La mort représente la seule certitude dans la vie. Pourtant, c’est un sujet que l’on n’aime pas particulièrement aborder. Nos sociétés modernes essayent par tous les moyens de nous en protéger en la reléguant là où on ne peut pas la voir, comme si cela nous en protégeait le moins du monde. C’est évidemment une illusion qui rend sans doute encore plus difficile et douloureux la confrontation. Il reste cependant quelques films pour aborder de front ce sujet et on peut y voir une démarche particulièrement salutaire. L’Ordre des Médecins fait partie de ceux-là et nous livre un propos brillant.
Si la mort se situe au centre de l’Ordre des Médecins, le film aborde à travers elle un grand nombre de thématiques assez variées. La famille, les certitudes, la vie hospitalière… Tout cela donne un scénario riche. Si on ajoute à cela une vraie justesse dans le propos, on comprend mieux pourquoi on s’intéresse à cette histoire du début à la fin. Le propos ne sombre jamais dans la banalité. Chaque idée fait réfléchir le spectateur et pousse la réflexion toujours un peu plus loin. De la profondeur et de la densité, voilà deux qualités que l’on est heureux de retrouver dans un film de ce type. Il n’oublie pas non plus de donner beaucoup d’humanité à ses personnages pour que de la réflexion surgisse aussi une réelle émotion.
Le film bénéficie également d’un beau casting. Miser sur une valeur comme Jérémie Renier ne constitue pas vraiment une prise de risque. Surtout avec un rôle qui semble à ce point tailler pour lui. Cependant, quand le talent est là, on ne peut que s’incliner. L’Ordre des Médecins permet aussi une nouvelle fois d’apprécier tout le talent de Zita Hanrot, une valeur montante qui est loin d’avoir achevé son ascension. La réalisation de David Roux est particulièrement sobre, mais sait parfaitement mettre en valeur les comédiens. Cela donne un film intéressant, intense, émouvant et très solide intellectuellement. Beaucoup de bonnes raisons pour aller le voir.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : David Roux Scénario : David Roux et Julie Peyr Photographie : Augustin Barbaroux Montage : Benjamin Favreul Musique : Jonathan Fitoussi et Pascal Mayer Décors : Chloé Cambournac Costumes : Sophie Bégon Producteur : Candice Zaccagnino et Olivier Aknin Durée : 93 minutes
Casting : Jérémie Renier : Simon Marthe Keller : Mathilde Zita Hanrot : Agathe Maud Wyler : Julia Alain Libolt : Sylvain Frédéric Épaud : Fred Jeanne Rosa : Gladys Jisca Kalvanda : Caroline Catherine Ferran : Professeur Renée Chagnon
Certains vieillissent, prennent de l’âge ou encore subissent le poids des ans. Et puis, il y a Clint Eastwood ! Certes, objectivement, il vieillit, prend de l’âge et subit quelque peu le poids des ans. Mais il le fait merveilleusement bien. Avec la Mule, il prouve qu’il a encore, à bientôt 89 ans, toute sa place derrière et même devant la caméra. En alors qu’il avait annoncé sa retraite en tant qu’acteur, il revêt une nouvelle fois cette double casquette pour nous offrir un film qui forcément lui doit beaucoup. On ne peut que saluer ce choix puisque ce rôle semblait effectivement définitivement fait pour lui. Mais c’est bien le film dans son ensemble qui est à saluer, prouvant encore une fois que Clint Eastwood est un grand cinéaste. Même si on n’avait pas besoin de cela pour en être persuadé.
