L’amour, fournisseur officiel d’histoire depuis l’aube de l’humanité. J’aime bien cette formule. Je l’ai trouvée en écrivant ma critique précédente et les bonnes idées méritent d’être exploité autant que possible. Surtout que cela colle parfaitement pour introduire la critique de Mademoiselle de Joncquières. Un film qui montre le caractère intemporel où un film du XXIème siècle donne vie à un récit du XVIIIème et nous permet de découvrir que la formule « tu me suis, je te fuis, tu me fuis, je te suis » (elle n’est pas de moi celle-là) ne date pas d’aujourd’hui. Elle nous offre surtout un film particulièrement plaisant.
Mademoiselle de Joncquières est un film au final plutôt léger. Cela fait sa force, mais on peut aussi regretter que le film ne soit pas parcouru d’un souffle plus dramatique qui aurait pu lui donner une toute autre dimension. L’amour dévorant est joué avec des codes du théâtre classique, mais n’est pas forcément vécu avec toutes sa puissance par les personnages. Tant pis et il serait dommage de appesantir outre mesure sur ce léger regret. Car le résultat reste particulièrement agréable à suivre, particulièrement distrayant et parfois réellement savoureux. Après tout, l’amour est trop sérieux pour qu’on le prenne trop au sérieux. Et puis un peu de légèreté fait toujours du bien.
Mademoiselle de Joncquières offre à Edouard Baer et Cécile de France l’occasion de vraiment s’amuser à donner vie à un texte aux allures classiques de manière fraîche et vivante. Ce film prouve surtout qu’Edouard Baer peut être à l’aise partout (on le savait déjà pour Cécile de France) et méritait certainement de s’aventurer dans des rôles qui le font sortir de sa zone de confort. La réalisation d’Emmanuel Mouret est elle aussi très classique, mais il parvient à faire oublier le manque évident de moyen en mettant parfaitement en valeur les costumes et les décors. Au final, il livre un joli divertissement qui donne de plus envie de se replonger dans l’œuvre de Denis Diderot.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Arte France cinéma, Reborn Productions, Moby Dick Films Distribution : Pyramide distribution Réalisation : Emmanuel Mouret Scénario : Emmanuel Mouret, adapté de Denis Diderot Montage : Martial Salomon Photo : Laurent Desmet Décors : David Faivre Durée : 109 min
Casting : Cécile de France : Madame de La Pommeraye Edouard Baer : Marquis des Arcis Alice Isaaz : Mademoiselle de Joncquières Natalia Dontcheva : Madame de Joncquières Laure Calamy : L’amie de Mme de La Pommeraye
A quoi reconnaît-on un grand cinéaste ? La réponse est relativement simple. Ce sont ceux qui réalisent des grands films. Et les très grands cinéastes ? Ce sont ceux qui réalisent de grands films toujours différents, quel que soit le budget, le sujet, le contexte. Jacques Audiard est définitivement un très grand cinéaste. Les Frères Sisters le prouve définitivement. Il aura parfaitement réussi son franchissement de l’Atlantique ne perdant rien de son âme, tout en tirant le meilleur du cinéma américain. Ce film constitue l’événement cinématographique de la rentrée et lance merveilleusement bien cette nouvelle saison de 7ème art.
On n’attendait sûrement pas Jacques Audiard se lancer à l’assaut d’un genre cinématographique qui n’a rien d’hexagonal, à savoir le western. Ce n’est pourtant pas si étonnant que ça, si on considère que Dheepan n’était pas si loin d’en être déjà un. En tout cas, il semble parfaitement à l’aise dans ces grandes plaines de l’Ouest, en pleine ruée vers l’or. A l’aise sûrement parce qu’il fait ce qu’il sait faire de mieux, à savoir dresser des portraits extrêmement vivants de grands personnages. Il mêle dans un subtil mélange introspection, humour et action, réjouissant le spectateur à chaque scène. Il n’y a vraiment rien à jeter dans les Frères Sisters et on dévore cette histoire comme les pages d’un roman extraordinaire.
