TEL AVIV ON FIRE : Crétins sans frontière

telavivonfireafficheLe cinéma prouve souvent que l’on peut traiter les sujets les plus sérieux, les plus graves et les plus dramatiques avec beaucoup d’humour sans pour autant affaiblir le message, bien au contraire. Une nouvelle preuve avec Tel Aviv on Fire, un film palestinien d’une ironie féroce qui nous plonge en plein conflit israélo-palestinien. Point de discours géopolitique ici, ou d’envolées lyriques sur la paix ou la guerre, juste une brochette de personnages, souvent ridicules, mais qui en disent finalement long sur une réalité à la fois plus simple et plus complexe que ce que l’on imagine.

Tel Aviv on Fire est avant tout drôle. Il est clair que l’intention première de Sameh Zoabi n’est pas de faire rire, mais de se servir du rire comme d’une courroie de transmission pour son message. Mais voilà, il la manie avec tant d’habileté que c’est la première chose qui nous frappe dans ce film. On rit, souvent et beaucoup. Un humour souvent au second degré, mais terriblement efficace. Il tourne en dérision les deux camps avec un enthousiasme débordant. Tout le monde en prend pour son grade et c’est particulièrement réjouissant. Pas forcément rassurant à première vue, car on voit mal comment se sortir d’autant de bêtise, mais d’un autre côté, il est aussi rassurant de voir que certains parviennent à prendre assez de recul pour remettre à leur place les prétentieux, ceux qui défendent jusqu’à l’absurde des causes sans fondement.

telavivonfireSi Tel Aviv on Fire ne bénéficie pas de moyens délirants, mais Sameh Zoabi fait preuve de beaucoup d’imagination. Au final, le film est visuellement très réussi et cela ajoute une nouvelle couche d’ironie. Ce film est donc totalement maîtrisé à tout point de vue de manière assez étonnante. Il s’agit donc d’une vraie bonne surprise cinématographique comme on en croise rarement. Tout cela prend vie grâce à un casting formidable, ce qui prouve définitivement que de merveilleux acteurs se trouvent partout autour du globe. Et si au final, le 7ème art ne va pas rétablir la paix, il nous donne quelques raisons de sourire. Ce n’est déjà pas si mal.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Samsa film, TS Productions, Lama Films, Artémis productions
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Sameh Zoabi
Scénario : Sameh Zoabi, Dan Kleinman
Montage : Catherine Schwartz
Photo : Laurent Brunet
Décors : Christina Schaffer
Musique : André Dziezuk
Durée : 97 min

Casting :
Kais Nashif : Salam
Lubna Azabal : Tala
Yaniv Biton : Assi
Nadim Sawalha : Bassam
Maisa Abd Elhadi : Mariam
Salim Daw : Atef
Yousef Sweid : Yehuda

C’EST CA L’AMOUR : Premier rang

cestcalamourafficheCertains acteurs attendent toute leur vie pour le grand rôle à la hauteur de leur talent. En effet, les seconds rôles sont souvent occupés par des acteurs largement aussi bons que ceux qui trustent les premiers. Nombreux sont les acteurs condamnés au statut d’éternel second rôle, qui ne constitue pas forcément le pire destin qui soit, mais qui peut évidemment créer un peu de frustration. Bouli Lanners fait partie de ces visages que l’on connaît par cœur pour les voir souvent sur les écrans, mais sans forcément être capable de mettre un nom dessus, car le leur ne s’inscrit que rarement, voire jamais, en haut des affiches. Cela change avec C’est Ca l’Amour. Et on ne peut que remercier Claire Burger pour ce choix judicieux.