Ceux qui auront vu la bande-annonce de la Mule imagine sans doute qu’il s’agit d’un film sombre et profondément dramatique. Il n’en est rien et j’ai rarement vu un tel décalage dans ce sens. En effet, si on voit souvent des films pas drôles vouloir se faire passer pour des comédies, ici c’est exactement l’inverse. Le film peut définitivement être qualifié de comédie dramatique, genre où le septième art hexagonal excelle, mais qui tient là une brillant représentant. Le film aborde quelques vrais sujets qui ne prêtent pas vraiment à dire, mais le ton est quand même globalement assez léger. Il repose sur le ressort comique assez classique du personnage qui se retrouve plongé dans un monde avec lequel il est en total décalage. Entre un vétéran WASP de 90 ans et des gangsters latinos, ce ressort fonctionne une nouvelle fois à merveille.
Il paraît que Clint Eastwood avait d’abord pensé à d’autres acteurs pour interpréter le rôle principal de la Mule, avant que d’autres ne parviennent à le convaincre de se le confier à lui-même. On ne peut que les remercier d’y être parvenu, même si je ne doute pas une seule seconde que l’envie de se retrouver de ce côté de la caméra devait quand même le démanger. Les grands artistes sont voués à mourir sur scène. Clint Eastwood mourra sur un plateau de tournage. Mais espérons que cela arrive le plus tard possible. Car ce film brillant sur la forme et le fond nous montre qu’il a encore beaucoup de choses à apporter au cinéma. L’année cinématographique 2019 est désormais définitivement lancée et espérons que le reste suive la même route. A bientôt Clint !
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Warner Bros, Imperative Entertainment, Bron Creative, The Malpaso Company, BRON Studios Distribution : Warner Bros Pictures France Réalisation : Clint Eastwood Scénario : Nick Schenk, Sam Dolnick (article du New York Times) Montage : Joel Cox Photo : Yves Bélanger Décors : Kevin Ishioka Musique : Arturo Sandoval Durée : 116 min
Casting : Clint Eastwood : Earl Stone Bradley Cooper : Agent Colin bates Laurence Fishburne : Agent spécial de la DEA Michael Peña : Agent Trevino Dianne Wiest : Mary Andy Garcia : Laton Ignacio Serricchio : Julio Alison Eastwood : Iris Taissa Farmiga : Ginny
Quand un scénariste tient une bonne idée, il essaye d’en tirer une histoire. Cela nécessite souvent d’étoffer l’idée initiale avec beaucoup d’à-côté pour nous faire entre autres découvrir les personnages, leur univers et leurs relations. Cependant, tout cela ne doit pas non plus faire perdre de vue le cœur du film qui doit prendre une place conséquente. C’est ce que semble avoir totalement oublié Ulrich Köhler, le réalisateur de In My Room. Il tenait pourtant dans sa main de quoi nous proposer un film étonnant et original. Il nous offre finalement avant tout un grand moment d’ennui.
Il est très tentant pour moi de spoiler et de dévoiler ici la fameuse bonne idée qui se situe au cœur de In My Room. Simplement, comme elle ne se dévoile qu’à vingt minutes de la fin d’un film de deux heures, cela revient un peu à raconter tout le film, ce que je m’interdis lorsque je rédige mes critiques. Le scénario met donc un temps infini pour atteindre son propre cœur. Le problème est que lorsqu’il y parvient, le spectateur a décroché depuis longtemps et il n’y a plus aucune chance de voir reprendre le train avec enthousiasme. Il a trouvé le temps bien trop long avant cela pour donner une seconde chance à cette histoire. Il est simplement rassuré de voir qu’Ulrich Köhler avait bien quelque chose à raconter et qu’il ne l’a pas fait languir pendant près d’une heure et demi pour rien. Rassuré, mais certainement pas satisfait.
De plus, In My Room n’a rien d’artistiquement très transcendant. La réalisation est sobre, mais guère imaginative. Les acteurs n’ont rien à se reprocher, mais sans pour autant bouleverser profondément les spectateur. Bref, on a beau creuser, on ne trouve toujours pas de raison solide pour dire beaucoup de bien de ce film. Espérons simplement qu’un jour, un scénariste sans scrupule osera piquer la bonne idée que recèle ce long métrage pour en faire tout autre chose. Avis aux scénaristes en manque d’inspiration, alors ! Promis, je ne les dénoncerai pas !