Chaque plan de les Frères Sisters est finement ciselé par l’œil hors du commun de Jacques Audiard. Rien de franchement spectaculaire, mais une maîtrise totale et impressionnante. Il ne fait pas que mettre en scène son scénario, il le sublime par l’image. Tout comme il sublime la performance d’un casting hors du commun. Pour son premier film aux Etats-Unis lui permet de bénéficier d’une distribution qui ferait pâlir de jalousie l’immense majorité des réalisateurs de part le monde. Il serait injuste de départager le trio Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhall. Trois immenses stars qui rappellent ici pourquoi elles bénéficient de ce statut. N’oublions pas non plus Riz Ahmed, un éternel second rôle qui tient là un des plus marquants de sa carrière. Marquant par le rôle même et surtout la grandeur du film dans lequel il prend vie.
LA NOTE : 15,5/20
Fiche technique : Production : Why not productions, Page 114, Anapurna Pictures, Atresmedia Cine Distribution : UGC Distribution Réalisation : Jacques Audiard Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain, adapté du roman de Patrick DeWitt Montage : Juliette Welfling Photo : Benoît Debie Musique : Alexandre Desplat Durée : 117 min
Casting : John C. Reilly : Eli Sisters Joaquin Phoenix : Charlie Sisters Jake Gyllenhaal : Morris Riz Ahmed : Hermann Kermit Warm Rutger Hauer : Commodore Carol Kane : Mme Sisters Rebecca Root : Mayfield
Faire jouer des acteurs non professionnels s’apparente parfois à une certaine forme de démagogie. Mais parfois cela donne un résultat étonnant de fraîcheur, de spontanéité et de crédibilité. C’est bien le cas de Shéhérazade qui met en scène des jeunes dont les parcours sont proches de ceux qu’ils interprètent. Une plongée assez vertigineuse dans les « quartiers » de Marseille et son lot de violence. Mais surtout un formidable films de personnages d’une grande humanité, jamais manichéen et parfaitement mis en scène. Bref, un joli moment de cinéma.
Si vous cherchez dans Shéhérazade un film de gangsters spectaculaire, vous pouvez vous abstenir car ce film ne ressemble en rien à cela. Il est porté par une histoire forte, portée elle même par une galerie de protagonistes remarquable. Ces derniers prennent vie dans toute leur complexité, ce qui nous permet de nous attacher à eux, malgré toutes leurs vicissitudes. Aussi parce qu’il s’agit là d’une belle histoire d’amour, ce sentiment universel, fournisseur officiel d’histoires depuis l’aube de l’humanité. Visiblement, le filon est toujours loin d’être épuisé et on ne va pas s’en plaindre.
Le casting composé d’amateurs est réellement épatant. Leur investissement et l’énergie dont ils font preuve forcent le respect. Dylan Robert et Kenza Fortas forment à l’écran un duo qui vaut bien mieux que bien des couples de comédiens ayant pignon sur rue (et le cachet qui va avec). Mais de multiples seconds rôles sont du même acabit et font de Shéhérazade un film aux qualités artistiques remarquables. Car cette formidable interprétation est parfaitement mise en valeur par la réalisation nerveuse mais particulièrement adaptée à son sujet de Jean-Bernard Marlin. Il existe une réelle synergie entre tous ces éléments pour donner un résultat particulièrement brillant.
LA NOTE : 14/20
Production : Geko Films Réalisation : Jean-Bernard Marlin Scénario : Jean-Bernard Marlin, Catherine Paillé Montage : Nicolas Demaison Photo : Jonathan Ricquebourg Distribution : Ad vitam Musique : Jacob Stambach Durée : 112 min
Casting : Dylan Robert : Zachary Kenza Fortas : Shéhérazade Idir Azougli : Ryad Lisa Amedjout : Sabrina Kader Benchoudar : Mehdi
Après le prostitué accro au crack, la jeune Marocaine en plein déni de grossesse. Tout cela, dans la même soirée cinématographique. On imaginera facilement que j’en ai connues des plus légères et des plus enjouées. Mais j’en aurais aussi connues surtout des plus décevantes en termes de qualité. En effet, si Sauvage restait imparfait, Sofia est un film qui sort du lot pour plusieurs raisons. Certes, pas par son humour, mais il existe bien d’autres raisons pour apprécier un long métrage. En tout cas, il constitue une nouvelle preuve de la vitalité d’un cinéma nord africain qui retranscrit l’aspiration d’une jeunesse à la liberté et la disparition des carcans. Notamment ceux qui pèsent sur les rapports homme-femme.
