CEUX QUI TRAVAILLENT : En altitude

ceuxquitravaillentafficheLes rapports professionnels et le chômage sont des sujets classiques du cinéma français. Ces sujets sont le plus souvent traités à l’échelle d’un destin individuel. Les grands films politiques sont plutôt l’apanage du cinéma américain. Ceux qui Travaillent semble à première vue rentrer dans la première catégorie. Mais il tente cependant de livrer un propos beaucoup plus large. Et c’est finalement quand il prend de la hauteur que le film trouve son principal intérêt, au-delà de ses réelles faiblesses.

L’histoire d’un homme perdant son travail et devant affronter le regard de sa famille et de ses proches est somme toute particulièrement classique. Dans Ceux qui Travaillent, ce sont les événements qui conduisent à cette perte d’emploi qui le sont nettement moins. Ils servent de base à une réflexion plus générale sur notre rapport au travail et surtout sur notre société de consommation et le prix à payer pour la faire vivre. Un prix souvent payé par d’autres que ceux qui en profitent. Malheureusement, tout cela émerge au milieu de nombreuses séquences qui s’apparentent à des clichés ou même de passages et de dialogues guère crédibles.

ceuxquitravaillentCeux qui Travaillent se montre très décevant pendant une moitié du film. Puis, on assiste à un monologue d’Olivier Gourmet. Le propos prend alors de la hauteur et retrouve un supplément d’intérêt. Mais surtout, le talent d’Olivier Gourmet peut enfin donner toute sa mesure. Son personnage s’épaissit en même temps que le propos prend gagne en altitude. Il prouve une nouvelle fois qu’il tient désormais plus du monstre sacré que du simple acteur. Cela reste cependant insuffisant pour ne pas se montrer quelque peu déçu. Le film aurait pu posséder une dimension toute autre. Il donne en tout cas de quoi réfléchir. Ce qui n’est pas rien.

LA NOTE : 10,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Antoine Russbach
Scénario : Antoine Russbach et Emmanuel Marre
Photographie : Denis Jutzeler
Durée :

Casting :
Olivier Gourmet : Frank
Adèle Bochatay : Mathilde
Delphine Bibet : Nadine
Pauline Schneider : Hilde
Sabine Timoteo : Valentine
Michel Voïta : Jérémy

DOWNTON ABBEY : For fans only

downtonabbeyafficheJe suis le premier à relativiser certaines de mes critiques de films qui s’adressent avant tout à un public qui connaît déjà l’univers dans lequel il se déroule. Forcément, le regard entre le fan qui le connaît déjà sur le bout des doigts et le novice n’est pas du tout le même. D’habitude, je me trouve dans la position du fan et je dois reconnaître que mon enthousiasme est tout relatif. En allant voir Downton Abbey, série dont je n’ai jamais vu un seul épisode et dont je ne savais pas grand chose, je me suis retrouvé dans la situation exactement inverse. Evidemment, quand il vous manque six saisons, vous n’attaquez pas une histoire en ayant toutes les armes pour l’apprécier.

Etre jeté directement dans le grand bain ne constitue pas toujours, voire jamais, la meilleure façon d’apprendre à nager. Mettre un orteil après l’autre dans l’eau représente souvent une façon beaucoup plus adéquate de se faire la main. Donc plonger dans un univers complexe, peuplé d’une foule de personnages, sans aucune scène d’introduction de qui ou quoi que ce soit, ressemble plus à une noyade qu’à un apprentissage accéléré. Certes, j’ai terminé Downton Abbey en comprenant qui est qui, mais sans savoir eu le temps, ni l’occasion de s’attacher à eux. Et du coup, difficile de trouver le moindre charme à cette histoire quasiment entièrement basée sur eux.

downtonabbeyLe casting est de haut niveau pour une série, mais pour le coup particulièrement impressionnant pour un long métrage. Difficile donc de se raccrocher à quoi que ce soit pour apprécier Downton Abbey. On peut évidemment apprécier la beauté des costumes, la grande classe des décors, mais cela reste toute de même un peu faible pour rester deux heures dans une salle obscure et y prendre du plaisir. Le regard de ceux qui connaissent déjà la série est sûrement différent, car tout semble parfaitement rodé et maîtrisé dans ce film. Mais ma méconnaissance ne m’a pas permis d’y voir le moindre souffle et la moindre âme.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : Carnival films, Focus Features, Perfect World Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Michael Engler
Scénario : Julian Fellowes
Montage : Mark Day
Photo : Ben Smithard
Décors : Donal Woods
Musique : John Lunn
Durée : 123 min

