LIGNE DROITE ET CHEMIN SINUEUX

teddyrinerchampiondumonde

teddyrinerchampiondumondeCe week-end nous avons pu voir deux façons d’utiliser un immense talent. Certes, les deux conclusions furent heureuses pour le sport français, mais les parcours nettement moins.

D’un côté, Teddy Riner, 20 ans qui vient de conquérir le plus tranquillement du monde son troisième titre de champion du monde de judo. Tellement tranquillement qu’on est déjà en train de s’interroger pour lui sur les prochains challenges qui pourraient le motiver. Certes, d’ici 2012, on est tranquille, Teddy Riner restera sur les tatamis pour conquérir l’or olympique, après son « échec » tout relatif de Pékin.

Evidemment, rien ne dit que l’année prochaine un champion de même envergure que lui ne surgira pas pour le mettre en difficulté. En attendant, à un âge où bien des sportifs sont encore affublés du titre d’espoir, Teddy Riner aura été ce que tout sportif aspire à être. Le meilleur, sûr de sa force et dominateur !

francebelgiquebasketDe l’autre côté, l’équipe de France de basket a réussi à se qualifier pour le prochain Euro de basket par la plus petite des portes. Ils auraient cherché à le faire exprès, ils n’y seraient par arrivés. Mais comment se fait-il qu’une telle équipe, composée de telles individualités en arrivent-elles là ? Et ce, de manière récurrente !

Il y’a quelque chose que tout le talent du monde ne pourra remplacer dans le sport de très haut niveau, c’est l’implication ! Il n’y a pas de place ici pour le je-m’en-foutisme et l’a peu près ! Le niveau est trop élevé pour que l’on puisse triompher en faisant les choses à moitié, sans une totale concentration. Alors de temps en temps, au pied du mur, elle se réveille et nous démontre qu’elle est bien une des meilleures équipes d’Europe.

Peut-être que cette équipe deviendra championne d’Europe d’ici un mois. Peut-être que cela soulèvera plus d’enthousiasme que la victoire si tranquille et attendue de Teddy Riner. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Peut-être, mais si l’équipe de France de basket pouvait prendre exemple sur notre judoka et arrêter de créer le péril elle-même, pas sûr qu’on l’aimerait moins…

AU BONHEUR DES GROS

bordeauxetlesgros

bordeauxetlesgrosAprès seulement trois journées de championnat, le classement de la Ligue 1 ressemble déjà au classement final donné par les pronostics : Bordeaux en tête, suivi de Lyon, Paris et Marseille. Si le PSG ne s’était pas écroulé dans les cinq dernières journées de la saison précédente, cela aurait été également le quatuor gagnant de cette dernière. Un Big Four à la française semble donc bien né et c’est une bonne nouvelle sur bien des points.

Déjà, cela ne peut avoir un impact que positif sur les résultats des clubs français en Coupe d’Europe. Pas tant par l’expérience, argument pourtant le plus souvent avancé. C’est important certes, mais elle ne remplacera jamais le talent et son absence est souvent une excuse facile au manque de courage et d’abnégation et à la défaite qui en résulte. Par contre, au niveau financier, une participation régulière à la Ligue des Champions permet d’acquérir une solidité inaccessible sans cela. La campagne de recrutement de Lyon en est la meilleure démonstration. Les millions dépensés ne sont pas sortis de nul part, mais de la participation régulière depuis 6 ans au deuxième tour de la Ligue des Champions.

L’autre bonne raison de se réjouir est que tout cela est bon pour le spectacle. Il suffit de regarder régulièrement la Ligue des Champions pour voir que ce sont les grands joueurs qui font les grands matchs. Et pour des raisons bassement salariales, les grands joueurs jouent dans les grands clubs. Alors, quand une équipe arrive à conjuguer un collectif bien rôdé avec des individualités de premier temps, ce sont les spectateurs qui se régalent. Tous ceux qui voient jouer Bordeaux ces derniers temps ne pourront qu’être d’accord. On pourra me raconter ce que l’on veut, mais la victoire de la Grèce à l’Euro 2004 était peut-être rafraîchissante mais fut une curée pour le spectacle footbalistique proprement dit.

Que les éternels romantiques se rassurent. Rien ne prouve qu’un Toulouse, un Rennes ou même une équipe que l’on attendait pas du tout ne viendra pas se mêler à la course aux titres. Cependant, cette spécificité française qui veut qu’un grand nombre de clubs soient tour à tour champions (enfin avant les 7 titres consécutifs de Lyon) est peut-être une nouvelle tradition qui va se perdre.

