Le Poulpe repose sur un principe assez original dans le monde du polar : à chaque épisode, un nouvel auteur. Généralement, ce changement de plume s’accompagne aussi d’un changement de pays, puisque ses enquêtes nous font voyager dans des contrées aussi variées qu’exotiques. Les Neiges du Killerman Manchot ne déroge pas à la règle. A la plume, Jacky Pop, un auteur français qui a navigué entre le polar et le théâtre. Et comme destination lointaine, une terre hostile et sauvage… la Picardie !
Les Neiges du Killerman Manchot emmène donc le personnage nettement moins loin que d’habitude. Mais en dehors de ça, l’esprit du Poulpe reste bien préservé. Un roman court pour une enquête qui vaut surtout par la galerie de personnages qu’elle met en scène que par l’épaisseur de l’intrigue proprement dite. Le récit est toujours parcouru de cet humour un peu désabusé qui prend naissance par les commentaires qui naissent dans l’esprit du principal protagoniste et que l’auteur nous fait partager. Un résultat sans grand surprise, mais qui ravira les amateurs de la série.
On sait bien que souvent les suites sont décevantes. Cependant parfois, on est tout de même heureux, pour ne pas dire enthousiaste, à l’idée de retrouver un univers, une ambiance, des personnages qui nous ont profondément séduit lors du premier round. C’est cet état d’esprit qui m’habitait au moment où j’ai commencé à lire la Vengeance s’Habille en Prada de Lauren Weisberger, suite, comme son nom l’indique, de le Diable s’Habille en Prada. Malheureusement, l’enthousiasme s’est vite éteint…
Pendant tout le roman, on attend la vengeance promise par le titre. On l’attend. On l’attend encore. On l’attend toujours. On arrive à la dernière page et là, on réalise enfin qu’il ne se passe tout simplement rien dans la Vengeance s’Habille en Prada. Mais alors rien du tout… Le dénouement n’a strictement aucun intérêt et nous laisse dans un abîme de frustration car tout ce que l’on attendait, que l’on espérait et que l’intrigue nous a laissé parfois entrapercevoir ne survient inexplicablement jamais. Ce roman ressemble à une longue introduction de 400 pages, sans jamais passer au sujet principal.
C’est d’autant plus frustrant que le style de Lauren Weisberger est assez agréable pour que l’on progresse dans le roman très facilement. Personnellement, j’ai commencé à vraiment comprendre vers quoi j’allais après avoir réalisé que j’avais déjà parcouru plus de 200 pages, presque sans m’en apercevoir, mais sans que l’intrigue n’ait vraiment démarré non plus. Bref, l’emballage reste assez beau, mais l’intérieur du paquet est totalement vide.
Depuis de longues années, les polars historiques sont devenus à la mode, notamment au travers de la collection grands détectives chez 10/18. Mais ce genre littéraire existe depuis longtemps. Un des précurseurs fut Robert Van Gulik et son Juge Ti, librement inspiré d’un personnage historique ayant vécu au VIIème siècle de notre ère, dont il a écrit les aventures entre 1949 et 1968. Meurtre à Canton a été écrit en 1966 et se trouve être le dernier si on prend l’ordre chronologique des histoires.
Il s’agit du deuxième roman de la série que j’ai l’occasion de lire. Meurtre à Canton m’a laissé sur la même impression que le précédent : c’est assez sympathique, mais pas super emballant non plus. Le roman nous propose un côté dépaysant toujours appréciable, malheureusement soutenu par une intrigue à tiroirs jamais vraiment passionnante. On apprécie plutôt la galerie de personnages que l’enquête judiciaire en elle-même.
Meurtre à Canton est cependant assez court pour que l’on ne soit pas non plus gêné outre mesure. Ca se lit vite dans un style assez direct. Peut-être un peu trop d’ailleurs car du coup, on a un peu de mal à assimiler aussi rapidement l’identité des différents protagonistes, relativement nombreux. Heureusement, le texte s’accompagne d’une liste des personnages avec un rappel de leur fonction, ce qui permet de n’être jamais vraiment perdu. Du coup, on prend quand même plaisir à flâner un peu dans les rues de cette Chine moyenâgeuse.
