MON INCONNUE : Et si…

moninconnueafficheIl existe quelques moments de notre existence où quelque chose s’est joué, changeant définitivement le cours de notre vie. La moindre différence dans le déroulement des événements aurait bouleversé profondément notre destin. Cette idée a donné naissance à une multitude d’histoires sur le mode « et si… ». Si Smoking/Not Smoking d’Alain Resnais a été le plus loin dans l’exploration du concept, ce dernier irrigue quand même le cerveau et l’imagination de beaucoup d’auteurs depuis longtemps. Le dernier en date est Hugo Gélin qui s’y attaque à son tour avec Mon Inconnue. J’en ai presque déjà trop dit car, personnellement, j’ai eu la chance d’aller voir ce film sans rien en savoir et cela n’a fait que renforcer mon plaisir. Si au final, il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre du 7ème art, il offre une combinaison personnages attachants/rythme de narration qui permet de passer un très bon moment.

Il ne faut donc pas s’attendre à une originalité débordante de la part de Mon Inconnue. Sans être totalement dans le déjà vue, on peut rapprocher à peu près toutes les éléments clés du film dans d’autres œuvres qui l’ont précédé. Pourtant, on prend plaisir à se faire raconter cette histoire. Déjà parce qu’un courant de sympathie se crée assez vite avec les différents protagonistes, que ce soit le couple principal ou les quelques seconds rôles qui gravitent autour d’eux. Ensuite, l’histoire est racontée avec assez d’énergie et de rebondissements, même s’ils sont souvent sans grande surprise, pour que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. L’humour est peut-être un peu potache parfois, mais assez efficace en tout cas pour nous donner un vrai grand sourire qui nous accompagne du début à la fin. Toutes les qualités que l’on cherche dans un divertissement drôle, un rien romantique et qui ne prend pas une seconde la tête.

moninconnueMon Inconnue confirme tout le bien qu’on pouvait déjà penser de Joséphine Japy. Espérons que très vite un réalisateur lui donnera un rôle d’une toute autre dimension pour qu’elle exprime à nouveau tout son potentiel comme dans Respire. La bonne surprise vient de Benjamin Lavernhe qui cabotine un rien, mais pour notre plus grand bonheur. Enfin, si François Civil ne déçoit pas, il ne parvient pas cependant à donner une dimension supérieure à son personnage. Il se repose essentiellement sur son charisme naturel, ce qui est déjà pas mal, admettons-le. Tout ce beau monde met en tout cas assez d’énergie pour faire fonctionner le film et nous la transmettre. On les en remercie.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation : Hugo Gélin
Scénario : Hugo Gélin, Igor Gotesman et Benjamin Parent, avec la collaboration de David Foenkinos et Lætitia Colombani
Producteurs : Stéphane Célérier, Laetitia Galitzine, Valérie Garcia et Hugo Gélin
Durée : 118 min

Casting :
François Civil : Raphaël
Joséphine Japy : Olivia
Benjamin Lavernhe : Félix
Édith Scob : Gabrielle
Camille Lellouche : Mélanie
Amaury de Crayencour : Marc
Nina Simonpoli-Barthélemy : L’élève blasée
Juliette Dol : Morgane
Samir Boitard : Le prof de lettres
Christian Benedetti : Étienne Robert, l’éditeur
Guillaume Bouchède : Le fan inconditionnel d’Olivia
Dorian Le Clech : Un élève
Patrice Melennec : Le gardien Odéon

TEL AVIV ON FIRE : Crétins sans frontière

telavivonfireafficheLe cinéma prouve souvent que l’on peut traiter les sujets les plus sérieux, les plus graves et les plus dramatiques avec beaucoup d’humour sans pour autant affaiblir le message, bien au contraire. Une nouvelle preuve avec Tel Aviv on Fire, un film palestinien d’une ironie féroce qui nous plonge en plein conflit israélo-palestinien. Point de discours géopolitique ici, ou d’envolées lyriques sur la paix ou la guerre, juste une brochette de personnages, souvent ridicules, mais qui en disent finalement long sur une réalité à la fois plus simple et plus complexe que ce que l’on imagine.

