Deux adolescents, un amour (passionnément platonique ou platoniquement passionné, comme on veut) et une bonne dose de fantastique. Voici la recette habituelle de beaucoup de longs métrages d’animation japonais. En particulier ceux de Makoto Shinkai, que l’on avait découvert avec le très beau Your Name. Le revoici avec les Enfants du Temps. Un film qui nous permet de retrouver tout ce qui peut nous séduire dans ce genre de film. Mais de manière peut-être un peu trop exhaustif pour se montrer pleinement enthousiaste.
Poésie, émotion, personnages un rien décalés, les ingrédients sont connus. Pas étonnant qu’au final la recette soit relativement similaire. Ce qui fait la différence ce sont des petits riens, un peu comme les épices et les aromates dans la cuisine. Le plat que nous offre les Enfants du Temps s’avère moins délicatement savoureux que l’était celui proposé avec Your Name. Il manque une vraie dose de magie et d’éléments de réelle surprise pour que le film soit profondément marquant. Les deux films se ressemblent trop par trop d’aspects pour que l’on ne soit pas pousser à faire la comparaison. Il serait injuste de parler de déception, mais on pouvait s’attendre quand même à un peu plus de nouveauté. Seule la part de fantastique diffère vraiment, mais cela ne parvient pas à masquer les nombreux points communs.
Graphiquement, les deux films se ressemblent aussi beaucoup. Cela est relativement logique, le style de Makoto Shinkai n’allant pas se transformer profondément entre deux films. Mais comme les deux films comptent beaucoup de décors en commun, cet aspect aussi renforce la tentation de la comparaison. Les Enfants du Temps ne constitue certainement pas le film d’animation le plus beau qui soit. Le style est sans audace. On appréciera tout de même la manière dont sont représentées les émotions des personnages. Au final, ce sont vraiment ces derniers qui confèrent son âme à ce film et font que l’on passe tout de même un beau moment. A défaut d’enthousiasme, on est tout de même touché par cette histoire. Sûrement le pouvoir de l’amour.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Kadokawa pictures, lawson, Toho Distribution : Bac films Réalisation : Makoto Shinkai Scénario : Makoto Shinkai Montage : Makoto Shinkai Photo : Ryosuke Tsuda Musique : Radwimps Directeur artistique : Hiroshi Takiguchi Durée : 113 min
Casting : Kotaro Daigo : Morishima Hodak Nana Mori : Amano Hina Sei Hiraizumi : Yasui Yuki Kaji : Takai
Depuis que je me suis sérieusement lancé dans l’écriture d’un roman (d’une saga même), je lis désormais les ouvrages de ce type avec un œil un peu différent. J’observe la manière dont se construisent les récits, notamment celle dont des événements qui ne sembleraient pas passionnants à première vue prennent tout leur intérêt quand ils prennent place dans un univers déjà bien installé. C’est le principe même de la série. Les Chroniques d’Alvin le Faiseur, tome 4 : le Compagnon illustre parfaitement ce principe. Et me donne encore plus envie d’écrire moi-même.
En lisant Les Chroniques d’Alvin le Faiseur, tome 4 : le Compagnon, à un moment donné, j’ai réalisé que j’avais déjà lu 350 pages, que je n’avais pas vu le temps passé, alors qu’il ne s’était pas passé tant de choses que ça dans l’intrigue. Mais j’étais bien dans cet univers et le simple plaisir de continuer à s’en imprégner suffisait à mon bonheur. Ce tome semble poser des jalons pour des événements nettement plus spectaculaires que l’on attend avec impatience. Bref, on ressort de cet épisode avec une grande envie de lire le prochain dès que possible.
Plus j’avance dans cette saga, plus j’apprends à l’apprécier. Pourtant, le premier volet était loin de m’avoir pleinement convaincu. Avec les Chroniques d’Alvin le Faiseur, tome 4 : le Compagnon, Orson Scott Card semble totalement maîtriser l’univers qu’il a crée et les personnages auquel il a donné naissance. Un univers qui reste étonnant et original dont il exploite toutes les possibilités. Le style reste particulièrement clair et permet au lecteur d’avancer tout en douceur et surtout en plaisir. Une route que ce dernier a très envie de continuer à suivre.
