Le remake est un exercice presque aussi vieux que le cinéma. Un certain nombre de grands classiques de l’âge d’or hollywoodien des années 50-60 consistait déjà en une nouvelle version d’un long métrage préexistant. On peut penser à Ben-Hur, mais aussi à Une Étoile Est Née. Ces deux derniers partagent le fait d’avoir donné lieu à une version contemporaine. A Star is Born est même la quatrième version de la même histoire. En tout cas, ces deux exemples permettent de dresser le même constat : ce n’est pas toujours dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.
A Star is Born n’a pas comme seule originalité par rapport aux versions précédentes un oubli de traduction du titre. Il transporte aussi l’intrigue du milieu du cinéma vers le milieu de la chanson. Les cinéphiles avertis reconnaîtront cependant un scénario fidèle et sans réelle surprise au final. En effet, au-delà de ce choix, Bradley Cooper manque trop d’inspiration pour vraiment justifier le fait de nous raconter une histoire déjà racontée auparavant. La faute à un personnage masculin trop caricatural pour être émouvant. Il prête même involontairement à rire parfois, plombant définitivement son film.
Par contre, une étoile du 7ème art est bien née avec A Star is Born. Les fidèles de la série American Horror Story le savaient déjà, mais Lady Gaga est une extraordinaire actrice. Elle se révèle ici sur grand écran de manière éblouissante. Elle éclipse totalement Bradley Cooper, renvoyé à ses limites. Mais elle ne parvient pas à elle seule à sauver le film d’un vrai sentiment de médiocrité. Pas un film franchement raté, mais rien qui ne fasse vraiment vibrer, rien qui donne envie de s’enthousiasmer. Tout cela est un peu lisse, un peu convenu, sans réelle prise de risque. On était en droit d’attendre mieux et il est alors difficile de ne pas être déçu.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : Warner Bros Pictures, Live Nation productions, MGM, Peters Entertainment, Gerber pictures, Malposo, Thunder Road picture Distribution : Warner Bros Pictures France Réalisation : Bradley Cooper Scénario : Bradley Cooper, Eric Roth, Will Fetters, histoire de Robert Carson et William A. Wellman Montage : Jay Cassidy Photo : Matthew Libatique Décors : Karen Murphy Musique : Lady Gaga, Bradley Cooper et Lukas Nelson Durée : 134 min
Casting : Lady Gaga : Ally Bradley Cooper : Jackson Maine Sam Elliott : Bobby Dave Chappelle : Noodles Anthony Ramos : Ramon Bonnie Somerville : Sally Cummings
Les journées ne faisant désespérément que vingt-quatre heures, mener deux vies en une constitue un exercice d’équilibriste difficile. Surtout quand ces deux vies sont déjà particulièrement chronophages. Pourtant, certains, à force d’abnégation, s’en sortent. Nos Batailles leur rend un bel hommage en nous proposant par la même occasion un beau film. En évitant la plupart des pièges qui l’attendaient, Guillaume Senez donne de la crédibilité et de l’émotion à son propos. Des larmes et des sourires au programme. Et un Romain Duris particulièrement inspiré.
Le principal travers dans lequel Nos Batailles aurait pu sombrer est le misérabilisme. Il peut paraître facile de faire proposer une histoire touchante à partir des malheurs qui peuvent frapper les personnages. Or il n’en est rien. Il faut trouver le bon équilibre pour ne pas tomber dans la facilité. Guillaume Senez y parvient parfaitement en s’appliquant surtout à dresser le portrait de ses personnages. Ce ne sont pas tant les événements qui l’intéresse que la manière dont les protagonistes les vivent. En en cachant rien de leurs faiblesses, en en faisant ni des victimes, ni des surhommes, il nous livre une histoire qui méritait bien d’être racontée, même si tout ce qui la compose ne se vaut pas.