Tel Aviv on Fire est avant tout drôle. Il est clair que l’intention première de Sameh Zoabi n’est pas de faire rire, mais de se servir du rire comme d’une courroie de transmission pour son message. Mais voilà, il la manie avec tant d’habileté que c’est la première chose qui nous frappe dans ce film. On rit, souvent et beaucoup. Un humour souvent au second degré, mais terriblement efficace. Il tourne en dérision les deux camps avec un enthousiasme débordant. Tout le monde en prend pour son grade et c’est particulièrement réjouissant. Pas forcément rassurant à première vue, car on voit mal comment se sortir d’autant de bêtise, mais d’un autre côté, il est aussi rassurant de voir que certains parviennent à prendre assez de recul pour remettre à leur place les prétentieux, ceux qui défendent jusqu’à l’absurde des causes sans fondement.

telavivonfireSi Tel Aviv on Fire ne bénéficie pas de moyens délirants, mais Sameh Zoabi fait preuve de beaucoup d’imagination. Au final, le film est visuellement très réussi et cela ajoute une nouvelle couche d’ironie. Ce film est donc totalement maîtrisé à tout point de vue de manière assez étonnante. Il s’agit donc d’une vraie bonne surprise cinématographique comme on en croise rarement. Tout cela prend vie grâce à un casting formidable, ce qui prouve définitivement que de merveilleux acteurs se trouvent partout autour du globe. Et si au final, le 7ème art ne va pas rétablir la paix, il nous donne quelques raisons de sourire. Ce n’est déjà pas si mal.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Samsa film, TS Productions, Lama Films, Artémis productions
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Sameh Zoabi
Scénario : Sameh Zoabi, Dan Kleinman
Montage : Catherine Schwartz
Photo : Laurent Brunet
Décors : Christina Schaffer
Musique : André Dziezuk
Durée : 97 min

Casting :
Kais Nashif : Salam
Lubna Azabal : Tala
Yaniv Biton : Assi
Nadim Sawalha : Bassam
Maisa Abd Elhadi : Mariam
Salim Daw : Atef
Yousef Sweid : Yehuda

C’EST CA L’AMOUR : Premier rang

cestcalamourafficheCertains acteurs attendent toute leur vie pour le grand rôle à la hauteur de leur talent. En effet, les seconds rôles sont souvent occupés par des acteurs largement aussi bons que ceux qui trustent les premiers. Nombreux sont les acteurs condamnés au statut d’éternel second rôle, qui ne constitue pas forcément le pire destin qui soit, mais qui peut évidemment créer un peu de frustration. Bouli Lanners fait partie de ces visages que l’on connaît par cœur pour les voir souvent sur les écrans, mais sans forcément être capable de mettre un nom dessus, car le leur ne s’inscrit que rarement, voire jamais, en haut des affiches. Cela change avec C’est Ca l’Amour. Et on ne peut que remercier Claire Burger pour ce choix judicieux.

C’est Ca l’Amour explore une thématique de plus en plus souvent traitée au cinéma : la relation père-fille dans un contexte de mère absente. S’il n’est pas totalement nouveau, il reste encore assez rare pour que le 7ème art soit loin d’avoir épuisé le sujet. Ce film peut être rangé dans la catégorie des films portrait, mais il s’agit avant tout du portrait d’une relation, je dirais même d’une émotion, plutôt que bêtement le portrait d’un personnage. On plonge profondément dans ce qu’il peut ressentir et cette émotion est largement partagée avec le spectateur. C’est bien ça qui donne toute sa force à ce très beau film qui peut difficilement laisser insensible.

cestcalamourCette émotion n’aurait évidemment pas une telle force si elle n’était pas portée par un formidable comédien. Bouli Lanners prouve ici que son talent a largement été sous-exploité par le cinéma français. Il lui manquait sûrement quelques abdos et une belle gueule pour faire une autre carrière, mais rien qu’avec C’est Ca l’Amour, il peut être fier de la sienne. Ce n’est cependant pas une raison pour oublier la très belle prestation de la jeune Justine Lacroix, très belle révélation de ce film. Après Party Girl, Claire Burger confirme ses talents de réalisatrice et sa capacité de nous livrer des portraits intimes et chargés d’une émotion sincère. C’est ça le talent !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Dharamsala, Arte
Distribution : Mars Films
Réalisation : Claire Burger
Scénario : Claire Burger
Montage : Claire Burger, Laurent Sénéchal
Photo : Julien Poupard
Durée : 98 min

Casting :
Bouli Lanners : Mario
Justine Lacroix : Frida
Sarah Henochsberg : Niki
Cécile Remy-Boutang : Armelle

DUMBO : Ne pas se tromper

dumboafficheLorsque j’ai appris que Disney avait pour projet de transformer trois de ses plus grands classiques en film live cette année, je n’ai pas vraiment été saisi par l’enthousiasme, c’est le moins que l’on puisse dire. Puis quand j’ai appris que le premier d’entre eux, Dumbo, était réalisé par Tim Burton, un peu de curiosité a fini par naître. Puis en constatant que le film recevait de bonnes critiques, je m’y suis rendu relativement confiant. Et qui est plus digne de confiance qu’un pur génie comme Tim Burton ?