Sofia bénéficie en premier lieu d’un scénario réellement brillant. On pourrait penser assister à une histoire relativement balisée. Il n’en est rien. Elle réserve au contraire de vraies surprises qui prend le spectateur au dépourvu et le force à quitter un point de vue trop consensuel. Le film échappe à tout manichéisme et s’il porte une dénonciation et une colère, il montre aussi à quel point les acteurs de l’oppressions ne sont pas toujours (que) ceux que l’on attend. Meryem Benm’Barek traite à travers son film bien des problématiques et des fractures qui parcourent la société marocaine, pas seulement celles liées au poids des traditions et de la religion. Elle livre également une réflexion humaniste à la portée largement universelle.
La réalisation de Meryem Benm’Barek reste relativement sobre, sans effet de style spectaculaire. Mais elle sait mettre parfaitement en lumière les personnages et leurs émotions, qui constituent le ciment de cette histoire. Maha Alemi restera la jolie révélation de Sofia, donnant vie à son personnage avec un naturel déconcertant. Lubna Azabal attrape la lumière à l’écran de manière beaucoup plus forte que sa partenaire, mais tout cela colle parfaitement avec la personnalité des deux protagonistes qu’elles incarnent. Elles donnent le ton d’un casting qui est tout entier sur ce registre. Ils contribue tous à faire de ce film infiniment plus riche que les moyens (et l’exposition médiatique) dont il a visiblement bénéficier.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Meryem Benm’Barek Photographie : Son Doan Montage : Céline Perréard Durée : 80 minutes
Casting : Maha Alemi : Sofia Lubna Azabal : Leila Faouzi Bensaïdi : Faouzi Nadia Benzakour : Fatiha Nadia Niazi : Zineb Sarah Perles : Lena Ghita Fokri : Sanaa
Sauvage est un film qui traite à la fois de la prostitution masculine et de l’addiction au crack. Autant vous dire qu’il ne s’agit pas d’une petite comédie légère et romantique, mais vous vous en seriez douté. Ce film est même à déconseiller aux âmes sensibles car il propose des moments d’une grande dureté, face auxquels il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Camille Vidal-Naquet signe là un premier film audacieux, mais globalement maladroit. Si l’avenir sourit à ceux qui osent, alors il nous livrera bientôt une œuvre remarquable. En attendant, il faut faire avec celle-là.
Sauvage est un film quelque peu déséquilibré. Montrer les choses telles qu’elles sont constitue toujours une intention louable. Mais faut-il encore que le caractère cru des images servent réellement un propos. Ici, Camille Vidal-Naquet se noie quelque peu dans ses propres intentions en donnant une impression de vouloir aller toujours plus loin, toujours plus fort. Certes, cela accompagne un processus de déchéance et de descente aux enfers, mais cela manque passablement de subtilité. Surtout que cela conduit à un dénouement assez convenu, loin de la force dont le réalisateur voulait doter son film. Ceci dit l’exercice n’avait rien d’évident et nombreux sont ceux qui se seraient carrément noyés.
En effet, tout n’est pas à jeter dans Sauvage. La réalité sociale décrite méritait bien d’être portée à l’écran. Le film brille surtout par sa galerie de personnages. Camille Vidal-Naquet parvient à leur donner une formidable consistance et échappe aux clichés dans lesquels ils auraient pu très aisément tomber. C’est vraiment dans la mise en images que le réalisateur s’est quelque peu pris les pieds dans le tapis. On saluera la performance remarquable, dans un rôle loin d’être facile, de Félix Maritaud. Il est particulièrement convaincant et parvient à donner une grande humanité à un personnage dont la dignité est constamment bafoué. Rien que son interprétation vaut bien de jeter un œil sur ce film.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Camille Vidal-Naquet Décors : Charlotte Casamitjana Costumes : Julie Ancel Photographie : Jacques Girault Son : Julien Roig, Jérémie Vernerey et Benjamin Viau Montage : Elif Uluengin Musique : Romain Trouillet Production : Emmanuel Giraud et Marie Sonne-Jensen Durée : 99 minutes
Casting : Félix Maritaud : Léo Éric Bernard : Ahd Nicolas Dibla : Mihal Philippe Ohrel : Claude Marie Seux : la femme médecin Lucas Bléger : l’homme handicapé Lou Ravelli : membre de la bande Nicolas Chalumeau : client plug #1 Nicolas Fernandez : client plug #2
Le résultats des scrutins intermédiaires ne laissent guère de doute. Nicolas Sarkozy ne serait pas réélu et le candidat du Parti Socialiste avait toutes les chances de devenir le prochain Président de la République. Restait à le désigner et, avant cela, choisir la manière dont il serait désigné. Ce débat, comme beaucoup d’autres au PS, ne pouvaient être totalement compris sans être capable de décoder les intentions de chacun se cachant derrière les discours pleins de bonnes intentions désintéressées.
