Hollywood peut trembler. La Chine cinématographique s’est éveillée ! Entendons-nous bien, je parle ici de cinéma grand public à très grand spectacle, de blockbusters voués à être vus par les spectateurs du monde entier. Car cela faisait évidemment longtemps que le cinéma chinois nous enchantait par des films beaucoup plus intimistes. Il y a désormais match avec l’Oncle Sam sur tous les terrains, ou plutôt tous les écrans. Détective Dee : la Légende des Rois Célestes séduira un large public. En reprenant bien des codes des films américains à gros budget, mais aussi en offrant un petit supplément d’âme.
Il existe encore quelques écarts entre l’Amérique et la Chine. En effet, Détective Dee : la Légende des Rois Célestes bénéficie d’effets spéciaux que l’on peut facilement qualifier de vintage. Mais le vintage n’est-il pas à la mode ? En tout cas, cela donne au final un certain charme à ce film, un aspect presque artisanal. De toute façon, même le spectateur le plus critique n’aura guère le temps de s’attarder sur les quelques défauts visibles, tant le film est parcouru d’une frénésie visuelle constante. Les scènes spectaculaires s’enchaînent, chacune faisant plus fort que la précédente. La longue séquence finale constitue une vrai morceau de bravoure cinématographique que seul la fin de Ready Player One n’aura surpassé.
Pour le reste, Détective Dee : la Légende des Rois Célestes est un film d’aventure fort sympathique. Les personnages sont notamment très attachants et prennent de l’épaisseur au fur et à mesure que l’histoire avance. Cela concerne surtout les « gentils », les méchants n’étant pas exceptionnellement intéressants. On peut regretter aussi un dénouement un peu « facile », où tout est réglé d’un coup de baguette magique. Mais encore une fois, ce film s’apparente plus à un déluge qu’un long fleuve tranquille, tant les scènes d’action et les effets visuels spectaculaires se succèdent sur un rythme effréné comme rarement vu. Alors, on ne s’attarde jamais longtemps sur les petits défauts. En tout cas, ce film ne pourra que convaincre les plus sceptiques des bienfaits de la mondialisation.
Certains films ne laissent pas indifférents. Ils mènent les spectateurs hors des sentiers battus, là où on peut se perdre facilement. Perdre ses repères peut alors faire naître des sentiments très différents au gré des personnalités de chacun. On peut apprécier la sensation ou au contraire avoir envie de quitter les lieux au plus vite. Si on lit les critiques des spectateurs à propos de Under the Silver Lake, on est frappé par la parfaite répartition des notes : sur les 6 possible, 3 ont été données par 18% des spectateurs, 2 par 16% et la note maximale par 14%. Bref aucun consensus. Mais c’est sans doute là la preuve de l’intérêt réel de cette œuvre qui sort réellement de l’ordinaire.
On peut effectivement voir Under the Silver Lake de deux manières. Tout d’abord comme un œuvre assez vaine, un exercice de style dénué de sens et de profondeur, qui ne mène le spectateur strictement nul part, sinon à une explication quelque peu décevante. Une histoire que l’on observe sans jamais y pénétrer vraiment, faute de jamais en trouver la porte d’entrée. Ou alors, à l’inverse, on peut apprécier pleinement ce spectacle inattendu et déconcertant, où tout n’est pas parfait, mais qui tient toujours notre curiosité en éveil. On peut se laisser séduire par ce personnage qui nous rappelle par certains côtés The Dude de The Big Lebowski.
