CAPTAIN MARVEL : Un peu plus près des étoiles

captainmarvelafficheDepuis la série Alias au début des années 2000, même le plus macho des spectateurs a déjà ressenti le plaisir de voir un personnage féminin se battre avec énergie contre des adversaires particulièrement baraqués de sexe masculin. Le monde des super-héros est souvent vu comme très marchiste, vu la plastique toujours très avantageuses des héroïnes. Pourtant, les lecteurs de comics connaissent depuis longtemps cette joie puisque des super-héroïnes particulièrement puissantes sont nées il y a bien longtemps déjà. Mais il est vrai que lors de leur passage sur grand écran, elles n’ont pas forcément occupé leur place légitime. Le mal a été quelque peu réparé chez DC grâce au succès de Wonder Woman. Marvel lui emboîte le pas avec Captain Marvel. Un film qui a reçu un accueil critique plutôt tiède, alors qu’il possède bien des qualités. Comme quoi, on est toujours plus exigeant avec les femmes que les hommes.

Captain Marvel a deux atouts pour elle. Déjà, le personnage principal est vraiment attachant et pas simplement parce qu’il est sympathique. Sa stature épique et sa puissance lui confèrent un vrai charisme super-héroïque fort appréciable. Ensuite, le film est terriblement distrayant, avec sa bonne dose d’humour et d’action, quand les deux ne sont pas entremêlés. Certes, les esprits ronchons souligneront sans doute que dans un domaine ou dans l’autre, Marvel a déjà proposé mieux et plus original. Certes, mais ce n’est pas parce qu’on n’est pas le meilleur qu’on est forcément mauvais. On passe un vrai bon moment devant cette superproduction et on est vraiment heureux de voir la mythologie Marvel s’enrichir de ce personnage. Cela donne l’eau à la bouche avant le prochain Avengers et on a hâte de voir notre super-héroïne face à Thanos. Seuls les initiés voient dans cette dernière phrase une raison de s’enthousiasmer, mais ces derniers savent bien de quoi je parle !

captainmarvelBrie Larson joue un rôle central dans la réussite de Captain Marvel. Ceux qui voient le verre à moitié vide souligneront qu’on pouvait s’attendre à une performance plus marquante d’une actrice oscarisée. Ceux, espérons-le plus nombreux, qui voient le verre à moitié plein souligneront au contraire l’aura de sympathie qu’elle fait naître immédiatement autour de son personnage. Elle n’a pas la beauté d’une Gal Gadot, mais on a envie d’aller boire un verre avec elle au premier regard. Finalement, celui qui se contente vraiment du minimum est Jude Law, même s’il ne bénéficie pas ici du rôle le plus intéressant de sa carrière. De toute façon, les vraies stars de ce film restent un chat… et Stan Lee qui fait là son ultime caméo. En tout cas, ce film est un bon film pop-corn qui permet de patienter un peu avant Avengers : Endgame.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Réalisation : Ryan Fleck, Anna Boden
Scénario : Meg LeFauve, Nicole Perlman, Geneva Robertson-Dworet
Photo : Ben Davis
Décors : Andy Nicholson
Musique : Pınar Toprak
Directeur artistique : Kasra Farahani
Durée : 124 mn

Casting :
Brie Larson : Carol Danvers / Captain Marvel
Samuel L. Jackson : Nick Fury
Ben Mendelsohn : Talos
Lee Pace : Ronan l’Accusateur
Anette Bening : l’intelligence suprême / Dr Wendy Lawson
Jude Law : Yon-Rogg
Clark Gregg : Phil Coulson

NOS VIES FORMIDABLES : Formidable à plus d’un titre

nosviesformidablesafficheL’effort de promotion dont bénéficie un film n’est en rien corrélé avec sa qualité. Le contraire se saurait depuis le temps. Ainsi, nos écrans accueillent quelques vraies pépites qui passent trop injustement inaperçues. Nos Vies Formidables fait partie de celle-ci. Certes, aucune vedette à l’écran et un sujet, la vie dans un centre de désintoxication, tout cela ne poussait pas vraiment ce film à faire la une des médias. Pourtant, il est à proprement parler formidable par ses nombreuses qualités et l’intelligence et l’humanisme avec lesquels il déroule son propos.