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Réalisation : Ulrich Köhler Scénario : Ulrich Köhler Photographie : Patrick Orth Montage : Laura Lauzemis Direction artistique : Susan Gohsmann, Silke Fischer Décors : Jochen Dehn, Silke Fischer Costumes : Birgitt Kilian Son : Andreas Hildebrandt
Casting : Hans Löw : Armin Elena Radonicich : Kirsi Michael Wittenborn : Le père Ruth Bickelhaupt : La grand-mère Emma Bading : Rosa Katharina Linder : Lilo Felix Knopp : Le monteur Kathrin Resetarits : Tanja
Quand on veut prendre des risques, faire face à l’incertain, se trouver devant une situation de tout ou rien, jouer le tout pour le tout, on a deux possibilités. Soit jouer la roulette russe, ce qui peut quand même aller loin en termes de décès. Ou bien aller voir un film de M. Nigth Shyamalan. En effet, rarement un réalisateur aura alterné à ce point le pire et le meilleur, nous offrant quelques vrais navets et quelques petits chefs d’œuvre. Glass vient conclure une trilogie commencée il y a fort longtemps avec Incassable, qui faisait clairement plutôt partie de la première catégorie, et poursuivie ensuite par Split, qui lui se classait incontestablement dans la seconde. Où allait-il donc se situer ? La réponse est clairement entre les deux.
Glass n’est pas un mauvais film en soi, mais un film relativement décevant tout de même. J’avoue que je dois aussi cette déception à des commentaires des critiques bien plus élogieux que ma propre opinion. Cela renforce forcément le sentiment négatif, mais ceci n’explique pas tout. Le film passe pour moi à côté d’une partie de son ambition. On sent que M. Night Shyamalan veut monter au cours de son histoire, peu à peu, vers quelque chose de grand, mais tout cela se termine sur un final loin d’être inoubliable. Savoir conclure est un art difficile et franchement ce film ne restera pas comme un modèle dans ce domaine. Surtout que tout le reste est quand même émaillé de beaucoup d’éléments à la crédibilité douteuse qui ont fait que je ne suis jamais tout à faire rentré pleinement dans cette histoire.
Il reste cependant le plaisir réel de voir évoluer trois grands acteurs. Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy reprennent leur rôle avec beaucoup d’implication. Il semble exister un parfait équilibre entre les trois, ce qui équilibre du même coup toute l’histoire qui repose entièrement sur le triangle qu’ils forment. C’est ce que l’on retiendra avant tout de Glass devant lequel on ne s’ennuie pas, mais devant lequel on ne s’enthousiasme pas non plus. M. Night Shyamalan nous livre donc un film pas tout à fait abouti. Peut-être aurait-il du attendre un peu plus longtemps avant de conclure cette trilogie qui aurait peut-être gagné à ne pas en devenir une.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Blinding Edge Pictures, Blumhouse Productions, Buena Vista Pictures Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures Réalisation : M. Night Shyamalan Scénario : M. Night Shyamalan Montage : Luke Ciarrocchi Photo : Mike Gioulakis Musique : West Dylan Thordson Directeur artistique : Jesse Rosenthal Durée : 132 min
Casting : Bruce Willis : David Dunn Samuel L. Jackson : Elijah Price James McAvoy : Kevin Wendell Crumb Anya Taylor-Joy : Casey Cooke Sarah Paulson : Dr. Ellie Staple Spencer Treat Clark : Joseph Dunn Charlayne Woodard : la mère d’Elijah
On commence cet avis musical avec une artiste que j’aime beaucoup… d’habitude. Laura Marling est une artiste anglaise dont j’avais apprécié les trois précédents albums. Mais Semper Femina, sorti en 2017, m’a profondément déçu. Le ton y est assez sinistre et le résultat totalement transparent. Les interprétations sont très en-dedans. Le tout n’est pas spécialement beau, la voix est sous-utilisée. Bref, ça ne décolle pas. Les derniers titres viennent enfin nuancer quelque peu ce tableau assez noir avec deux titres qui marquent enfin : Nouel et Nothing, not nearly qui concluent l’album.
