
Si vous allez voir I Feel Good pensant aller voir une comédie où tout est à prendre au premier degré, vous ferez à coup sûr parti des déçus. Mais si vous êtes prêt à tomber sous le charme d’une histoire sortant des sentiers battus, alors n’hésitez plus. On retrouve un univers peuplé de « petites gens », un peu cassés, un peu paumés, mais particulièrement attachants. Des personnages profondément imparfaits, mais sur lesquels Gustav Kervern et Benoît Delépine posent un regard plein de tendresse et de douceur. Ils ne tombent jamais dans le misérabilisme, riant avec leurs personnages, jamais de leurs personnages. Alors on entre dans cette histoire comme dans le peignoir que porte Jean Dujardin au début du film.

LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisation et scénario : Gustave Kervern et Benoît Delépine
Assistant réalisateur : Gérard Bonnet
Décors : Madphil, assisté de Ludovic Eberling
Costumes : Agnès Noden
Directeur de la photographie : Hugues Poulain
Montage : Stéphane Elmadjian, assisté de Matthilde Carlier
Son: Guillaume Le Braz
Montage son : : Axel Steichen
Musique : Les Motivés2
Producteurs : Benoît Delépine, Marc Dujardin et Gustave Kervern
Producteur associé : Charles-Édouard Renault
Directeur de production : Philippe Godefroy
Durée : 103 min
Casting :
Jean Dujardin : Jacques Pora
Yolande Moreau : Monique Pora
Jean-Benoît Ugeux : Vincent
Joseph Dahan : Manu
Lou Castel : Gregory
Jean-François Landon : Jean-François,
Jana Bittnerova : Béatrice
Elsa Foucaud : Corinne
Oleg Kupchik : le docteur Ursus
Xavier Mathieu : Poutrain
Marius Bertram : Mario
Joël Seria : M. Pora
Jeanne Goupil : Mme Pora
Frédéric Felder : Tarzan
Le rire représente un vecteur puissant pour faire passer des messages, même, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les plus dramatiques. Un vecteur cependant quelque peu délicat à manipuler, qui peut vite se retourner contre son auteur et décrédibiliser tout son propos. Mais quand on a le talent de Spike Lee, on est à l’abri de ce genre de mésaventure. La preuve avec BlacKkKlansman, un film basé sur des faits réels qui nous arrachera de très nombreux sourires, avant de nous rappeler très brutalement à la réalité. Un choc final qui donne une autre dimension à ce film par ailleurs très réussi.
Le tout aurait pu donner un film particulièrement léger si Spike Lee ne nous rappelait pas à la fin que certains combats sont loin d’être terminés. Et nous rappeler surtout que si on peut en rire, ils peuvent encore coûter la vie à ceux qui les mènent. On ressort donc de BlacKkKlansman avec des émotions fortes et contrastées et surtout beaucoup de grain à moudre pour mener sa propre réflexion. Et il y a de quoi faire. Un film qui tire donc l’intelligence du spectateur de la vie, tout en ayant détendu auparavant ses zygomatiques, voici un cocktail savoureux et salutaire.
Le plus souvent, les étudiants au cinéma sont occupés à autre chose qu’étudier d’arrache-pied. En tout cas, leurs études constituent rarement le principal sujet du film. Mais il existe quelques exceptions, comme Première Année. Ce dernier rappellera quelques souvenirs aux étudiants en médecine et même à d’autres, comme les anciens élèves de classes préparatoires. Niveau nostalgie, ils se rappelleront du pire, mais aussi du meilleur de cette période où ils auront une stimulation intellectuelle inconnue à l’âge adulte. Par contre, pas sûr qu’ils apprécient cette histoire qui est loin d’échapper aux clichés.
Sans doute, Thomas Lilti pensait que remettre en scène Vincent Lacoste lui permettrait de retrouver tout ce qui avait d’Hippocrate une si belle réussite. Cela ne suffit pas, surtout que c’est son justement son personnage qui se met à boiter de plus en plus, entraînant avec lui tout le propos. Ce n’est certainement pas la faute de son interprète, mais ce dernier ne parvient pas non plus à sublimer le protagoniste auquel il donne vie. C’est finalement William Lebghil qui maintient Première Année à flot et permet à la vraie flamme d’intérêt que les premières minutes allument de ne jamais totalement s’éteindre. Mais tout de même pas au point d’allumer un vraie feu de joie.
Les personnages décalés, victimes de folie plus ou moins douce, peuvent être au centre de films aussi attachants que leur principal protagoniste. Mais ceci constitue aussi leur plus grande fragilité. En effet, si la connexion entre le spectateur et le personnage central ne se fait pas, alors c’est tout le film qui devient décevant. Difficile d’aimer une histoire quand on ne ressent pas de réel affection pour celui ou celle auquel elle est bâtie. C’est malheureusement ce qui m’est arrivé avec Thunder Road. Un film aux réelles qualités mais que je n’ai sans doute pas su apprécier à sa juste valeur.