Casting :
Michelle Dockery : Mary Crawley
Hugh Bonneville : Robert Crawley
Maggie Smith : Violet Crawley
Elizabeth McGovern : Cora Crawley
Allen Leech : Tom Branson
Imelda Staunton : Maud Bagshaw
Robert James-Collier : Thomas Barrow
Jim Carter : Charles Carson
Laura Carmichael : Edith Crawley

UN JOUR DE PLUIE A NEW YORK : Back home

unjourdepluieanewyorkafficheChaque année, inexorablement, revient le Beaujolais nouveau. C’est un repère, un rituel, qui marque le cours des années. Au cinéma, c’est un peu la même chose avec le Woody Allen nouveau. Sauf que ses films sont nettement plus savoureux que la piquette infâme au goût de banane. Une nouvelle preuve avec Un Jour de Pluie à New York. Un plat particulièrement léger, mais avec cette petite pointe d’épice qui fait toute la différence. Une nouvelle ode à une des grandes cités de ce monde, après Londres, Rome et Paris. Un film qui permet au réalisateur de revenir chez lui. Et quoi de mieux que de se sentir chez soi ?

Un Jour de Pluie à New York est un vaudeville des plus classiques. Il est également dans sa forme un Woody Allen des plus classiques. Bref, pas de grande surprise ou d’originalité délirante donc, mais la parfaite maîtrise d’un réalisateur qui n’a plus rien à prouver depuis longtemps. Un grand classicisme ne signifie en rien une qualité moyenne. Ce film se démarque par bien des points des productions les plus courantes. Un humour subtil et incisif tout d’abord, qui se moque des New-Yorkais pour mieux nous faire aimer New York. Un vrai sens de la narration, et en particulier de son rythme, qualité indispensable pour vrai bon vaudeville.

unjourdepluieanewyorkEnfin, il se démarque par ce qui a fait depuis toujours le génie de Woody Allen, à savoir la direction d’acteurs. Il offre à Timothée Chalamet un nouveau très beau rôle, qui confirme que le franco-américain ne bénéficie pas encore d’une renommée à la hauteur de son talent. Elle Fanning se montre une nouvelle fois parfaite dans l’univers de Woody Allen. Le film donne également l’occasion à quelques comédiens de premier range de se moquer avec une certaine tendresse du milieu du cinéma indépendant, avec beaucoup d’ironie, de conviction et surtout eux aussi de talent. Tout cela concourt à faire de Un Jour de Pluie à New York une petite douceur cinématographique qui se laisse croquer avec plaisir.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Gravier Productions, Perdido Productions
Distribution : Mars Films
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photo : Vittorio Storaro
Décors : Santo Loquasto
Durée : 92 min

Casting :
Timothée Chalamet : Gatsby Welles
Elle Fanning : Ashleigh
Liev Schreiber : Roland Pollard
Jude Law : Ted Davidoff
Selena Gomez : Chan
Diego Luna : Francisco Vega

AD ASTRA : 2019, l’Odysée de Brad Pitt

adastraafficheIl vaut mieux souvent la qualité que la quantité. Voilà ce que doit se dire James Gray. Entre chacun de ses films passent généralement plusieurs années. Mais c’est le plus souvent pour nous proposer de grands et beaux longs métrages. Peu de réalisateurs possèdent son talent et son sens profond de l’esthétique. Avec Ad Astra, il prouve une nouvelle fois sa capacité à proposer des images sublimes au service d’un propos d’une grande profondeur. Mais il nous rappelle aussi que la perfection n’est pas de ce monde. En effet, peut lui reprocher une nouvelle fois un sens de la narration parfois un peu défaillant.