Nos Batailles repose quasiment exclusivement sur les épaules de Romain Duris. Voilà qui ne fait pas peur à tel acteur qui s’acquitte de cette tâche en éclaboussant l’écran de son talent. Certes, il abuse peut-être de certaines mimiques, mais il parvient à donner de la crédibilité et de la profondeur à son personnage. Tous les seconds rôles se mettent au diapason, en particulier Laure Calamy qui mériterait amplement enfin un premier et grand rôle. La réalisation de Guillaume Senez est sobre et reste totalement au service de l’histoire et des personnages, ce qui est assez bienvenu dans ce genre de film. Encore une fois, il démontrer un vrai sens de l’équilibre qui explique largement la réussite de son film.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Les films Pelléas, Iota Production Réalisation : Guillaume Senez Scénario : Guillaume Senez, Raphaëlle Desplechin Montage : Julie Brenta Photo : Elin Kirschfink Distribution : Haut et Court Durée : 98 min
Casting : Romain Duris : Olivier Laura Calamy : Claire Laetitia Dosch : Betty Lucie Debay : Laura
Il y a des histoires que l’on se raconte encore et encore dans des versions toujours différentes. On ne s’en lasse pas, on en redemande même parfois. Les triangles amoureux, les ascensions avant la chute, autant d’idées qui pourraient résumer un nombre très important de films, sans que l’on n’ait l’impression d’avoir fait le tour de la question. Cependant, il arrive tout de même parfois que la sensation de déjà-vu domine et que le scénario ressemble à un plat mal réchauffé. C’est malheureusement le cas de Frères Ennemis, un film pas si mal foutu, mais qui en rappelle tant d’autres… et des meilleurs.
Deux amis d’enfance, l’un flic, l’autre voyou, qui vont devoir surmonter tout ce qui les sépare désormais. Voici comment on peut résumer le synopsis de Frères Ennemis. Rien de nouveau à l’horizon et on cherche encore dans le scénario l’élément qui pourrait donner à ce film une singularité qui justifierait son existence. Si je lui reproche un léger manque de rythme, il n’y a rien non plus dans le scénario qui mérite un torrent de reproches. Mais voilà quelque chose de vu mille fois a bien du mal à déclencher un réel enthousiasme. Ici, l’absence de défaut marqué témoigne surtout d’une absence totale de prise de risque.
S’il y a une seule raison d’aller voir Frères Ennemis, c’est la présence à l’écran de Reda Kateb. Quel plaisir de voir ce formidable acteur au charisme singulier et incomparable. A ses côtés, Matthias Schoenaerts fait un peu pâlichon, même s’il fait preuve d’une réelle application. Dommage que leurs personnages respectifs maquent trop de profondeur et d’originalité pour leur permettre de donner toute la mesure de leur talent. Au final, David Oelhoffen ne signe pas un mauvais film, il serait très injuste de dire cela. Mais un film sans grand intérêt dont on peut largement se passer.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : One World Films Distribution : Bac films Réalisation : David Oelhoffen Scénario : David Oelhoffen, Jeanne Aptekman Montage : Anne-Sophie Bion Photo : Guillaume Deffontaines Décors : Stéphane Taillasson Musique : Superpoze Durée : 111 min
Casting : Matthias Schoenaerts : Manuel Reda Kateb : Driss Sabrina Ouazani : Mounia Adel Bencherif : Imrane Nicolas Giraud : Remi Sofiane Zermani : Foued Marc Barbé : Marc Gwendolyn Gourvenec : Manon
Vous avez une faim de loup ? Juste un petit creux ? Ne serait-ce qu’une très vague envie de manger ? Et là, vous vous dites, et si je me faisais un petit ciné avant ! Je ne vous conseille alors d’éviter à tout prix la Saveur des Ramen, sous peine de ressortir de la salle dans un état de fringale absolue. En effet, voici un film qui donne l’eau à la bouche, au sens premier du terme parce que la nourriture joue un rôle éminemment central dans cette histoire. Et au sens figuré aussi, car il brille par bien d’autres qualités qui satisferont bien plus l’esprit que l’estomac.
La Saveur des Ramen est avant tout un film intimiste qui nous plonge dans une histoire familiale et une quête personnelle de l’identité. Mais tout cela se fait sur une trame qui porte des enjeux bien plus larges, au premier rang desquels les relations difficiles entre les populations japonaises et chinoises, sur fond de passé douloureux. Cette double lecture donne au film toute sa richesse et permet de donner une autre dimension à une histoire qui aurait pu se contenter sans cela d’être un étalage de bons sentiments. La grande limite du scénario reste en effet son aspect un rien gentillet qui en fait un feel good movie sympathique, quand il aurait pu posséder une dimension dramatique toute autre.