Bon pour être totalement honnête, j’avais tout de même un fond d’appréhension. En effet, si Tim Burton reste une de mes idoles cinématographiques, je dois bien admettre que sa carrière a aussi connu quelques ratés. Mais Dumbo n’en fait incontestablement pas parti. Il a réussi la parfaite synthèse entre son propre style et une magie typique de l’univers Disney classique. Être à la fois un Disney et un Tim Burton, voilà une synthèse qui semblait impossible à réaliser. Et pourtant ce film y parvient pour le plus grand bonheur des petits et des grands, des rêveurs et des gothiques.

dumboLe seul point faible de Dumbo reste la qualité des effets spéciaux, qui frisent parfois l’indigence. Étonnant pour une telle production. Heureusement l’essentiel est sauf puisque le personnage de Dumbo est remarquablement expressif et on peut difficilement ne pas craquer devant sa bouille et son regard. Pour ce qui est de la distribution en chair et en os, on saluera en particulier le charme enivrant d’Eva Greene. Cela fait aussi bien plaisir de voir que Danny De Vito garde toujours la forme. Et Tim Burton cette part de magie qui fait les grands cinéastes.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions, Infinitite Detective, Secret Machine Entertainment
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Ehren Kruger, roman de Helen Aberson
Montage : Chris Lebenzon
Photo : Ben Davis
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Durée : 112 min

Casting :
Colin Farrell : Holt Farrier
Danny DeVito : Max Medici
Michael Keaton : V.A. Vandevere
Eva Green : Colette Marchant
Nico Parker : Milly Garrier
Finley Hobbins : Joe Farrier
Alan Arkin : J. Griffin Remington
Roshan Seth : Pramesh Singh
Lars Eidinger : Hans Brugelbecker

COMPANEROS : Putain 12 ans !

companerosafficheEn France, il n’est pas rare de voir un homme politique de finir sa carrière devant les tribunaux, voire même parfois en prison, après avoir occupé un nombre importants de mandats diverses et variés. Mais il existe encore plus de pays où les hommes politiques ont tâté du cachot avant d’être élus. On pense à Nelson Mandela bien sûr, mais dans beaucoup d’ex-dictature, cela a pu être le cas. L’Uruguay a été soumis à une dictature militaire comme le continent sud-américain en a connu beaucoup. Les opposants ont y été longuement emprisonnés arbitrairement dans des conditions inhumaines. C’est ce que nous fait découvrir Companeros, le récit de 12 ans de captivité de trois hommes qui auront ensuite marqué l’histoire de leur pays.

Faire un film de deux heures sur trois hommes enfermés dans un espace relativement restreint, voilà qui peut sembler difficile. Mais Alvaro Brechner parvient à construire un récit à tiroir, entre présent et flash-backs, qui parvient à réellement captiver le spectateur. Ne vous attendez pas à des scènes spectaculaires, mais au moins l’histoire propose quelques surprises et reste toujours parcourue d’une réelle tension narrative. Companeros a aussi le bon goût de ne pas en rajouter dans la description de l’horreur dans lequel les trois hommes sont plongés. Au contraire, il utilise parfois l’humour et l’absurde pour dénoncer avec force le calvaire qu’ils ont vécu.

companerosLes trois comédiens, Antonio de la Torre, Chino Darin et Alfonso Tort, livrent tous une prestation formidable. On retiendra quand même plus particulièrement celle du premier cité, qui donne une formidable humanité et profondeur à son personnage. Ils croiseront énormément de protagonistes secondaires au gré de leurs changements de lieux d’emprisonnement et c’est tout le casting qui nous réserve une foule de jolies surprises. En tout cas, Companeros est aussi remarquable sur le fond que sur le forme et met en lumière l’histoire méconnue d’un pays qui l’est tout autant. Voir un bon film et se coucher moins bête, voilà deux bonnes raisons pour aller le voir.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Alcaravan, Haddock films, Hernandez y Fernandez, Manny films, Tornasol films
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Alvaro Brechner
Scénario : Alvaro Brechner
Montage : Irene Blecua, Nacho Ruiz Capillas
Photo : Carlos Catalan
Décors : Laura Musso
Musique : Federico Jusid
Durée : 122 min