Ad Astra restera à n’en pas douter un des meilleurs films de cette année cinématographique. On pourra cependant regretter d’être passé si près d’un immense chef d’œuvre. En effet, l’histoire, et notamment le dénouement, est pollué par des petits détails pas du tout crédibles, même pour ceux, qui comme moi, ne sont pas ingénieur aérospatial. C’est dommage car cela vient couper l’émotion dans son élan. Un élan pourtant puissant, impulsé par une histoire aussi passionnante que magnifique et des images sublimes. Ce n’est certes pas la première fois que l’espace intersidéral sert de base à une réflexion quelque peu ésotérique sur le sens de la vie (2001, Interstellar…), mais celui-ci à quelque chose de singulier du fait de la personnalité artistique affirmée de son réalisateur.

adastra2019 restera une année marquante dans la carrière de Brad Pitt, qui en a pourtant connu d’autres. Après sa prestation déjà remarquée dans le dernier film de Quentin Tarantino, il tient avec Ad Astra un nouveau très grand rôle. Du genre de ceux qui rapportent des Oscars ! En tout cas, il rappelle une nouvelle fois pourquoi il est un tel monstre sacré, faisant preuve d’un talent et d’un charisme hors du commun. Et cette fois, pas de Leonardo pour capter l’attention à ses côtés. C’est bien lui et lui seul qui illumine l’écran. Brad Pitt et James Gray forment donc un duo parfait (ou presque) pour nous guider vers les étoiles. On est heureux de faire ce voyage avec eux et à peine le voyage terminé, on a très envie de repartir. Mais avec James Gray, on sait que l’on devra patienter encore quelques temps !

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : New Regency Pictures, Bona Film Group, Keep Your Head, MadRiver Pictures, Plan B Entertainment, RT Features
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : James Gray
Scénario : James Gray, Ethan Gross
Montage : John Axelrad, Lee Haugen
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Kevin Thompson
Musique : Max Richter
Durée : 122 min

Casting :
Brad Pitt : Roy McBride
Liv Tyler : Eve McBride
Tommy Lee Jones : Clifford McBride
Ruth Negga : Helen Lantos
Donald Sutherland : Colonel Pruitt
Anne McDaniels : Shunga Hologram
John Ortiz : General Rivas

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU : De braise

portraitdelajeunefilleenfeuafficheLes arts peuvent se sublimer mutuellement quand ils se mélangent. Certaines associations se font tout naturellement, comme le cinéma et la musique, qui sont souvent intimement liés. Par contre, tout pourrait opposer la peinture et le cinéma. L’image statique contre l’image animée. Pourtant, la création picturale nous a offert bien de beaux et grands films. Une nouvelle preuve avec Portrait de la Jeune Fille en Feu. Certes, les thèmes abordés sont bien plus nombreux et le propos plus large, mais force est de constater que c’est bien à travers des moments de création que l’intrigue prend toute sa dimension.

Céline Sciamma et Adèle Haenel se sont révélées en même temps en 2007 avant Naissance des Pieuvres. Les voilà à nouveau réunies et on ne peut que souligner la synergie qui continue d’exister entre la réalisatrice et son actrice. Mais Portrait de la Jeune Fille en Feu repose sur un trio de grand talent, puisque Noémie Merlant porte elle aussi une grande partie de ce film sur ses épaules. Il s’agit là d’une vraie et belle révélation, pour une actrice qui n’avait jusqu’alors connu que des seconds rôles et souvent dans des films passés relativement inaperçus. L’histoire reposant très fortement sur les émotions et les sentiments traversant les personnages, la qualité de l’interprétation constitue un élément central de ce film et explique largement pourquoi il est aussi réussi.

portraitdelajeunefilleenfeuPortrait de la Jeune Fille en Feu est également un beau film. Céline Sciamma fait preuve d’un sens de l’image assez rare pour être souligné. Les cadrages, la photographie, le montage, tout concourt à sublimer le jeu de ses actrices, à souligner la force des troubles qui les saisissent et à capter toute l’attention du spectateur. On est réellement plongé dans un univers qui aurait pu se révéler tristement statique, vu le sujet. Le ressort principal du scénario, l’amour interdit et impossible, n’a vraiment rien de nouveau, mais il trouve là une nouvelle très belle incarnation, pleine de force et d’intensité. Un film tout aussi brûlant que son titre pouvait le laisser penser.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Lilies films, Arte France cinéma, Hold-Up films
Réalisation : Céline Sciamma
Scénario : Céline Sciamma
Montage : Julien Lacheray
Photo : Claire Mathon
Décors : Thomas Grézaud
Distribution : Pyramide distribution
Musique : Jean-Baptiste de Laubier, Arthur Simonini
Durée : 120 min

