LATE NIGHT : Trop bonnes intentions

latenightafficheBeaucoup de films américains se caractérisent par de bonnes intentions un rien lourdingues, mais que l’on pardonne aisément car le reste est généralement assez bien foutu pour nous faire passer un excellent moment. Mais parfois le premier aspect l’emporte un peu trop sur l’autre pour que se montrer totalement magnanime. Late Night n’est pas foncièrement un mauvais film. Il comporte même pas mal de bonnes idées et des personnages plutôt réussis. Malheureusement, certaines ficelles sont bien trop grosses pour être honnêtes. Quand bien même les intentions étaient les meilleures du monde.

Late Night est un film féministe et souligne la richesse que procure la diversité culturelle. Dit comme cela, on ne peut évidemment qu’adhérer. Mais quand cela est mis en avant sans aucune subtilité, rendant une bonne partie de l’histoire cousue de fil blanc, on déchante quelque peu. Tout cela pour nous amener à un épilogue de quelques secondes tellement risible qu’il enlève la dernière couche de crédibilité que le propos pouvait encore garder. C’est dommage, parce qu’avant cela, on a parfois bien ri, on a fini par aimer tous ces personnages. Bref, on a été diverti comme le film nous le promettait. Mais l’indulgence du spectateur a ses limites.

latenightLate Night met côte à côte un monstre sacré du cinéma avec une quasi-débutante (enfin de 40 ans quand même). Et force est de constater que les deux rivalisent en termes de talent et d’aura. Ce n’est certainement pas par l’interprétation que ce film pêche. Emma Thompson et Mindy Kaling apportent chacun leur pierre à l’édifice, si différentes, mais si complémentaires. Dommage que le film ne sache pas mieux exploiter la vraie synergie qui naît entre elles et qui aurait pu donner quelque chose d’une toute autre ampleur avec un scénario plus intéressant et mieux écrit. Reste au final un film oubliable et qui sera certainement vite oublié.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : 3 Arts Entertainment, 30West, FilmNation Entertainment, Imperative, Kaling International, Stage 6 Films
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Nisha Ganatra
Scénario : Mindy Kaling
Montage : Eleanor Infante, David Rogers
Photo : Matthew Clark
Décors : Elizabeth J. Jones
Musique : Lesley Barber

Emma Thompson : Katherine Newbury
Mindy Kaling : Molly Patel
John Lithgow : Walter Lovell
Hugh Dancy : Charlie Fain
Reid Scottt : Tom Campbell
Amy Ryan : Caroline Morton

LA VIE SCOLAIRE : Seine-St-Denis style !

laviescolaireafficheGrand Corps Malade fait partie de ses gens horripilants qui font preuve d’un talent fou dans tout ce qu’ils touchent. A l’image de Orelsan avec Comme c’est Loin, il avait parfaitement réussi son passage sur grand écran avec Patients. Dans les deux cas, ces artistes nous avaient livré des œuvres très personnelles racontant en grande partie leur propre histoire. Avec la Vie Scolaire, il nous offre une œuvre plus distanciée, nous plongeant dans le quotidien d’un collège des nos jours et non à l’époque de sa propre adolescence. Il s’agit d’un exercice très différent et a priori plus difficile (même si parler de soi ne l’est pas toujours). Mais force est de constater qu’il continue de s’en sortir avec beaucoup de brio.

La Vie Scolaire possède clairement moins de force que Patients. On en sort pas bouleversé, on y rit moins, on y pleure moins. Mais on en ressort la tête plein de questions, face à cette belle réflexion sur le système scolaire dans les quartiers difficiles. Une réflexion dont le plus grand mérite et le plus grand intérêt est d’embarquer dans le même élan les élèves, l’équipe éducative et même les parents (qui sont tout de même un peu plus en retrait). Traiter le problème par ces deux facettes indissociables, sans clichés, sans manichéisme n’était pas un exercice facile mais Grand Corps Malade et Medhi Idir s’en sortent beaucoup mieux que d’autres qui s’y sont essayés. Le seul reproche que l’on peut formuler à leur encontre reste l’absence d’une vraie conclusion. Certes la fin quelque peu ouverte permet à chacun de livrer sa propre interprétation, mais on aurait aimé qu’ils prennent vraiment parti.

laviescolaireLa distribution de la Vie Scolaire offre à Zita Hanrot le grand rôle auquel son talent la destinait. Elle irradie à chaque fois qu’elle apparaît à l’écran et donne à son personnage profondeur et crédibilité, alors que cela n’avait rien de forcément évident. La vraie star du film reste néanmoins le casting adolescent qui nous offre une formidable galerie de personnages. Le jeune Liam Pierron livre une prestation remarquable qui sera, n’en doutons pas, remarqué (futur Oscar du Meilleur Espoir Masculin ?). Une réalisation subtile et maîtrisée finit de donner à ce film assez de qualités pour valoir un petit détour, mais peut-être pas le voyage. Mais à la fois, la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas très loin !