Sur la table du débat étaient posées deux options. Soit une désignation classique par les membres du Parti, soit une primaire ouverte à tous ceux qui voudraient bien se reconnaître comme sympathisant socialiste. Cela ressembla à une sorte de controverse entre les anciens et les modernes. Bon, peut-être que cette vision vient de mon jeune âge à l’époque. En tout cas, les arguments pertinents des deux côtés ne manquaient pas, même si je trouvais personnellement beaucoup des objections avancées par les opposants aux primaires ouvertes totalement infondées. Elles se révélèrent l’être d’ailleurs, mais à l’époque, organiser une telle désignation s’assimilait à un saut dans l’inconnu et il est facile de se donner raison avec le recul.
Un débat purement intellectuel alors ? Un débat où chacun avançait les idées qui lui semblaient les plus justes en son for intérieur ? Il n’en n’était évidemment rien. En fait, tout cela se croisait avec un débat beaucoup plus personnel. Parmi les opposants aux primaires ouvertes, on comptait un nombre étonnement élevé de supporters de Martine Aubry. En effet, garder un mode de désignation interne, constituait le meilleur moyen de désigner comme candidate la Première Secrétaire du Parti. Mais pour preuve qu’elle n’en tenait pas les rennes si fermement puisque les partisans des primaires ouvertes réussirent à faire adopter ce mode de désignation. Une fois, ceci fait, on pouvait en être quasiment certain, Dominique Strauss-Kahn serait le prochain Président de la République.
On sait ce qu’il advint, prouvant que l’histoire prend parfois des chemins passablement inattendus. Je me souviens avec une clarté absolue du moment où ma copine de l’époque m’a annoncé l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Cela fait partie de ses événements assez marquants pour que l’on se souvienne toute notre vie précisément de ce que l’on faisait au moment où l’a appris. Bon, pour celui-ci en particulier, cela concerne avant tout les militants socialistes, mais en tout cas il est bien gravé dans ma mémoire.
Il serait vraiment malhonnête de ma part de me prétendre être un « hollandais » de la première heure. J’en connais des véritable, d’autres qui ne le sont que dans leurs discours. De mon côté, j’admets volontiers que l’annonce de sa candidature aux primaires avaient fait naître chez moi un sourire amusé et condescendant, trouvant cette ambition un rien pathétique. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et j’ai la prétention de ne pas en être un. Je finis donc par examiner la situation et me rendre compte que François Hollande était bien le candidat avec qui je partageais le plus d’idées.
Je ne fis pas campagne dans ces primaires mais vota François Hollande pendant les deux tours, avant de me réjouir sincèrement de sa victoire. Mais ces primaires restent à ce jour un des meilleurs souvenirs de mon parcours de militant. La participation fut remarquable, même à Viroflay. Quelle joie de voir défiler tous ces électeurs de gauche dans une commune où ils semblaient sortir de nul part. Cela mettait un visage aux électeurs qui nous apportaient leurs voix aux élections et cela donnait du sens à notre action au sein du Conseil Municipal et aux campagnes que nous menions à chaque élection.
J’aurais évidemment à reparler des primaires dans un épisode proche de la conclusion de ce récit. Ce chapitre sera alors nettement moins réjouissant. Mais pas assez en tout cas pour me faire oublier ce beau moment de démocratie qui donna à François Hollandais et tous ceux prêts à s’engager à ses côtés un élan incomparable. Les primaires sont comme tout, ni la panacée, ni une calamité. Mais là encore, éviter un débat trop manichéen semble hors de portée. Et pendant ce temps là, les citoyens perdent foi en la démocratie.
L’amour à deux constitue déjà une source inépuisable d’inspiration pour tous les scénaristes. Il existe déjà dans cette configuration des dizaines situations possibles et imaginables . Alors à trois, cela décuple les possibilités. Loin de la comédie romantique, Burning est un film sombre et mystérieux. Un film à la sauce coréenne en fait, même s’il ne représente pas l’archétype des productions de ce pays. Un ménage à trois autour duquel viennent se mêler de nombreuses thématiques qui en font un film relativement inclassable.