Casting :
Antonio de la Torre : José Mujica
Chino Darin : Mauricio Rosencof
Alfonso Tort : Eleuterio Fernández Huidobro
César Troncoso : le militaire
Soledad Villamil : La psychiatre
Dilvia Pérez Cruz : Ivette
Mirella Pascual : Lucy

CARRY FIRE (Robert Plant), MUSIC FOR PEOPLE IN TROUBLE (Suzanne Sundfor), HIPPOPOTAMUS (Sparks) : Vieux pots, jeune plante

carryfirerobertplantOn commence avec une légende incontournable du rock. Robert Plant, le chanteur de Led Zeppelin a commencé depuis peu une carrière solo qui n’a pas tout à fait le même retentissement que celle qu’il a eu avec son groupe. On comprend mieux pourquoi en écoutant Carry Fire, son deuxième album solo. Il nous y offre un rock classique où on sent que le style de Led Zeppelin n’est pas loin. De toute façon, rien qu’avec la voix, le parallèle est évident. On y retrouve son goût pour les sonorités orientales par exemple. Il fait preuve d’une grande maîtrise, il offre des titres plutôt variés, mais cela reste très propre sur lui. Ca se laisse au final écouter, mais rien ne vient vraiment accrocher l’oreille. Décevant vu la carrure de l’artiste.

musicforpeopleintroublesusannesundforSuzanne Sundfor est une compositrice et interprète qui nous vient de Norvège. Music for People in Trouble, sorti en 2017, est déjà son 7ème album. On y découvre une musique particulièrement douce qui repose beaucoup sur sa voix. Le seul problème est que cette dernière n’est pas spécialement prenante, même si elle est assez claire pour être agréable. Au final, la plupart des titres sont beaux, mais parfois un peu ennuyeux. Certains, de longs instrumentaux, n’ont pas grand intérêt. Le tout manque vraiment de punch et de ruptures de rythme.

hippopotamussparksOn termine par d’autres vieux routiers du rock, le groupe Sparks, fondé en 1968. Ils sont toujours vivants puisqu’ils ont sorti il y a quelques temps un nouvel album Hippopotamus. Ils ont bien fait car on se retrouve tout de suite plongé dans une ambiance musicale assez sympa. Une voix, un piano, une ambiance assez intime. Ensuite, on découvrira à chaque titre des instrumentations et des ambiances toujours différentes. Il y a de la conviction de la voix, c’est plutôt bon tout le temps, même si ce n’est jamais super original. Au moins, cela reste toujours maîtrisé. L’album s’étire cependant quelque peu en longueur avec 15 titres. Un peu de tri aurait pu rendre l’album plus percutant.

US : Double tranchant

usafficheLe problème avec le succès et la réussite, c’est qu’une fois que vous les avez obtenus, on s’attend à ce que cela devienne la norme à chacune de vos oeuvres. C’est ce qui arrive à Jordan Peele, réalisateur encensé pour Get Out. Des compliments mérités et qui ne doivent rien au hasard et beaucoup à son talent. La promotion de Us a beaucoup insisté sur le succès passé de son réalisateur. Il est donc logique que le spectateur s’attende à un nouveau film du même acabit. Malheureusement ce dernier, sans être mauvais pour autant, constitue un retour à l’ordinaire.

Us est à ranger dans les films qui font peur. Or il fait peur, mais pas trop. Le film mise quand même aussi pas mal sur l’humour et les situations quelque peu décalées. Du coup, on ne sait pas trop sur quel pied danser et le film s’avère ni franchement drôle, ni terriblement terrifiant. De plus, on peut regretter que le mystère qui avait créé l’ambiance et donné son intérêt au film, disparaisse au travers d’une longue explication complète et précise, mais pas forcément hyper convaincante. L’histoire y aurait gagné à ne pas chercher à tout expliquer. Elle se termine par le twist final qui va bien, mais quelque peu prévisible. Au final, on aura plutôt passé un bon moment, mais sans jamais s’enthousiasmer totalement.

usJordan Peele n’a rien perdu de son sens de l’image. Us nous propose quelques séquences vraiment réussies d’un point de vue esthétique. Techniquement, les faces à face entre les personnages et leurs doubles sont bluffants et jamais on ne devine les ficelles derrières les trucages. Lupita Nyong’o porte vraiment le film et tire tout le casting vers le haut. On soulignera notamment la performance assez impressionnante de la jeune Shahadi Wright Joseph, dont le double maléfique est véritablement terrifiant. Tout cela provoque un peu de frustration car le film possédait tous les ingrédients pour être nettement plus réussi et convaincant.