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Mandarin production, Kallouche cinéma, France 3 cinéma
Distribution : Gaumont
Réalisation : Grand Corps Malade, Mehdi Idir
Scénario : Grand Corps Malade, Mehdi Idir
Montage : Laure Gardette
Photo : Antoine Monod
Décors : Sylvie Olivé
Musique : Angelo Foley
Durée : 111 min

Casting :
Zita Hanrot : Samia
Liam Pierron : Yanis
Soufiane Guerrab : Messaoud
Moussa Mansaly : Moussa
Alban Ivanov : Dylan
Antoine Reinartz : Thierry Bouchard

ROUBAIX, UNE LUMIERE : Lumière éclatante

roubaixunelumiereafficheJusqu’à présent, aucun des films d’Arnaud Depleschin ne m’avait pleinement convaincu. Je continue à aller voir néanmoins sans aucune hésitation chacune de ses œuvres, car je reconnais à chacune d’elles un réel intérêt, mais gâché par un caractère inabouti et une forme qui pousse souvent le spectateur vers l’ennui. Je suis donc très heureux de dire que je suis enfin pleinement enthousiaste devant un long métrage de ce réalisateur majeur du cinéma hexagonal. En effet, Roubaix, une Lumière est un film remarquable à bien des points de vue.

Le seul regret devant Roubaix, une Lumière est de constater à quel point la promotion de ce film a tenté de le faire passer pour ce qu’il n’est pas. Non, il ne s’agit certainement pas d’un polar, du moins pas au sens auquel on l’entend d’habitude. Il s’agit d’un film de personnages, d’une chronique sociale, d’un portrait de la misère qui caractérise cette ville. Le choix de le faire à travers le quotidien d’un commissariat et au final à travers une enquête policière ne constitue que le choix du support pour un propos qui va bien au-delà. Un choix judicieux car, cette fois, il détourne totalement le spectateur de l’ennui. Ce dernier peut donc apprécier pleinement le récit, ses multiples facettes et sa profondeur.

roubaixunelumiereRoubaix, une Lumière bénéficie de la présence à l’écran de Roschdy Zem. Etre dythirambique sur sa prestation semble inutile, tant il est couvert d’éloges à chacun de ses films. Ici, il prend ce pendant une dimension supplémentaire, celle d’un immense acteur qui rencontre un des quelques rôles qu’il parvient à habiter de tout son être. Grandiose, magnifique, incroyable, il n’y a guère de mots pour définir à quel point il irradie de talent. Léa Seydoux et Sara Forestier ont d’autant plus de mérite à occuper elles aussi une grande place à l’écran, dans des rôles qui les poussent, avec beaucoup de bonheur, en dehors de leur registre habituel. Tout cela concourt à la réussite de ce film qui marque un sommet dans la carrière d’Arnaud Depleschin.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Why Not Productions, Arte France
Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Léa Mysius
Montage : Laurence Briaud
Photo : Irina Lubtchansky
Distribution : Le Pacte
Musique : Grégoire Hetzel
Durée : 114 min

Casting :
Roschdy Zem : Daoud
Léa Seydoux : Claude
Sara Forestier : Marie
Antoine Reinartz : Louis

ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD : Monstres sacrés

onceuponatimeinhollywoodafficheDes quelques réalisateurs dont le seul nom suffit à faire de la sortie de leur film un événement, Quentin Tarantino occupe une place à part. Peut-être parce que certains considèrent qu’il est le plus grand d’entre eux, mais surtout parce qu’il se fait assez rare sur les écrans pour renforcer le caractère événementiel de chacun de ses longs métrages. Son style si caractéristique continue de diviser, créant ainsi des débats sans fin et acharnés dès qu’il nous propose une nouvelle œuvre. Tout était donc réuni pour que Once Upon a Time… in Hollywood constitue l’événement cinématographique majeur de cet été, voire de l’année (enfin face à Avengers et Star Wars, c’est compliqué…). Effectivement, sa sortie alimente les discussions de tous les amateurs du 7ème art. Mais ce 9ème film de Tarantino (en comptant Kill Bill pour un seul) ne parviendra certainement pas à trancher définitivement la question.