C’est Ca l’Amour explore une thématique de plus en plus souvent traitée au cinéma : la relation père-fille dans un contexte de mère absente. S’il n’est pas totalement nouveau, il reste encore assez rare pour que le 7ème art soit loin d’avoir épuisé le sujet. Ce film peut être rangé dans la catégorie des films portrait, mais il s’agit avant tout du portrait d’une relation, je dirais même d’une émotion, plutôt que bêtement le portrait d’un personnage. On plonge profondément dans ce qu’il peut ressentir et cette émotion est largement partagée avec le spectateur. C’est bien ça qui donne toute sa force à ce très beau film qui peut difficilement laisser insensible.

cestcalamourCette émotion n’aurait évidemment pas une telle force si elle n’était pas portée par un formidable comédien. Bouli Lanners prouve ici que son talent a largement été sous-exploité par le cinéma français. Il lui manquait sûrement quelques abdos et une belle gueule pour faire une autre carrière, mais rien qu’avec C’est Ca l’Amour, il peut être fier de la sienne. Ce n’est cependant pas une raison pour oublier la très belle prestation de la jeune Justine Lacroix, très belle révélation de ce film. Après Party Girl, Claire Burger confirme ses talents de réalisatrice et sa capacité de nous livrer des portraits intimes et chargés d’une émotion sincère. C’est ça le talent !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Dharamsala, Arte
Distribution : Mars Films
Réalisation : Claire Burger
Scénario : Claire Burger
Montage : Claire Burger, Laurent Sénéchal
Photo : Julien Poupard
Durée : 98 min

Casting :
Bouli Lanners : Mario
Justine Lacroix : Frida
Sarah Henochsberg : Niki
Cécile Remy-Boutang : Armelle

DUMBO : Ne pas se tromper

dumboafficheLorsque j’ai appris que Disney avait pour projet de transformer trois de ses plus grands classiques en film live cette année, je n’ai pas vraiment été saisi par l’enthousiasme, c’est le moins que l’on puisse dire. Puis quand j’ai appris que le premier d’entre eux, Dumbo, était réalisé par Tim Burton, un peu de curiosité a fini par naître. Puis en constatant que le film recevait de bonnes critiques, je m’y suis rendu relativement confiant. Et qui est plus digne de confiance qu’un pur génie comme Tim Burton ?

Bon pour être totalement honnête, j’avais tout de même un fond d’appréhension. En effet, si Tim Burton reste une de mes idoles cinématographiques, je dois bien admettre que sa carrière a aussi connu quelques ratés. Mais Dumbo n’en fait incontestablement pas parti. Il a réussi la parfaite synthèse entre son propre style et une magie typique de l’univers Disney classique. Être à la fois un Disney et un Tim Burton, voilà une synthèse qui semblait impossible à réaliser. Et pourtant ce film y parvient pour le plus grand bonheur des petits et des grands, des rêveurs et des gothiques.

dumboLe seul point faible de Dumbo reste la qualité des effets spéciaux, qui frisent parfois l’indigence. Étonnant pour une telle production. Heureusement l’essentiel est sauf puisque le personnage de Dumbo est remarquablement expressif et on peut difficilement ne pas craquer devant sa bouille et son regard. Pour ce qui est de la distribution en chair et en os, on saluera en particulier le charme enivrant d’Eva Greene. Cela fait aussi bien plaisir de voir que Danny De Vito garde toujours la forme. Et Tim Burton cette part de magie qui fait les grands cinéastes.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions, Infinitite Detective, Secret Machine Entertainment
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Ehren Kruger, roman de Helen Aberson
Montage : Chris Lebenzon
Photo : Ben Davis
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Durée : 112 min

Casting :
Colin Farrell : Holt Farrier
Danny DeVito : Max Medici
Michael Keaton : V.A. Vandevere
Eva Green : Colette Marchant
Nico Parker : Milly Garrier
Finley Hobbins : Joe Farrier
Alan Arkin : J. Griffin Remington
Roshan Seth : Pramesh Singh
Lars Eidinger : Hans Brugelbecker

COMPANEROS : Putain 12 ans !