Casting :
Adèle Haenel : Héloïse
Noémie Merlant : Marianne
Luàna Bajrami : Sophie : La comtesse

CA : CHAPITRE 2 : Ah Ca ira !

cachapitre2afficheCa : Chapitre 1 avait constitué une excellente surprise. L’œuvre culte de Stephen King ne s’annonçait pas facile à adapter de manière convaincante. La première partie s’était montrée à la hauteur, mais au prix d’un choix fort…et discutable. En effet, en traitant uniquement de la partie « enfance » de l’histoire, elle brisait un des principaux intérêts du roman, à savoir les allers et retours constants entre deux époques. Malgré cela, le film fonctionnait assez bien et on se montrait particulièrement curieux de la manière dont le scénario traiterait la partie « adulte » dans Ca Chapitre 2 pour rendre le résultat tout aussi convaincant. Mais en reniant le choix initial, l’histoire ne possède plus tout à fait la même force.

La tentation était trop grande pour ne pas finalement y revenir. En effet, Ca : Chapitre 2 nous propose bien des allers et retours constants entre les deux époques. Mais que reste-t-il à raconter pour la partie enfance ? Rien de terriblement nouveau en tout cas et les nombreuses scènes du film nous ramenant dans le passé sentent passablement le réchauffé. C’est vraiment regrettable car le récit adulte est vraiment réussi, apporte un souffle nouveau et permet vraiment à l’histoire de rebondir. Mais une fois dit cela, je me dois d’admettre que malgré les 2h50 du film, je n’ai pas du tout vu le temps passer. Je ne peux donc pas me montrer totalement critique face à un film qui m’aura tout de même fait perdre la notion du temps, porté par une tension permanente, qui fait parfois fermer les yeux de peur de voir ce qui va se passer ensuite.

cachapitre2Ca : Chapitre 2 provoquait également une certaine impatience par la qualité de son casting. En misant sur Jessica Chastain et James McAvoy, le film comptait sur le prestige deux des stars les plus en vogue à Hollywood pour garantir son succès. Il est vrai qu’ils apportent un supplément de qualité dans l’interprétation qui tranche avec la plupart des films de ce genre. Mais la grande star reste bien Bill Skarsgård, grimé en clown toujours aussi terrifiant. Les effets spéciaux s’avèrent de grande qualité, alors même que le film cherche à se montrer encore plus spectaculaire que le premier volet. Tout ceci facilite l’immersion totale du spectateur dans cet univers inquiétant. Enfin, encore plus inquiétant que ce que peut être l’Amérique profonde à la base. Ce n’est pas peu dire !

LA NOTE : 12/20

Réalisation : Andrés Muschietti
Scénario : Gary Dauberman, d’après le roman Ça de Stephen King
Direction artistique : Paul D. Austerberry
Décors : Nigel Churcher
Costumes : Luis Sequeira
Photographie : Checco Varese
Montage : Jason Ballantine
Musique : Benjamin Wallfisch
Production : Roy Lee, Dan Lin et Barbara Muschietti
Coproduction : Jason Fuchs
Production déléguée : Richard Brenner, Marty P. Ewingn, Seth Grahame-Smith, David Katzenberg et Dave Neustadter
Durée : 170 minutes

Casting :
James McAvoy : William « Bill » Denbrough
Jaeden Lieberher : Bill Denbrough, jeune
Jessica Chastain : Beverly « Bev » Marsh
Sophia Lillis : Beverly Marsh, jeune
Bill Hader : Richard « Richie » Tozier
Finn Wolfhard : Richie Tozier, jeune
James Ransone : Edward « Eddie » Kaspbrak
Jack Dylan Grazer : Eddie Kaspbrak, jeune
Jay Ryan: Benjamin « Ben » Hanscom
Jeremy Ray Taylor : Ben Hanscom, jeune
Isaiah Mustafa : Michael « Mike » Hanlon
Chosen Jacobs : Mike Hanlon, jeune
Andy Bean : Stanley « Stan » Uris
Wyatt Oleff : Stanley Uris, jeune
Bill Skarsgård : Robert « Bob » Gray / Grippe-sou
Javier Botet : Hobo, le Lépreux / la Sorcière
Jackson Robert Scott : Georgie Denbrough
Joan Gregson : Madame Kersh
Owen Teague : Patrick Hockstetter
Teach Grant : Henry Bowers
Nicholas Hamilton : Henry Bowers, jeune
Xavier Dolan : Adrian Mellon
Taylor Frey : Don Hagarty
Jake Weary : John « Webby » Garton
Erik Junnola : Steve Dubay
Connor Smith : Christopher Unwin
Molly Atkinson : Sonia Kaspbrak / Myra
Jess Weixler : Audra Philipps
Will Beinbrink : Tom Rogan
Stephen Bogaert : Alvin Marsh

