AVENGERS ENDGAME : Clac de fin

avengersendgameafficheApporter une conclusion à une œuvre qui se compose de 22 films différents constitue un exercice assez inédit dans l’histoire du cinéma, même si l’essor des séries nous a habitués aux récits au long cours. Les films Marvel ont créé un univers cinématographique d’une grande richesse, formant ce que l’on pourrait facilement comparer à une nouvelle mythologie. Avengers Endgame était attendu comme rarement un film l’a été, surtout après la fin à couper le souffle d’Infinity War. Il ne fallait donc pas se rater. En misant sur les fondamentaux qui ont fait le succès de cette saga et sur un brin de nostalgie, le pari est incontestablement réussi, malgré quelques imperfections.

Evacuons tout de suite le principal défaut d’Avengers Endgame : sa longueur. 3h c’est sans doute une petite demi-heure de trop. Ce qui rend se défaut tout à fait pardonnable, c’est que cet excès de longueur vient d’une surexploitation des meilleures idées proposées par le scénario. On en vient alors immédiatement à ce qui fait la force de ce film. Le récit qui est proposé n’est pas celui auquel on s’attendait. La curiosité du spectateur se trouve tout de suite en éveil et il se demande vraiment où les scénaristes ont décidé de l’emmener. Le voyage qu’ils nous proposent se révélera des plus plaisants grâce à un équilibre remarquable.

avengersendgameEn effet, Avengers Endgame propose un délicieux cocktail d’action, d’humour et de regard tendre sur les protagonistes. Tout cela s’achèvera par une bataille d’une puissance épique à la hauteur de l’immensité de l’œuvre. On en prend alors plein les mirettes et on en alors définitivement pour son argent. Mais ce film ne se résume définitivement pas à ça et ajoute par ailleurs une ultime touche de profondeur à certains des personnages qui… Ah non je m’arrête ici avant de spoiler, ce qui constituerait un crime terrible. Et je ne suis pas Thanos ! Même si l’histoire est loin d’être terminée et saura à coup sûr rebondir, on ressort de ce film avec cette sensation de tristesse à la fin de quelque chose qui nous aura accompagnés longtemps. Au revoir et à bientôt donc !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Réalisation : Anthony Russo, Joe Russo
Scénario : Christopher Markus, Stephen McFeely
Montage : Jeffrey Ford, Matthew Schmidt
Photo : Trent Opaloch
Décors : Charles Wood
Directeur artistique : Ray Chan
Durée : 181 min

Casting :
Jeremy Renner : Clint Barton / Ronin
Brie Larson : Captain Marvel
Mark Ruffalo : Bruce Banner / Hulk
Chris Hemsworth : Thor
Chris Evans : Captain America
Robert Downey Jr. : Iron Man
Scarlett Johansson : Black Widow
Don Cheadle : James « Rhodey » Rhodes / War Machine
Paul Rudd : Scott Lang / Ant-Man
Karen Gillan : Nébula

90’S : Des débuts qui roulent

90safficheLa vie est quand même mal faite. On passe une bonne partie de sa vie à vouloir paraître plus jeune que ce que l’on est réellement. Mais on oublie souvent qu’on a passé une première partie de sa vie en souhaitant être plus vieux. Vouloir grandir plus vite est un sentiment commun chez les enfants, surtout chez ceux qui ne trouvent pas facilement leur place dans ce monde. 90’s est un film sur ce sentiment. Un film sur le skate-board également, mais cela devient totalement secondaire. Premier passage de l’autre côté de la caméra réussi pour Jonah Hill en tout cas.

90’s n’est pas un film autobiographique d’après son réalisateur. On est évidemment en droit de le croire, mais il semble évident qu’il a mis un peu de lui-même dans ce film. Il pose un regard tendre et sincère sur son personnage principal. Cette tendresse est vite partagée par le spectateur qui s’attache à ce jeune garçon en quête de repères en quelques minutes. La galerie de personnages assez riche de ce film présente le grand mérite de proposer des portraits sans fard. Le propos n’est jamais dans le noir et blanc. De toute façon, ce qui compte vraiment reste le processus, celui par lequel on grandit d’un coup pour quitter l’enfance et se diriger alors inexorablement vers l’âge adulte. Un passage forcément douloureux, mais aussi porteur d’espoir.