LA NOTE : 11/20

Production : Monkeypaw productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Jordan Peele
Scénario : Jordan Peele
Montage : Nicholas Monsour
Photo : Mike Gioulakis
Décors : Ruth De Jong
Musique : Michael Abels
Durée : 116 min

Casting :
Lupita Nyong’o : Adelaide Wilson, Red
Winston Duke : Gabe Wilson, Abraham
Elisabeth Moss : Kitty Tyler, Dahlia
Tim Heidecker : Josh Tyler, Tex
Shahadi Wright Joseph : Zora Wilson, Umbrae
Evan Alex : Jason Wilson, Pluto

LES TEMOINS DE LENSDORF : En quête de vérité

lestemoinsdelensdorfafficheLe polar est un des genres cinématographiques et littéraires les plus classiques. Si on en croit le Larousse, il implique forcément l’intervention de la police, ce qui est assez logique vue l’étymologie du mot. Mais on peut aussi élargir cette définition à tous récit impliquant un travail d’enquête, une traque d’indices, de preuves, pour faire éclater la vérité. Alors dans ce cas-là, les Témoins de Lendsdorf est incontestablement un polar, même si cette fois le scénario ne fait pas intervenir de policier, mais un historien juif orthodoxe. Les mécanismes sont bien les mêmes, même si le film est considérablement enrichi par bien d’autres éléments.

Les Témoins de Lensdorf adopte donc une forme particulièrement prenante qui donne vraiment envie au spectateur de connaître le fin mot de l’histoire. De l’histoire et de l’Histoire, puisque le film possède évidemment une dimension historique aux intérêts multiples. Le film aborde aussi largement la question de la mémoire, ainsi que le fondement même de l’idée d’être juif. Le tout est traité avec une grande profondeur en poussant vraiment la réflexion jusqu’au bout. Le film est donc passionnant à plus d’un titre et ravira des spectateurs aux attentes et aux centres d’intérêt très différents.

lestemoinsdelensdorfLes Témoins de Lendsdorf confirme la vitalité de la fiction israélienne, que ce soit sur grand ou petit écran. Le film offre aussi un premier grand rôle à Ori Pfeffer, plutôt habitué aux troisièmes rôles dans les productions hollywoodiennes de seconde zone. On peut donc parler de révélation car il porte réellement le film sur ses épaules avec un rare talent. Amichai Greenberg signe donc un film remarquablement maîtrisé dans toutes ses dimensions. Il rappelle ainsi à quel point la forme n’est jamais l’ennemie du fond et que les sujets les plus graves peuvent être traiter au travers d’une réelle intensité dramatique.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Amichai Greenberg
Scénario : Amichai Greenberg
Photographie : Moshe Mishali
Production : Sabine Moser, Olivier Neumann
Durée : 88 minutes

Casting :
Ori Pfeffer : Yoel
Rivka Gur : Fania
Hagit Dasberg-Shamul : Rina
Ori Yaniv : Micky
Michael Fuith : Le maire autrichien
Iréna Flury : Sylvie
Michaela Rosen : Le politicien autrichien
Helmuth Häusler : Le garde du corps

LE SAINT A LONDRES (Leslie Charteris) : 2ème rendez-vous raté

lesaintalondresDans les histoires d’amour, le plus difficile est souvent le deuxième rendez-vous. C’est le moment où l’on a passé le cap de l’émerveillement de la nouveauté et de la découverte pour commencer à relever tous les petits travers et défauts de l’autre. C’est aussi le moment où on est soi-même moins attentif à donner une bonne image et où on peut finir par mettre en avant des choses que l’on aurait bien aimé laisser encore un peu caché. Ma première rencontre littéraire avec le Saint avait été assez enthousiaste, à l’occasion de ma lecture du Saint à New York. C’est donc avec joie que je me suis attaqué au Saint à Londres. Malheureusement, ces retrouvailles n’ont pas été celles que j’imaginais.