A l’annonce du sujet, on peut facilement imaginer Nos Vies Formidables comme un film plombant et sombre. Certes, il ne nous emmène pas au pays des Bisounours, mais plutôt à celui de la souffrance, du désespoir et du déni. Mais il offre aussi cette lumière qui pousse le spectateur à reprendre espoir d’un avenir meilleur, avant même que ce dernier ne naisse chez les protagonistes eux-mêmes. C’est grâce à lui que l’on reste scotché à l’écran, saisi profondément par cette histoire poignante et forte. Tout cela ne nous mènera pas vers un grand happy-end, mais c’est bien l’espoir qui domine au final. Même après une scène peu avant la fin d’une intensité dramatique absolue qui vous déchirera le cœur. Mais la renaissance a parfois un prix bien lourd à payer.

nosviesformidablesJulie Moulier tient avec Nos Vies Formidables son premier très grand rôle. Et elle s’acquitte de la tâche avec un talent assez sensationnel. C’est vraiment tout le casting qui est à saluer, tant les rôles sont plus difficiles les uns que les autres, mais tous interprétés avec une conviction et une intensité impressionnantes. L’histoire en tire une profonde crédibilité et surtout une densité émotionnelle hors du commun. C’est grâce à eux, sous la caméra remarquable de Fabienne Godet que le film nous touche autant. La réalisation, toujours au plus près des personnages, nous plonge dans une intimité qui décuple encore les sentiments du spectateur. On en ressort bien secoué mais heureux de ne pas être passé à côté de ce formidable moment.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Fabienne Godet
Scénario : Fabienne Godet et Julie Moulier
Photographie : Marie Celette
Montage : Florent Mangeot
Musique : Fabien Bourdier
Producteur : Bertrand Faivre
Durée : 117 minutes

Casting :
Julie Moulier : Margot
Johan Libéreau : Léo
Zoé Héran : Salomé
Françoise Cadol : la mère de Margot
Jacques de Candé : Jérémy
Bruno Lochet : Pierre
Olivier Pajot : le père de Margot
Françoise Pinkwasser : Annette
Abbes Zahmani : César
Cédric Maruani : Jalil
Jade Labeste : Marion
Sandor Funtek : Dylan
Cyrielle Martinez : Zakaria
Mourad Musset : Raha
Emilie Marsh : Alex
François-Michel Van der Rest : Daniel
Camille Rutherford : Lisa
Estelle Meyer : Leila, la prof de théâtre

DAMIEN VEUT CHANGER LE MONDE : Vent de fraîcheur, cri du coeur

damienveutchangerlemondeafficheLa naïveté est généralement considérée comme un défaut. Pourtant, comme tout trait de caractère, son caractère positif ou négatif dépend des circonstances. Et comme tout trait de caractère, il passe d’autant mieux s’il est pleinement assumé. Damien Veut Changer le Monde est d’un film d’une naïveté assumée. C’est ce qui fait sa limite, mais c’est aussi ce qui lui donne un charme réel. Dans une période où les lourdeurs sont nombreuses et les nuages souvent sombres, un peu de fraîcheur fait vraiment du bien et aère aussi bien les poumons que l’esprit. Un plaisir léger mais salutaire.

Damien Veut Changer le Monde possède le grand mérite d’aller à l’essentiel. Le propos est clair, direct et a du coup un vrai impact. On se moque bien des incohérences, des objections que l’on pourrait facilement soulever. On se laisse emporter par le même élan enthousiaste qui saisit les personnages, en écoutant son cœur et non plus sa raison. Cela laisse une impression fugace car on revient vite à la réalité dès qu’on a quitté la salle, mais surtout une très bonne impression. Toutes les faiblesses et les raccourcis du scénario passent au second plan. Surtout qu’on sent une profonde sincérité dans la démarche de Xavier de Choudens et même sans y adhérer pleinement, on ne peut que la saluer.