On poursuit avec une belle et vraie découverte. Le groupe américain Hurray for the Riff Raff et son album The Navigator. Leur musique entre indie rock et folk est portée par la très belle voix d’Alynda Segarra. Cette dernière joue ses textes autant qu’elle les chante. Les instrumentations paraissent un rien brouillonnes, mais on sent que tout cela est en fait parfaitement maîtrisé. Le tout allie conviction et énergie pour un résultat solide et surtout agréable. Ce groupe possède une vraie personnalité. On retiendra notamment le titre Rican Beach.
On termine avec la réédition de The Last Waltz, qui est en fait l’enregistrement du concert d’adieu du groupe The Band en 1976. Malheureusement, la qualité sonore de l’époque n’était pas terrible et il est difficile de s’enthousiasmer quand on ne connaissait pas précédemment le groupe. Leur musique navigue entre rock, country et folk. Le résultat est très classique, solide, mais manque un peu d’épaisseur. Le groupe compte pourtant sur de nombreux invités prestigieux. D’ailleurs la venue de Muddy Waters pour interpréter Mannish Boy est le seul moment où j’aurais tendu l’oreille.
Suite à l’élection de François Hollande, le PS du continue à vivre sa vie de parti politique. Ses principaux leaders désormais Ministre et Martine Aubry partie bouder à Lille, il fallait bien trouver quelqu’un pour garder la maison. Un peu comme François Hollande lui-même en 1995 suite à la victoire aux législatives et la formation du gouvernement de Lionel Jospin. Un peu (beaucoup… totalement…) par défaut, c’est Harlem Désir qui sera chargé de cette mission. Pour cela, il fallait organiser un congrès. Il aura eu lieu à Toulouse. Il sera resté comme peut-être le moins intéressant de l’histoire du PS. Du moins, sur le front des idées. Car c’est peut-être ici que bien des graines d’auto-destruction furent semées.
Fraîchement arrivée au pouvoir, le parti ne pouvait évidemment pas afficher trop vite des signes de désunion. La totalité des leaders se rangèrent donc derrière une seule et grande motion unitaire, qui ne ferait face qu’à des motions anecdotiques, même si celle conduite par Stéphane Hessel fit un peu parler d’elle, vu l’identité de son premier signataire, âgé alors de 95 ans. L’aile gauche du PS présentait bien également une motion, mais elle était privée de son principal leader, Benoît Hamon, obligé en tant que Ministre de se ranger derrière la motion majoritaire. Bel exemple d’unité ? Ou erreur stratégique ?
La suite prouvât qu’il s’agissait bien de la seconde option. En effet, inviter dans une même motion des « leaders » que l’on ne sait pas forcément profondément acquis à sa cause ne constitue en rien une garantie de soumission de leur part. Cela a par contre permis à tous les faux amis du Présidents de placer des hommes et des femmes à eux dans les instances du parti. Ainsi, l’aile gauche (on ignorait alors ce qu’était un frondeur) fut représentée à la fois par des signataires de la motion affichant d’ors et déjà un certain scepticisme face à la politique prônée par François Hollande (ce qui était logique)… et par des signataires de la motion qui aurait du logiquement rassemblé les vrais soutiens du Président. Dans ces passagers clandestins se trouvait notamment la garde rapprochée de Benoît Hamon et celle d’Arnaud Montebourg. Quand on y repense en sachant ce qui s’est passé ensuite, on se rend compte à quel point la frontière entre volonté de rassembler et naïveté coupable est fine.