TU MERITES UN AMOUR : Tout le mérite pour Hafsia Herzi

tumeritesunamourafficheIl est des artistes qui gagnent à être connus et reconnus. Hafsia Herzi en fait partie. On avait déjà pu entrapercevoir ses talents de comédiennes à travers plusieurs seconds rôles, notamment dans les films d’Abdelatif Kechiche. Avec Tu Mérites un Amour, on découvre qu’elle possède tout l’envergure nécessaire pour occuper un premier et beau rôle, mais surtout qu’elle est aussi un réalisatrice prometteuse, en même temps qu’une scénariste particulièrement douée et même une productrice de qualité. Bref, beaucoup de cordes à l’arc d’une jeune femme qui pourrait bien compter pour le cinéma français dans les années qui viennent. En tout cas, ce premier film est vraiment réussi et donne envie qu’il ne soit que le premier d’une longue filmographie.

Tu Mérites un Amour est un film sur… l’amour. Sans déconner ? Mais ne vous attendez surtout pas à un film fleur bleu et gentillet. L’amour dont on parle ici est celui qui peut détruire, vous pousser irrésistiblement vers quelqu’un qui vous fait du mal, mais dont on ne peut se détacher. Cependant, le propos n’est pas totalement sombre. Il porte avant tout sur la difficulté, mais par la même la possibilité, de se reconstruire, de retrouver la confiance et l’assurance indispensables pour enfin aimer quelqu’un qui vous apprécie à votre juste valeur. Difficile de ne pas voir dans cette histoire des échos d’une situation auquel on a assisté, dans sa propre existence, en tant que spectateur ou même évidemment en tant qu’acteur.

tumeritesunamourHafsia Herzi illumine l’écran de sa grâce discrète, mais profondément touchante. Elle incarne son personnage avec une grande justesse, donnant vie à beaucoup d’émotions contrastées, avec conviction, mais sans en faire trop. Et surtout, Hafsia Herzi la réalisatrice sait parfaitement mettre en valeur Hafsia Herzi la comédienne… et tout le reste du casting. Tu Mérites un Amour révèle un vrai talent de mise en scène. Au final, c’est Hafsia Herzi la scénariste qui se heurte à quelques limites. Si la narration est bien construite et fait preuve d’une mesure qui le rend parfaitement crédible, elle manque peut-être parfois d’un rien de force et d’élan qui prendrait aux tripes. Par contre, l’alternance, réussie, de tragique et de comique se révèle assez audacieuse, car elle aurait pu facilement déséquilibrer le propos. Il n’en est rien, bien au contraire, et fait de ce film une œuvre profondément touchante.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Les films de la bonne mère, Wild Bunch
Réalisation : Hafsia Herzi
Scénario : Hafsia Herzi
Montage : William Wayolle
Photo : Jérémie Attard
Distribution : Rezo films
Musique : Nousdeuxtheband
Durée : 109 min

Casting :
Hafsia Herzi : Lila
Djanis Bouzyani : Ali
Jérémie Laheurte : Rémi
Anthony Bajon : Charly
Sylvie Verheyde : Ava
Karim Ait M’Hand : Aymen
Myriam Djeljeli : Myriam
Alexander Ferrario : Sergio
Jonathan Eap : Jonathan

DEUX MOI : Chacun cherche son Klapisch

deuxmoiafficheCédric Klapisch est un réalisateur plutôt sympathique, qui fait des films sympathiques, qui peuvent même devenir culte à l’occasion (l’Auberge Espagnole en particulier). Sa filmographie ne compte pas de grands chefs d’œuvre, mais la qualité constante de son travail fait de lui un réalisateur qui compte. Il fait incontestablement partie du club restreint des réalisateurs dont on va voir le nouveau film en disant « je vais voir le dernier… ». En allant voir Deux Moi, je me suis effectivement dit que j’allais voir le dernier Klapisch. Et comme d’habitude, sans être totalement bouleversé par la qualité du film, j’aurais passé un moment fort agréable. Et j’espère sincèrement que ce ne sera pas le dernier.