Jim Cummings a évidemment mis beaucoup de lui dans ce film. Acteur principal, réalisateur, scénariste et même compositeur il n’a pas fait les choses à moitié pour son premier film. Mais peut-être nous livre-t-il une œuvre trop personnelle et oublie de penser au spectateur. Mais le tout manque de rythme, de punch et l’ennui guette. Pourtant, son jeu force l’admiration, sa réalisation ne manque pas d’élégance et le scénario est plutôt bien écrit. Mais quelque chose ne fonctionne pas. A moins que ça soit ma propre perception qui ait connu des ratés. Mais au cinéma, le spectateur que j’étais n’y a pas trouvé son compte.
La marginalité est un sujet singulier au cinéma. En effet, elle est souvent valorisée pour donner des personnages originaux et sympathiques. L’image du rebelle hors système donne facilement de bon héros attachant et positif. Heureusement, certains scénarios parviennent à sortir des raccourcis trop faciles et, sans pour autant devenir des éloges de la norme et du conformisme, nous montre les choses sous un jour un peu plus réaliste. C’est le cas de Leave No Trace. Un film qui pose une question qui n’a rien d’anodine. Quelle part de « folie » (au sens très large) avons-nous le droit d’imposer à nos enfants ?
Sa réalisation est sobre, mais elle possède un joli sens de la narration. On entre dans l’histoire progressivement en en comprenant peu à peu les tenants et les aboutissants, avant de proposer plusieurs péripéties ensuite. Le scénario de Leave No Trace est parfaitement construit. Elle sait aussi mettre parfaitement en lumière le jeu de ses acteurs sur lesquels le film repose largement. Ben Foster est peut-être un rien statique, mais c’est au final assez raccord avec son personnage. La vraie révélation de ce film reste Thomasin McKenzie, que l’on avait visiblement entraperçu dans le dernier volet de The Hobbit. Espérons que cela donne l’idée à d’autres réalisateurs de lui offrir d’autres jolis rôles pour d’autres jolis films.
On commence par une découverte, The Julie Ruin, un groupe américain originaire de New York, dont Hit Reset, sorti en 2016, est le deuxième album. Ce dernier part plutôt bien, nous offrant un rock énergique, bien qu’un peu brouillon. Malheureusement, c’est ce deuxième aspect qui va prendre le dessus pour frôler assez vite le n’importe quoi. Mais un n’importe quoi pas hyper intéressant. Ensuite, l’album devient plus sage, plus pop, plus maîtrisé, mais sans réellement devenir plus accrocheur. On retiendra tout de même le titre Roses More than Water.
Kanye West fait partie de ces noms que je connaissais, sans pour autant être capable de mettre un air ou une chanson sur leur musique. C’est chose faite après avoir écouté The Life of Pablo. Mais je me demande si j’ai bien fait car le résultat est relativement transparent et sans âme. Il fait bien preuve de maîtrise, mais le tout manque passablement de créativité et d’énergie. Il n’échappe pas au cliché de la voix modifiée par réverbération. Certes, il existe une grande variété dans les titres, mais rien n’accroche l’oreille entre le début et la fin.
De la Soul fait partie de ces noms qui me font sentir plus jeune. Ring Ring Ring a fait partie des titres qui ont marqué mon entrée dans l’adolescence. J’étais donc heureux de les retrouver avec And the Anonymous Nobody. Malheureusement, j’y ai trouvé surtout un hip-hop très statique, maîtrisé certes, mais sans aucune prise de risque. Le résultat est vraiment transparent. Même les titres qui font appel à d’autres artistes ne sortent pas du lot, bien qu’au final les morceaux présentent une certaine variété.
L’amour, fournisseur officiel d’histoire depuis l’aube de l’humanité. J’aime bien cette formule. Je l’ai trouvée en écrivant ma critique précédente et les bonnes idées méritent d’être exploité autant que possible. Surtout que cela colle parfaitement pour introduire la critique de Mademoiselle de Joncquières. Un film qui montre le caractère intemporel où un film du XXIème siècle donne vie à un récit du XVIIIème et nous permet de découvrir que la formule « tu me suis, je te fuis, tu me fuis, je te suis » (elle n’est pas de moi celle-là) ne date pas d’aujourd’hui. Elle nous offre surtout un film particulièrement plaisant.