Le cinéma n’a pas de frontière et il n’y a pas beaucoup de pays au monde dont on n’a pas l’occasion de découvrir un bon film de temps à autres. Certains nous en proposent cependant plus fréquemment que d’autres et pas toujours ceux auxquels on s’attend. La Roumanie par exemple s’impose peu à peu comme une place forte du cinéma européen. On imagine facilement ce pays nous proposer des films sombres, voire sinistres. Cela a parfois été le cas, mais pas toujours. La preuve avec les Siffleurs, un vrai bon polar aux multiples qualités.
Les Siffleurs est de ces polars qui tirent leur intérêt avant tout de la qualité des personnages et de tout ce qui gravite autour de « l’enquête », plus que du suspense inhérent à cette dernière. Un film d’ambiance donc plutôt qu’un thriller. Il est néanmoins parcouru par une réelle tension narrative, grâce notamment à une chronologie qui dévoile que très progressivement tous les tenants et les aboutissants de l’intrigue. On se demande jusqu’au bout où tout cela va nous mener et le destin qui attend les personnages. Ces derniers contribuent largement à la curiosité du spectateur qui prend beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui ravira au-delà des purs amateurs de polar.
Qui dit film de personnages, dit évidemment des acteurs et des actrices (ok je dis ça à chaque fois que je qualifie un long métrage de films de personnages). On découvre ici un duo étonnant, mais surtout particulièrement brillant. Vlad Ivanov et Catrinel Marlon parviennent à donner assez d’épaisseur, de charisme et de crédibilité à leurs personnages pour qu’on soit définitivement convaincu par cette histoire. Si on ajoute à cela une réalisation parfaitement maîtrisé, cela nous offre un très bon film qui mérite bien les bons échos qu’il a reçu au dernier Festival de Cannes. Vive le cinéma sans frontières !
LA NOTE : 13/20
Production : 42 Km Film, Bord Cadre Films, Film i Väst, Komplizen Film, Les Films du Worso Réalisation : Corneliu Porumboiu Scénario : Corneliu Porumboiu Montage : Roxana Szel Photo : Tudor Mircea Décors : Anca Perja Distribution : Diaphana Durée : 107 min
On commence avec la Californienne Kacey Johansing et son album The Hiding, sorti en 2017. On y découvre une voix quelque peu éthérée se posant sur des sonorités folk ou pop, parfois un peu sucrée. Elle allie maîtrise et conviction pour un résultat agréable, même si la voix est un tantinet trop haute perchée pour être parfaite. Le seul gros défaut de l’album est au final de ne comporter aucun titre vraiment marquant et d’être toujours plus ou moins sur le même registre. Bon ok, cela fait deux gros défauts, mais pas assez gros pour totalement gâcher le plaisir de l’auditeur.
On poursuit avec John Parish, un anglais surtout connu pour sa carrière de producteur, mais qui a également sorti sept albums solos, dont ce Bird Dog Dante. Il s’ouvre sur une introduction quelque peu tristounette. La suite est un peu plus vive, mais la montée se fait péniblement. On attend désespérément l’étincelle. Le tout est maîtrisé, mais sans punch. Certains titres comportent de longs instrumentaux minimalistes qui nous enfoncent désespérément dans la tristesse.
On termine avec un groupe australien, RVG, et leur album A Quality of Mercy. Il se caractérise par un chant quelque peu décousu par rapport à la musique. Ils ne manquent pas d’énergie, mais tout cela ne semble pas bien maîtrisé. Cela se laisse tout de même écouter, mais ce n’est pas non plus super intéressant. Ils livrent un album solide néanmoins, avec une qualité constante que l’on retrouve de titre en titre.
Il existe deux types de films générationnels. D’une part, ceux qui auront marqué une génération et que celles qui suivent regardent d’un air un peu étonné, ne partageant pas du tout l’enthousiasme de leurs aînés. D’autre part, il y a les films qui « racontent » une génération, essayant de récréer l’ambiance, l’univers, la culture dans lesquels elle a baigné et s’est construite. Play est définitivement à ranger dans cette deuxième catégorie puisque c’est même clairement le but de cette histoire. Une belle histoire en tout cas, qui vaut bien plus que la simple nostalgie qu’elle véhicule. Nostalgie qui touchera le cœur de tous ceux nés comme moi autour de l’entrée des années 80.