90s90’s parvient parfaitement à mêler la douleur et l’espoir, c’est ce qui fait tout son intérêt. Tout ceci est remarquablement mis en images, avec une réelle élégance. Jonah Hill soigne donc la forme et le fond, démontrant de vraies dispositions de cinéaste. Il dirige avec beaucoup de bonheur le jeune Sunny Suljic, qui fait preuve d’une maturité étonnante pour son âge. Mais c’est tout le casting adolescent qui est salué, alors qu’ils sont tous des acteurs débutants. Au final, on assiste à un film poétique et touchant, manquant peut-être un rien de profondeur, mais qui vaut bien un petit passage en salle.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : A24 Films, Waypoint Entertainment
Distribution : Diaphana
Réalisation : Jonah Hill
Scénario : Jonah Hill
Montage : Nick Houy
Photo : Christopher Blauvelt
Décors : Jahmin Assa
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Durée : 84 min

Casting :
Sunny Suljic : Stevie
Katherine Waterston : Dabney
Lucas Hedges : Ian
Gio Galicia : Ruben
Na-kel Smith : Ray
Olan Prenatt : Fuckshit
Ruder McLaughlin : Fourth Grade

WORKING WOMAN : Woman at war

workingwomanafficheLa prise de conscience récente du poids du sexisme dans la société irrigue forcément le cinéma et ce dans beaucoup de pays, comme le prouve ce nouveau film israélien sorti sur nos écrans, Working Woman. Il prouve d’ailleurs par la même occasion l’incroyable vitalité du 7ème art de ce pays que j’ai évoqué à plusieurs reprises ces derniers temps. La gravité et l’importance d’un sujet ne peuvent assurer à eux-seuls la réussite d’un film. Faut-il encore savoir le traiter sur le fond et sur la forme. Michal Aviad parvient à rendre son film remarquable sur les deux plans.

Working Woman est évidemment porteur d’un message. On peut même le qualifier de film militant. Cependant, ceci se fait uniquement par l’exemple, sans réflexion générale ou prise de recul. C’est au spectateur de tirer ses conclusions. Mais l’exemple est tellement bien choisi et le propos percutant, qu’elles viennent d’elle-même. Toute la force du film passe par la tension palpable qui règne tout au long du récit. Il ne comporte au final pas tant de moments que ça où l’on est témoin d’un acte de harcèlement au sens propre du terme, mais on ressent l’oppression, le malaise constants que l’on partage avec le personnage. Tout cela naît aussi de l’ignorance et du coup la passivité des personnages extérieurs. Et on ne peut s’empêcher de se dire que l’on a peut-être déjà été dans la même position qu’un de ces derniers.

workingwomanWorking Woman doit beaucoup à la formidable prestation de Liron Ben-Shlush. Elle porte véritablement le film sur ses épaules. En parvenant à communiquer ses émotions avec autant d’acuité, elle donne vraiment toute son épaisseur au film et au propos. Il ne faudrait pas non plus oublier la figure inquiétante incarnée par Menashe Noy. Finalement, la seule réelle limite de ce film repose sur le personnage du mari. Non que l’acteur qui lui donne vie, Oshri Cohen, n’ait quoi que ce soit à se reprocher, mais il reste exploité d’une manière un peu trop superficielle pour vraiment apporter une dimension supplémentaire à cette histoire. Cependant, le reste se suffit largement à lui-même.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Michal Aviad
Scénario : Michal Aviad, Sharon Azulay Eyal, Michal Vinik
Production : Ayelet Kait, Amir Harel
Photographie : Daniel Miller
Montage : Nili Feller
Décors : Eyal Elhadad
Casting : Michal Koren
Costumes : Keren Eyal-Melamed