Deux Moi, comme son nom l’indique, est un film centré sur des personnages qui se comptent au nombre de deux. Le Moi en question est bien le moi freudien, avec deux protagonistes en quête d’eux-mêmes. C’est peut-être moins trépidant que des quêtes héroïques, pleines d’aventures et de dangers, mais au moins cela pourra parler à tout un chacun. Les deux personnages se montrent immédiatement attachants, assez en tout cas pour s’intéresser tout de suite à cette histoire. Et comme l’attachement ne fait que grandir, l’intérêt du spectateur ne faiblit jamais. Cela compense largement un fond narratif un peu léger, au bon sens du terme… mais aussi dans un sens un peu plus péjoratif. C’est plus plaisant que réellement profond.

deuxmoiDeux Moi offre deux beaux rôles à deux comédiens qui ont le vent en poupe. Ana Girardot et François Civil tiennent là des rôles qui semblent faits sur mesure. Ils donnent vie à leur personnage avec une certaine grâce, même si on aurait aimé les voir poussés plus loin dans leurs derniers retranchements. On retiendra aussi les deux beaux seconds rôles interprétés par Camille Cottin et François Berléand, qui ne sont pas loin d’être les vraies stars de ce film. Cédric Klapisch nous livre une réalisation relativement élégante, même si on l’a connu plus imaginatif. Cela résume au final ce film, où le réalisateur nous offre ce qu’il sait faire de mieux, ce qui n’est pas peu dire, sans avoir pris de vrais risques.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Ce qui me meut, France 2 Cinéma, Studio Canal
Distribution : Studio Canal
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Montage : Valentin Féron
Photo : Élodie Tahtane
Son : Cyril Moisson
Musique : Loïk Dury, Christophe Minck
Durée : 110 min

Casting :
Ana Girardot : Mélanie
François Civil : Rémyc
François Berléand : le psy de Rémy
Camille Cottin : la psy de Mélanie
Eye Haïdara : la collègue de Rémy
Pierre Niney : « Disque dur »

LES HIRONDELLES DE KABOUL : Loin du printemps

leshirondellesdekaboulafficheOn associe facilement le cinéma d’animation avec l’enfance, l’humour et la légèreté. Bon tous ceux qui ont vu le Tombeau des Lucioles ou Valse avec Bachir savent qu’il peut aussi rimer avec gravité et drame. Ceux qui verront les Hirondelles de Kaboul en seront définitivement convaincus. Ce joli moment d’animation, sous la direction de Zabou Breitman, nous emmène au cœur de l’Afghanistan du temps où les Talibans régnaient en maîtres dans la capitale. Autant vous dire que cela ne ressemblait pas vraiment au Club Med, surtout pour les femmes éprises de liberté et d’art, comme l’héroïne de cette histoire. Mais la tyrannie aura brisé bien des destins et ces quelques images animées leur rend un très bel hommage.

Les Hirondelles de Kaboul semble être dans un premier temps un film chorale. Le scénario finira par relier tous les fils de l’histoire pour montrer à quel point l’horreur aura touché l’ensemble des Afghans, quels que soient leur âge ou leur histoire. La narration nous fait découvrir peu à peu qui ils sont. Assez progressivement pour maintenir éveillé la curiosité du spectateur, sans en faire trop pour respecter la gravité du sujet. Dans ce film, se mêlent l’humain et l’inhumain, c’est ce qui fait sa force et sa richesse. On y trouve des bons et des méchants, des victimes et des bourreaux, mais sans manichéisme. Chaque personnage possède sa zone grise, ce qui le rend soit terriblement attachant, soit terriblement effrayant.