Once Upon a Time… in Hollywood est un film d’un réalisateur sûr de son art et de son talent. Il fait ce qu’il sait faire de mieux et il le fait tellement bien que cela ce suffit à lui-même. Certains y verront un manque d’audace et de renouvellement. Les autres souligneront à quel point il traite d’un sujet, d’un univers, d’une époque qui n’ont une nouvelle fois strictement rien à voir avec le reste de sa filmographie. En ce sens là, il est bien l’égal des plus grands, voire même de Stanley Kubrick. Par contre, il est vrai que pour la deuxième fois consécutive, il se laisse quelque peu aller à une sorte de cabotinage un rien paresseux, ponctuant ainsi son film de quelques longueurs que l’on peut regretter. Le phénomène est moins marqué que dans les Huit Salopards, mais on s’ennuie parfois légèrement. On est en droit d’attendre le jour où Quentin Tarantino saura vraiment réinventer totalement Quentin Tarantino.

En attendant, Once Upon a Time… in Hollywood nous livre encore une fois des scènes de pur génie. Des moments où se rejoignent dans une parfaite osmose la perfection de la réalisation, celle de l’interprétation et celle de l’écriture. Le tout porté par une bande-originale encore une fois extraordinaire, même si on peut regretter qu’elle ne soit pas un tout petit peu plus présente. Tout cela nous mène vers un final absolument jouissif. Certes, là encore, cela rappelle d’autres scènes ponctuant sa filmographie, mais cela reste un spectacle assez extraordinaire pour ne pas s’en lasser. Il serait cruel d’en dire plus ici, mais cela reste le genre de scène que l’on a envie de raconter encore et encore.

onceuponatimeinhollywoodOnce Upon a Time… in Hollywood s’avère une bouffée de plaisir cinématographique absolu, également grâce à son duo d’acteurs. Evidemment, rassembler Leonardo Di Caprio et Brad Pitt à l’écran ne constitue pas une grande prise de risque. Leur seule présence à l’écran suffit à faire saliver les amateurs du 7ème art. Quentin Tarantino confirme son extraordinaire talent dans la direction des comédiens. Une scène en particulier constitue un moment de pure extase. Un moment qui ne paraît rien, mais qui en termes de performance dramatique pure représente un exercice particulièrement périlleux. Qui a déjà mieux que Leonardo Di Caprio dans ce film incarné un acteur médiocre ? Pas un mauvais acteur, ça c’est facile ! Mais un acteur banalement moyen, avec le parfait dosage pour que la piètre qualité du jeu saute aux yeux, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi, sans en faire trop. Un vrai grand moment de cinéma !

Once Upon a Time… in Hollywood n’est clairement pas le plus grand film de Tarantino, même si certains défendent ce point de vue. Inégal, il a le défaut de ne pas être génial pendant deux heures et demi, mais seulement les trois quarts du temps. Mais on peut difficilement faire plus véniel comme péché.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Heyday Films, Sony Pictures entertainment, Visiona Romantica
Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino
Montage : Fred Raskin
Photo : Robert Richardson
Décors : Barbara Ling
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Durée : 165 min

Casting :
Leonardo DiCaprio : Rick Dalton
Brad Pitt : Cliff Booth
Margot Robbie : Sharon Tate
Dakota Fanning : Squeaky Fromme
Al Pacino : Marvin Schwarzs
Damian Lewis : Steve McQueen
Emile Hirsch : Jay Sebring
Luke Perry : Scott Lancer
Bruce Dern : George Spahn

LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN : Coréen estival

legangsterleflicetlasssassinafficheL’avantage du cinéma coréen est qu’il nous déçoit rarement. On peut facilement imaginer qu’il génère lui aussi régulièrement des navets, mais le filtre des distributeurs hexagonaux fait que, dans notre pays, ce sont les meilleurs films du pays du matin calme qui arrivent sur nos écrans. Une nouvelle preuve avec le Gangster, le Flic et l’Assassin, qui confirme à quel point ce pays excelle dans l’art du polar, même si celui-ci échappe à quelques attributs qui font d’habitude la particularité des polars coréens. Ce film ne comptera pas parmi les plus grands chefs d’oeuvre en provenance de Séoul, mais compte parmi les meilleurs films de cet été cinématographique.