La meilleure illustration de ce jeu de dupes restera incontestablement ce qui s’est passé dans les Yvelines et que j’ai eu la « chance » de vivre aux premières loges. Benoît Hamon avait été parachuté dans mon département quelques mois plus tôt, suite à la perte de son mandat de député européen. Il fallait bien le recaser quelque part. Il n’était évidemment pas question pour lui de se contenter d’être là. Les instances du parti lui avaient concédé un département profondément ancré à droite comme terrain de jeu pour le neutraliser et il avait bien l’intention de jouer y compris contre son propre camp. C’est d’ailleurs ce qu’il fait de mieux, mais j’aurais le temps d’y revenir souvent.
La première étape allait être pour lui de prendre le contrôle de la fédération départementale. Mais il eut l’intelligence de sentir qu’il devait avancer masqué. Dans un département où les adhérents sont avant tout des cadres, un positionnement trop à gauche de la gauche aurait été voué à l’échec. Heureusement pour lui, le monde politique offre assez d’ambitieux et d’ambitieuses pour autoriser ce genre de manœuvre. Pour profiter de la confusion idéologique provoquée par cette grande motion qui n’avait d’unitaire que de nom, quoi de mieux que d’aller débaucher quelqu’un supposé être à l’opposé du spectre politique du PS. Benoît Hamon trouva ainsi le moyen d’avancer comme pion l’ancienne représentante du courant animé par Pierre Moscovici. Comme quoi, les grands écarts ne se font pas que dans les salles de gymnastique. La plupart des militants de terrain étant loin, et grand bien leur fasse, de ces petites manœuvres, cela fonctionna parfaitement.
Cette campagne départementale fut marquée par quelques épisodes savoureux. A côté du pôle hamoniste et du pôle hollandais, dont je faisais partie, on vit émerger comme candidate la compagne du Maire de Conflans St Honorine. Elle avait comme atout d’avoir le contrôle de la plus grosse Section du département. Le soir du premier tour, le résultat fut longtemps incertain. A notre grande déception, elle semblait devant nous pour la deuxième place. Mais certains résultats prêtaient à contestation avec des adhésions pas très nettes de dernière minute. Finalement, le résultat d’une commune où elle gagnait beaucoup de voix fut annulé. Au final, le candidat que je soutenais et elle se retrouvaient à égalité parfaite. Dans ce cas-là, les règles du parti indiquent que c’est le plus ancien en termes de date d’adhésion au PS qui l’emporte. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés au deuxième tour. Le lendemain, la Section de Conflans St Honorine passa d’une centaine de votants… à trois… Sans ce report de voix, nous n’avions aucune chance et Benoît Hamon prit tranquillement le contrôle de la fédération des Yvelines, qui cessa alors de servir à quoi que ce soit d’autre si ce n’est servir ses intérêts personnels.
Cette campagne départementale m’a également permis de vivre une scène qui m’a marquée. Nous sommes le midi avant le congrès fédéral qui suit l’élection. Au sein de notre groupe, nous devons attribuer les postes de conseillers fédéraux qui nous reviennent. Nous sommes plus de candidats que de places. Il faut donc choisir et désigner ce qui ne vont pas avoir satisfaction. Je suis le premier à prendre la parole pour dire que j’allais avoir bientôt une campagne municipale à mener qui allait me prendre beaucoup de temps et que j’étais donc prêt à renoncer. Je me souviens parfaitement du tonnerre d’applaudissements qui a suivi et du soulagement de certains… Un de moins, pensaient-ils ! Quand on connaît à quel point être conseiller fédéral ne sert à peu près à rien et surtout à quel point une bonne moitié de ceux qui seront finalement nommés brilleront surtout au final par leur absentéisme et leur inutilité, je ne peux qu’affirmer une nouvelle fois quelque chose dont je suis profondément convaincu : le militantisme rend un peu con…
Ah oui, j’ai failli oublier de mentionner qu’à l’issu de ce congrès Harlem Désir était devenu premier secrétaire du Parti Socialiste. A la fois, je n’aurais pas été le seul à l’avoir déjà oublié.