damienveutchangerlemondeDamien Veut Changer le Monde nous offre un casting de second rang, mais qui s’acquitte de sa tâche avec une énergie dont devrait bien s’inspirer bien des stars trop sûres d’elles. Franck Gastambide n’aura certainement pas de César pour sa prestation, mais il nous donne une sévère envie de le rejoindre dans son combat. Le duo formé par Camille Lellouche et Gringe apporte sa pierre à l’édifice et on tombe immédiatement sous leur charme. Melisa Sözen confirme tout son talent entrevu dans le Bureau des Légendes, mais aussi déjà sur grand écran dans Winter Sleep, Palme d’Or à Cannes en 2014. Voilà un prix que ce film ne remportera pas, mais personne n’aura l’idée de le lui reprocher.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Xavier de Choudens
Scénario : Xavier de Choudens, et Charly Delwart
Régisseur adjoint : Antek Graczyk
Chef montage : Thibault Damade

Casting :
Franck Gastambide : Damien
Melisa Sözen : Selma
Camille Lellouche : Mélanie
Gringe : Rudy
Youssef Hajdi : Marco
Jessim Kas : Behzad
Patrick Chesnais : Vigo, le père de Damien
Liliane Rovère : Madame Lopez
Bass Dhem : Souleman
Rémy Adriaens : Steve
Sébastien Chassagne : Vigo, jeune
Claire Chust : Carole
Tatiana Rojo : Rama N’Dongo

LES ETERNELS : Froids sentiments

leseternelsafficheDes films dressant un panorama de la société chinoise sortent régulièrement sur nos écrans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela est rarement reluisant. Violence sociale, déshumanisation des relations entre individus, absence totale d’espoir dans un avenir meilleur qui effectivement ne vient jamais… Une vision sombre de ce pays pourtant amené à jouer un rôle de plus en plus central dans la marche du monde. Une nouvelle preuve avec Les Eternels. Une histoire centrée sur le destin de deux individus, mais qui a pour toile de fond la pègre chinoise et un tissu social en lambeaux.

Les Eternels est un film chinois et ressemble donc à un film chinois également dans la forme. Il adopte donc un rythme de narration qui nous semble un rien contemplatif pour nos yeux d’Occidentaux. J’admets, je suis en train de chercher une périphrase pour dire qu’il est un rien ennuyeux. Le tout manque de souffle et on a bien du mal à être vraiment enthousiasmé par cette histoire. Si le tableau social est intéressant, l’histoire d’amour entre les deux personnages, qui constitue le cœur du scénario, peine à faire naître l’émotion qui sied à ce genre de récit. On reste ainsi de marbre devant des sentiments qui rappellent plus le frigo que le brasier. Une vision désabusée des rapports humains et amoureux qui peut parler à l’intellect, difficilement au cœur.

leseternelsLes Eternels est marquée par une ambiance visuelle aussi sombre que la société qu’il décrit. On retrouve la maîtrise de Jia Zhangke que l’on avait appréciée dans A Touch of Sin, même si le propos est ici moins marquant. Les deux acteurs principaux, Zhao Tao et Fan Liao, incarnent leurs personnages avec talent, mais leur manque d’expressivité nous empêche de réellement s’y attacher. Tout cela contribue à une forme d’indifférence envers tout ce qui peut leur arriver et aucune impatience particulière vis-à-vis du dénouement. On y parvient après deux heures et demi avec un léger soulagement que cela soit terminé. Non que l’on ait forcément passé un mauvais moment, mais un long moment, ça, c’est certain.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : Xstream Pictures, Shanghai Film Group, Office Kitano, MK2 productions, Huanxi Media Group, Arte France Cinéma, Beijing Runjin Investment
Réalisation : Jia Zhangke
Scénario : Jia Zhangke
Montage : Matthieu Laclau
Photo : Eric Gautier
Décors : Weixin Liu
Distribution : Ad vitam
Musique : Giong Lim
Durée : 150 min

Casting :
Zhao Tao : Qiao
Fan Liao : Bin
Zheng Xu : l’étudiant
Feng Xiaogang : le docteur
Yinan Diao : le passager du train

MARIE STUART, REINE D’ECOSSE : Femmes de tête

mariestuartreinedecosseafficheImaginer une histoire valant le coup d’être racontée, avec une grande et belle intrigue et de grands et beaux personnages, représente un exercice difficile. Heureusement, l’Histoire, celle avec un grand h, recèle déjà bien des épisodes pouvant rassembler ces deux caractéristiques. Il suffit d’en s’en inspirer pour en faire un film. C’est ce que Josie Rouke a fait pour nous proposer Marie Stuart, Reine d’Ecosse. Une réalisatrice qui quitte le monde du théâtre pour rejoindre celui du 7ème art. Ses débuts sur grand écran sont au final plutôt réussis, même si le film n’est pas dénué d’imperfections.