Le Gangster, le Flic et l’Assassin reste un film typiquement coréen par bien des points, mais avec peut-être une influence occidentale qui se fait plus sentir que d’habitude. Le personnage du flic ne ressemble guère à ceux que l’on voit habituellement dans ce genre de production. Cela crée un certain effet de surprise, mais cela édulcore quelque peu le mélange détonnant entre noirceur absolue et bouffonerie qui fait le charme des polars coréens. Que les amateurs éclairés se rassurent, on retrouve tout de même un mélange noirceur-humour, même si les l’humour trouve ici d’autres véhicules. Le film est un peu moins dépaysant, mais nous offre tout de même un spectacle particulièrement plaisant, avec le petit twist final qui va bien.

legangsterleflicetlassassinLa Corée compte un nombre d’acteurs incroyables toujours aussi impressionnant. Le plus cinéphiles reconnaîtront Ma Dong-seok, que l’on avait découvert dans le Bon, la Brute et le Cinglé et dans Dernier Train pour Busan. Mais ses deux compères sont des nouveaux venus et ils font eux aussi preuve d’un incroyable talent. Le Gangster, le Flic et l’Assassin montre à quel point un film coréen ordinaire ne l’est jamais tout à fait. La réalisation de Lee Won-Ta est quant à elle typique des polars coréens, avec la scène de nuit sous la pluie qui va bien, même s’il ne possède pas tout à fait la maestria de certains de ses compatriotes. On s’en contentera cet été et s’en plaindre serait vraiment faire la fine bouche.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Kiwi Media Group, B.A. Entertainment
Réalisation : Lee Won-Tae
Scénario : Lee Won-Tae
Montage : Sun-Mi Heo, Young Kyu Han
Photo : Seung-cheol Park
Décors : Cho Hwa-sung
Distribution : Metropolitan Filmexport
Musique : Cho Young-wuk
Durée : 110 min

Casting :
Ma Dong-seok : Jang Dong-su
Kim Sung-kyu : K le tueur
Kim Moo-yul : Jung Tae-seok

PERDRIX : Fraîcheur en été

perdrixafficheAu cinéma, la folie douce est souvent vue comme une qualité, nous offrant des personnages auquel on s’attache très vite et très fortement. Dans la vraie vie, ces personnes sont plutôt considérées comme des handicapés sociaux, mais on aimerait moins le cinéma s’il n’enjolivait pas quelque peu la réalité. Le 7ème art est rempli d’histoires d’amour improbables entre des êtres pas tout à fait comme les autres, nous offrant une bonne dose de poésie et d’humour. Perdrix se situe dans cette droite lignée. Elle y prend place avec brio et beaucoup de qualité, pour un joli vent de fraîcheur alors que la température est au plus haut ces derniers jours.

Perdrix est donc avant tout un film de personnage. Tout le talent d’Erwan Le Duc, dont c’est pourtant le premier film, est de nous le faire aimer immédiatement, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Mais les bons films sont comme beaucoup d’histoires d’amour, personne ne sait pourquoi elles fonctionnent, mais elles fonctionnent et c’est tout ce qui compte. Le film est particulièrement léger, donne le sourire aux lèvres du début à la fin. On ne boude donc pas son plaisir devant ce joli divertissement très réussi et plein de bonnes surprises. C’est frais et digeste, parfait pour l’été.

perdrixCe succès doit beaucoup à Maud Wyler et Swann Arlaud. La première tient avec Perdrix le rôle le plus marquant de sa jeune carrière. Elle s’en acquitte avec beaucoup de talent, dégageant un charme étrange, quand son personnage aurait pu facilement devenir particulièrement antipathique. Le second prend une place de plus en plus importante dans le paysage du cinéma hexagonal. Une place amplement mérité. Ils sont joliment secondés par le reste du casting, en particulier Fanny Ardant que c’est toujours un plaisir de voir à l’écran. Tout ce petit monde est parfaitement mis en valeur par la réalisation élégante d’Erwan Le Duc, dernier petit détail qui explique la qualité de ce film.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Domino Films
Réalisation : Erwan Le Duc
Scénario : Erwan Le Duc
Montage : Julie Dupré
Photo : Alexis Kavyrchine
Décors : Astrid Tonnellier
Distribution : Pyramide Distribution
Son : Mathieu Descamps
Musique : Julie Roué
Durée : 102 min