companerosafficheEn France, il n’est pas rare de voir un homme politique de finir sa carrière devant les tribunaux, voire même parfois en prison, après avoir occupé un nombre importants de mandats diverses et variés. Mais il existe encore plus de pays où les hommes politiques ont tâté du cachot avant d’être élus. On pense à Nelson Mandela bien sûr, mais dans beaucoup d’ex-dictature, cela a pu être le cas. L’Uruguay a été soumis à une dictature militaire comme le continent sud-américain en a connu beaucoup. Les opposants ont y été longuement emprisonnés arbitrairement dans des conditions inhumaines. C’est ce que nous fait découvrir Companeros, le récit de 12 ans de captivité de trois hommes qui auront ensuite marqué l’histoire de leur pays.

Faire un film de deux heures sur trois hommes enfermés dans un espace relativement restreint, voilà qui peut sembler difficile. Mais Alvaro Brechner parvient à construire un récit à tiroir, entre présent et flash-backs, qui parvient à réellement captiver le spectateur. Ne vous attendez pas à des scènes spectaculaires, mais au moins l’histoire propose quelques surprises et reste toujours parcourue d’une réelle tension narrative. Companeros a aussi le bon goût de ne pas en rajouter dans la description de l’horreur dans lequel les trois hommes sont plongés. Au contraire, il utilise parfois l’humour et l’absurde pour dénoncer avec force le calvaire qu’ils ont vécu.

companerosLes trois comédiens, Antonio de la Torre, Chino Darin et Alfonso Tort, livrent tous une prestation formidable. On retiendra quand même plus particulièrement celle du premier cité, qui donne une formidable humanité et profondeur à son personnage. Ils croiseront énormément de protagonistes secondaires au gré de leurs changements de lieux d’emprisonnement et c’est tout le casting qui nous réserve une foule de jolies surprises. En tout cas, Companeros est aussi remarquable sur le fond que sur le forme et met en lumière l’histoire méconnue d’un pays qui l’est tout autant. Voir un bon film et se coucher moins bête, voilà deux bonnes raisons pour aller le voir.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Alcaravan, Haddock films, Hernandez y Fernandez, Manny films, Tornasol films
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Alvaro Brechner
Scénario : Alvaro Brechner
Montage : Irene Blecua, Nacho Ruiz Capillas
Photo : Carlos Catalan
Décors : Laura Musso
Musique : Federico Jusid
Durée : 122 min

Casting :
Antonio de la Torre : José Mujica
Chino Darin : Mauricio Rosencof
Alfonso Tort : Eleuterio Fernández Huidobro
César Troncoso : le militaire
Soledad Villamil : La psychiatre
Dilvia Pérez Cruz : Ivette
Mirella Pascual : Lucy

US : Double tranchant

usafficheLe problème avec le succès et la réussite, c’est qu’une fois que vous les avez obtenus, on s’attend à ce que cela devienne la norme à chacune de vos oeuvres. C’est ce qui arrive à Jordan Peele, réalisateur encensé pour Get Out. Des compliments mérités et qui ne doivent rien au hasard et beaucoup à son talent. La promotion de Us a beaucoup insisté sur le succès passé de son réalisateur. Il est donc logique que le spectateur s’attende à un nouveau film du même acabit. Malheureusement ce dernier, sans être mauvais pour autant, constitue un retour à l’ordinaire.