Burning reste cependant un film relativement inégal. Le spectateur plonge immédiatement au cœur de l’histoire et reste longtemps captivé par le spectacle proposé. Puis un événement vient tout bouleverser qui ouvre sur une deuxième moitié de film nettement moins maîtrisée. Le scénario flotte quelque peu et on décroche légèrement. Cependant, l’ensemble se tient et offre une histoire surprenante et fascinante par bien des aspects. Elle propose en outre bien des thématiques en second plan, notamment les fractures au sein de la société coréenne, qui viennent enrichir le propos. Le film est donc au final loin du énième polar coréen que l’on aurait pu imaginer.
Les amateurs de The Walking Dead auront la surprise de voir à l’écran Steven Yeun. Il livre là une prestation remarquable qui donne envie de le revoir au plus vite sur grand écran. Mais les deux autres comédiens sont tout aussi talentueux. Cela a d’autant plus d’importance que la réalisation de met particulièrement en valeur les sentiments des personnages à travers des petits riens dans les attitudes et les expressions. Le spectateur partage du coup une profonde intimité et ressent une grande proximité avec eux. Un beau film qui s’apparente à une jolie rencontre. Une triple rencontre même.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Pinehouse Film, Now Film, NHK Réalisation : Lee Chang-dong Scénario : Lee Chang-dong, Oh Jung-mi, d’après la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami Montage : Kim Hyeon, Kim Da-won Photo : Hong Kyeong-pyo Distribution : Diaphana Musique : Mowg Directeur artistique : Shin Joom-hee Durée : 148 min
Casting : Yoo Ah-in : Jongsu Steven Yeun : Ben Jeon Jong-seo : Haemi
Les enfants sont des êtres mignons, adorables, ne pouvant pas faire de mal à une mouche, c’est bien connu. Tout ceci ne constitue évidemment qu’un sombre cliché sans fondement puisque ces créatures peuvent être aussi cruelles et démoniaques que n’importe quel adulte. Et après avoir vu Silent Voice, on se dit heureusement, sinon personne n’aurait eu la chance de profiter de ce beau film particulièrement touchant. De toute façon, si le monde était idéal et sentait la guimauve à tous les coins de rue, le 7ème art compterait nettement moins de chefs d’œuvre.
Silent Voice est film au propos surprenant. Une histoire réellement inattendue et réellement inspirée, voilà qui est particulièrement bienvenu. On retrouve beaucoup d’éléments propres aux mangas, et pas que le meilleur. Encore une histoire d’adolescents venue du Japon, parcourue par une certaine pudibonderie relativement horripilante. Malgré cela, le scénario se démarque significativement avec sa grande dureté qui côtoie les meilleurs sentiments. Dommage simplement que le film s’étire un peu plus que nécessaire en tournant un peu en rond en son milieu. Cependant, on est assez sous le charme pour ne jamais réellement voir le temps long.
Graphiquement, Silent Voice possède également un charme singulier. Là aussi, se mêle un classicisme nippon absolu et de réels éléments d’originalité, même s’ils sont moins marqués que pour le scénario. Le visage des personnages est moins fade que dans la majorité des mangas, leur conférant une personnalité supplémentaire qui nous fait tomber sous leur charme. L’animation manque parfois un peu de fluidité, mais rien qui ne fasse mal aux yeux. On peut donc sereinement profiter et se laisser émouvoir, bien plus profondément que ce que l’on aurait imaginé au départ. Pas de quoi en perdre la parole, mais presque.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Distribution : Art House Films Réalisation : Naoko Yamada Scénario : Reiko Yoshida, à partir des mangas de Yoshitoki Oima Photo : Kazuya Takao Décors : Seiichi Akitake Musique : Kensuke Ushio Directeur artistique : Mutsuo Shinohara Durée : 122 min
La mode des biopics nous à offert une foule de performances d’acteurs et d’actrices se glissant dans la peau d’un personnage historique, homme politique ou star de showbiz. Autant de rôles qui ont souvent valu un prix à leur interprète. Peut-être ajoutera-t-on Alex Lutz à cette longue liste. A la différence près que le personnage qu’il incarne dans Guy est totalement imaginaire. La transformation n’en reste pas moins particulièrement impressionnante. Et le film globalement réussi.