La Saveur des Ramen reste aussi un hymne à la cuisine. Pas seulement celle que l’on mange, mais celle que l’on prépare. Le rapport sensible, par les cinq sens, aux ingrédients occupe une place de choix dans ce film. Ce n’est pas tant de voir des gens manger qui donne faim, mais d’en voir assembler les éléments d’un festin. On en sentirait presque l’odeur et on s’attendrait à ce qu’un personnage sorte de l’écran pour venir vous servir. Il n’en est malheureusement rien, alors on reste avec son envie de soupe et de nouilles chinoises. Son appétit de cinéphile est heureusement lui rassasié.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Zhao Wei Films, Wild Orange Artists, Comme des Cinémas, Version Originale Distribution : KMBO Réalisation : Eric Khoo Scénario : Tan Fong Cheng, Wong Kim Hoh Montage : Natalie Soh Photo : Brian Gothong Tan Musique : Kevin Mathews, Christine Sham Durée : 90 min
Casting : Takumi Saito : Masato Jeanette Aw Ee-Ping : Mei Lian Mark Lee : Wee Beatrice Chien : Masam Lee Tsuyoshi Ihara : Kazuo Seiko Matsuda : Miki Tetsuya Bessho : Akio
Le génie est sans doute ce qui chez l’humain s’apparente le plus à un super-pouvoir. Mais tous les lecteurs assidus de comics le savent. Un super-pouvoir doit être maîtrisé, sous peine de se transformer en malédiction pour celui qui le possède, avec moult de victimes collatérales. Aller voir Climax permet de se sentir dans la peau d’une de ces dernières. Et Gaspard Noé est clairement un super-héros qui n’a pas appris le contrôle et finit pas consumer la pellicule qu’il avait commencé par enchanter. Tant pis pour tous ceux qui auront ressenti un profond malaise devant ce film qui finit par tourner au désastre.
Les premières minutes de Climax nous laissent quelque peu circonspects, ne révélant rien de sa nature profonde. Puis il nous offre une scène de danse à couper le souffle. Une des plus extraordinaires jamais proposées dans un long métrage. N’ayons pas peur des mots, il y a ici un vrai moment de pur génie qui vous scotche à votre siège et prouve le talent unique de Gaspard Noé. C’est après ça que le film commence vraiment d’un point vue narratif en tout cas. Cela commence d’ailleurs plutôt bien, on approfondit sa connaissance d’une très belle galerie de personnages. Tout continue donc pour le mieux… mais peu à peu, le film change de nature. Il devient de plus en plus malsain, dérangeant, jusqu’à en devenir totalement insupportable.
Si au moins tout ceci avait au service de quelque chose, d’une histoire, d’un propos, d’un message. Mais cette horreur est totalement gratuite. Gaspard Noé sait faire naître des images extraordinaires mais n’a encore une fois strictement rien à raconter, sinon à chercher à aller toujours plus loin, toujours plus fort, même si c’est pour aller strictement nul part. Le spectateur reste seul avec un profond sentiment de dégoût et de malaise saisissant. Si au moins, c’était la première fois, on pourrait aisément pardonner. Mais on retrouve le même schéma que pour Love, qui proposait peut-être la scène la plus érotique de l’histoire du cinéma, avant de se perdre dans un grand néant. On peut donc craindre que c’est bien la carrière de ce faiseur d’images de génie qui sombre dans ce grand néant.
LA NOTE : 3/20
Fiche technique : Production : Wild Bunch, Artémis Production, Les Cinémas de la Zone Réalisation : Gaspar Noé Scénario : Gaspar Noé Montage : Denis Bedlow, Gaspar Noé Photo : Benoit Debie Décors : Jean Rabasse Distribution : Wild Bunch Distribution Durée : 95 min
Casting : Sofia Boutella : Selva Kiddy Smile : Daddy Souheila Yacoub : Lou Romain Guillermic : David Taylor Kastle : Taylor Giselle Palmer : Gazelle Naab : Naab
Certains réalisateurs ont des univers bien à eux. D’un seul coup d’œil (bon parfois, deux ou trois), on reconnaît que ce sont eux derrière la caméra. Au moins font-ils des films personnels qui leur ressemblent, même si on peut aussi trouver qu’ils ne se renouvellent guère. Gustave Kervern et Benoît Delépine sont de ceux-là. I Feel Good ravira donc tout ceux qui auront aimé Mammuth ou le Grand Soir. Les autres, c’est moins sûr, si on en croit les commentaires négatifs de certains spectateurs. Il serait pourtant dommage de passer à côté de cette jolie fable pleine d’ironie et de poésie.