La littérature a donné naissance à une foule de détectives privés, souvent symbole de la virilité, de l’intelligence et de la clairvoyance. La famille Spellman quant à elle symbolise plutôt la folie douce et le désordre. Mais c’est justement pour ça qu’on l’aime et qu’on est particulièrement heureux de les retrouver pour un deuxième volet de leurs aventures, intitulé les Spellman se déchaîne.
Le premier opus était particulièrement enthousiasmant par son originalité et son caractère quelque peu inattendu. Evidemment, ce coup-ci, on ne peut plus compter sur l’effet de surprise. Mais si l’enthousiasme est atténué, il n’a certainement pas disparu. En effet, les personnages restent égaux à eux-mêmes, c’est à dire terriblement attachants, bien qu’on n’ai pas forcément envie de les avoir comme voisins. Les Spellman se Déchaînent est justement fortement axé sur eux et plus on les connaît, plus on les aime. On ressort donc de ce livre avec un vrai sourire au lèvres, charmé par cet humour décapant.
Cependant, il est vrai que les Spellman se Déchaînent repose sur une intrigue à proprement parlé un peu faible. On est vraiment dans le portrait de famille, les péripéties ne sont là que pour servir de support. Cela ne rend pas le roman mauvais, mais ça l’empêche d’être totalement excellent. Mais il est quand même assez pour ne pas bouder son plaisir et saluer l’imagination de Lisa Lutz. Je ne sais pas si elle ressemble à ses personnages, mais leur folie douce est particulièrement communicative sous sa plume.
Les thèses complotistes fleurissent désormais sur Internet et surtout dans les cerveaux de beaucoup de gens qui croient dur comme fer que les Illuminatis existent réellement. Il était une époque pas si éloignée où ce genre de théorie ne prenait vie que dans les romans d’espionnage. Des romans comme le Cercle Bleu des Matarèse de Robert Ludlum, le père de Jason Bourne. Un roman écrit en 1979, une année décidément riche en événements heureux.
Le Cercle Bleu des Matarèse est un roman moins épais qu’il en a l’air car il se dévore avec une avidité qui ne faiblit jamais. L’intrigue met du temps à démarrer mais c’est pour mieux faire monter le mystère. La tension narrative ira crescendo pendant les deux tiers du roman. On se prend au jeu, on s’attache aux personnages et on brûle d’envie de connaître toute la vérité sur ce complot aussi secret que terrible. C’est parfois un peu improbable mais comme le sont les meilleurs romans d’espionnage. Le style et incisif et toujours clair, permettant une lecture facile et gourmande sans que le lecteur ne se sente jamais perdu.
Le plus difficile dans ce genre d’exercice est de lever le mystère sur une vérité convaincante. Robert Ludlum nous amène à une conclusion cohérente et qui découle de manière fluide du récit qui l’a précédée. Cependant, sans être décevante, la fin du Cercle Bleu des Matarèse n’est pas tout à fait à la hauteur du reste. Peut-être que l’auteur qui était alors au début de sa carrière n’a pas osé nous proposer un dénouement vraiment spectaculaire, de peur d’en faire trop. Du coup, cette puissance obscure censée dominer le monde apparaît d’un coup beaucoup moins effrayante et on se dit « tout ça pour ça… ». Mais le tout ça reste tout de même réellement excellent.
Nous sommes souvent enclins à des sentiments partagés quand arrive la suite d’une œuvre culte qui sent un peu le réchauffé. Le dernier Star Wars en a été une nouvelle illustration. Pour le coup, c’est le positif qui l’a largement emporté. En est-il de même pour le quatrième volet de la saga Millenium, Ce Qui Ne Me Tue Pas ? Succéder à Stieg Larsson ne constituait pas une mission facile pour David Lagercrantz, surtout que le destin tragique de l’auteur suédois le plus célèbre lui offre le statut d’icône. Au final, le résultat est forcément contrasté.