Guy reste cependant un film relativement inégal. On entre tout de suite dans l’histoire, subjugué par le personnage et la manière intelligente dont le sujet est traité. Dès le début, on attend le dénouement vers lequel le scénario devrait logiquement nous mener. Puis le film s’essouffle, mais on continue tout de même d’espérer la conclusion espérée. Elle ne viendra jamais, nous laissant quelque peu sur notre faim. C’est aussi une façon de surprendre le spectateur mais peut aussi donner à penser qu’Alex Lutz ne savait pas vraiment comment finir son histoire. On termine donc le film un peu loin du réel enthousiasme des premières minutes.
Cependant, en sortant de Guy, il nous reste quelque chose de graver. On a bien du mal à croire au final que Guy Jamet n’existe pas. C’est peut-être parce qu’il est imaginaire qu’il arrive à nous toucher autant. Parce qu’il nous rappelle tant de gens, connus ou inconnus. Tour à tour, émouvant, drôle et pathétique, Alex Lutz à fait naître un personnage plus vrai que nature. On ne peut donc que souligner la qualité d’écriture et la maestria de l’interprétation. On en ressort avec l’envie d’écouter les chansons un peu ringardes qui peuplent le film. Des chansons inventées pour l’occasion mais qui nous semblent tout à coup familières. Un peu comme Guy Jamet en fait.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Illiade et films, Studiocanal, JMD productions Réalisation : Alex Lutz Scénario : Alex Lutz, Anaïs Deban, Thibault Segouin Montage : Alexandre Donot, Alexandre Westphal Photo : Mathieu Le Bothlan Décors : Pascal Le Guellec Distribution : Apollo Films Musique : Vincent Blanchard, Romain Greffe Durée : 101 min
Casting : Alex Lutz : Guy Tom Dingler : Gauthier Pascale Arbillot : Sophie Ravel Brigitte Roüan : la mère de Gauthier Dani : Anne Marie Elodie Bouchez : Anne Marie jeune Nicole Calfan : Stéphanie Madhani
La vie dans les « quartiers » est devenue avec le temps l’exemple type de sujet pouvant être traité de manières radicalement différentes. Du drame profond à la comédie la plus légère. Demain est à Toi fait incontestablement partie de la seconde catégorie. Mais reste à savoir si on la range dans la catégorie des comédies lourdingues ou bien des comédies fines, subtiles et surtout drôle. Au final, le film se situe quelque part entre les deux. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’elle est à ranger dans la catégorie des comédies réussies.
Demain est à Toi est une comédie qui repose de manière significative sur ses personnages. Il reprend tous les clichés que l’on peut attendre dans un tel environnement pour s’en moquer dans un parfait équilibre entre ironie totale et un réel fond de vrai. On s’attache rapidement à eux, même si certains souffrent de graves imperfections… pour ne pas dire que certains sont carrément tarés. Ils font naître une délicieuse alchimie qui compense les situations quelque peu convenues où ils vont être entraînés. C’est bien d’eux que vient l’énergie et l’humour qui soutiennent ce film. Et le tout fonctionne assez pour faire passer au spectateur un très bon moment.
Le Monde est à Toi bénéficie d’un casting étonnant. Passons rapidement sur une Isabelle Adjani, passée définitivement du côté obscur de la chirurgie esthétique. On se souviendra avant tout des troisièmes rôles interprétés par François Damiens et Philippe Katerine, qui livrent deux prestations vraiment drôlatiques et de Vincent Cassel qui se parodie lui-même, 23 ans après la Haine. On retiendra la nouvelle belle performance de la resplendissante Oulaya Amara. Mais le film fonctionne aussi grâce au talent de Karim Leklou. Il n’a pas le jeu le plus spectaculaire de la bande, mais assez de justesse pour donner un supplément de crédibilité bienvenue. Le film lui doit beaucoup et le spectateur, par le réel plaisir qu’il prend devant ce film, aussi.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Romain Gavras Scénario : Karim Boukercha, Noé Debré, Romain Gavras Photographie : André Chemetoff Montage : Benjamin Weill Production : Charles-Marie Antonioz, Mourad Belkeddar, Jean Duhamel, Nicolas Lhermite, Vincent Mazel, Hugo Selignac Durée : 101 minutes
Casting : Karim Leklou : François Isabelle Adjani : Danny Vincent Cassel : Henry Oulaya Amamra : Lamya Gabby Rose : Britanny Sam Spruell : Bruce Mounir Amamra : Mohamed 1 Mahamadou Sangare : Mohamed 2 Robert Lyndon Harry : Manchester Sofian Khammes : Poutine François Damiens : René Philippe Katerine : Vincent
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