Casting :
Liron Ben-Shlush : Orna
Menashe Noy : Benny
Oshri Cohen : Ofer

LIZ ET L’OISEAU BLEU : Grandir, c’est renoncer

lizetloiseaubleuafficheUn des éléments les plus fascinants dans le cinéma japonais, et en particulier celui d’animation, est l’absence parfois totale d’éléments explicites en rapport avec les rapports amoureux ou la sexualité. Pas le même le début d’un baiser, même dans un récit débordant d’une certaine sensualité. La même histoire racontée par un Occidental comporterait une dimension « romantique », voire carréement « érotique ». Un exemple frappant est donné par Liz et l’Oiseau Bleu, une histoire d’amitié entre deux lycéennes, d’une innocence totale au premier degré,… mais d’une grande ambiguïté si on creuse un peu. Et c’est bien de cette dernière qu’il tire tout son intérêt.

Les premières minutes de Liz et l’Oiseau Bleu nous incitent à nous demander ce que peut bien vouloir nous raconter Naoko Yamada, réalisateur du très remarqué Silent Voice. Puis les événements prennent sens et on comprend le fond du propos. Un propos à première vue assez gentillet sur l’affirmation de soi, mais qui prend une toute autre dimension si on y voit aussi une dimension amoureuse, jamais évoqué, mais que l’on peut facilement glisser entre les mots. Cela donne une tension dramatique supplémentaire à l’histoire qui nous y fait pleinement entrer. L’habilité du récit qui apporte un retournement final de perspective fait le reste pour nous livrer un joli moment qui va au-delà de la bleuette pour adolescentes qu’il paraissait être.

lizetloiseaubleuLe graphisme de Liz et l’Oiseau Bleu confirme la volonté de renouer avec un trait « à la main », loin du tout numérique qui semblait être devenu la norme. C’est doux et apporte une dimension poétique supplémentaire. Cela manque peut-être parfois quelque peu de personnalité, mais cela n’agresse jamais les yeux en tout cas. On peut facilement penser que la distribution de ce film en France tient beaucoup au succès de Silent Voice. Il constitue certainement une œuvre mineure comparée à ce dernier, mais assez agréable pour se laisser porter par cette histoire touchante sur les renoncements qu’il faut parfois consentir pour grandir et avancer.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Hibike! Production Committee
Distribution : Eurozoom
Réalisation : Naoko Yamada
Scénario : Reiko Yoshida
Montage : Kengo Shigemura
Photo : Kazuya Takao
Musique : Akito Matsuda, Kensuke Ushio
Directeur artistique : Mutsuo Shinohara
D’après l’œuvre de Ayano Takeda
Durée : 90 min

Casting :
Miyu Honda : Liz
Atsumi Tanezaki : Mizore
Nao Tayama : Nozomi

EL REINO : Corrida politique

elreinoafficheLa politique est un monde impitoyable, qui ferait passer Dallas pour le royaume des Bisounours. Au cinéma, bizarrement (ou pas), il donne naissance le plus souvent à des thrillers haletants, bien plus souvent à qu’à des récits de combats nobles pour la défense du bien commun (même si ces derniers existent aussi heureusement). El Reino ne va certainement pas redorer l’image de la politique. Par contre, il démontre une nouvelle fois la capacité du cinéma espagnol de nous livrer des œuvres noires et intenses.

