilles Lelouche de connaître un de ses plus beaux rôles. Il fait part d’une grande sensibilité, doublée d’une vraie justesse. Elodie Bouchez est elle aussi remarquable et sans elle, le film n’aurait pas pu être aussi touchant. Jeanne Henry nous offre de très belles scènes, dont celle de la rencontre entre le bébé et sa future mère, qui prouve que la sobriété peut être parfois le meilleur moyen de sublimer les émotions. On passe donc le film avec une petite larme qui pointe aux paupières. Mais elle est plus souvent de joie que de tristesse et on ressort de ce film le cœur léger. Et il faut admettre que cela fait le plus grand bien.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Chi-fou-mi productions, Trésors films
Distribution : Studio Canal
Réalisation : Jeanne Herry
Scénario : Jeanne Herry
Montage : Francis Vesin
Photo : Sofian El Fani
Décors : Johann George
Musique : Pascal Sangla
Durée : 107 min
Casting :
Sandrine Kiberlain : Karine
Gilles Lelouche : Jean
Elodie Bouchez : Alice
Olivia Côte : Lydie
Miou-Miou : Irène
Le cinéma est un des principaux vecteurs par lequel tous ceux qui veulent faire avancer la liberté en Iran s’expriment. Nos écrans témoignent souvent de cette lutte et nous transmettent le cri de ceux qui vivent des formes parfois particulièrement pernicieuses d’oppression. La Permission reprend le flambeau et le fait avec beaucoup de talent. Un film aux qualités nombreuses, qui brillent autant par la forme que par le fond. Je ne sais pas si aller voir ce film est un acte de résistance. Mais c’est au moins une petite manière d’apporter son soutien à tous celles et ceux qui résistent.
La Permission enthousiasmera d’autant plus si on s’intéresse à ce que le film nous dit de la société iranienne. Pas de révélation fracassante, mais une démonstration brillante. Que la société iranienne ne soit pas un modèle d’égalité femme-homme ne constitue pas un scoop, mais on comprend mieux à travers ce film comme elle s’exerce, sous couvert d’état de droit. Avec Baran Kosari, cette lutte prend un visage fort et déterminé. Elle incarne avant tout son personnage, mais bien plus que cela au fond. Cette histoire n’est pas que celle d’un destin individuel. C’est l’histoire de toutes ces femmes qui vivent cette oppression, alors qu’elle ne demande qu’un peu de liberté. Celle de jouer au foot par exemple. Celle d’être elle-même en fait.
La réalisation de Macelo Martinessi est d’une grande sobriété. Il cherche avant tout à mettre en avant ses actrices et il y parvient plutôt bien. Ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher ce qui nous empêche d’apprécier les Héritières comme on aurait du. Ana Brun livre une interprétation subtile et juste. Mais ce n’est pas suffisant pour nous donner l’affection nécessaire envers son personnage pour que l’histoire nous touche vraiment. Trop peu d’originalité ou de prise de risque dans la forme pour compenser un tant soit peu les faiblesses du fond.
Si l’amour est le fournisseur officiel d’histoire de l’humanité depuis son aube, la famille se taille aussi une jolie part du marché de sources d’inspiration. Ces deux sujets présentent l’immense avantage de pouvoir être traité aussi bien sur le ton le plus grave que le plus léger. Lola et ses Frères se situe clairement plutôt dans la deuxième catégorie, même s’il ne se contente pas d’être uniquement une pure comédie. Il s’agit là d’une vraie comédie des mœurs à la française, un film de personnages avec beaucoup de tendresse et d’humanisme. Et surtout un film qui fonctionne très bien.
Avec ce film, Jean-Paul Rouve prouve qu’il a atteint une vraie maturité et une réelle maîtrise artistique. En tant que scénariste, réalisateur ou acteur, il fait preuve d’une justesse remarquable. Il dirige son casting d’une main de maître. On en vient à regretter amèrement que José Garcia ait accepté tant de rôles indignes quand il peut être un comédien de premier ordre et polyvalent. Et surtout quel plaisir de revoir Ludivine Sagnier qui se fait rare mais qui se bonifie avec l’âge. Ce trio porte réellement Lola et ses Frères sur leurs épaules et le porte aussi haut que possible. On ne tutoie peut-être pas les sommets, mais la vue reste belle.