Us est à ranger dans les films qui font peur. Or il fait peur, mais pas trop. Le film mise quand même aussi pas mal sur l’humour et les situations quelque peu décalées. Du coup, on ne sait pas trop sur quel pied danser et le film s’avère ni franchement drôle, ni terriblement terrifiant. De plus, on peut regretter que le mystère qui avait créé l’ambiance et donné son intérêt au film, disparaisse au travers d’une longue explication complète et précise, mais pas forcément hyper convaincante. L’histoire y aurait gagné à ne pas chercher à tout expliquer. Elle se termine par le twist final qui va bien, mais quelque peu prévisible. Au final, on aura plutôt passé un bon moment, mais sans jamais s’enthousiasmer totalement.

usJordan Peele n’a rien perdu de son sens de l’image. Us nous propose quelques séquences vraiment réussies d’un point de vue esthétique. Techniquement, les faces à face entre les personnages et leurs doubles sont bluffants et jamais on ne devine les ficelles derrières les trucages. Lupita Nyong’o porte vraiment le film et tire tout le casting vers le haut. On soulignera notamment la performance assez impressionnante de la jeune Shahadi Wright Joseph, dont le double maléfique est véritablement terrifiant. Tout cela provoque un peu de frustration car le film possédait tous les ingrédients pour être nettement plus réussi et convaincant.

LA NOTE : 11/20

Production : Monkeypaw productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Jordan Peele
Scénario : Jordan Peele
Montage : Nicholas Monsour
Photo : Mike Gioulakis
Décors : Ruth De Jong
Musique : Michael Abels
Durée : 116 min

Casting :
Lupita Nyong’o : Adelaide Wilson, Red
Winston Duke : Gabe Wilson, Abraham
Elisabeth Moss : Kitty Tyler, Dahlia
Tim Heidecker : Josh Tyler, Tex
Shahadi Wright Joseph : Zora Wilson, Umbrae
Evan Alex : Jason Wilson, Pluto

LES TEMOINS DE LENSDORF : En quête de vérité

lestemoinsdelensdorfafficheLe polar est un des genres cinématographiques et littéraires les plus classiques. Si on en croit le Larousse, il implique forcément l’intervention de la police, ce qui est assez logique vue l’étymologie du mot. Mais on peut aussi élargir cette définition à tous récit impliquant un travail d’enquête, une traque d’indices, de preuves, pour faire éclater la vérité. Alors dans ce cas-là, les Témoins de Lendsdorf est incontestablement un polar, même si cette fois le scénario ne fait pas intervenir de policier, mais un historien juif orthodoxe. Les mécanismes sont bien les mêmes, même si le film est considérablement enrichi par bien d’autres éléments.

Les Témoins de Lensdorf adopte donc une forme particulièrement prenante qui donne vraiment envie au spectateur de connaître le fin mot de l’histoire. De l’histoire et de l’Histoire, puisque le film possède évidemment une dimension historique aux intérêts multiples. Le film aborde aussi largement la question de la mémoire, ainsi que le fondement même de l’idée d’être juif. Le tout est traité avec une grande profondeur en poussant vraiment la réflexion jusqu’au bout. Le film est donc passionnant à plus d’un titre et ravira des spectateurs aux attentes et aux centres d’intérêt très différents.

lestemoinsdelensdorfLes Témoins de Lendsdorf confirme la vitalité de la fiction israélienne, que ce soit sur grand ou petit écran. Le film offre aussi un premier grand rôle à Ori Pfeffer, plutôt habitué aux troisièmes rôles dans les productions hollywoodiennes de seconde zone. On peut donc parler de révélation car il porte réellement le film sur ses épaules avec un rare talent. Amichai Greenberg signe donc un film remarquablement maîtrisé dans toutes ses dimensions. Il rappelle ainsi à quel point la forme n’est jamais l’ennemie du fond et que les sujets les plus graves peuvent être traiter au travers d’une réelle intensité dramatique.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Amichai Greenberg
Scénario : Amichai Greenberg
Photographie : Moshe Mishali
Production : Sabine Moser, Olivier Neumann
Durée : 88 minutes

Casting :
Ori Pfeffer : Yoel
Rivka Gur : Fania
Hagit Dasberg-Shamul : Rina
Ori Yaniv : Micky
Michael Fuith : Le maire autrichien
Iréna Flury : Sylvie
Michaela Rosen : Le politicien autrichien
Helmuth Häusler : Le garde du corps