Si vous allez voir I Feel Good pensant aller voir une comédie où tout est à prendre au premier degré, vous ferez à coup sûr parti des déçus. Mais si vous êtes prêt à tomber sous le charme d’une histoire sortant des sentiers battus, alors n’hésitez plus. On retrouve un univers peuplé de « petites gens », un peu cassés, un peu paumés, mais particulièrement attachants. Des personnages profondément imparfaits, mais sur lesquels Gustav Kervern et Benoît Delépine posent un regard plein de tendresse et de douceur. Ils ne tombent jamais dans le misérabilisme, riant avec leurs personnages, jamais de leurs personnages. Alors on entre dans cette histoire comme dans le peignoir que porte Jean Dujardin au début du film.
On sourit souvent devant I Feel Good. On rit peut-être rarement aux éclats, mais on se sent toujours amusé par un comique de situation qui nous amène de surprises en surprises. L’imagination de Gustav Kervern et Benoît Delépine est florissante et le spectateur est heureux de partager leur vision du monde, un rien naïve, mais qui donne un peu de foi en l’humanité. Le fond social derrière le propos est réel et la poésie qui le soutint ne lui donne que plus de force. Le film n’a rien d’une démonstration, il y a une vraie volonté de distraire. Une volonté couronnée de succès, portée une nouvelle fois par un casting de premier ordre. Les deux compères font peut-être des petits films d’auteur, mais y convient toujours des stars avec une grande réussite. Puissent-ils continuer longtemps !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Gustave Kervern et Benoît Delépine Assistant réalisateur : Gérard Bonnet Décors : Madphil, assisté de Ludovic Eberling Costumes : Agnès Noden Directeur de la photographie : Hugues Poulain Montage : Stéphane Elmadjian, assisté de Matthilde Carlier Son: Guillaume Le Braz Montage son : : Axel Steichen Musique : Les Motivés2 Producteurs : Benoît Delépine, Marc Dujardin et Gustave Kervern Producteur associé : Charles-Édouard Renault Directeur de production : Philippe Godefroy Durée : 103 min
Casting : Jean Dujardin : Jacques Pora Yolande Moreau : Monique Pora Jean-Benoît Ugeux : Vincent Joseph Dahan : Manu Lou Castel : Gregory Jean-François Landon : Jean-François, Jana Bittnerova : Béatrice Elsa Foucaud : Corinne Oleg Kupchik : le docteur Ursus Xavier Mathieu : Poutrain Marius Bertram : Mario Joël Seria : M. Pora Jeanne Goupil : Mme Pora Frédéric Felder : Tarzan
Le rire représente un vecteur puissant pour faire passer des messages, même, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les plus dramatiques. Un vecteur cependant quelque peu délicat à manipuler, qui peut vite se retourner contre son auteur et décrédibiliser tout son propos. Mais quand on a le talent de Spike Lee, on est à l’abri de ce genre de mésaventure. La preuve avec BlacKkKlansman, un film basé sur des faits réels qui nous arrachera de très nombreux sourires, avant de nous rappeler très brutalement à la réalité. Un choc final qui donne une autre dimension à ce film par ailleurs très réussi.
Plus c’est gros, plus ça a de chance d’être vrai. Du coup, on ne doute pas une seule seconde que les faits relatés par BlacKkKlansman ont réellement eu lieu. En effet, qui imaginerait à partir de rien l’histoire d’un afro-américain infiltrant le Ku Klux Klan ? Cette histoire méritait d’être racontée en tout cas et c’est fait avec une réelle maestria. Le film se démarque avant tout par une galerie de personnages pas piquée des hannetons. Que ce soit du côté des policiers ou du côté des membres du KKK, chaque figure est mémorable, souvent inattendue et toujours dotée d’un pouvoir comique exploité avec beaucoup de finesse et de subtilité. Le tout fonctionne merveilleusement bien et donne vie à un scénario très bien écrit.