LE SOURIRE DE L’ATHLE

vlasicberlin

vlasicberlinLes Championnats du Monde d’athlétisme se sont achevés hier et ils resteront marqués par un fort esprit de fair-play. Et évidemment, on ne peut que s’en réjouir !

Usain Bolt est bien sûr la grande star de cette compétition. Par ses résultats et ses records, mais aussi par son attitude qui semble contaminer l’ensemble des athlètes. Quelle décontraction chez ce garçon ! Malgré son statut de star planétaire, il ne semble pas oublier que c’est avant tout un jeu. Il s’amuse sur la piste et surtout avec ses adversaires. Jamais ses mimiques ne sont méprisantes. Au contraire, il n’hésite pas à les y associer et à discuter avec eux jusqu’à quelques secondes avant le départ. Quelle métamorphose par rapport à l’époque de Maurice Greene ! L’époque des « pitbulls » au regard de tueur, fermé et agressif, est bel et bien révolue !

Quel merveilleux spectacle fut ainsi le concours de saut en hauteur féminin. En plus du suspense et du niveau très élevé, il a été marqué par l’expressivité des participantes qui n’ont pas hésité à jouer avec le public. Et l’image de Ariane Friedrich, pourtant favorite chez elle, à Berlin, et forcément déçue par sa médaille de bronze, tapant dans les mains avec le public pour encourager sa rivale dans sa tentative contre le record du monde, le tout avec un immense sourire aux lèvres, fut une des plus belles de ces mondiaux.

Un mot justement sur cet extraordinaire public berlinois. Certes, les gradins furent quelques fois un peu clairsemés, mais ceux qui étaient là eurent un comportement remarquable. Quel silence lorsqu’un athlète demandait au public de se taire pour l’aider à se concentrer ! Cela était particulièrement impressionnant à la télévision, paraît-il que cela était à peine croyable depuis l’intérieur même du stade. La légendaire discipline allemande y est sûrement pour beaucoup, mais elle s’est manifestée ici par une immense marque de respect envers les athlètes, tous les athlètes.

mesnilberlinPour finir, un mot sur Romain Mesnil. Rappelez-vous, il avait couru nu dans les rues de Paris pour dénoncer son absence de sponsor il y’a même pas un an. Le voilà avec une seconde médaille d’argent mondiale au saut à la perche. Cela fait déjà de lui un des athlètes français les plus titrés de l’histoire. Alors espérons que ce résultat lui fera gagner enfin le respect qu’il mérite, à l’instar de Bob Tahri. Certes, il nous a parfois déçu dans certaines compétitions par un mental friable. Mais tout de même, à la fin, lui coller un image d’éternel loser serait une regrettable injustice !

MYSTERIEUX MYSTERE

assouekotto

assouekottoJ’ai la prétention de connaître très bien le football. Mais quelques fois, j’avoue, il y’a certaines choses qui échappent à mon entendement…

Ce week-end, Tottenham a battu Liverpool grâce à un but de Benoît Assou-Ekotto, ancien Lensois, et Sébastien Bassong, ancien messin. Deux joueurs qui n’ont pas franchement laissé une empreinte indélébile dans le championnat de France.

Par contre, Liverpool laisse un trace indélébile dans le parcours européen des clubs français en Coupe d’Europe en les étrillant régulièrement. Donc soit les Français sont aveugles et ignorent nombre des pépites qui peuplent leur championnat, soit l’air de l’Angleterre fait courir plus vite… Ou peut-être que ce sont les salaires anglais qui sont plus motivants… Allez savoir !

LA PERSEVERANCE PAYE !

tahriberlin

tahriberlinIl est des résultats qui font encore plus plaisir que d’autres ! La médaille de bronze de Bouabdellah Tahri en fait partie. Voici un athlète français qui possède une qualité rare chez les tricolores : la constance au plus haut niveau. Mais il semblait aussi frappé d’un mal que l’on veut souvent typiquement hexagonal : le statut d’éternel loser ! Toujours placé, jamais sur le podium, malgré plusieurs records d’Europe et une 4ème place aux Championnats du Monde à Paris en 2003. Typiquement le genre de parcours qui attire la raillerie et l’ironie du café du commerce quand nos chers commentateurs le présentent comme une vraie chance de médaille.