On peut s’en douter à la lecture du titre, mais l’histoire est principalement centrée sur l’histoire d’un seul et même personnage. On peut parler de biopic, même si le terme semble un peu incongru pour un film en costumes qui nous emmène au XVIème siècle. Cependant, dans le dernier quart d’heure, le propos se recentre brutalement sur un autre personnage. Ce changement de cap semble un peu étrange et ne permet pas à Marie Stuart, Reine d’Ecosse de connaître la conclusion qu’il aurait mérité. En effet, malgré quelques longueurs, le reste du film ravira à la fois les curieux avides de parfaire leur culture historique et ceux qui se contenteront d’apprécier l’intrigue pleine de rebondissements et de tension. C’est toujours dommage de finir sur une impression quelque peu négative, mais il serait injuste de décrier de trop le film dans sa globalité.

mariestuartreinedecosseJosie Rourke a bénéficié pour Marie Stuart, Reine d’Ecosse d’un casting de premier ordre qu’elle dirige avec maestria. Saoirse Ronan livre là une prestation remarquable, confirmant, après Ladybird, qu’elle est une actrice extraordinaire, encore bien trop sous-utilisée. En face d’elle, Margot Robbie, découverte dans Suicide Squad, prouve qu’elle peut être promise à une immense carrière d’actrice pouvant changer de peau à chaque rôle. Ce merveilleux duo de commédiennes est parfaitement mis en valeur par une réalisation élégante, même si elle sombre parfois dans quelques petits excès. Les costumes et les décors ne transpirent pas les moyens sans limite, mais parviennent à donner vie à cette histoire de manière réaliste, à défaut d’être particulièrement spectaculaires. Beaucoup de raisons d’apprécier ce film au final donc.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Focus Features, Perfect World Pictures, Working Title films
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Josie Rourke
Scénario : Beau Willimon, inspiré de la biographie de John Guy
Montage : Chris Dickens
Photo : John Mathieson
Décors : James Merifield
Musique : Max Richter
Durée : 124 min

Casting :
Saoirse Ronan : Marie Stuart
Margot Robbie : La Reine Elisabeth I
Jack Lowden : Lord Darnley
Joe Alwyn : Robert Dudley
David Tennant : John Knox
Guy Pearce : Sur William Cecil
Gemma Chan : Bess de Hardwick
Ismael Cruz Cordova : David Rizzio
Adrian Lester : Lord Randolph

LA CHUTE DE L’EMPIRE AMERICAIN : Belle chute, tabarnak !

lachutedelempireamericainafficheLa Chute de l’Empire Américain clôt la trilogie de Denis Arcand commencée en 1987 avec le Déclin de l’Empire Américain. C’est du moins ce qu’on peut lire parfois, même si certains rappellent qu’elle a plutôt été conclue par l’Age des Ténèbres. Le débat n’est guère intéressant et il est vrai qu’à part le parallèle entre les deux titres, le film qui squatte actuellement nos grands écrans n’a pas grand chose à voir avec les précédents. Le réalisateur québecois nous offre ici une comédie policière où on retrouve le regard ironique qu’il pose sur l’existence et la société, mais sans aller très loin dans l’analyse psychanalytique de l’époque. C’est avant tout léger et ma foi fort sympathique.

La Chute de l’Empire Américain repose sur le ressort narratif ultra classique du personnage innocent et naïf, plongé un peu par hasard dans un monde qui n’est pas le sien. En gros, l’intello philosophe contre les gangsters. Ce n’est donc pas très nouveau, mais on ne se lasse pas facilement des bonnes choses. Le film fonctionne plutôt bien grâce à une galerie de personnages très réussie. On s’y attache et du coup on suit leurs péripéties avec un réel plaisir. Surtout que ces dernières sont variées et donnent un bon rythme à la narration. On est curieux de voir où tout cela va nous mener et si la fin n’est pas spécialement marquante, on ressort de la salle satisfait du spectacle auquel on vient d’assister.