Casting :
Swann Arlaud : Pierre
Maud Wyler : Juliette
Fanny Ardant : Thérèse
Alexandre Steiger : Michel
Patience Munchenbach : Marion
Nicolas Maury : Julien

LES FAUSSAIRES DE MANHATTAN : Fausses lettres, vrai duo

lesfaussairesdemanhattanafficheQui n’a jamais rêvé d’être un autre pour échapper la médiocrité de notre propre existence ? Allez, allez, vous pouvez l’avouer, cela arrive à tout le monde. Cela sert aussi de point de départ à de nombreuses histoires dans des genres et des contextes variés. Les Faussaires de Manhattan nous raconte exactement ce genre d’histoire. Celle d’une auteur quelque peu ratée qui connaît enfin la reconnaissance en imitant le style des autres et en créant de fausses lettres, soit autant de fausses pièces de collection que certains sont prêts à acquérir à prix d’or. Une histoire vraie qui donne un film tragi-comique relativement plaisant.

Le grand mérite de les Faussaires de Manhattan est d’oser nous présenter des personnages criblés de défauts et de faiblesses. Dans un premier temps, cela peut nous conduire à les trouver particulièrement antipathiques. Mais finalement, peu à peu, on s’y attache de plus en plus. Ce processus procure à cette histoire un intérêt supplémentaire. On apprécie d’autant plus une intrigue qui sans cela n’aurait pas forcément justifié un long métrage. Elle n’est pas totalement linéaire et réserve quelques rebondissements, sans être cependant d’une incroyable intensité narrative. Avec ces deux couches, le récit possède au final une épaisseur tout à fait respectable.

lesfaussairesdemanhattanMelissa McCarthy et Richard E. Grant forment un duo de comédiens en parfaite osmose. Ils portent les Faussaires de Manhattan et lui donne un supplément de charme non négligeable. Ils se livrent à un petit numéro dans des rôles de composition, mais en gardant un naturel déconcertant. Ils apportent un peu d’éclat à la réalisation très sobre, pour ne pas dire un rien tristounette, de Marielle Heller. On la remerciera cependant d’avoir porté à l’écran cette histoire édifiante. Cela tient à première vue du fait divers sans envergure, mais en dit finalement long sur la notion de célébrité et sur le culte que l’on peut vouer aux artistes que l’on admire.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Archer Gray, Bob Industries, Fox Searchlight Pictures
Distribution : Condor distribution
Réalisation : Marielle Heller
Scénario : Nicole Holofcener, Jeff Whitty, autobiographie de Lee Israël
Montage : Anne McCabe
Photo : Brandon Trost
Décors : Stephen H. Carter
Musique : Nate Heller
Durée : 106 min

Casting :
Melissa McCarthy : Lee Israel
Richard E. Grant : Jack Hock
Dolly Wells : Anna
Ben Falcone : Alan Schmidt
Gregory Korostishevsky : Andre
Jane Curtin : Marjorie
Stephen Spinella : Paul
Christian Navarro : Kurt

PROMARE : Feu d’été

promareafficheCet été cinématographique a été marqué par un grand nombre de films d’animation japonais aussi nombreux que variés. Après la poésie ésotérique (et un rien ennuyeuse) des Enfants de la Mer, voici l’action pure et dure, avec les gros robots qui vont bien, de Promare. Un anime qui pourrait paraître hyper basique de premier abord, mais qui se révèle riche et plein de bonnes surprises au final. Cela confirme surtout l’incroyable richesse du cinéma d’animation nippon qui mérite bien cette place de choix dans nos salles obscures.