Les personnages de Play sont visiblement nés en 1980, contrairement à moi qui suis né en 1979. Mais cette petit année d’écart ne change pas grand chose à cette impression étrange de revivre une partie de sa propre existence. Même si j’ai un parcours de vie différant quelque peu de celui des protagonistes de cette histoire, il y a trop de choses dans ce film qui m’ont rappelé des souvenirs pour ne pas me sentir particulièrement concerné. Cet effet miroir fait mouche et démultiplie les émotions véhiculées par l’histoire. Car ce film nous raconte aussi une histoire d’amour un rien ordinaire, mais une belle histoire tout de même, qui parlera à toutes les générations.
Play bénéficie d’une forme quelque peu originale. En effet, ce film est supposé avoir été fait en montant des passages de la vie des personnages tournées au caméscope. Un choix qui aurait pu rendre le film absolument insupportable, mais qui fonctionne finalement parfaitement. Cela renforce le sentiment d’intimité très fort qui naît avec le spectateur. Cela est renforcé par un casting qui fonctionne très bien rendant totalement crédible la progression en âge des spectateurs. Max Boubil confirme qu’il est un acteur à part entière, qui mériterait des rôles encore plus intéressants. La vraie star du film reste cependant Alice Isaaz, absolument éblouissante. Les deux comédiens entrent vraiment en synergie pour faire de ce film une réussite étonnante de 7 à 77 ans… mais encore plus à 40 ans !
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Anthony Marciano Scénario : Anthony Marciano et Max Boublil Directeur de la photographie : Jean-Paul Agostini Chef décorateur : Sidney Dubois Son : Pascal Armant Monteur : Samuel Danési Musique : Raphaël Hamburger Production : Dimitri Rassam, Benjamin Elalouf Directrice de production : Gaëtane Josse Costumes : Caroline Spieth Durée : 108 minutes
Casting : Max Boublil : Max Alice Isaaz : Emma Malik Zidi : Mathias Arthur Périer : Arnaud Noémie Lvovsky : la mère de Max Alain Chabat : le père de Max Camille Lou : Fanny Alexandre Desrousseaux : Max (16–20 ans) Gabriel Caballero : Mathias (16–20 ans) Gabriel Brunet : Arnaud (16–20 ans) Mathias Barthélémy : Max (13–15 ans) Camille Richeux : Emma (13–15 ans) Jules Porier : Mathias (13–15 ans) Thomas Aprahamian : Arnaud (13–15 ans) Marie Narbonne : Olivia (13–15 ans)
Il n’est jamais trop tard pour boucher les trous béants dans sa culture. Il existe encore beaucoup d’histoire, d’artistes, d’œuvres que je connais de nom, sans vraiment savoir ce qu’il y a derrière. J’ai toujours pris les 4 Filles du Docteur March pour une histoire cucul pour jeunes filles prépubères. Il faut dire que la traduction française du titre original (Little Women) du roman de Louisa May Alcott s’avère particulièrement mauvaise et trahit totalement son esprit. Heureusement, Greta Gerwing m’a permis de découvrir enfin ce qu’il en était vraiment grâce à une excellente adaptation. De plus, le film bénéficie d’une nouvelle traduction du titre, particulièrement recherchée… les Filles du Docteur March (sic!).
C’est donc sans aucune connaissance de l’histoire que je suis allé voir les Filles du Docteur March. J’ai donc eu le bonheur de découvrir ce récit émouvant et passionnant, portant avec beaucoup de brio des thématiques fortes. La plus centrale demeure avant tout l’émancipation individuelle, à une époque où les conventions pesaient encore lourdement sur les individus, évidemment encore plus fortement quand il s’agissait de jeunes femmes. Mais il offre une réflexion plus général sur le bonheur, le prix à payer pour l’atteindre, la difficulté de faire les bons choix, le courage qu’il faut pour le garder et sa précarité aussi. Un récit de grande envergure qui mérite bien sa postérité.