lachutedelempireamericainLa réalisation de Denis Arcand reste particulièrement sobre. Il parvient cependant à créer une certaine tension lors des scènes où il y a un peu d’action (cela reste très relatif). Bref, pas de superflu, mais un minimum de maîtrise. Niveau interprétation, la plus belle révélation s’appelle Maripier Morin qui éclabousse l’écran de son charme et son charisme. Mais tout le casting œuvre pour donner vie à cette histoire et en faire un spectacle plaisant. Il prouve une nouvelle fois la bonne santé du cinéma québecois qui nous offre chaque année plusieurs longs métrages de qualité. Nos cousins d’outre-Atlantique contribuent donc pleinement au rayonnement du cinéma francophone. Merci à eux !

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Cinémaginaire
Distribution : Jour2fête
Réalisation : Denys Arcand
Scénario : Denys Arcand
Montage : Arthur Tarnowski
Photo : Van Royko
Décors : Michèle Forest
Musique : Mathieu Lussier, Louis Dufort
Directeur artistique : Patrice Bengle
Durée : 129 min

Casting :
Remy Girard : Sylvain
Maripier Morin : Aspasie
Alexandre Landry : Pierre-Paul
Louis Morissette : Pete
Maxim Roy : Carla

GRACE A DIEU : Et Ozon osa !

graceadieuafficheSi Ozon osait… Je me rappelle avoir utilisé ce titre pour la critique d’un film de François Ozon (Angel, je crois). Cela résume assez bien ce que je pense de celui qui reste un des plus brillants réalisateurs français en termes de maîtrise artistique et même narrative, mais à qui il avait jusqu’alors toujours manqué une réelle audace dans les sujets et les traitements pour nous offrir de vrais grands films qui parlent plus aux tripes qu’à l’intellect. Etre doué, c’est très bien, savoir prendre de risque, c’est mieux et vous permet d’accéder à un tout autre statut. Avec Grâce à Dieu, enfin, il ose vraiment avec une film et une démarche salutaire.

Le cinéma français a beaucoup de mal à affronter son histoire contemporaine sur grand écran, même si c’est une démarche qu’il entreprend de plus en plus souvent. Grâce à Dieu marque une nouvelle étape puisque les événements qu’il décrit n’ont toujours pas connu leur conclusion judiciaire. Et le moins que l’on puisse dire est que François Ozon a décidé de prendre parti. Il se plonge réellement dans son sujet pour nous délivrer un message qui mêle les faits et les émotions. Tout cela donne une puissance formidable au propos qui frappe l’esprit et le cœur avec la même force. On en ressort bouleversé, ému et à vrai dire assez en colère.

graceadieuLe sujet de Grâce à Dieu déborde largement des seuls faits criminels. Il dresse le portrait sans concession de toute une société renvoyée à sa lâcheté et son hypocrisie. Le seul point où François Ozon garde une certaine neutralité est finalement le rapport à la foi en nous renvoyant aux différences qui séparent à ce niveau-là ses personnages. Un choix judicieux qui pousse le spectateur à mener sa propre réflexion, qui se fait elle-aussi avec l’esprit et le cœur. Cela montre toute l’intelligence de ce film, qui bénéficie par ailleurs d’une formidable interprétation et d’une réalisation soignée, mais qui sait s’effacer devant la profondeur du sujet et le talent des interprètes. Merci pour cette audace Monsieur Ozon !

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, FOZ, France 2 cinéma
Distribution : Mars Films
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon
Montage : Laure Gardette
Photo : Manu Dacosse
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Durée : 137 min

Casting :
Melvil Poupaud : Alexandre Guérin
Denis Ménochet : François Debord
Swann Arlaud : Emmanuel Thomassin
Josiane Balasko : Irène, la mère d’Emmanuel
Eric Caravaca : Gilles Perret
Hélène Vincent : Odile Debord
Frédéric Pierrot : le capitaine Courteau
Aurélia Petit : Marie Guérin
Jeanne Rosa : Dominique Perret
François Mathouret : le cardinal Barbarin

LE CHANT DU LOUP : Le chant du coq

lechantduloupafficheLe film de sous-marin constitue un genre mineur et rare du cinéma, mais qui a offert quelques jolis moments au 7ème art. Ainsi, A la Poursuite d’Octobre Rouge est devenu un des films cultes du début des années 90. On ne s’attendait pas à voir le cinéma français s’y attaquer. C’est donc avec une certaine surprise que l’on a vu arriver sur nos écrans Le Chant du Loup. Avec une bande-annonce qui faisait vraiment envie, la surprise était même double. Du coup, ressortir de la salle en ayant la sensation d’avoir vu une vrai bon film n’en représentait plus vraiment une. Mais le plaisir, lui, était intact.