Personnellement, je me situe plutôt dans la seconde catégorie. J’ai apprécié ce voyage plein de surprise. Surtout que la réalisation de David Robert Mitchell, auteur du remarquable It Follows, est finement ciselée. Trop diront certains. Là encore, c’est une question de point de vue. Il parvient en tout cas à faire d’Andrew Garfield un acteur convaincant, ce qui n’est pas un mince exploit. Bon ok, j’exagère un peu. Sans doute, je lui en veux encore peu pour les catastrophiques Spider-Man. En tout cas ici, je ne peux que reconnaître son talent. Under the Silver Lake constitue donc un OVNI cinématographique, assez plaisant de mon point de vue. Mais ce n’est que mon point de vue.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Michael De Luca Productions, Good fear, Pastel Réalisation : David Robert Mitchell Scénario : David Robert Mitchell Montage : Julio C. Perez IV Photo : Mike Gioulakis Distribution : Le Pacte Musique : Disasterpeace Durée : 139 min
Casting : Andrew Garfield : Sam Riley Keough : Sarah Jimmi Simpson : Allen Topher Grace : l’homme au bar Zosia Mamet : Troy Riki Lindhome : l’actrice qui rend visite à Sam Callie Hernandez : Millicent Sevence Patrick Fischler : l’auteur du fanzine Sydney Sweeney et India Menuez : filles de l’agence d’escort-girls Shooting Star Summer Bishil : ex-petite amie de Sam Grace Van Patten : la danseuse aux ballons Luke Baines, Lola Blanc et Victoria Bruno : Jésus et les fiancées de Dracula Laura-Leigh Claire : Mae
Le polar noir reste une spécialité cinématographique coréenne. Mais le voisin chinois n’est pas en reste avec pour preuve Une Pluie Sans Fin. Qui plus est, les intempéries collent assez bien avec l’ambiance de ce genre d’histoire. Comme si le ciel devait forcément refléter la couleur des âmes des personnages. Tout cela ressemble quelque peu à un cliché, mais force est de constater que cela continue de fonctionner, vue la qualité de ce film. En nous proposant à la fois une intrigue policière bien menée et une réflexion sur l’évolution de la Chine contemporaine, il nous donne de quoi nourrir la curiosité du spectateur.
Une Pluie Sans Fin propose une intrigue « policière » somme toute assez classique, mais solide. Certes, le principal rebondissement est particulièrement prévisible, mais ce n’est pas l’essentiel. En effet, le scénario brille avant tout par la qualité de ses personnages et l’exploration des ressorts profonds de leur psychologie. C’est dans l’évolution de leurs relations qui vont survenir les vraies surprises. Tout ceci concourt à maintenir constant un intérêt réel chez le spectateur. Surtout que bien d’autres éléments viennent donner des raisons supplémentaires de s’intéresser à cette histoire.
Une Pluie Sans Fin jette des ponts avec des événements et des évolutions historiques de la Chine contemporaines, notamment le rattachement de Hong Kong. Le spectateur curieux de ces éléments prendra encore plus de plaisir à la découverte de ce film. Surtout qu’il reste réalisé avec un talent certain par Dong Yue. Certes, la pluie est élément « facile » pour créer une certaine ambiance, mais sa réussite ne s’arrête pas là. La direction d’acteur est également vraiment remarquable. Les personnages sont ainsi magnifiquement mis en valeur. Le tout donne un excellent polar à l’ambiance hivernale et froide qui fait du bien en ces temps de canicule.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Dong Yue Direction artistique : Liu Qiang Photographie : Cao Tao Son : Zhang Jinyan et Long Xiaozhu Montage : Wen Jing Musique : Ding Ke Production : Xiao Qiancao Durée : 116 minutes
Casting : Duan Yihong : Yu Guowei Jiang Yiyan : Yanzi Yuan Du : l’officier Zhang Zheng Chuyi : l’officier Li Zheng Wei : Liu
Qu’est ce qui nous fait aimer un personnage ? La figure du héros est généralement associée à une certaine forme de perfection et une longue liste de valeurs positives : courage, équité, sens du sacrifice… Cependant, on peut facilement s’attacher également à des figures qui comptent de vrais défauts. Entre le héros et le anti-héros absolu, il existe tout une graduation. Mais dans tous les cas, l’équilibre est subtil. On ne peut pas aimer tout le monde dans la vraie vie et au cinéma, on ne peut pas aimer tous les personnages. Et quand le lien avec le spectateur ne se crée pas, alors c’est le film tout entier qui peut sombrer. C’est exactement ce qui m’est arrivé en allant voir My Lady.
Le personnage de My Lady constitue un personnage incontestablement intéressant. Riche, complexe, comme peuvent l’être les vrais êtres humains. Dans ce sens, il est très réussi. Cependant, personnellement, je l’ai vite trouvé faussement sympathique, pour ne pas dire parfois antipathique. Je faisais preuve là certainement d’une certaine forme de solidarité avec son mari délaissé, mais quelles que soient les raisons, le résultat est là. De cet absence totale d’attachement ne pouvait naître aucune sorte d’émotion. J’ai donc vu ce film avec un intérêt intellectuel, mais jamais il ne m’a jamais réellement touché, ce qui a largement gâché mon plaisir.