Tous ces commentaires pourraient tout aussi bien porter sur le roman. Or les Filles du Docteur March est bien un film, brillamment réalisé par Greta Gerwing. Elle parvient à insuffler beaucoup d’énergie dans sa narration. Elle met en valeur de manière particulièrement brillante ses personnages. Il faut dire qu’elle bénéficie d’un casting réellement impeccable où Saoirse Ronan brille vraiment de mille feux. On est heureux également de voir Emma Watson dans un très beau rôle et on espère que plus de réalisateurs penseront à elle dans les années à venir. En tout cas, le film est une réussite pleine et entière, qui me donne très envie de combler définitivement mes lacunes en lisant enfin le roman.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique Production : Columbia pictures, New Regency Pictures, Pascal Pictures, Sony Pictures Entertainment Distribution : Sony Pictures France Réalisation : Greta Gerwig Scénario : Greta Gerwig, roman de Louisa May Alcott Montage : Nick Houy Photo : Yorick Le Saux Décors : Jess Gonchor Musique : Alexandre Desplat Durée : 134 min
Casting : Saoirse Ronan : Jo March Emma Watson : Meg march Florence Pugh : Amy March Timothée Chalamet : Theodore Laurie Laurence Laura Dern : Marmee March Louis Garrel : Fridrich Bhaer Meryl Streep : Tante March Chris Cooper : Mr. Laurence James Norton : John Brooke Eliza Scanlen : Beth March
Parfois le plus grand des hasards donne à un film une saveur supplémentaire non prévue à l’origine. Y compris un hasard quelque peu tragique. Valérie Donzelli n’a pas écrit Notre-Dame pour rendre hommage à ce monument suite à l’incendie de l’année dernière, mais sa sortie quelque mois après ce dernier procure à ce film un relief supplémentaire. Cependant, même sans cette concordance des temps involontaire, il serait resté cette comédie pleine d’imagination, de fantaisie et d’humour (ce qui est quand même bienvenu pour une comédie) qui nous aura ravi et permis de passer de 2019 à 2020 dans la joie et la bonne humeur !
A mon sens, la Guerre est Déclarée est une des meilleurs films de l’histoire du cinéma hexagonal. Il est vrai que le reste de sa filmographie est beaucoup plus anodin, mais j’ai n’ai été en rien surpris d’être agréablement surpris par un film de Valérie Donzelli. On y retrouve sa créativité débridée et sa capacité à traiter de manière enjouée les sujets le plus divers, y compris les plus graves.Bon il est vrai que ceux qu’aborde Notre-Dame sont à base le plus souvent d’un poids fort modeste, mais elle parvient à leur enlever définitivement toute trace de lourdeur, même la plus insignifiante. Son plus grand mérite est de parvenir à offrir autant de légèreté à son propos sans le priver de consistance.
Valérie Donzelli parvient se mettre elle-même en scène avec beaucoup de talent et sans complaisance. Certes, elle a écrit ce rôle pour elle-même, mais elle incarne avec un talent qui va plus loin que cela. A ses côtés, Pierre Deladonchamps roule un peu plus à l’ordinaire, mais apporte sa dose de charme. On est très heureux de retrouver Virginie Ledoyen qui ne fréquente plus trop nos écrans. On peut également souligner une nouvelle fois l’immense talent de Bouli Lanners dans un nouveau second rôle absolument parfait. Tout ce joli petit monde fait de Notre Dame une jolie réussite. A la hauteur, de la grande dame dont il porte le nom.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Valérie Donzelli Scénario : Valérie Donzelli et Benjamin Charbit Décors : Gaëlle Usandivaras Costumes : Elisabeth Mehu Photographie : Lazare Pedron Montage : Pauline Gaillard Musique : Philippe Jakko Superviseur musical : Matthieu Sibony Producteur : Alice Girard et Édouard Weil Durée : 90 minutes
Valérie Donzelli : Maud Crayon Pierre Deladonchamps : Bacchus Renard Thomas Scimeca : Martial Bouli Lanners : Didier Virginie Ledoyen : Coco Isabelle Candelier : la maire de Paris Philippe Katerine : Martin Guénaud Claude Perron : Monique Delatour Samir Guesmi : Greg
Monstres sacrés, voici une expression un peu étrange. Mais elle convient relativement bien pour parler de la place qu’occupent Catherine Deneuve et Juliette Binoche dans le cinéma français. Les voir réunies à l’écran à de quoi réjouir tous les cinéphiles. Malheureusement, les meilleures actrices du monde ne peuvent pas donner à elles seules de l’intérêt à un film. La preuve avec la Vérité qui livre une réflexion bancale et sans grand intérêt sur la famille et en particulier les relations mère-fille. Mais faute de crédibilité, on s’ennuie ferme.