Adapter représente un art presque aussi subtil que l’écriture d’une histoire originale. Un art bien trop déconsidéré, ce qui fait que l’on assiste régulièrement à de très mauvaises adaptions. Mauvaises adaptations de romans. Mais surtout mauvaises adaptations de pièce de théâtre. En effet, il est tentant de considérer que les deux arts sont tellement proches qu’il suffit de poser sa caméra devant une scène pour faire un film. Or, il n’en est rien. Les deux arts sont profondément différents et du théâtre filmé ne fera jamais un grand film. Edmond connaît un triomphe ininterrompu depuis trois ans au théâtre. Le voir débarquer sur grand écran ne constitue pas vraiment une surprise. Mais voir l’auteur même de la pièce diriger de l’autre côté de la caméra pouvait faire craindre un film ne sachant pas se détacher de l’œuvre théâtrale. Il n’en est heureusement rien.
Le théâtre et le cinéma se distinguent en partie par la gestion de l’énergie. On occupe pas une scène et un écran de la même façon. Le grand mérite d’Edmond version cinéma est d’avoir su modifier profondément l’énergie qui habite cette histoire. Le film est nettement plus posé, faisant de la comédie théâtrale frénétique un long métrage drôle, mais laissant plus de place à la mélancolie ou à la tristesse. Quand les personnages se montrent pathétiques, ce n’est ici pas que pour faire rire, mais aussi pour les rendre plus humains et plus réalistes. En réalisant cette mutation, Alexis Michalik a vraiment su transformer son histoire pour l’adapter à son nouvel écrin. Cependant, en faisant ça, il faut l’admettre, il l’a aussi banalisé, lui faisant perdre une partie de ce qui explique son formidable succès. Il nous livre au final une bonne comédie, pas une grande comédie.
Reste dans Edmond la présence permanente du texte de Cyrano de Bergerac. Alexis Michalik nous offre tout de même et avant tout un formidable cri d’amour pour ce qui reste pour moi le plus beau texte jamais écrit par une main humaine. La fusion entre les deux histoires fonctionne avec autant de bonheur au cinéma qu’au théâtre. Le film se nourrit de l’émotion incomparable véhiculée par le texte original et ce dernier lui donne quelque chose d’unique. Sa réussite doit beaucoup à Olivier Gourmet que l’on a du coup vraiment envie de voir revêtir le costume de Cyrano pour de vrai, tant son interprétation de l’ultime scène de la pièce d’Edmond Rostand est magnifique. Un passage qui nous rappelle que si on oubliera sûrement un jour ce film sympathique, on n’oubliera jamais le texte sublime qui lui a donné naissance.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Legende films, UMedia Distribution : Gaumont Réalisation : Alexis Michalik Scénario : Alexis Michalik Photo : Giovanni Fiore Coletallacci Décors : Franck Schwartz Musique : Romain Trouillet Durée : 110 min
Casting : Thomas Solivérès : Edmond Rostand Olivier Gourmet : Constant Coquelin Mathilde Seigner : Maria Legault Tom Leeb : Léo Lucie Boujenah : Jeanne d’Alcie Alice de Lencquesaing : Rosemonde Gérard Clémentine Célarié : Sarah Bernhardt Igor Gotesman : Jean Coquelin Dominique Pinon : Léon
Traditionnellement, le mal est associé à la laideur et à l’inverse le bien à la beauté. Il est évident que ceci ne correspond en rien à la réalité, car on sait bien que les plus beaux yeux peuvent cacher les pires horreurs. L’Ange nous le démontre une nouvelle fois. Ce film argentin nous raconte en effet la plongée dans la violence d’un jeune homme au visage angélique (d’où le titre du film). Une histoire somme toute classique, mais dont les qualités témoignent une nouvelle fois de la vitalité du cinéma argentin. Une histoire qui nous renvoie aussi vers la relation très ambiguë que le spectateur peut nouer avec la violence.