Je ne peux qu’admettre que la performance d’Emma Thomson n’est en rien à blâmer dans cet état de fait. Elle donne ici toute la mesure de son talent, ce qui n’est pas peu dire. D’ailleurs, peut-être que son interprétation est trop parfaite, ne cachant donc rien des imperfections de son personnage. D’un point de vue formel, la réalisation de Richard Eyre est parfaitement maîtrisée, tout comme l’est la narration dans sa manière d’amener chaque élément de l’intrigue l’un après l’autre pour toujours enrichir le propos. Cependant, la conclusion n’est guère convaincante et ne m’a pas permis de partir sur une bonne note d’un film dans lequel je n’étais de toute façon jamais vraiment rentré.
LA NOTE:09/20
Fiche technique : Production : Toledo Productions, BBC Films, FilmNation Entertainment Distribution : ARP Sélection Réalisation : Richard Eyre Scénario : Ian McEwan, adapté de son propre roman Montage : Dan Farrell Photo : Andrew Dunn Décors : Peter Francis Musique : Stephen Warbeck Durée : 105 min
Casting : Emma Thompson : la Juge Fiona Maye Stanley Tucci : Jack Fionn Whitehead : Adam Henry Jason Watkins : Nigel Pauling Ben Chaplin : Kevin Henry Rosie Cavaliero : Marina Green
La nostalgie est un sentiment qui nous frappe de plus en plus souvent lorsque l’on devient adulte. Si on considère que les films d’animation s’adressent avant tout aux enfants, alors on se demandera bien à qui est destiné Happiness Road. Il faut bien être assez avancé dans sa vie pour apprécier pleinement cette œuvre qui aborde beaucoup de sujets, mais dont le fil rouge est bien le regard un rien nostalgique que l’on peut porter sur son enfance. Une œuvre à la fois dépaysante et universelle qui nous offre bien des raisons de tomber sous son charme.
Le scénario de Happiness Road est à deux dimensions. Une première centrée sur les personnages, en particulier l’héroïne dont on partage les réflexions. Le film nous parle du sujet le plus trivial qui soit, à savoir le temps qui passe, de la manière dont il change les êtres et les lieux. Des changements que l’on subit parfois, oubliant d’en être pleinement acteur. La réflexion se fait ici subtile et parcourue d’une certaine poésie très agréable. L’histoire aborde aussi l’Histoire de Taïwan et les tensions entre les autochtones et les réfugiés de la Chine continentale qui ont pris le contrôle de l’île après la guerre. Cet aspect plutôt abordé en creux, mais on en apprend néanmoins beaucoup sur ce coin quelque peu méconnu du monde.
Happiness Road est marqué par un style graphique très en vogue. Un retour à des dessins « à la main », ce qui est apparemment effectivement le cas ici. En tout cas, cela donne un résultat beaucoup plus chaleureux qu’une animation qui semble purement et clairement digitale. Le film est joli, à défaut d’être beau, et on a plaisir à regarder les images défiler. Il y a surtout une synergie entre le graphisme et les sujets abordés qui donnent une force supplémentaire au propos. On oubliera donc les quelques longueurs et on appréciera pleinement ce joli voyage, qui nous parle d’où qu’on soit dans ce monde.
Quand un franchise, qui plus est partie sur des bases pas terribles, en est au sixième volet, on ne s’attend pas vraiment à grand chose de surprenant ou d’original. Cela n’empêche pas le distributeur d’essayer de vous vendre cela comme l’événement cinématographique de l’année. Mission Impossible – Fallout est sorti à grand renfort de marketing pour en faire le blockbuster de l’été. On imagine que le marché français a été particulièrement visé puisque l’intrigue nous emmènera pour quelques scènes spectaculaires dans les rues de Paris. Le spectateur pouvait donc attendre à un produit formaté certes, mais assez distrayant pour constituer le spectacle estival idéal. Malheureusement le résultat est assez désastreux.
Commençons par le défaut qui, de mon point de vue, est désormais impardonnable pour une production de ce type. Certains effets spéciaux sont terriblement médiocres. Ils gâchent certaines séquences, notamment la fameuse poursuite dans Paris. C’est bien de se dire que l’on peut enfin montrer le visage de l’acteur principal lors d’une poursuite en moto à contre-sens Place de la Concorde, mais si c’est pour nous offrir une mauvaise incrustation qui nous rappelle les poursuite en voiture des années 50, ce n’était vraiment pas la peine. Le spectateur se demande alors si on ne se moque pas un peu de lui et si Mission Impossible – Fallout n’est pas en fait un film de contrefaçon tombé d’un camion.