Il serait très facile d’écrire cet avis uniquement à charge contre Ce Qui Ne Me Tue Pas. En effet, il est indéniable qu’une partie du génie a disparu avec le créateur de la saga. Ce petit je ne sais quoi qui rendait les trois premiers volets si incroyablement passionnant n’est plus là. On sent bien que David Lagercrantz cherche à être fidèle en tout point à Stieg Larsson, mais au fur et à mesure des pages, les efforts se relâchent et certaines phrases, certains sentiments prêtés aux personnages et au final leur évolution globale sonnent quelque peu comme une légère trahison. On y retrouve toute la richesse de l’œuvre initiale, notamment la présence de références scientifiques, mais tous ces ingrédients ne se mélangent plus dans un tout aussi délicieux qu’auparavant.
Une fois tout cela dit, ne boudons pas non plus notre plaisir. Cela fait réellement plaisir de retrouver Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist. Et ce plaisir l’emporte sur tous les petits défauts du livre. Certes, David Lagercrantz ne nous livre pas le chef d’œuvre du siècle, mais un polar tout de même très solide et qui se lit avec un très grand plaisir. Le style d’écriture reste aussi fluide que celui de Stieg Larsson. Certes, j’ai trouvé que le dénouement n’était pas tout à fait convaincant, ce qui peut poser problème vu que cela ouvre clairement vers d’autres volets de la saga, mais rien qui puisse justifier de renoncer à cette lecture. Ce Qui Ne Me Tue Pas aura donc peut-être contrarié les fans les plus conservateurs de Millenium, mais satisfait les simples amateurs.
Retour au fin fond du département de la Loire et du 19ème siècle, avec la suite des Bonheurs Simples, chronique signée par Charles Exbrayat, et son deuxième tome intitulé le Chemin Perdu. Après un premier volet vraiment excellent, j’avais donc hâte de retrouver les mêmes lieux et les mêmes personnages. Enfin une partie d’entre eux, car le temps ici avance très vite. Mais ce qui faisait la force de l’épisode précédent fait peut-être ici sa faiblesse.
Le Chemin Perdu apporte un vrai renouvellement par rapport à La Lumière du Matin. Déjà parce que le personnage principal n’est plus le même. On suit désormais le destin de la fille d’Honoré, Armandine qui va finir par quitter son village montagnard pour la grande ville, ici Saint-Etienne. Exbrayat nous fait ainsi découvrir la condition des ouvriers et les premiers mouvements sociaux au cours des vingt années qui suivront la chute de l’Empire. Nouvelle figure centrale, nouveau décor, mais une structure du récit assez similaire.
Le Chemin Perdu fonctionne nettement moins bien que La Lumière du Matin. Les événements historiques sous-jacents transparaissent de manière moins intéressante et pas seulement parce que l’époque est moins légendaire. L’intrigue en elle-même est aussi plus faible, les nouveaux personnages moins attachants. Du coup, l’avancée rapide dans le temps s’apparente parfois à un survol des événements, plutôt qu’à une impatience de nous conduire au dénouement. On continue d’être curieux de la suite, mais on n’est plus vraiment passionné. Heureusement le style de Charles Exbrayat reste particulièrement fluide et léger et rend la lecture facile et agréable.
Une fois que l’on a mis les pieds dans l’univers du Trône de Fer, difficile d’en ressortir. C’est pourquoi je poursuis mon exploration avec le cinquième tome (ou plutôt la fin du deuxième tome de l’édition originale, puisque les éditeurs français aiment bien nous faire payer plus en découpant les livres en tranches) intitulé l’Invincible Forteresse. Un tome où la tension qui montait lors des deux épisodes précédents aboutit à la grande bataille épique que l’on attendait.
L’Invincible Forteresse est à l’image de la saga. Ardue à lire, mais fascinante. Il faut parfois s’accrocher pour suivre les différents fils d’intrigues croisés, mettant en scène un nombre incroyable de personnages. De plus, le style de George R.R. Martin ne facilite pas les choses et la moindre inattention peut vous faire perdre le fil ou vous faire passer à côté d’un événement très important, noyé dans une profusion de faits et de noms. Je trouve définitivement que ce n’est pas super bien écrit et qu’un peu de clarté ne nuirait en rien au récit.