L’Ange se situe dans une longue lignée de films qui nous racontent comment un jeune garçon devient un criminel endurci et froid. Un parcours qui s’apparente souvent à une longue montée avec une chute terrible. Montée ou descente vertigineuse dans l’immoralité, question de point de vue. Le spectateur est à la fois horrifié et fasciné. Il est particulièrement ardu de décider ce que l’on ressent pour son personnage principal. Sympathie et attrait ou bien au contraire dégoût et détestation. Un peu de tout ça, simultanément ou bien alternativement. C’est bien cette difficulté à définir ce que l’on ressent qui fait tout l’intérêt du film. Et on peut voir dans ce personnage un symbole de bien des formes de violence face auxquelles on ressent les mêmes sentiments partagés.
Le visage de Lorenzo Ferro joue un rôle central dans l’Ange. Mais évidemment, la performance de ce jeune acteur ne peut se résumer simplement à ses traits. C’est aussi parce qu’il incarne son personnage avec une vraie subtilité que le film fonctionne si bien. En effet, il rend vraiment crédible le glissement progressif de son personnage, même quand celui-ci finit par atteindre une sorte de démesure. Se dégage de la réalisation de Luis Ortega un vrai sens de l’esthétisme qui contribue aussi à l’ambiguïté profonde de ce film. On pourra simplement regretter que le propos n’ait pas vraiment cherché à enrichir l’idée de départ. Celle-ci est pleinement et brillamment exploitée, mais ne permet pas au film de prendre une dimension supplémentaire.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : El Deseo, Kramer & Sigman films, Underground Contenidos, Telefe Réalisation : Luis Ortega Scénario : Luis Ortega, Rodolfo Palacios, Sergio Olguin Montage : Guille Gatti Photo : Julian Apezteguia Décors : Julia Freid Distribution : UGC Distribution Durée : 118 min
Casting : Lorenzo Ferro : Carlos Robledo Puch, dit Carlitos Chino Darin : Ramon Daniel Fanego : José Mercedes Moran : Ana Maria Malena Villa : Marisol, Magdalena Cecilia Roth : Aurora Luis Gnecco : Hector Peter Lanzani : Miguel
Parfois, on a l’impression que le scénario d’un film ne repose sur pas grand chose. Par exemple, on peut facilement penser que Border est juste un film sur une fille très moche qui finit par trouver l’amour auprès d’un mec aussi moche qu’elle. Si cette phrase correspond au contenu de l’intrigue, elle ne dévoile qu’une toute petite partie de celle-ci. Et le reste est tellement inattendu que cela donne finalement un film convaincant à partir de cette idée de pas grand chose. Un long métrage qui ravira les amateurs de films carrément décalés, qui n’ont pas besoin d’un gros budget pour surprendre le spectateur.
Border est le genre de film où le spectateur passe son temps à se dire « mais qu’est ce que c’est que ce truc ? ». On peut certes mal le prendre si on n’accroche pas du tout et passer un moment carrément pénible. Mais ici, on a plus de chance au contraire de voir sa curiosité attisée et d’avoir envie où ces Suédois un peu barrés vont nous mener. Je n’en dirai rien évidemment, mais dites-vous simplement, ce que ce n’est certainement pas là où vous l’imaginiez au départ. Le tout est porté par une narration très intelligente qui dévoile chaque élément de l’intrigue l’un après l’autre, sans jamais ne rien laisser transparaître à l’avance. Beaucoup d’intelligence donc, qui compense mille fois le manque de moyen.