Surtout qu’il n’y a pas grand chose d’autre pour sauver Mission Impossible – Fallout. Je ne reviendrai même pas sur l’intrigue en elle-même qui ne pouvait guère être plus convenue. Par contre, on est frappé à quel point les scénaristes ne savent plus comment exploiter les personnages. Cela se ressent dans l’interprétation des acteurs qui joue sans aucune conviction. Au premier rang, Tom Cruise qui ne fait toujours pas son âge, mais qui ne brille pas ici de son charisme habituel. Le méchant est assez falot et nous revient d’un autre épisode de la série qui était déjà relativement médiocre. Le seul petit éclair vient du personnage interprété par Vanessa Kirby mais qui joue un rôle assez mineur. Aller voir ce film constitue définitivement une mission que vous n’êtes pas obligé d’accepter.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : Bad robot, Paramount pictures, Skydance Media, TC Productions Distribution : Paramount Pictures France Réalisation : Christopher McQuarrie Scénario : Christopher McQuarrie, adapté de la série TV de Bruce Geller Montage : Eddie Hamilton Photo : Rob Hardy Décors : Peter Wenham Musique : Lorne Balfe Durée : 147 min
Casting : Tom Cruise : Ethan Hunt Henry Cavill : August Walker Rebecca Ferguson : Ilsa Faust Ving Rhames : Luther Stickell Simon Pegg : Benji Dunn Sean Harris : Solomon Lane Angela Bassett : Erica Sloan Vanessa Kirby : White Widow Michelle Monaghan : Julia Meade-Hunt
Personnellement, je considère Brad Bird comme étant un des plus illustres cinéastes contemporains. Je regrette beaucoup que son nom ne soit aussi peu connu, sous prétexte qu’il a connu ses plus grands succès en dirigeant des films d’animation. Certes, le travail de réalisateur y est quelque peu différent, mais cela reste un vrai travail de direction artistique et cinématographique. Son œuvre la plus marquante reste sans conteste les Indestructibles. Le premier volet représentait en effet un vrai bijou pour petits et grands, alliant aventures et humour, premier et second degré avec une maestria rare. Il avait donc placé la barre haut et la suite allait forcément être jugée à l’aune de celle-ci. Mais visiblement Brad n’est pas du genre à avoir le vertige !
Les Indestructibles 2 est un succès sur toute la ligne, même s’il n’est pas totalement parfait. Le scénario a su parfaitement trouver un prolongement logique et drôle au premier volet. Un modèle de rebond sur une première idée pour la développer, l’enrichir et nous réserver encore bien des surprises. Cependant, le scénario recèle aussi la faiblesse la plus flagrante du film : un rebondissement principal largement cousu de fil blanc. Certes, ce genre de film nous rend facilement indulgent pour ce type de défaut, mais cela empêche cette suite de posséder le même souffle épique que le premier épisode. Mais, le spectacle proposé reste tout de même particulièrement réjouissant.
Les Indestructibles 2 reste un spectacle familial puisque toutes les générations y trouveront un intérêt. Il faut être cependant adulte pour saisir toute la profondeur d’un humour parodique parfois assez subtil. C’est ça qui fait la force de l’œuvre de Brad Bird, d’ouvrir sur le rêve et l’imaginaire, sans jamais être gnangnan. Le film vous offrira un vrai moment de détente, sans crampe au cerveau, mais sans non plus mettre ce dernier totalement en position arrêt. Un équilibre savoureux qui donne tout son piment à cette œuvre qui prouve que rassembler un large public ne signifie pas forcément tout avoir tiré vers le bas.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures Distribution : Walt Disney Studios Distribution Réalisation : Brad Bird Scénario : Brad Bird Montage : Stephen Schaffer Musique : Michael Giacchino Directeur artistique : Ralph Eggleston Durée : 118 min
Casting : Craig T. Nelson : Robert Parr / Mr Indestructible Holly Hunter : Helen Parr / Elastigirl Sarah Vowell : Violet Parr Huck Milner : Dashiell « Dash » Parr / Flèche Samuel L. Jackson : Lucius Best / Frozone Brad Bird : Edna Mode Jonathan Banks : Rick Dicker Bob Odenkirk : Winston Deavor Catherine Keener : Evelyn Deavor Sophia Bush : Voyd Isabella Rossellini : l’Ambassadrice John Ratzenberger : le Démolisseur
Le Polar à la française est souvent une affaire d’hommes et de femmes. Bref, de personnages. Le portrait dressé du flic ou du voyou, l’analyse de leur psychologie compte au moins autant et souvent plus que la simple résolution d’un mystère ou le récit d’une traque. Paul Sanchez est revenu ! se situe dans cette pure tradition. Cependant, pour fonctionner, un tel film doit offrir au spectateur des personnages forts, suffisamment pour que l’on se soucie de leur sort. Et il n’est jamais évident de rendre attachants des figurent de flic ou de voyou. Surtout quand on fait des choix aussi hasardeux que Patricia Mazuy.