leshirondellesdekaboulGraphiquement, les Hirondelles de Kaboul nous plonge dans un univers aux couleurs pastels, les couleurs vives semblant avoir disparu de la vie des personnages. Le trait est dessiné « à la main », très loin des images de synthèse. Le contours des visages n’est jamais net, comme si la vie avait jeté un voile sur eux, même quand ils n’ont pas à porter un voile de tissu. Il y a une réelle synergie entre le dessin et le sujet. Le casting voix est de tout premier ordre. Le jeu est d’autant plus convaincant que les comédiens ont joué le film avant qu’il ne soit mis en images et non l’inverse. Ils ont donc bénéficié d’une totale liberté pour donner vie aux personnages à travers leur voix. Leur performance n’a rien d’un simple doublage. Comme ce film qui n’est pas tout à fait qu’un simple film d’animation.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Les Armateurs, Arte
Réalisation : Zabou Breitman, Eléa Gobbé-Mévellec
Scénario : Sebastien Tavel, Patricia Mortagne, Zabou Breitman, livre de Yasmina Khadra
Montage : Françoise Bernard
Distribution : Memento films
Musique : Alexis Rault
Durée : 80 min

Casting :
Simon Abkarian : Atiq
Zita Hanrot : Zunaira
Swann Arlaud : Mohsen
Hiam Abbas : Mussarat

THALASSO : Le grand néant

thalassoafficheAller voir un film centré sur deux personnalités (je ne parle pas des artistes) que je déteste au plus haut point peut d’apparenter à une forme de masochisme. Peut-être s’agit-il d’une sorte de curiosité voyeuriste, un peu comme les petits vieux qui espionnent leurs voisins qu’ils méprisent par l’œilleton. Je retiendrai donc cette dernière raison liée à mon grand âge pour expliquer pourquoi j’ai été voir Thalasso. Cependant, vu mon manque d’enthousiasme vis-à-vis de ce film (doux euphémisme), je me dis que les années qui passent n’apportent pas qu’une sagesse susceptible de vous faire faire les bons choix.

Pendant une petite moitié, le film intrigue assez pour capter l’attention du spectateur. Michel Houellebecq et Gérard Depardieu sont égaux à eux-mêmes, tout en s’auto-parodiant de manière assez savoureuse. Ils ont bien des défauts, mais ne manquent sûrement pas d’autodérision. On s’en amuse, on sourit et on finit surtout par s’en lasser. Parce qu’au-delà de ça, Thalasso s’apparente à un grand néant. Le fil rouge narratif qui finit par se superposer a ce double numéro de cabotinage ne présente strictement aucun intérêt, même s’il parlera peut-être de manière plus flagrante à ceux qui ont vu l’Enlèvement de Michel Houellebecq, dont il fait réapparaître les principaux personnages. Les autres se contrefoutent royalement de cette histoire de vieille dame fugueuse qui finit par prendre toute la place. Cela nous mène à un final qui sonne avant tout comme un aveu d’impuissance, Guillaume Nicloux se montrant incapable d’apporter une conclusion à une histoire qui n’en est pas vraiment une.

thalassoThalasso n’est pas un film. Pourtant, on peut faire un film, voire même un bon film, avec trois fois rien. Mais vraiment rien, ce n’est pas possible. L’intérêt de ce film repose uniquement sur la capacité d’autodérision du duo. Qu’on les aime ou qu’on les déteste, on appréciera cet aspect, mais au-delà de ça, il n’y a rien à aimer. La réalisation est fade et vous aurez déjà compris ce que je pense globalement du scénario. Un bon mot toutes les dix minutes, même prononcés par deux personnalités hors du commun, c’est quand même un peu léger. Extraire cinq minutes de ce film suffit à offrir tout ce qu’il y a d’intéressant. Les 88 minutes restantes nous permettent juste de toucher de près ce que signifie le vide.

LA NOTE : 5/20

Fiche technique :
Production : Les films du Worso, Wild Bunch
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Guillaume Nicloux
Scénario : Guillaume Nicloux
Montage : Guy Lecorne
Photo : Christophe Offenstein
Musique : Julien Doré
Durée : 93 min

Casting :
Michel Houellebecq : Michel
Gérard Depardieu : Gérard
Maxime Lefrançois : Maxime
Mathieu Nicourt : Mathieu
Daria Panchenko : Daria
Françoise Lebrun : Françoise
Jade Roberts : Sly
Luc Schwartz : Luc