Si vous voulez savoir vraiment à quoi ressemble Eva Melander et Eero Milonoff, inutile d’aller voir Border. Ils sont absolument méconnaissables. Par contre, ils donnent une idée très précise de leur talent en gardant une justesse et une retenue remarquables. Ils se gardent de tout surjeu et participe ainsi à l’ambiance étrange de ce film où réalité et fantastique ne semble pas avoir de frontière claire. La réalisation de Ali Abbasi joue évidemment son rôle. Il arrive à impulser un peu de poésie dans certaines scènes qui auraient pu facilement faire rire sans cela. Il confirme tout le bien que l’on pensait de lui après l’excellent Laisse-Moi Entrer. Après libres à chacun de croire ou pas dans cette histoire un rien improbable, mais si c’est le cas, on ne peut pas être déçu qu’on nous l’ait racontée.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Meta Spark & Kärnfilm, Black Spark Film, Film i Väst, SVT Réalisation : Ali Abbasi Scénario : Ali Abbasi, Isabella Eklöf, d’après le roman de John Ajvide Lindqvist Montage : Olivia Neergaard-Holm, Anders Skov Photo : Nadim Carlsen Décors : Frida Hoas Distribution : Metropolitan FilmExport Durée : 108 mn
Casting : Eva Melander : Tina Eero Milonoff : Vore Viktor Akerblom : Ulf Jorgen Thorsson : Roland
Ceux qui ont l’habitude de lire mes critiques de manière attentive (il paraît qu’ils existent) ont du remarquer à quel point le misérabilisme est un défaut pour lequel je n’ai guère de mansuétude. Ou, pour le dire beaucoup plus positivement, j’apprécie particulièrement les films qui savent échapper à ce travers. On peut facilement y voir là mon côté socialiste un peu bobo et je pense que l’on n’a pas complément tort en faisant ça. C’est donc en toute logique que j’ai pleinement apprécié Les Invisibles. Un film qui, après Discount, semble spécialiser Louis-Julien Petit dans les films sociaux. Sauf qu’il évite ici les pièges qu’il n’avait pas forcément su esquiver auparavant.
La bande-annonce de Les Invisibles donnait déjà particulièrement envie d’aller voir ce film. En effet, elle donnait l’image d’un feel good movie où les personnages, des femmes SDF, sont valorisées, plutôt que l’on passe son temps à s’apitoyer sur leur sort. Et bien cette image est parfaitement représentative du propos de ce film. Bien sûr, il sait nous ramener de temps à autre à la dure réalité des choses, mais il a aussi parfois un petit côté bisounours assumé, mais assez maîtrisé pour être tout simplement rafraîchissant. On sourit beaucoup, on rit même parfois. Et on s’attache profondément à ces personnages un peu (beaucoup) cassés, mais qui savent aussi réparer (clin d’œil au protagoniste le plus marquant de cette histoire).
Mettre en scène des actrices non professionnelles pour ce genre de film pouvait s’apparenter à une ficelle classique et un peu facile. Mais franchement, elles sont toutes tellement convaincantes et transmettent tellement de choses au spectateur que l’on peut que saluer ce choix de Louis-Julien Petit. Il y a sûrement là un vrai travail de direction, mais aussi une spontanéité que la technique dramatique fait perdre un peu parfois. Cela apporte donc un vrai plus, pas simplement une sorte de caution morale. C’est vraiment grâce à elle que Les Invisibles nous fait passer un si bon moment, dont on ressort plein d’énergie pour soi et une petite envie de se battre pour changer le monde.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Elemiah, France 3 cinéma, Canal +, Ciné + Distribution : Apollo Films Réalisation : Louis-Julien Petit Scénario : Louis-Julien Petit, Marion Doussot, Claire Lajeunie Montage : Antoine Vareille, Nathan Delannoy Photo : David Chambille Décors : Arnaud Bouniort Musique : Laurent Perez Del Mar Durée : 102 min
Casting : Audrey Lamy : Audrey Corinne Masiero : Manu Noémi Lvovsky : Hélène Déborah Lukumuena : Angélique Sarah Suco : Julie Brigitte Sy : Béatrice Pablo Pauly : Dimitri Quentin Faure : Laurent
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