En effet, entre le pauvre type clairement mythomane (je ne spoile même pas, on le comprend immédiatement) et la flic quelque peu limitée (différente si on veut rester politiquement correct), on assiste à un duel entre deux protagonistes qui ne nous inspire pas grand chose, sinon une forme de compassion proche de la gêne. Si le spectateur se trouve mal à l’aise en regardant Paul Sanchez est Revenu !, ce n’est pas à cause d’une tension narrative particulièrement prenante, c’est juste que les personnages font clairement pitié et on a hâte que le film s’achève pour que s’achève leur calvaire. Du coup, impossible de vraiment rentrer dans cette histoire de toute façon hautement improbable.
Paul Sanchez est Revenu ! est donc un film raté. L’idée de base n’était pas totalement inintéressante, mais n’est jamais exploitée de manière à surprendre ou enthousiasmer le spectateur. Laurent Laffite et Zita Hanrot ne ménagent pourtant pas leurs efforts pour donner vie à leurs personnages. Mais c’est vraiment dans l’essence même de ces derniers que réside le problème. Leur interprétation est irréprochable. De plus, le film s’étire beaucoup trop en longueur pour le peu d’intérêt qu’il présente, annihilant tout souffle narratif qui aurait pu porter un tant soit peu le spectateur. Aucun film ne se remet d’un scénario aussi mal écrit. Pas plus ce film qu’un autre.
LA NOTE : 7/20
Fiche technique : Réalisation : Patricia Mazuy Scénario : Patricia Mazuy et Yves Thomas, d’après une idée originale d’Yves Thomas Décors : Thierry François et Dorian Maloine Costumes : Khadija Zeggaï Photographie : Frédéric Noirhomme Son : Jean-Pierre Duret, Jean Mallet et Luc Thomas Montage : Mathilde Muyard Musique : John Cale Production : Patrick Sobelman Coproducteurs : Saïd Ben Saïd et Gilles Sitbon Durée : 110 minutes
Casting : Laurent Lafitte : Paul Sanchez Zita Hanrot : Marion Idir Chender : Yohann Poulain Philippe Girard : le commandant Anthony Paliotti : le gendarme Gaspard Achille Reggiani : le gendarme Boris Anne-Lise Heimburger : la femme de Paul Sanchez Norah Krief : Laëtitia Luc Palun : le garagiste
Une bande-annonce a pour but premier de donner envie aux spectateurs de venir voir le film en question. En tant que militant politique et ayant un métier fortement orienté communication, je sais à quel point il faut savoir parfois déformer quelque peu la vérité pour donner envie. L’omission reste peut-être le travers le plus pardonnable, puisque, techniquement, on ne ment pas. On n’en voudra donc pas trop à ceux qui ont monté la bande-annonce de Roulez Jeunesse, qui, à travers elle, semblait être une pure comédie, très orientée premier degré. Il se révèle finalement être bien plus que cela. Et de plus, la surprise est vraiment bonne.
Roulez Jeunesse est un film qui vous fera passer par beaucoup d’émotions contrastées. On rit souvent, surtout dans la première moitié. On finira ensuite par pleurer. Ce glissement progressif se fait à chaque fois que l’on découvre un nouvel élément de l’intrigue, quand le point de départ prêtait avant tout à sourire. Cette évolution est menée avec une réelle intelligence, sans à-coups, et avec une réelle crédibilité. Le scénario n’est pas dénué d’ambition, mais parvient à ne pas tomber dans l’excès ou la maladresse. Le spectateur apprécie vraiment ce lent changement de cap plutôt inattendu. Quand un film donne plus que ce que l’on était venu chercher, comment être déçu ?