Le tout aurait pu donner un film particulièrement léger si Spike Lee ne nous rappelait pas à la fin que certains combats sont loin d’être terminés. Et nous rappeler surtout que si on peut en rire, ils peuvent encore coûter la vie à ceux qui les mènent. On ressort donc de BlacKkKlansman avec des émotions fortes et contrastées et surtout beaucoup de grain à moudre pour mener sa propre réflexion. Et il y a de quoi faire. Un film qui tire donc l’intelligence du spectateur de la vie, tout en ayant détendu auparavant ses zygomatiques, voici un cocktail savoureux et salutaire.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Blumhouse Productions, Monkeypaw Productions, QC Entertainment Réalisation : Spike Lee Scénario : Spike Lee, David Rabinowitz, Charlie Wachtel et Kevin Willmott, d’après l’ouvrage éponyme de Ron Stallworth Montage : Barry Alexander Brown Photo : Chayse Irvin Décors : Curt Beech Distribution : Universal Pictures International France Musique : Terence Blanchard Durée : 128 min
Casting : John David Washington : Ron Stallworth Adam Driver : Flip Zimmerman Topher Grace : David Duke Laura Harrier : Patrice Ryan Eggold : Walter Breachway Jasper Pääkkönen : Felix Kendrickson Robert John Burke : Chef Bridges Corey Hawkins : Kwame Ture Harry Belafonte : le conteur
Le plus souvent, les étudiants au cinéma sont occupés à autre chose qu’étudier d’arrache-pied. En tout cas, leurs études constituent rarement le principal sujet du film. Mais il existe quelques exceptions, comme Première Année. Ce dernier rappellera quelques souvenirs aux étudiants en médecine et même à d’autres, comme les anciens élèves de classes préparatoires. Niveau nostalgie, ils se rappelleront du pire, mais aussi du meilleur de cette période où ils auront une stimulation intellectuelle inconnue à l’âge adulte. Par contre, pas sûr qu’ils apprécient cette histoire qui est loin d’échapper aux clichés.
Première Année est avant tout là pour souligner les excès auxquels le système de sélection donnent naissance. Ils sont réels certes, mais Thomas Lilti les fait apparaître sans grande subtilité et en créant surtout des personnages qui perdent peu à peu en crédibilité au fur et à mesure. C’est d’ailleurs assez symptomatique de l’évolution de sa carrière de cinéaste. Il continue à aborder chaque aspect de la carrière d’un médecin, mais il le fait de manière avec des sabots de plus en plus gros. Il est là pour dire quelque chose, mais semble penser de plus en plus que cela suffit pour faire un bon film. Or, le résultat est ici très moyen.
Sans doute, Thomas Lilti pensait que remettre en scène Vincent Lacoste lui permettrait de retrouver tout ce qui avait d’Hippocrate une si belle réussite. Cela ne suffit pas, surtout que c’est son justement son personnage qui se met à boiter de plus en plus, entraînant avec lui tout le propos. Ce n’est certainement pas la faute de son interprète, mais ce dernier ne parvient pas non plus à sublimer le protagoniste auquel il donne vie. C’est finalement William Lebghil qui maintient Première Année à flot et permet à la vraie flamme d’intérêt que les premières minutes allument de ne jamais totalement s’éteindre. Mais tout de même pas au point d’allumer un vraie feu de joie.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : 31 juin Films, Les films du Parc, France 2 Cinéma, Le Pacte, Benjamin Films Distribution : Le Pacte Réalisation : Thomas Lilti Scénario : Thomas Lilti Montage : Lilian Corbeille Photo : Nicolas Gaurin Décors : Philippe Van Herwijnen Musique : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil Durée : 92 min
Casting : Vincent Lacoste : Antoine Verdier William Lebghil : Benjamin Sitbon Michel Lerousseau : Serge Darina Al Jounfi : Martine Benoît Di Marco : François Guillaume Clerice : Vincent Grimaldi Alexandre Blazy : Simon Sitbon
Les personnages décalés, victimes de folie plus ou moins douce, peuvent être au centre de films aussi attachants que leur principal protagoniste. Mais ceci constitue aussi leur plus grande fragilité. En effet, si la connexion entre le spectateur et le personnage central ne se fait pas, alors c’est tout le film qui devient décevant. Difficile d’aimer une histoire quand on ne ressent pas de réel affection pour celui ou celle auquel elle est bâtie. C’est malheureusement ce qui m’est arrivé avec Thunder Road. Un film aux réelles qualités mais que je n’ai sans doute pas su apprécier à sa juste valeur.