Mademoiselle de Joncquières offre à Edouard Baer et Cécile de France l’occasion de vraiment s’amuser à donner vie à un texte aux allures classiques de manière fraîche et vivante. Ce film prouve surtout qu’Edouard Baer peut être à l’aise partout (on le savait déjà pour Cécile de France) et méritait certainement de s’aventurer dans des rôles qui le font sortir de sa zone de confort. La réalisation d’Emmanuel Mouret est elle aussi très classique, mais il parvient à faire oublier le manque évident de moyen en mettant parfaitement en valeur les costumes et les décors. Au final, il livre un joli divertissement qui donne de plus envie de se replonger dans l’œuvre de Denis Diderot.
A quoi reconnaît-on un grand cinéaste ? La réponse est relativement simple. Ce sont ceux qui réalisent des grands films. Et les très grands cinéastes ? Ce sont ceux qui réalisent de grands films toujours différents, quel que soit le budget, le sujet, le contexte. Jacques Audiard est définitivement un très grand cinéaste. Les Frères Sisters le prouve définitivement. Il aura parfaitement réussi son franchissement de l’Atlantique ne perdant rien de son âme, tout en tirant le meilleur du cinéma américain. Ce film constitue l’événement cinématographique de la rentrée et lance merveilleusement bien cette nouvelle saison de 7ème art.
Chaque plan de les Frères Sisters est finement ciselé par l’œil hors du commun de Jacques Audiard. Rien de franchement spectaculaire, mais une maîtrise totale et impressionnante. Il ne fait pas que mettre en scène son scénario, il le sublime par l’image. Tout comme il sublime la performance d’un casting hors du commun. Pour son premier film aux Etats-Unis lui permet de bénéficier d’une distribution qui ferait pâlir de jalousie l’immense majorité des réalisateurs de part le monde. Il serait injuste de départager le trio Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhall. Trois immenses stars qui rappellent ici pourquoi elles bénéficient de ce statut. N’oublions pas non plus Riz Ahmed, un éternel second rôle qui tient là un des plus marquants de sa carrière. Marquant par le rôle même et surtout la grandeur du film dans lequel il prend vie.
Faire jouer des acteurs non professionnels s’apparente parfois à une certaine forme de démagogie. Mais parfois cela donne un résultat étonnant de fraîcheur, de spontanéité et de crédibilité. C’est bien le cas de Shéhérazade qui met en scène des jeunes dont les parcours sont proches de ceux qu’ils interprètent. Une plongée assez vertigineuse dans les « quartiers » de Marseille et son lot de violence. Mais surtout un formidable films de personnages d’une grande humanité, jamais manichéen et parfaitement mis en scène. Bref, un joli moment de cinéma.
Le casting composé d’amateurs est réellement épatant. Leur investissement et l’énergie dont ils font preuve forcent le respect. Dylan Robert et Kenza Fortas forment à l’écran un duo qui vaut bien mieux que bien des couples de comédiens ayant pignon sur rue (et le cachet qui va avec). Mais de multiples seconds rôles sont du même acabit et font de Shéhérazade un film aux qualités artistiques remarquables. Car cette formidable interprétation est parfaitement mise en valeur par la réalisation nerveuse mais particulièrement adaptée à son sujet de Jean-Bernard Marlin. Il existe une réelle synergie entre tous ces éléments pour donner un résultat particulièrement brillant.
Après le prostitué accro au crack, la jeune Marocaine en plein déni de grossesse. Tout cela, dans la même soirée cinématographique. On imaginera facilement que j’en ai connues des plus légères et des plus enjouées. Mais j’en aurais aussi connues surtout des plus décevantes en termes de qualité. En effet, si Sauvage restait imparfait, Sofia est un film qui sort du lot pour plusieurs raisons. Certes, pas par son humour, mais il existe bien d’autres raisons pour apprécier un long métrage. En tout cas, il constitue une nouvelle preuve de la vitalité d’un cinéma nord africain qui retranscrit l’aspiration d’une jeunesse à la liberté et la disparition des carcans. Notamment ceux qui pèsent sur les rapports homme-femme.
La réalisation de Meryem Benm’Barek reste relativement sobre, sans effet de style spectaculaire. Mais elle sait mettre parfaitement en lumière les personnages et leurs émotions, qui constituent le ciment de cette histoire. Maha Alemi restera la jolie révélation de Sofia, donnant vie à son personnage avec un naturel déconcertant. Lubna Azabal attrape la lumière à l’écran de manière beaucoup plus forte que sa partenaire, mais tout cela colle parfaitement avec la personnalité des deux protagonistes qu’elles incarnent. Elles donnent le ton d’un casting qui est tout entier sur ce registre. Ils contribue tous à faire de ce film infiniment plus riche que les moyens (et l’exposition médiatique) dont il a visiblement bénéficier.
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