El Reino est un film remarquablement bien construit. La montée en puissance du scénario représente un modèle du genre. Dans les premières minutes, on est loin de se douter d’où tout cela va nous mener. On suit donc le même chemin que le personnage principal qui fait face à une situation de plus en plus inextricable. Le récit nous conduit à un dénouement remarquable qui incite à une certaine réflexion, tout en laissant au spectateur la possibilité d’apporter sa propre conclusion. On en ressort le souffle court, tant on avait fini par se laisser porter par cette histoire qui n’a au final pas grand-chose à voir avec la politique au sens premier du terme. Une preuve que l’instinct de survie peut se révéler lui aussi parfois communicatif.

elreinoLa principale limite d’El Reino réside dans son personnage principal, pourtant remarquablement interprété par Antonio de la Torre. En effet, on a bien du mal à ressentir un attachement profond pour cet homme à la personnalité pour le moins ambigüe. Du coup, si on est marqué par la force des péripéties, on a du mal à ressentir la petite pointe d’émotion qui aurait pu donner à ce film un supplément d’âme et par la même une dimension supplémentaire. Mais la réalisation brillante de Rodrigo Sorogoyen compense largement ce léger manque pour nous livrer une œuvre forte et vraiment pas rassurante quant aux mœurs dans les hautes sphères du pouvoir.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Pena
Montage : Alberto del Campo
Photo : Alejandro de Pablo
Décors : Ana Muniz
Musique : Olivier Arson
Durée : 131 min

Casting :
Antonio de la Torre : Manuel Lopez-Vidal
Monica Lopez : Ines
Josep Maria Pou : José Luis Frias
Nacho Fresneda : Paco Castillo
Aba Wagener : Asuncion Ceballos
Barbara Lennie : Amaia Marin
Francisco Reyes : Alvarado
Luis Zahera : Luis Cabrera

LES OISEAUX DE PASSAGE : Gangsters ruraux

lesoiseauxdepassageafficheAu village aussi l’on a de beaux assassinats, dit la chanson. Il est vrai que les zones rurales recèlent bien des histoires sombres et sanglantes. Y compris les zones rurales de Colombie, dans des terres où les logiques claniques liées à l’appartenance à des tribus indiennes dominent. Elles n’ont rien à envier à la Sicile et peuvent nous offrir des histoires qui n’ont pas à rougir devant le Parrain et autre Gomorra. La preuve avec les Oiseaux de Passage, dont le titre ne donne pas vraiment une idée immédiate du contenu de ce film, qui nous raconte comment le développement de la production de cannabis et le trafic qui s’en suit a apporté le trouble et la violence dans ces régions dans les années 70.

Les Oiseaux de Passage est un excellent film pour plusieurs raisons. Ce que l’on retient avant tout reste la galerie de personnages profondément marquants. C’est souvent le cas des films de « gangsters », ces derniers se démarquant souvent du commun des mortels. Ici, le contexte socio-géographique très particulier renforce encore cette singularité. On découvre aussi une culture et un aspect méconnu d’un pays. Cela donne toute la richesse de ce film. Tout cela est également porté par une intrigue solide, pleine de rebondissements, avec un rythme et une intensité qui va crescendo. Cela donne beaucoup de raisons pour apprécier cette histoire à la fois hyper classique et profondément originale.

lesoiseauxdepassageLes Oiseaux de Passage bénéficie également d’une réalisation élégante. Ciro Guerra et Cristina Gallego donnent à leur film une réelle identité visuelle qui contribue largement à la qualité du film. C’est aussi par ses qualités esthétiques que l’on rentre profondément dans cette histoire fascinante. Tout cela met parfaitement en lumière un casting de très haut niveau. On peut particulièrement en avant Carmina Martinez, impressionnante en matrone chef de clan. Au final, on assiste à un spectacle étonnant, à ne pas mettre devant les yeux les plus sensibles et qui apportent une vraie nouveauté à un genre que l’on pouvait imaginer éculé.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Ciudad Lunar, Blond Indian Films, Pimienta Films, Films Boutique, Snowglobe
Réalisation : Ciro Guerra, Cristina Gallego
Scénario : Ciro Guerra, Maria Camila Arias, Jacques Toulemonde Vidal
Montage : Miguel Schverdfinger
Photo : David Gallegos
Décors : Angélica Perea
Distribution : Diaphana
Musique : Leonardo Heiblum
Directeur artistique : Angelica Perea
Durée : 125 min