SIBEL : Forte comme une Turque

sibelafficheCe n’est pas parce qu’un sujet nous a déjà offert un grand film sur un sujet qu’il ne faut pas renoncer à l’aborder à nouveau. Ainsi, si vous avez aimé Mustang et avez été touché par le destin de ses héroïnes, je ne peux que vous conseiller d’aller voir Sibel (même si à l’heure où j’écris ces lignes, cela va devenir difficile de trouver une salle qui le programme encore). Surtout qu’au final les deux films racontent deux histoires très différentes, combien même la condition des jeunes filles dans la Turquie rurale reste la question centrale. Au-delà de tout cela, ce sont surtout ses qualités qui doivent vous inciter à donner à cette production franco-germano-turco-luxembourgeoise les honneurs qu’elle mérite.

Sibel est un film portrait. Il repose donc largement sur les sentiments qui naissent envers son héroïne. On ne s’attache pas ici à elle parce qu’elle est une victime. Femme, muette, autant de caractéristiques qui ne lui promettent pas un destin facile, mais le personnage est loin de s’arrêter à ça. Au contraire, c’est pour sa force qu’on en vient à suivre son destin avec autant de ferveur. Le scénario possède une dimension presque épique qui lui donne un intérêt au-delà des sujets sociaux qui sont abordés. On assiste donc à un portrait particulièrement vivant qui fait entrer en synergie toutes ses dimensions pour en décupler l’impact et gagner le cœur et la raison du spectateur.

sibelSibel doit beaucoup au talent de Damla Sönmez. En effet, privée de paroles, elle doit transmettre tout ce qu’elle ressent par ses expressions. Enfin pas tout à fait puisqu’elle utilise aussi une langue sifflée (sous-titrée du coup) pour s’exprimer, mais cela ne remplace pas réellement le langage articulée. On ne peut donc que saluer la performance qui a le grand mérite de ne pas ressembler à un numéro d’acteur. Elle reste d’un naturel déconcertant dans toute la très large palette d’émotions qu’elle nous transmet. Elle porte sur ses épaules un film formidable qui aurait mérité un meilleur sort en termes de distribution.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisateurs : Çağla Zencirci, et Guillaume Giovanetti
Assistant réalisateur : Yagmur Misirlioglu
Scénaristes : Çağla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti
Producteurs: Marie Legrand, Rani Massalha, Michael Eckelt, Johannes Jancke, Marsel Kalvo, Nefes Polat, Christel Henon, Lilian Eche
Co-producteur : Marc Simoncini
Image : Eric Devin
Son : Tim Stephan & Stephan Konken
Musique : Bassel Hallak and Pi
Montage : Véronique Lange
Décors : Osman Özcan
Durée : 95 minutes

Damla Sönmez : Sibel
Emin Gürsoy : Emin
Erkan Kolçak Köstendil : Ali, le vagabond
Elit Iscan : Fatma
Meral Çetinkaya : Narin
Gülçin Kültür Şahin : Feride
Şevval Tezcan : Çiçek

REBELLES : La prétention, c’est dépassé !

rebellesaffichePour faire un bon film, un immense talent ne suffit pas toujours, comme on a pu le constater avec Ma Vie avec John F. Donovan. Avec beaucoup moins de talent, mais de l’énergie et du peps, on arrive par contre à proposer de longs métrages qui donnent beaucoup de plaisir au spectateur. Peut-être pas des chefs d’œuvre, peut-être par des moments inoubliables, mais de vrais bons moments, aussi éphémères soient-ils. Rebelles ne marquera pas profondément l’histoire du 7ème art. Mais en ne cherchant pas à être autre chose que ce qu’il est, ce film atteint parfaitement son but et nous en donne pour notre argent. Sans compter la présence de Cécile de France…