Promare se base sur un pitch relativement improbable. Une partie de l’humanité qui a soudainement tendance à la combustion spontanée, ce qui met le feu partout et nécessite la création d’une brigade de pompiers spécialisés et particulièrement high tech. Il est vrai que le scénario laisse quelque peu circonspect dans ses premiers instants. On se demande bien où tout cela pourrait bien nous mener, surtout vers quoi ce pourrait nous mener de vraiment intéressant. Finalement l’histoire se déroule en nous réservant quelques twists et en sortant du schéma manichéen qui semble être le sien à première vue. Le film est ponctué de quelques scènes d’action homériques dans la pure tradition du film de « mecha », mais avec infiniment plus de finesse qu’un Goldorak. Il brille enfin par une galerie de personnages assez jouissive et colorée.

promareColorée est aussi le graphisme de Promare. Un graphisme assez particulier, avec son animation saccadée et ses couleurs criardes. C’est moche diront certains. D’autres, verront sous cette fausse paresse un style très personnel et en réalité réellement abouti. Cela confirme une tendance généralisée des réalisateurs des films d’animation de sortir des images aseptisées crées par ordinateur et de retrouver des lignes se différenciant les unes des autres. Au final, ce film s’avère surprenant à bien des points de vue en plus d’être particulièrement distrayant. Aucune raison de bouder son plaisir alors et d’en profiter avant la grisaille de la rentrée !

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Hiroyuki Imaishi4
Scénario : Kazuki Nakashima1
Conception personnages : Shigeto Koyama1
Conception mécanique : Shigeto Koyama1
Directeur animation : Sushio1
Directeur artistique : Tomotaka Kubo1
Compositeur : Hiroyuki Sawano1
Production : Trigger, XFlag, Sanzigen
Durée :

Casting :
Galo Thymos : Ken’ichi Matsuyama
Aina Ardebit : Ayane Sakura
Remi Puguna : Hiroyuki Yoshino
Varys Truss : Tetsu Inada
Lucia Fex : Mayumi Shintani
Ignis Ex : Rikiya Koyama
Kray Foresight : Masato Sakai
Lio Fotia : Taichi Saotome
Ellis Ardebit : Ami Koshimizu
Vulcan Hastus : Taiten Kusunoki
Gera : Nobuyuki Hiyama
Mace : Katsuyuki Konishi
Vinny : Kendo Kobayashi
Dr Deus Prometh : Arata Furuta
Biar Colossus : Ryōka Yuzuki

ANNA : Plus dure sera la chute

annaafficheIl est rare que l’on accomplisse un acte à portée sociale en allant au cinéma. Pourtant, aller voir Anna peut aider un homme à ne pas sombrer dans de graves difficultés financières et l’indigence. Ce n’est cependant pas par solidarité avec le porte-monnaie de Luc Besson que je suis allé voir Anna, mais simplement parce que j’admire encore le cinéaste, même si ses talents artistiques semblent fondre presque aussi vite que les bénéfices de sa société de production. Croyant une renaissance toujours possible, c’est armé d’une part de foi que je suis allé voir ce film. Mais force est de constater que le réalisateur n’a toujours pas retrouvé de réelle inspiration.

Anna se situe dans la droite lignée de Nikita. Cela donne d’ailleurs l’impression que Luc Besson cherche à nous resservir une vieille recette pour assurer un succès. Malheureusement, le plat est froid et rien ne vient réchauffer les papilles du spectateur. Aucune surprise dans ce scénario totalement convenu qui ressemble à tant d’autres, dont les twists sont hyper prévisibles et qui ne contient pas un gramme d’originalité. C’est assez rythmé pour que l’on ne s’ennuie jamais, mais on a déjà oublié ce que l’on a vu à la seconde où l’on sort de la salle. Combien d’épisodes de série sont produits chaque semaine avec des récits plus aboutis que le scénario de ce film ? Des dizaines… Bref, Luc Besson semble définitivement perdu dans un monde cinématographique qui n’est plus le sien.

annaS’il y a une constante chez Luc Besson, c’est son amour immodéré pour les actrices filiforme, pour ne pas dire squelettique. Mais Sasha Luss est loin de posséder le charisme d’une Anne Parillaud ou d’une Mila Jovovich. Le casting dans sa globalité est à l’image du film. Il fait preuve d’un minimum de professionnalisme, mais reste d’une confondante médiocrité. Il n’y donc définitivement rien qui parvienne à donner à Anna une raison valable de se ruer dans une salle de cinéma pour sauver le soldat Besson. On s’attrister ou se réjouir de cette chute. Mais dans la majorité des cas, c’est simplement l’oubli qui attend ce film et, on peut le craindre, la carrière future de son réalisateur.