Casting :
Carmina Martinez : Ursula
José Acosta : Rapayet
Natalia Reyes : Zaida
Jhon Narvaez : Moises

SYNONYMES : Ours en carton

synonymesafficheIl faut parfois se battre pour obtenir certaines choses. Certains combats valent vraiment le coup d’être menés. Mais parfois, une fois la victoire obtenue, on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au fond de son lit ou de son canapé, ou tout simplement d’aller voir autre chose à la place. J’aurais mis du temps, faute d’horaires me convenant, et je me suis finalement rendu dans un cinéma quelque peu improbable pour aller voir Synonymes, me disant qu’il a quand même reçu l’Ours d’Or à Berlin. Certes, je savais que je prenais un risque puisque les critiques spectateurs se montraient aussi mauvaises que les critiques presse élogieuses. En bon démocrate, j’aurais dû écouter la voix du peuple et m’abstenir !

Synonymes présente un seul intérêt. A chaque scène on se montre bien incapable de prévoir ce qui nous attend. En effet, le scénario ne choisit jamais la solution qui possèderait un minimum de sens… ou pire un minimum d’intérêt. On reste relativement abasourdi devant cet enchaînement de n’importe quoi qui ne semble jamais vouloir s’arrêter ou au moins nous expliquer ce que tout cela signifie. On sent bien la volonté de Nadav Lapid de nous transmettre un message profond et subtil. Mais à moins d’abuser de substances psychotropes, bien malin serait celui capable de le décoder, tant il se cache sous un masque profond et obscur de ridicule et d’ineptie. L’histoire ne parvient d’ailleurs même pas à la moindre conclusion et se termine au milieu de nul part.

synonymesJ’aurais vraiment aimé pouvoir sauver quelque chose dans ce film. Même dans le pire navet, j’ai quand même tendance à saluer la performance des comédiens, qui sont rarement les premiers responsables dans de tel naufrage. Mais il n’y a pas grand-chose à sauver non plus à ce niveau-là. A la fois comment donner vie de manière crédible à des dialogues aussi crétins et prétentieux ? Pour ne pas noircir outre mesure, je qualifierai la réalisation d’honnête mais sans que ça ne puisse le moins du monde justifier l’achat d’un billet. Il n’existe donc aucune raison d’aller voir Synonymes. Cela tombe bien, l’immense majorité des spectateurs n’y sont pas allés.

LA NOTE : 05/20

Fiche technique :
Production : Arte France cinéma, SBS Productions, Pie Films, Komplizen Films
Distribution : SBS Distribution
Réalisation : Nadav Lapid
Scénario : Nadav Lapid, Haim Lapid
Montage : Neta Braun, Era Lapid, François Gédigier
Photo : Shai Goldman
Décors : Pascale Consigny
Durée : 123 min

Casting :
Tom Mercier : Yoav
Quentin Dolmaire : Emile
Louise Chevillotte : Caroline
Christophe Paou : Raphaël
Uria Hayik : Yaron
Léa Drucker : la professeur de français
Olivier Loustau : Michel

COMME SI DE RIEN N’ETAIT : Pour ne plus fermer les yeux

commesideriennetaitafficheParfois, comme ça, pour déconner, je vais voir un film allemand dont le sujet central est le viol. Oui, je sais mettre de la joie et de la déconne dans mes soirées ! Evidemment, présenté comme cela, je ne vais pas vraiment donner envie d’aller voir Comme Si de Rien n’Etait. Ce serait un tort, vue la qualité du film, même s’il ne fait pas vraiment rêver dans un premier temps. Il faut dire que ce film est en fait l’œuvre de troisième cycle d’Eva Trobisch. Mais certaines étudiantes sont assez douées pour faire oublier qu’elles ne sont qu’étudiantes pour démontrer qu’elles sont simplement déjà des réalisatrices de talent.