Livrer un film aussi centré sur ses personnages que la Vérité avec des protagonistes aussi peu enclins à faire naître la moindre empathie chez le spectateur représentait un pari risqué. Il est clairement perdu. Jamais aucun attachement ne naît pour ces deux femmes qui ont vraiment des problèmes de riches comme l’on dit. Et ce n’est pas cette histoire de troisième femme décédée il y a longtemps qui va apporter la moindre émotion supplémentaire. Cela apparaît comme totalement artificiel et absolument pas convaincant. Les rapports entre les personnages ont effectivement une certaine complexité qui aurait pu donner de la profondeur à la réflexion, mais on n’a pas grand chose à faire des états d’âme des uns et des autres.
Catherine Deneuve et Juliette Binoche livre une prestation à la hauteur de leur talent, mais sans vraiment non plus sublimer leurs personnages respectifs. La tâche s’avérait ardue de toute façon, mais on les sent mollement motivées pour réellement essayer. Au final, c’est la jeune Manon Clavel et la très jeune Clémentine Grenier qui nous ravissent vraiment et apportent une vraie touche de sincérité dans la Vérité. La réalisation de Kore-Eda Hirokazu n’est pas dénuée d’élégance et aurait pu vraiment séduire, si elle avait été au service d’un propos réellement intéressant. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que ce dernier est loin d’être à la hauteur de son casting.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : 3B Productions Distribution : Le Pacte Réalisation : Kore-Eda Hirokazu Scénario : Kore-Eda Hirokazu Montage : Kore-Eda Hirokazu Photo : Eric Gautier Musique : Alexeï Aïgui Directeur artistique : Riton Dupire-Clément Durée : 107 min
On commence avec une artiste dont je n’avais vraiment pas apprécié le premier album. Kadhja Bonet revient en 2018 avec Childqueen. Les premiers titres de cet album m’ont laissé penser que je porterais le même jugement sur celui-ci. Il s’ouvre sur dans une ambiance symphonique, avec des chœurs, mais pour un résultat relativement lancinant. C’est éthéré mais sans consistance. La production est plutôt sophistiquée, mais froide. Puis peu à peu, on finit par se laisser séduire par la voix de Kadhja Bonet et l’impression d’harmonie de l’ensemble. Cela se laisse écouter finalement, avec quelques passages parfois presque fascinants.
Le groupe américain Lump, et leur album du même nom, crée la même impression initiale, mais sans pouvoir finalement faire changer l’auditeur d’opinion. La musique est lente et éthérée, sur laquelle vient se poser une traînante. C’est vraiment tristounet et sans punch. Les mélodies s’avèrent particulièrement lancinantes et le tout est franchement sans intérêt.
On part en Angleterre et on change d’ambiance avec une artiste soul-R&B, Jorja Smith, et son album Lost & Found. Le style est très classique, porté par une voix plutôt sympathique, sans être pour autant extraordinaire. La production est soignée et démontre une grande maîtrise artistique. Il y a un petit côté Amy Winehouse dans les sonorités instrumentales et vocales, mais avec moins de chaleur et de profondeur. Cependant, les titres sont d’une qualité constante et forment un album fort agréable à écouter.
Il avait été annoncé bien à l’avance comme un chef d’œuvre, de manière un peu suspecte. La bande annonce avait fait naître beaucoup d’espoirs. Du coup, on pouvait facilement craindre que tout cela n’aboutisse à une amère déception. Il n’en a rien été. Joker est bien le meilleur film de cette année 2019, qui nous a réservé quelques autre beaux moments de cinéma par ailleurs. Une année marquée par la prédominance du cinéma américain, même si le cinéma hexagonal parvient tout de même à placer deux représentants dans un classement relativement resserré.