LA NOTE : 9,5/20

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Canal+, Ciné+, OCS, TF1 Films International
Distribution : EuropaCorp
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Musique : Éric Serra
Directeur artistique : Gilles Boillot
Durée : 119 min

Casting :
Sasha Luss : Anna
Jean-Baptiste Puech : Samy
Alison Wheeler : Dorothée
Éric Godon : Vassiliev
Cillian Murphy : Lenny Miller
Luke Evans : Alex Tchenkov
Helen Mirren : Olga
Pauline Hoarau : un mannequin
Emmanuel Ménard : un dilplomate

DONNIE DARKO (Director’s cut) : Reprise en beauté

donniedarkoafficheLa notion de director’s cut peut être vu comme une réelle justice rendue à une œuvre et à la vision de l’artiste qui se trouve derrière ou bien comme un prétexte pour rentabiliser encore et encore un film à succès. Certaines productions, comme Blade Runner en compte tellement qu’on ne sait plus à quelle version se vouer. On peut s’épargner ce débat philosophique sans fin en considérant simplement que cela permet de revoir sur grand écran certaines œuvres cinématographiques majeures. C’est le cas avec la sortie d’une nouvelle version de Donnie Darko, film culte s’il en est. Je n’ai pas bien saisi quelle différence il existait avec la version que j’avais vue au cinéma à sa sortie, mais quel plaisir de pouvoir revoir un tel film dans les meilleures conditions.

Donnie Darko est un œuvre sombre et mystérieuse, et par la même fascinante. L’histoire laisse une grande place à l’interprétation du spectateur qui pourra la comprendre de différentes façons ou bien choisir de ne rien comprendre du tout. Cette dernière option ne gâche rien au plaisir que l’on ressent en s’immergeant dans cette ambiance très particulière crée par la réalisation splendide de Richard Kelly, dont on a du mal à comprendre que sa carrière soit par ailleurs si famélique. Si le film est facilement rangé au rayon fantastique, il constitue une œuvre en fait assez unique et inclassable. Tout son intérêt réside dans la manière dont elle déstabilise le spectateur. Si vous n’avez jamais imaginé qu’un costume de lapin puisse représenter un symbole puissamment inquiétant, c’est que vous n’avez définitivement pas vu ce film !

donniedarkoDonnie Darko, sorti initialement en 2002 a révélé sur grand écran tout le talent des Gyllenhaal, frère et sœur. C’est surtout la performance de Jake qui aura marqué les esprits, dans ce qui reste à ce jour son plus grand rôle. Un numéro d’acteur hallucinant (au sens premier du terme) parfaitement maîtrisé malgré son très jeune âge à l’époque. Il porte le film sur ses épaules d’une manière étonnante. On retiendra aussi la très belle apparition de la trop rare Drew Barrymore. Tout le casting évolue dans le magnifique écrin que constitue la sublime réalisation de Richard Kelly (oui, je me répète, mais c’est fait exprès !). Rares sont les films qui prennent un peu plus de valeur à chaque fois qu’on les voit. C’est la marque des grandes œuvres dont ce film fait incontestablement partie.

LA NOTE : 16/20

Fiche technique :
Production : Pandora, Sean McKittrick, Nancy Juvonen
Réalisation : Richard Kelly
Scénario : Richard Kelly
Montage : Sam Bauer, Eric Strand
Photo : Steven Poster
Musique : Michael Andrews

Casting :
Jake Gyllenhaal : Donald « Donnie » Darko
Jena Malone : Gretchen Ross
Drew Barrymore : Ms. Karen Pomeroy
Mary McDonnell : Rose Darko, la mère de Donnie
Katharine Ross : Dr. Lilian Thurman
Patrick Swayze : Jim Cunningham
Noah Wyle : Dr Kenneth Monnitoff
Holmes Osborne : Eddie Darko
Maggie Gyllenhaal : Elizabeth Darko
Daveigh Chase : Samantha Darko
James Duval : Frank
Arthur Taxier : Dr Fisher
David St. James : Bob Garland
Jazzie Mahannah : Joanie James
Jolene Purdy : Cherita Chen
Stuart Stone : Ronald Fisher
Gary Lundy : Sean Smith
Ashley Tisdale : Kim
Beth Grant : Kitty Farmer
Seth Rogen : Ricky Danforth