L’idée de départ de Rebelles n’a vraiment rien d’original. A tel point, qu’on peut encore voir sur nos écrans la Chute de l’Empire Américain qui possède à peu près le même. Mais qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Cela fait des siècles que l’imagination des humains fait naître des vaudevilles de toute sorte et on n’en a toujours pas fait le tour. Quand c’est drôle, rythmé, riche en rebondissements, même s’ils sont parfois un peu prévisibles, on ne boude pas notre plaisir. Le film dure un tout petit moins d’une heure et demi, ce qui prouve qu’Allan Mauduit sait aller à l’essentiel et on l’en remercie. On avait déjà pu le constater dans un genre radicalement différent lorsqu’il avait signé le scénario d’Arès qui ne durait qu’une heure vingt.

rebellesAllan Mauduit bénéficie d’un beau casting qu’il exploite à merveille. Vous l’aurez compris, la simple présence à l’écran de Cécile de France me ravit. Elle prouve une nouvelle fois à quel point, elle est capable d’incarner des femmes toujours différentes avec le même bonheur (pour nous) et le même talent. Elle est parfaitement secondée par Yolande Moreau et Audrey Lamy dans des registres habituels pour elles, mais qui donnent vie à leur personnage avec assez d’enthousiasme pour être convaincante. Au final, Rebelles reste un divertissement sans prétention. Mais l’absence de prétention est une qualité qu’il faut savoir apprécier à sa juste valeur.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Allan Mauduit
Scénario : Allan Mauduit et Jérémie Guez
Production : Matthieu Tarot
Sociétés de production : Albertine Productions et Wild Bunch
Société de distribution : Le Pacte
Photographie : Vincent Mathias
Montage : Christophe Pinel
Durée : 87 minutes
 
Casting :
Cécile de France : Sandra
Audrey Lamy : Marilyn
Yolande Moreau : Nadine
Simon Abkarian : Simon Bénéké
Samuel Jouy : Digne
Béatrice Agenin : la mère de Sandra
Patrick Ridremont : Jean-Mi
Michel Nabokoff : le conseiller

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN : Le génie et l’ego

mavieavecjohnfdonovanafficheJe reconnais à Xavier Dolan un talent de réalisateur totalement hors du commun. Mommy reste pour moi un pur chef d’oeuvre, déchirant sur le fond, terriblement original sur la forme. Un talent comme celui-là doit lui permettre de nous offrir encore et toujours de nouveaux chefs d’œuvre. Juste la Fin du Monde m’avait plutôt déçu pour plusieurs raisons, mais j’espérais là qu’il ne s’agissait là que d’un simple accident de parcours. Malheureusement, après avoir vu Ma Vie avec John F. Donovan, je crains de devoir poser un diagnostic que j’espère sincèrement ne pas être définitif : le génie a disparu sous son propre égo.

Il n’y a pas un seul plan de Ma Vie avec John F. Donovan qui ne soit parfait, sublime, spectaculaire… en un mot baroque. Mais comme dans une église baroque (et je sais de quoi je parle écrivant cette critique depuis Prague), ce clinquant, aussi flamboyant soit-il, ne laisse strictement aucune place à l’émotion et à la profondeur. Xavier Dolan essaye juste de nous en mettre plein la vue à chaque instant, de nous démontrer à quel point il est un grand cinéaste. Il semble fuir la simplicité comme la peste, mais nous laisse par la même totalement de marbre. C’est beau mais c’est froid.