9 films seulement, dont une reprise, ce palmarès 2019 est relativement léger. La faute sans doute à l’absence de films asiatiques, pourtant souvent largement représenté dans ce classement. Beaucoup pourront me reprocher d’avoir oublié Parasite. Mais j’assume de montrer un peu plus mitigé à son propos que beaucoup d’autres (mais en ayant beaucoup aimé néanmoins). Mais on peut se réjouir de voir six films américains, tous très différents, démontrant ainsi qu’il n’y a pas encore de raison de désespérer du cinéma d’Outre-Atlantique.
Concernant, les performances individuelles, chez les hommes, on pense évidemment en premier lieu à Joaquin Phoenix pour son interprétation magistrale de Joker. Chez les femmes, on retiendra les deux actrices principales de la Vie Invisible d’Euridice Gusmao, Carole Duarte et Julia Stockler, dans un film qui était tout près d’intégrer ce classement.
Chez les réalisateurs, 2019 a permis de vérifier que rien ne remplace l’expérience. En effet, beaucoup de cinéastes confirmés dans ce classement. Au final, seul Ladj Ly peut être classé dans la catégorie révélation. Mais quelle révélation ! Par contre, il y a longtemps que Quentin Tarantino ou Pedro Almodovar n’ont plus rien à prouver. Mais ils ont prouvé cette année qu’ils ont encore beaucoup de bonheur à nous apporter et on les remercie pour cela.
Pour finir, voici un tour d’horizon des films qui ont marqué cette année 2019.
1-Joker Un film dans l’univers des super-héros, mais qui n’a strictement rien d’un film de super-héros. Un film sur la chute d’un homme et de celle de toute la société avec lui. Magistralement réalisé, porté par la fantastique performance de Joaquin Phoenix, il a séduit un large public, alliant grand spectacle avec une qualité artistique sans faille et une grande profondeur.
2-Donnie Darko (director’s cut) J’aurais pu ne pas inclure le nouveau montage de ce film culte de 2001. Mais il fait partie des meilleurs moments que l’on a pu passer dans une salle obscure cette année. Et quel plaisir de revoir les débuts de Jake Gyllenhaal dans ce qui reste aujourd’hui peut-être son plus grand rôle.
3-Greenbook Un Oscar du meilleur film qui ne souffre guère de contestation. Un film sensible, émouvant et drôle, sur les différences et leur acceptation. Un scénario qui aurait pu tomber dans mille pièges pour devenir insupportable de bons sentiments faciles, mais qui les as tous esquivé avec un talent immense.
4–Les Misérables Sans doute la plus grande claque de l’année cinématographique. Un film qui va crescendo et qui nous offre une dernière séquence qui laisse le spectateur KO à la sortie. Porté par un propos particulièrement marquant, il force notre pays à ne plus détourner les yeux face à certains problèmes qui rongent notre société.
5–Toy Story 4 Le quatrième film d’une franchise ressemble souvent au film de trop, qui est même souvent survenu bien avant. Mais Toy Story fait vraiment exception à la règle. La saga parvient toujours à se renouveler et à proposer le même cocktail délicieux d’aventures, de nostalgie et d’émotion pour être un peu plus qu’un simple divertissement familial.
6–Once Upon a Time… in Hollywood Réunir à l’écran Brad Pitt et Leonardo Di Caprio est pour beaucoup de réalisateurs un rêve absolu. Mais qui n’est pas inaccessible pour un réalisateur comme Quentin Tarantino. S’il n’est peut-être pas son meilleur film, celui-ci nous offre quelques séquences réellement inoubliables.
7-Ad Astra On retrouve également Brad Pitt à l’affiche de ce film de science-fiction parfois un peu trop contemplatif, mais absolument superbe.
8-Douleur et Gloire Pedro Almodovar signe son meilleur film depuis de longues années. Le film est porté par un Antonio Banderas à qui le réalisateur espagnol aura offert tous ses plus grands rôles.
9- Grace à Dieu François Ozon est depuis longtemps un des réalisateurs formellement les plus brillants du cinéma français. Mais on pouvait lui reprocher un manque d’audace récurent. En s’attaquant à un sujet aussi douloureux que la pédophilie dans l’Eglise, il ose enfin et offre un film aussi réussi sur la forme que sur le fond.
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