L’intérêt de Comme Si de Rien n’Etait réside dans le caractère presque anodin de l’histoire qui nous est racontée. Rarement un titre n’aura résumé parfaitement le fond d’un propos. Ce décalage entre son point de départ, qui est faut-il le rappeler tout simplement un crime, et tout ce qui suit, comme si ce qui c’était passé n’avait rien de vraiment dramatique, crée un malaise peut-être plus fort que si l’approche avait été plus directe. Ce n’est pas parce que la violence devient ordinaire, que sa gravité est niée par la victime elle-même, que ses conséquences en deviennent pour autant moins profondes et destructrices. Ce film en fait la brillante démonstration et c’est ce qui fait toute sa force.

commesideriennetaitPour un film d’étudiant, Comme Si de Rien n’Etait ne bénéficie pas non plus de moyens très importants. Mais à la fois, le sujet n’en demandait pas plus que ceux dont disposait Eva Trobisch. Elle a cependant assez de sens artistique pour nous livrer un long métrage, et rien qui ressemble à un exercice d’étudiant ou à un téléfilm. Elle dirige parfaitement toute la distribution. Aenne Schwarz se démarque particulièrement en portant une grande partie du film sur ses épaules dans un rôle qui demande beaucoup de retenue et de subtilité. Si le film se caractérise par les mêmes qualités, c’est en grande partie grâce à elle. Elle nous livre donc ce témoignage poignant d’une horreur ordinaire auquel nous devons tous prêter l’attention qu’elle mérite.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Eva Trobisch
Scénario : Eva Trobisch
Photographie : Julian Krubasik
Montage : Kai Minierski
Décors : Renate Schmaderer
Casting : Susanne Ritter

Casting :
Aenne Schwarz : Janne
Andreas Döhler : Piet
Hans Löw : Martin
Tilo Nest : Robert
Lina Wendel : Sabine
Lisa Hagmeister : Sissi
Dagny Dewath : Tina
Thomas Grässle : Flori

LA LUTTE DES CLASSES : La classe des gens

laluttedesclassesafficheLe Nom des Gens reste un film culte pour tous ceux qui ont baigné et baigne toujours dans la même culture politique que moi. Neufs ans ont passé et on attendait avec impatience que Michel Leclerc nous offre une nouvelle œuvre du même acabit. Certes, il y a bien eu la Vie Très Privée de Monsieur Sim entre temps, mais qui n’a pas laissé un souvenir particulièrement impérissable. Pour la Lutte des Classes, il a cherché à retrouver l’esprit de son premier grand succès et les ingrédients qui y ont contribué. Mais on fait que parfois les mêmes ingrédients ne donnent pas toujours la même saveur au plat et qu’il existe toujours un danger que ce dernier sente passablement le réchauffé. Heureusement, il n’en est rien ici.

Le grand mérite de la Lutte des Classes est d’être capable de se moquer de tous les protagonistes avec un mélange détonnant de mordant féroce et de bienveillance sans faille. Pourtant, en abordant le champ du social et surtout du religieux, Michel Leclerc s’aventurait dans un terrain miné. Il en ressort indemne et fait même preuve d’un certain brio. Sauf peut-être sur la fin où le film sombre quelque peu dans un certain n’importe quoi, même si l’aspect « united color of bandes de cons » est assez réjouissant. En tout cas, si tous les commentateurs traitant de ces sujets faisaient preuve du même discernement et du même recul, le monde ne s’en porterait que mieux !

laluttedesclassesMichel Leclerc reste un des meilleurs directeurs d’acteurs du cinéma hexagonal. Si Leïla Bekhti est parfaite comme à son habitude, il parvient à contrôler Edouard Baer qui joue la comédie du début à la fin, sans jamais cabotiner une seule seconde (ou juste ce qu’il faut). Il donne la pleine mesure de son talent, ce qui n’est pas peu dire. On peut dire la même chose de Ramzy Bedia dont l’aura de sympathie est indéniable. Au final, la Lutte des Classes livre un propos d’une profondeur bien supérieure à ce que laisse penser son statut de comédie. Le film certes rire, mais donne beaucoup à réfléchir aussi. Un mélange détonnant mais salutaire.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Karé Productions, UGC Images, Orange Studio, France 2 Cinéma, Scope Pictures
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc, Baya Kasmi
Montage : Christel Dewynter
Photo : Alexis Kavyrchine
Décors : Mathieu Menut
Musique : Guillaume Atlan
Maquillage : Emma Franco
Durée : 103 min