Le Chant du Loup a tout pour lui. Une histoire solide, où la tension monte crescendo, jusqu’à un final particulièrement réussi. Des personnages marquants qui permettent au spectateur de rentrer dans le film en profondeur (ce qui est logique pour un film de sous-marin!) du fait de l’attachement que l’on ressent pour eux. Enfin, les décors et les vues extérieures sont particulièrement soignées, aussi réalistes que spectaculaires. Comme quoi, quand il s’en donne un peu les moyens et fait preuve d’ambition, le cinéma hexagonal n’a rien à envier aux films hollywoodiens. Voire même, il sait donner aux histoires qu’il raconte une épaisseur supplémentaire comparée à l’autre côté de l’Atlantique.

lechantduloupLe Chant du Loup bénéficie d’un casting particulièrement prestigieux. Voir Omar Sy relégué dans un second rôle n’est plus si fréquent. Mais il partage l’affiche avec d’autres comédiens de renom qui interprètent tous leur partition avec le plus grand des talents. Cependant, le premier et le plus beau rôle revient au moins connu d’entre eux, François Civil, qui livre là une prestation remarquée. Antonin Baudry nous offre un premier film réellement abouti, après avoir un été un auteur de bande-dessinée et un scénariste de talent. Ces artistes avec autant de cordes à leur arc sont quelque peu énervants. Mais vu la qualité de ce qu’ils nous proposent et les bons moments qu’ils nous font passer, on leur pardonne aisément.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor, Pathé productions, Chi-Fou-Mi Productions, Jouror Productions
Distribution : Pathé distribution
Réalisation : Antonin Baudry
Scénario : Antonin Baudry
Montage : Nassim Gordji Tehrani, Saar Klein
Photo : Pierre Cottereau
Décors : Benoît Barouh
Musique : Tomandandy
Durée : 115 min

Casting :
François Civil : Chanteraide
Mathieu Kassovitz : Alfost
Omar Sy : D’Orsi
Reda Kateb : Grandchamp
Paula Beer : Diane

ALITA : BATTLE ANGEL : Fallen angel

alitabattleangelafficheSe rendre dans une salle obscure pour voir l’adaptation d’une œuvre dont on est fan par ailleurs s’apparente à une manœuvre particulièrement risquée. En effet, on regardera le film en question avec un œil particulier et critique, scrutant le moindre détail qui pourrait s’apparenter à une trahison et ne fera preuve d’aucune indulgence face au moindre écart de ce qu’on considère comme étant un canon dont il est criminel de s’écarter. Gumn fait partie des œuvres pour laquelle j’ai une tendresse particulière et que je suis avec la plus grande attention, puisque le manga continue d’être régulièrement publié. J’ai donc été voir Alita : Battle Angel avec cet œil particulier et une certaine appréhension suite à une bande-annonce pas vraiment convaincante. Le résultat est meilleure qu’espéré, mais loin d’être transcendant.

Un point très positif reste que Alita : Battle Angel est particulièrement réussi visuellement. Le personnage principal est remarquablement travaillé pour rester à la frontière entre le virtuel et le réel, entre sa nature humaine et son corps de cyborg. Cette limite floue donne tout son intérêt au propos et structure profondément le film. Il nous permet de rentrer vraiment dans cette histoire et nous assure déjà de ne pas assister à un naufrage. La première partie du film reste particulièrement fidèle au manga et on se met à espérer une adaptation pleinement réussie. Malheureusement, la suite fera quelque peu déchanter. Certes, les écarts à l’histoire originelle ne dérangent au fond que les fans comme moi, mais le problème est que tous ces choix sont assez mauvais et font dérailler quelque peu l’histoire.