Bouabdellah Tahri était surtout victime d’une des plus grandes injustices du sport de haut niveau. Faire partie des meilleurs de sa discipline ne vaut rien si vous ne réalisez pas la performance qui vous apporte une médaille le jour J. La carrière de Tahri, même avant ce soir, valait objectivement bien plus que celles de bien des médaillés. Pourtant, elle ne lui aurait jamais donné le statut de grand champion. Cette médaille de bronze répare cette injustice et prouve que la persévérance paye ! Espérons que la leçon soit retenue par un athlétisme français qui a toujours eu trop tendance à se reposer sur quelques champions d’exception, comme Marie-Josée Pérec ou Stéphane Diagana, et trop peu d’athlètes navigant à un très bon niveau pendant de longues années.

ALIEN ET HUMAINS

usainboltberlin

usainboltberlinLorsque l’on parle de sport, l’utilisation de superlatifs tient plus souvent du tic verbal qu’autre chose. A force d’être martelés, les adjectifs magnifique, prodigieux ou historique se voient largement galvaudés et deviennent vides de sens. Ceci s’explique notamment par la nature extrêmement populaire des compétitions sportives qui en font LE sujet de conversation du café du commerce, où les interlocuteurs n’ont pas forcément le recul intellectuel et les connaissances historiques pour tout relativiser. On n’a du mal à comparer les idoles actuels avec les champions du passé, surtout quand on n’a jamais eu l’occasion de voir concourir ces derniers. Demandez-donc aux gens de ma génération quel est le plus grand footballeur français de l’histoire et vous verrez Zinedine Zidane l’emporter à une écrasante majorité, alors qu’une vision objective des choses aurait bien du mal à le départager de Michel Platini.

Donc, comment parler de ce qu’a réalisé Usain Bolt dimanche soir à Berlin ? Une nouvelle génération de superlatifs doit donc être inventé. Quand on lit les commentaires, on voit que les qualificatifs sont obligés de quitter la Terre pour décrire sa performance, puisque c’est le mot extra-terrestre qui domine. Cela peut apparaître comme une formule toute faite de plus, survendant un événement qui sera aussi vite effacé par un nouveau record qu’il a été décrit comme un moment d’histoire.

Pourtant, le terme employé ici pour décrire le sprinter jamaïquain n’est pas si galvaudé que cela. Peut-être peut-on lui préférer la notion de « hors-norme », plus mesurée. Car les caractéristiques physiologiques d’Usain Bolt sont tout simplement uniques dans l’histoire du sport. Personne n’a pu combiner ainsi toutes les qualités nécessaires à un sprinter, dont certaines étaient jugés totalement antinomiques. L’explosivité et le départ d’un gabarit petit et râblé combinés dans un même homme à la foulée et le finish d’un grand et longiligne, cela semblait simplement et surtout objectivement impossible. Usain Bolt a prouvé que cela ne l’était pas, bousculant, comme jamais dans l’histoire, les certitudes les plus établies. Voir triompher le travail et l’abnégation font peut-être plus rêver que l’écrasante domination du talent naturel et des qualités génétiques. Cependant, Usain Bolt restera à coup sûr, et même avec beaucoup de recul, comme un des plus extraordinaires sportifs de l’histoire.

 

isinbayevazeroberlinMais malgré tout leur talent, les grands champions restent tout de même des êtres humains. Hier, Elena Isinbaeva, championne du monde et olympique en titre de la perche, et surtout second athlète, derrière Serguei Bubka, à avoir battu le plus de records du monde, a pleuré devant les caméras du monde entier. La faute à un zéro pointé qui la prive d’un titre qui lui était promis et surtout lui infligeant une terrible humiliation devant les caméras du monde entier.

Venant d’une athlète plutôt connue pour son antipathie et sa propension à courir la prime attachée aux records encore plus que ces derniers, cela est plutôt rassurant sur les motivations profondes qui peuvent l’habiter. Personne ne me fera croire que son effort pour retenir, comme elle le pouvait, ses larmes au micro de Nelson Monfort était calculé ou avait la moindre chose à voir avec les primes qu’elle ne touchera pas. Malgré l’argent, la gloire et la célébrité, les sportifs gardent au fond d’eux la passion enfantine et sincère qui les animait à leurs débuts. Et sans cela, toutes les qualités génétiques ne pourront rien pour faire d’un homme un champion.