Je suis souvent prompt dans mes critiques à dénoncer l’émotion facile, c’est à dire celle qui vient d’une situation qui ne peut que nous attrister ou nous révolter, sous peine de paraître sans cœur. Par exemple, comment rester insensible à la souffrance d’un enfant ? Difficile en effet, mais au moment de donner son avis sur une œuvre d’art choisir un tel thème doit-il pour autant nous faire oublier tout esprit critique ? Cette question on peut se la poser devant Sauver ou Périr. En effet, il nous raconte le combat d’un pompier, figure du héros par excellence, qui finit grand brûlé après avoir risqué sa vie pour sauver les membres de son équipe. Comment ne pas compatir après tout ça ? Heureusement, ce qu’il y a de bien avec l’émotion facile, c’est que même quand le film n’est pas terrible, on n’est quand même ému.
On ne pourra en tout cas pas reprocher à Pierre Niney de ne pas s’être investi pleinement dans son rôle. J’imagine bien à quel point il a du souffrir pour prendre autant de muscles pour incarner son personnage. Car la transformation est assez spectaculaire. Au-delà de ça, il échoue à donner un vrai supplément d’âme et à le sublimer. Sauver ou Périr bénéficie par contre pleinement du talent et de la sensibilité d’Anaïs Demoustier qui livre une performance d’une remarquable justesse. Au final, on ne peut pas complément regretter d’avoir vu ce film, même si on peut regretter qu’il ne nous laisse pas un souvenir autrement impérissble.
Le populisme existe en politique. Il peut exister aussi au cinéma. Surtout quand le peuple s’apparente à une assemblée de fans. Pour les séduire, quoi de plus facile que de leur livrer un produit qui les conforte dans leur adoration, qui leur montre ce qu’ils adorent sous un jour extrêmement favorable pour ne surtout pas les bousculer. Et cela peut marcher à la perfection. On en tient la preuve en regardant la moyenne des notes spectateurs sur Allociné pour Bohemian Rhapsody. 4,7, soit un score extrêmement rare qui le placerait parmi les meilleurs films de toute l’histoire du 7ème art. La musique de Queen provoque visiblement une anesthésie du sens critique, tant ce film est d’une affligeante médiocrité.
Si Bohemian Rhapsody a reçu un accueil critique aussi mauvais, ce n’est pas sans raison, ce qui est rassurant sur la santé mentale des gens payés pour donner leur avis. En effet, le film s’apparente à une hagiographie, ce qui peut constituer un choix respectable, mais qui ne s’assume pas. Bryan Singer essaye de nous faire croire qu’il explore aussi le côté sombre de Freddy Mercury. Mais tout cela pour nous expliquer au final que le chanteur de Queen a été en fait victime d’un être malfaisant, tout ceci se terminant dans une scène de rédemption risible, sous la pluie parce que ça fait trop stylé (comme disent les jeunes). Cela finit de ruiner la crédibilité du point de vue et surtout lui retire définitivement son intérêt. Au final, le film s’apparente à une fausse autobiographie d’une star de téléréalité qui voudrait passer pour un génie torturée. Le vrai génie de Freddy Mercury méritait infiniment mieux !
Le plus dur c’est pour ceux qui restent… Ok, j’admets j’ai déjà utilisé cette idée pour introduire la critique de Mon Cher Enfant, mais elle convient également particulièrement pour débuter celle d’Amanda. Le parallèle ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque le terrorisme islamisme figure en toile de fond. Il s’agit surtout de deux histoires humaines, chargées d’émotion. Rien de géopolitique ici, mais une réflexion sur le deuil et la manière dont on arrive à gérer l’absence et la peine qui semble sans fin. Et ici, une fort belle réflexion.
Amanda bénéficie de l’étonnante performance de la jeune Isaure Multrier. Les enfants sont souvent de formidables acteurs de manière naturelle, mais la palette d’émotion que ce rôle exige ne peut être aussi parfaitement interprétée sans un réel talent. On en oublierait presque celui de Vincent Lacoste, auquel on est certes désormais habitué mais qui continue d’apporter une vraie valeur ajoutée aux films qui en bénéficie. Enfin, Stacy Martin apporte sa touche de charme incomparable. Mikhaëls Hers a donc su insuffler beaucoup de talent dans chaque aspect de son film pour un résultat aussi beau que bouleversant.