Tout le monde (ou presque) sait à quel point j’apprécie la littérature de gare comme genre littéraire à part entière. Je sais apprécier tout sa richesse et ses qualités. Mais elle possède également incontestablement quelques défauts que le Saint à Londres met particulièrement en avant. Il s’agit d’un récit en trois parties, vaguement reliées entre elles. Ca semble écrit à la va-vite, sans que Leslie Charters n’ait cherché à proposer plus que le strict minimum. Je n’ai absolument pas retrouvé tout ce qui faisait le charme du Saint à New York, où l’intrigue était nettement plus étoffée et où on pouvait vraiment découvrir et apprécier ce personnage rendu légendaire par Roger Moore à la télévision.

De même, la qualité de la plume de Leslie Charters m’a beaucoup moins sauté aux yeux. Cela reste incontestablement mieux écrit que la moyenne des romans de gare, mais comme l’histoire est nettement plus plate, le style l’est aussi quelque peu. J’ignore donc s’il n’y aura jamais de troisième rendez-vous, vu que je crois que j’ai épuisé le stock de livres de cette série présents, suite à un don, dans ma bibliothèque. Mais qui sait, peut-être qu’à l’occasion d’une brocante ou d’un emprunt, je verrai lors d’un troisième rendez-vous si jamais la magie peut renaître. Mais je crains néanmoins que cela ne soit jamais plus le plus grand des amours.

SIBEL : Forte comme une Turque

sibelafficheCe n’est pas parce qu’un sujet nous a déjà offert un grand film sur un sujet qu’il ne faut pas renoncer à l’aborder à nouveau. Ainsi, si vous avez aimé Mustang et avez été touché par le destin de ses héroïnes, je ne peux que vous conseiller d’aller voir Sibel (même si à l’heure où j’écris ces lignes, cela va devenir difficile de trouver une salle qui le programme encore). Surtout qu’au final les deux films racontent deux histoires très différentes, combien même la condition des jeunes filles dans la Turquie rurale reste la question centrale. Au-delà de tout cela, ce sont surtout ses qualités qui doivent vous inciter à donner à cette production franco-germano-turco-luxembourgeoise les honneurs qu’elle mérite.

Sibel est un film portrait. Il repose donc largement sur les sentiments qui naissent envers son héroïne. On ne s’attache pas ici à elle parce qu’elle est une victime. Femme, muette, autant de caractéristiques qui ne lui promettent pas un destin facile, mais le personnage est loin de s’arrêter à ça. Au contraire, c’est pour sa force qu’on en vient à suivre son destin avec autant de ferveur. Le scénario possède une dimension presque épique qui lui donne un intérêt au-delà des sujets sociaux qui sont abordés. On assiste donc à un portrait particulièrement vivant qui fait entrer en synergie toutes ses dimensions pour en décupler l’impact et gagner le cœur et la raison du spectateur.

sibelSibel doit beaucoup au talent de Damla Sönmez. En effet, privée de paroles, elle doit transmettre tout ce qu’elle ressent par ses expressions. Enfin pas tout à fait puisqu’elle utilise aussi une langue sifflée (sous-titrée du coup) pour s’exprimer, mais cela ne remplace pas réellement le langage articulée. On ne peut donc que saluer la performance qui a le grand mérite de ne pas ressembler à un numéro d’acteur. Elle reste d’un naturel déconcertant dans toute la très large palette d’émotions qu’elle nous transmet. Elle porte sur ses épaules un film formidable qui aurait mérité un meilleur sort en termes de distribution.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisateurs : Çağla Zencirci, et Guillaume Giovanetti
Assistant réalisateur : Yagmur Misirlioglu
Scénaristes : Çağla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti
Producteurs: Marie Legrand, Rani Massalha, Michael Eckelt, Johannes Jancke, Marsel Kalvo, Nefes Polat, Christel Henon, Lilian Eche
Co-producteur : Marc Simoncini
Image : Eric Devin
Son : Tim Stephan & Stephan Konken
Musique : Bassel Hallak and Pi
Montage : Véronique Lange
Décors : Osman Özcan
Durée : 95 minutes

Damla Sönmez : Sibel
Emin Gürsoy : Emin
Erkan Kolçak Köstendil : Ali, le vagabond
Elit Iscan : Fatma
Meral Çetinkaya : Narin
Gülçin Kültür Şahin : Feride
Şevval Tezcan : Çiçek