L’mavieavecjohnfdonovanhistoire de Ma Vie avec John F Donovan devrait nous tirer des torrents de larmes. Moi qui pleure pourtant facilement au cinéma, je n’en ai pas versé la moindre. Je pourrais pourtant également dire tout le bien de l’interprétation car Xavier Dolan est également un excellent dans la direction d’acteurs. Mais trop, c’est trop. La forme est au service du fond, pas l’inverse. On a ici vraiment l’impression que le réalisateur cherche à empêcher quoique ce soit s’éclipser son propre talent, que ça soit le scénario ou les comédiens. Mais au final, il donne surtout envie au spectateur de s’éclipser pour ne pas cautionner ce moment regrettable d’auto-satisfaction.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : Lyla Films, Sons of Manual, Warp Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Xavier Dolan
Scénario : Xavier Dolan, Jacob Tierney
Montage : Xavier Dolan, Mathieu Denis
Photo : André Turpin
Décors : John El Manahi, Pierre Perrault
Musique : Gabriel Yared
Durée : 123 min

Casting :
Kit Harington : John F. Donovan
Natalie Portman : Sam Turner
Jacob Tremblay : Rupert Turner enfant
Susan Sarandon : Grace Donovan
Ben Schnetzer : Rupert Turner adulte
Thandie Newton : Audrey Newhouse
Kathy Bates : Barbara Haggermaker
Michael Gambon : le narrateur

LE MYSTERE HENRI PICK : Pas vraiment à la page

lemysterehenripickafficheFace à un film avec une actrice qu’on adore et un acteur qui nous horripile, notre cœur balance. Le mien a longtemps hésité devant le Mystère Henri Pick. En effet, je suis loin d’être le plus grand admirateur de Fabrice Lucchini, quand j’ai une affection particulière pour Camille Cottin. Pendant longtemps la réponse a plutôt penché vers la négative. Mais les conseils d’un collègue et, il faut l’avouer, le hasard des horaires m’ont conduit à aller le voir. Au final, il ne souffre pas des défauts que je pouvais lui prêter a priori. Malheureusement, il en possède d’autres qui ne permettent pas à cette histoire de se montrer assez convaincante pour emporter une totale adhésion.

Je dois écarter toute responsabilité de Fabrice Lucchini concernant le caractère quelque peu décevant du Mystère Henri Pick. Pour une fois, il fait preuve d’une certaine retenue, ne gâchant pas son personnage par ses simagrées excessives habituelles. Mais d’où vient le problème alors ? Il provient avant tout d’un dénouement qui ne colle pas bien avec l’équilibre général du film. Difficile d’en dire plus sans rien révéler. En tout cas, j’en suis sorti sur une vraie note négative. Et dans un film où on attend tout du long la résolution d’un mystère, il est évident que quand la révélation finale est décevante, c’est tout le film qui en pâti. Tout le reste devient quelque peu vain et perd de son sens. On en oublie alors tout ce qui aurait pu donner un vrai charme à ce film.

lemysterehenripickEt si je parle de charme, vous vous doutez bien que Camille Cottin n’y est pas pour rien. Je ne suis peut-être pas très objectif, mais elle fait preuve une nouvelles fois d’une très belle présence à l’écran avec un naturel et une simplicité déconcertants. Le duo qu’elle forme avec Fabrice Lucchini fonctionne parfaitement bien et on ne peut vraiment rien leur reprocher. Il restera donc un des films de Rémi Bezançon que j’aurais le moins apprécié, même si sa carrière (voire même les différentes parties de ses films) a toujours été assez inégale. Enfin, il aura bien l’occasion de faire mieux la prochaine. C’est en tout cas, tout le mal qu’on lui souhaite.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Gaumont production, Scope pictures, France 2 Cinéma
Distribution : Gaumont
Réalisation : Rémi Bezançon
Scénario : Rémi bezançon, Vanessa Portal, romand e David Foenkinos
Montage : Valérie Deseine
Photo : Antoine Monod
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Laurent Perez del Mar
Durée : 100 min

Casting :
Fabrice Luchini : Jean-Michel Rouche
Camille Cottin : Joséphine Pick
Alice Isaaz : Daphné Despero
Bastien Bouillon : Frédéric Koska
Josiane Stoléru : Madeleine Pick
Astrid Whettnall : Inès de Crecy
Marc Fraize : Jean-Pierre Gourvec
Hanna Schygulla : Ludmila Blavitscky