Casting :
Leïla Bekhti : Sofia
Edouard Baer : Paul
Ramzy Bedia : Bensallah
Tom Levy : Corentin « Coco

MON INCONNUE : Et si…

moninconnueafficheIl existe quelques moments de notre existence où quelque chose s’est joué, changeant définitivement le cours de notre vie. La moindre différence dans le déroulement des événements aurait bouleversé profondément notre destin. Cette idée a donné naissance à une multitude d’histoires sur le mode « et si… ». Si Smoking/Not Smoking d’Alain Resnais a été le plus loin dans l’exploration du concept, ce dernier irrigue quand même le cerveau et l’imagination de beaucoup d’auteurs depuis longtemps. Le dernier en date est Hugo Gélin qui s’y attaque à son tour avec Mon Inconnue. J’en ai presque déjà trop dit car, personnellement, j’ai eu la chance d’aller voir ce film sans rien en savoir et cela n’a fait que renforcer mon plaisir. Si au final, il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre du 7ème art, il offre une combinaison personnages attachants/rythme de narration qui permet de passer un très bon moment.

Il ne faut donc pas s’attendre à une originalité débordante de la part de Mon Inconnue. Sans être totalement dans le déjà vue, on peut rapprocher à peu près toutes les éléments clés du film dans d’autres œuvres qui l’ont précédé. Pourtant, on prend plaisir à se faire raconter cette histoire. Déjà parce qu’un courant de sympathie se crée assez vite avec les différents protagonistes, que ce soit le couple principal ou les quelques seconds rôles qui gravitent autour d’eux. Ensuite, l’histoire est racontée avec assez d’énergie et de rebondissements, même s’ils sont souvent sans grande surprise, pour que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. L’humour est peut-être un peu potache parfois, mais assez efficace en tout cas pour nous donner un vrai grand sourire qui nous accompagne du début à la fin. Toutes les qualités que l’on cherche dans un divertissement drôle, un rien romantique et qui ne prend pas une seconde la tête.

moninconnueMon Inconnue confirme tout le bien qu’on pouvait déjà penser de Joséphine Japy. Espérons que très vite un réalisateur lui donnera un rôle d’une toute autre dimension pour qu’elle exprime à nouveau tout son potentiel comme dans Respire. La bonne surprise vient de Benjamin Lavernhe qui cabotine un rien, mais pour notre plus grand bonheur. Enfin, si François Civil ne déçoit pas, il ne parvient pas cependant à donner une dimension supérieure à son personnage. Il se repose essentiellement sur son charisme naturel, ce qui est déjà pas mal, admettons-le. Tout ce beau monde met en tout cas assez d’énergie pour faire fonctionner le film et nous la transmettre. On les en remercie.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation : Hugo Gélin
Scénario : Hugo Gélin, Igor Gotesman et Benjamin Parent, avec la collaboration de David Foenkinos et Lætitia Colombani
Producteurs : Stéphane Célérier, Laetitia Galitzine, Valérie Garcia et Hugo Gélin
Durée : 118 min

Casting :
François Civil : Raphaël
Joséphine Japy : Olivia
Benjamin Lavernhe : Félix
Édith Scob : Gabrielle
Camille Lellouche : Mélanie
Amaury de Crayencour : Marc
Nina Simonpoli-Barthélemy : L’élève blasée
Juliette Dol : Morgane
Samir Boitard : Le prof de lettres
Christian Benedetti : Étienne Robert, l’éditeur
Guillaume Bouchède : Le fan inconditionnel d’Olivia
Dorian Le Clech : Un élève
Patrice Melennec : Le gardien Odéon