alitabattleangelCertaines scènes de Alita : Battle Angel sont franchement ratées et flirtent parfois carrément avec le ridicule. Pas au point de nous faire sortir totalement du film, mais suffisamment pour ne pas s’enthousiasmer comme on l’aurait aimé pour cette œuvre de science-fiction qui restera sympathique mais mineure. Et vue la direction que semble prendre l’histoire à la fin du film, il semble difficile d’espérer que la suite de la saga remontera le niveau général. Je peux bien sûr me tromper. Au final, Robert Rodriguez nous offre un film quelque peu inabouti, réalisé avec un certain talent (mais il n’est pas Guillermo Del Toro non plus), qui aurait mieux fait de coller totalement à l’histoire imaginée par Yukito Kishiro. C’est peut-être le fan qui parle, mais surtout, je pense, l’amateur de grandes et belles histoires.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : 20the Century Fox, James Cameron, Lightstorm Entertainment, Troublemaker studio, TGS
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Robert Rodriguez
Scénario : James Cameron, Robert Rodriguez, Laeta Kalogridis, manga de Yukito Kishiro
Montage : Stephen E. Rivkin, Ian Silverstein
Photo : Bill Pope
Décors : Caylah Eddleblute, Steve Joyner
Musique : Junkie XL
Effets spéciaux : Weta Digital
Durée : 122 min

Casting :
Rosa Salazar : Alita
Christoph Waltz : Dr Dyson Ido
Jennifer Connelly : Chiren
Mahershala Ali : Vector
Ed Skrein : Zapan
Keean Johnson : Hugo

RALPH 2.0 : Ralph ne casse plus la baraque

ralph20afficheLa culture geek est désormais bien installée dans le paysage culturel global. Elle s’est enrichie à un tel point qu’elle peut désormais se nourrir d’elle-même et nous proposer des œuvres reposant entièrement sur des références issues de celle-ci. Les Mondes de Ralph appartient à cette dernière catégorie, au même titre que Sucker Punch ou Ready Player One. Le premier volet avait représenté une belle réussite, alliant humour, aventure et beaucoup de nostalgie pour les spectateurs de ma génération qui ont grandi à proximité d’un Commodore 64 puis de consoles Nintendo. Ce succès ne pouvait conduire qu’à une suite, intitulée Ralph 2.0. La règle veut qu’elle soit moins intéressante que l’épisode originel. Parfois les règles sont suivies.

Ralph 2.0 n’est pas un mauvais film, loin de là. Il constitue un divertissement familial distrayant, aux qualités réelles, mais aussi aux faiblesses, qui le sont tout autant. Ce qui fait l’originalité de cet univers et tout son charme, c’est le côté parodique, mêlant regard tendre et décalé sur les références geeks dont il se nourrit. C’est pour cela que l’on va voir ce film et c’est quand il prend cette direction qu’il devient presque enthousiasmant et nous offre de vrais éclats de rire. Mention spéciale aux princesses Disney transformées en ressort comique particulièrement efficace. Mais le tout manque de densité et quand le film devient juste un film d’aventures sans réel second degré, il perd beaucoup de son intérêt.

ralph20Ralph 2.0 porte un message moralisateur, comme les productions américaines ont le secret. Alors que cela est souvent plutôt synonyme de lourdeur, on apprécie ici le propos qui ne manque ni d’intelligence, ni de subtilité. Une petite leçon de vie qui ne fera pas de mal aux enfants qui regarderont ce film. Certes, on reste loin de Bettelheim, mais cela reste appréciable. Au final on a été heureux de retrouver les deux personnages principaux particulièrement attachants. Ils auraient mérité un peu d’audace et d’imagination débridée. On ignore encore s’ils reviendront pour un troisième tour. Mais ce second épisode nous fait penser que ce n’est pas pas indispensable.

LA NOTE : 10,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Rich Moore, Phil Johnston
Scénario : Phil Johnston, Pamela Ribon
Société de production : Walt Disney Pictures, Walt Disney Animation Studios
Durée : 113 min

Casting :
John C. Reilly : Ralph La Casse
Jack McBrayer : Félix Fixe Jr.
Sarah Silverman : Vanellope von Schweetz
Jane Lynch : Tamora Jean Calhoun
Taraji P. Henson : Yesss
Gal Gadot : Shank
Alan Tudyk : JeSaisTout
Brad Garrett : Bourriquet