Mais voilà, après avoir marcher longuement sur un chemin escarpé, vous n’avez pas vraiment envie de rebrousser chemin après tant d’efforts. Si j’ai trouve le récit de la grande bataille qui conclut ce roman trop confuse pour être totalement enthousiasmante, elle apporte un coup d’accélérateur à un récit qui nous plonge dans un univers que l’on a fini par s’approprier… même si on s’y sent parfois un peu perdu. Bref, des sentiments ambivalents, proches du masochisme… mais qui ne nous feront sûrement pas renoncer à notre voyage dans l’univers du Trône de Fer.
La France profonde, ses paysages, ses habitants, ses meurtres mystérieux. C’est ce que nous propose de découvrir L’Armée Furieuse, roman de Fred Vargas, où l’inspecteur Adamsberg va être amené à quitter Paris pour enquêter dans un petit village près de Lisieux. Un village au folklore quelque peu particulier. En tout cas, changer son héros de décor est aussi le moyen d’apporter un souffle nouveau à une série. De ce point de vue là, l’opération est une réussite, même si le roman n’est pas dénué des défauts.
J’ai beaucoup aimé les romans précédents de Fred Vargas que j’ai eu l’occasion de lire. J’ai toujours apprécié la qualité de style et d’écriture, qui donne une vraie clarté au récit. Par contre, j’ai trouvé l’Armée Furieuse beaucoup plus difficile à suivre. Je n’irai pas jusqu’à dire confus, mais on y avance avec moins de fluidité que d’habitude. Je n’ai donc pas dévoré ce roman comme j’ai pu le faire avec Debout les Morts ou Pars Vite et Reviens Tard. Cependant, rassurez-vous, Fred Vargas n’a pas perdu toutes ses qualités soudainement.
L’Armée Furieuse nous propose un récit solide, bien construit, où les tiroirs sont tirés un à un pour l’enrichir peu à peu. Les personnages, qu’ils soient nouveaux ou récurrents, forment une galerie haute en couleur. On tient donc en main un polar de premier rang, mais certainement pas le plus grand chef d’œuvre de son auteur. Mais la amateurs du genre y trouveront leur compte. Et même les plus parisiens d’entre eux apprécieront cette petite balade en province.
Et un nouveau Poulpe, un ! Et qui dit nouveau Poulpe, dit nouvel auteur. Cette fois-ci, il s’agit de Guillaume Chérel, un journaliste auteur de plusieurs romans par ailleurs. Nouveau Poulpe, nouvelle destination également. Cette fois, on reste en France mais on voyage tout de même, puisque le roman nous emmène à la Réunion. Enfin, nouveau Poulpe, nouveau jeu de mot dans le titre. Celui-ci est intitulé Tropique du Grand Cerf.
Les livres de la série le Poulpe sont généralement assez courts, mais Tropique du Grand Cerf l’est encore plus. 140 pages avec une police qui nous fera pas mal aux yeux. Personnellement, je l’ai lu le temps d’un aller et retour sur Paris pour une après-midi cinéma. Un vrai mélange de plaisirs culturels. Sa brièveté n’enlève rien à la qualité divertissante de ce roman, mais l’empêche de reposer sur une intrigue vraiment complexe et profonde. On croise bien une galerie de personnages sympathiques, mais on aurait aimé que l’auteur s’attarde un peu pour qu’on ait vraiment l’impression de le rencontrer plutôt que de les croiser.
Tropique du Grand Cerf n’est donc pas le Poulpe le plus marquant de la très longue série. La plume de Guillaume Chérel est bien celle d’un journaliste. Efficace, mais sans grand génie littéraire. Le récit est clair, fera plaisir à ceux qui comme moi ont eu la chance de visiter la Réunion, mais jamais vraiment dépaysant, car trop direct et factuel. Dommage car cette belle île vaut bien un long voyage, plutôt qu’un court passage.
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