Un film s’assimile à une rencontre. La première impression est donc importante et il faut parvenir à briser la glace. Parfois un plan suffit. Parfois, le lien ne se fait pas. La première scène, particulièrement longue, de Thunder Road donne le ton du reste du film. Certains dans la salle sont visiblement tombés sous le charme. Moi pas du tout. Je suis resté de marbre pour ne jamais vraiment sortir de cet état. J’ai bien souris parfois, été amusé par certaines situations mais trop rarement et jamais avec un réel enthousiasme. Seul le dénouement m’aura sorti de ma torpeur, me laissant par la même occasion avec beaucoup de regrets.
Jim Cummings a évidemment mis beaucoup de lui dans ce film. Acteur principal, réalisateur, scénariste et même compositeur il n’a pas fait les choses à moitié pour son premier film. Mais peut-être nous livre-t-il une œuvre trop personnelle et oublie de penser au spectateur. Mais le tout manque de rythme, de punch et l’ennui guette. Pourtant, son jeu force l’admiration, sa réalisation ne manque pas d’élégance et le scénario est plutôt bien écrit. Mais quelque chose ne fonctionne pas. A moins que ça soit ma propre perception qui ait connu des ratés. Mais au cinéma, le spectateur que j’étais n’y a pas trouvé son compte.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Réalisation : Jim Cummings Scénario : Jim Cummings Photographie : Lowell A. Meyer Son : Danny Madden et Jackie Zhou Montage : Brian Vannuci et Jim Cummings Musique : Jim Cummings Durée : 92 minutes
Casting : Jim Cummings : Jim Arnaud Kendal Farr : Crystal Arnaud Nican Robinson : Officier Nate Lewis Jocelyn DeBoer : Rosalind Arnaud Chelsea Edmundson : Morgan Arnaud Macon Blair : Dustin Zahn Ammie Leonards : Celia Lewis Bill Wise : Le capitaine
La marginalité est un sujet singulier au cinéma. En effet, elle est souvent valorisée pour donner des personnages originaux et sympathiques. L’image du rebelle hors système donne facilement de bon héros attachant et positif. Heureusement, certains scénarios parviennent à sortir des raccourcis trop faciles et, sans pour autant devenir des éloges de la norme et du conformisme, nous montre les choses sous un jour un peu plus réaliste. C’est le cas de Leave No Trace. Un film qui pose une question qui n’a rien d’anodine. Quelle part de « folie » (au sens très large) avons-nous le droit d’imposer à nos enfants ?
Leave No Trace est un film au propos clair (ce qui ne veut absolument pas dire prévisible), qui va à l’essentiel, qui ne prend son temps que pour nous permettre de mieux connaître les personnages. Un film sans chichi, sans superflu et qui est assez intéressant pour maintenir toute l’intention du spectateur du début à la fin. Le dénouement est très réussi, apportant une vraie conclusion convaincante. Le mérite de cette réflexion est que le spectateur peut se sentir en droit de ne pas la partager, même si personnellement je trouve la réflexion très pertinente et mesurée. Tout cela ne donne pas le film le plus marquant qui soit, mais au moins peut-on considérer que Debra Granik avait réellement quelque chose à raconter, ce qui n’est pas le cas de tous les cinéastes.
Sa réalisation est sobre, mais elle possède un joli sens de la narration. On entre dans l’histoire progressivement en en comprenant peu à peu les tenants et les aboutissants, avant de proposer plusieurs péripéties ensuite. Le scénario de Leave No Trace est parfaitement construit. Elle sait aussi mettre parfaitement en lumière le jeu de ses acteurs sur lesquels le film repose largement. Ben Foster est peut-être un rien statique, mais c’est au final assez raccord avec son personnage. La vraie révélation de ce film reste Thomasin McKenzie, que l’on avait visiblement entraperçu dans le dernier volet de The Hobbit. Espérons que cela donne l’idée à d’autres réalisateurs de lui offrir d’autres jolis rôles pour d’autres jolis films.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : First Look Media, Harrison Productions, Still Rolling Productions Réalisation : Debra Granik Scénario : Debra Granik, Peter Rock, Anne Rosellini Montage : Jane Rizzo Photo : Michael McDonough Distribution : Condor Distribution Musique : Dickon Hinchliffe Durée : 108 min
Casting : Ben Foster : Will Thomasin McKenzie : Tom Dale Dickey : Dale Dana Millican : Jean Bauer
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