La magie est un peu comme l’amour. Elle n’existe peut être pas vraiment, mais pour y croire, il faut l’entretenir ! Et quoi de plus magique que le monde d’Harry Potter ? Ce dernier a connu une extension très réussie avec les Animaux Fantastiques. C’est donc avec une certaine impatience que l’on attendait d’y retourner avec un deuxième épisode intitulée les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald. Malheureusement, ces retrouvailles s’avèrent particulièrement décevantes faute d’avoir su insuffler de nouveaux éléments pour faire bouillonner le chaudron magique de cet univers.
Mais il y a Johnny Depp aurait-on envie de clamer ! Cependant, il semble ici un peu perdu, dans un rôle auquel il a du mal à donner la moindre épaisseur. Son charisme naturel ne fait pas tout non plus. Heureusement, l’autre star du casting, Jude Law, est quant à lui impeccable et apporte un petit supplément d’âme bienvenu. Quant à Eddie Redmayne, il livre une prestation sans surprise et sans parvenir à nous faire voir son personnage sous un jour nouveau. Tout ce joli petit monde évolue dans des décors et au milieu d’effets spéciaux pas si fantastiques que ça. Au final, Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald est une œuvre paresseuse qui constitue un prélude médiocre à troisième volet qui, espérons-le, sera d’un autre acabit.
Il y a la vie d’une part et la fiction d’autre part. Mais certaines personnes de la vie réelle semblent sorties tout droit d’un monde imaginaire. Elles sont trop (… à compléter selon les cas) pour être vraies. Et pourtant, elles le sont. Et une des particularités de ces figures est qu’elles atteignent parfois les sommets du pouvoir. Silvio Berlusconi fait partie de celles-ci. D’autant plus incroyables est qu’elle a su rejouer la même pièce trois fois et que les spectateurs l’ont laissé faire. Bref, il y a de quoi en faire un film. La preuve avec Silvio et les Autres, le nouveau film de Paolo Sorrentino.
Avec Silvio et les Autres, Paolo Sorrentino retrouve un de ses acteurs fétiches, en la personne de Toni Servillo. Il nous livre un numéro d’imitation plus vrai que nature… au sens premier du terme. On reconnaît tout à la fois le personnage réel qu’il incarne, tout en faisant un personnage dramatique allant bien au-delà de la simple imitation. Le film permet aussi d’apprécier la présence à l’écran de Riccardo Scamarcio que les amateurs du cinéma transalpin connaissent bien. Tous ces personnages sont sublimés par la caméra inspirée de Paolo Sorrentino. Dans ce film, les images en disent largement aussi long que les dialogues. Alors, on apprécie pleinement chaque image, sans jamais se lasser.
Parfois je m’offre des soirées cinéma sur des sujets « à fond la déconne ». Après un premier film sur un père qui part sur les traces de son fils parti faire le djihad en Syrie, j’ai directement enchaîné avec un film sur la pédophilie. Et oui, j’aime les sujets légers qui incitent au rire et à la joie… Evidemment, j’ironise… mais pas tant que ça. En effet, les Chatouilles nous parle d’un sujet particulièrement dramatique et sordide en utilisant une forme incroyablement audacieuse. Rarement un film aura pris autant de risque. Le tout pour un résultat étonnant mais contrasté.
Si Andréa Bescond, épaulé par Eric Métayer, est une réalisatrice est parfois aussi maladroite qu’audacieuse, elle démontre qu’elle est une actrice absolument merveilleuse. Interpréter son propre rôle n’a rien d’évident, surtout qu’elle livre une performance où elle pousse son âme et son corps dans ses derniers retranchements. On saluera aussi la performance plus classique, mais totalement maîtrisée, de Pierre Deladonchamps. Au final, les Chatouilles démontre la manière dont l’art peut transcender toutes les souffrances. Pour cela, il faut oser. Andréa Bescond l’a fait et nous offre un film qui ne peut pas laisser indifférent.
Commentaires récents