Roulez Jeunesse marquera sans doute un tournant dans la carrière d’Eric Judor. Comme son ancien compère Ramzy Bedia, il prouve qu’il peut être à l’aise dans des rôles un peu plus complexes que celui d’ahuri un peu naïf. Le film le prouve d’autant plus que c’est exactement ce qu’est son personnage au départ. Et comme l’intrigue, on le verra évoluer, en même temps que le jeu de son interprète. Il ne livre pas non plus une interprétation bouleversante. Mais sans doute, beaucoup de réalisateurs auront noté qu’il est possible de lui proposer autre chose. Le reste du casting est également excellent, avec une mention spéciale pour les deux enfants qui savent se montrer aussi attachants qu’horripilants parfois. Entre surprise et tromperie, la frontière est parfois mince. Mais ce film fait incontestablement partie de la première catégorie.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : SRAB films, Rectangle productions, France 2 cinéma Distribution : Le Pacte Réalisation : Julien Guetta Scénario : Julien Guetta, Dominique Baumard Montage : Jean-Christophe Bouzy Photo : Marion Burger, Benjamin Roux Musique : Thomas Krameyer Durée : 84 mn
Casting : Eric Judor : Alex Laure Calamy : Nelly Brigitte Roüan : Antoinette Ilan Debrabant : Kurt Louise Labeque : Tina Marie Kremer : Prune Satya Dusaugey : Philippe Déborah Lukumuena : Lou
C’est l’histoire d’un mec qui téléphone… Voilà, fin de la critique… Vous trouvez ça un peu court ? Pourtant objectivement, cela pourrait parfaitement résumer The Guilty puisque ce film ne comporte quasiment que des plans où son personnage principal est en train de téléphoner. Dis comme ça, on voit mal comment il pourrait ressembler à un thriller captivant. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car c’est bien ce qu’il est, grâce à beaucoup d’intelligence et une interprétation convaincante de son premier rôle. Une curiosité cinématographique certes, mais avant tout un bon film.
Evidemment, le personnage principal de The Guilty n’est pas au standard de Pizza Hutt et tout le suspense ne repose pas sur le fait de savoir si la 4 fromages va être livrée à temps ou pas. Il travaille au standard de la police et quand une femme appelle pour faire comprendre qu’elle en train de se faire enlever, il va tout faire pour dénouer les fils du mystère et l’aider sans quitter son poste. L’intérêt de The Guilty repose donc entièrement sur la qualité de son scénario et certainement pas sur le caractère spectaculaire des images. Ceci n’est pas vraiment la normes des longs métrages que l’on peut voir sur nos écrans. Il s’agissait donc d’un pari, mais un pari réussi et assez brillamment l’avouer. Certes, ce choix imposait forcément des limites, mais Gustav Möller a sur tiré le meilleur de la liberté qu’il lui restait.
En effet, livrer des images qui n’ont rien de spectaculaires ne veut surtout pas dire que l’on ne peut pas soigner sa réalisation. C’est même nécessaire, sous peine de donner à son film un caractère statique pouvant facilement conduire à l’ennui. Mais Gustav Möller parvient à jouer sur les types de plan et les angles de prise de vue pour vraiment faire vivre sa narration. Il parvient surtout à vraiment nous faire partager l’état d’esprit du personnage remarquablement interprété par Jakob Cedergren. Cette dimension du film joue d’ailleurs un rôle important dans l’histoire qui se révèle beaucoup plus riche que ce que l’on pouvait imaginer au départ. Et tout cela fait de The Guilty un peu plus qu’un simple exercice de style réussi.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Gustav Möller Scénario : Gustav Möller et Emil Nygaard Albertsen Photographie : Jasper Spanning Montage : Carla Luffe Heintzelmann Musique : Carl Coleman et Caspar Hesselager Pays d’origine : Danemark Durée : 85 minutes
Casting : Jakob Cedergren : Asger Holm Jessica Dinnage : Iben Johan Olsen : Michael, le mari d’Iben Katinka Evers-Jahnsen : Mathilde, la fille d’Iben et Michael Omar Shargawi : Rashid, le coéquipier d’Asger Jeanette Lindbæk : le responsable de la zone nord de Seeland Jakob Ulrik Lohmann : Bo Simon Bennebjerg : le junkie Laura Bro : la journaliste
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