LES CHATOUILLES : Audace et maladresse

leschatouillesafficheParfois je m’offre des soirées cinéma sur des sujets « à fond la déconne ». Après un premier film sur un père qui part sur les traces de son fils parti faire le djihad en Syrie, j’ai directement enchaîné avec un film sur la pédophilie. Et oui, j’aime les sujets légers qui incitent au rire et à la joie… Evidemment, j’ironise… mais pas tant que ça. En effet, les Chatouilles nous parle d’un sujet particulièrement dramatique et sordide en utilisant une forme incroyablement audacieuse. Rarement un film aura pris autant de risque. Le tout pour un résultat étonnant mais contrasté.

Les Chatouilles est un film qui peut inspirer des sentiments aussi forts que contraires. On navigue du ridicule au magnifique, du drôle à l’horreur la plus dérangeante, le tout en quelques secondes. En fait, dans un premier temps, le spectateur est tellement sorti de ses repères habituelles qu’il ne sait pas forcément quoi penser. Surtout que le premier tiers du film est parfois particulièrement maladroit (une pensée particulière pour Ariane Ascadie qui interprète la prof de danse la moins crédible de l’histoire… et de loin!). Mais au final, une fois que l’on comprend le sens profond de ce que Andréa Bescond cherche à partager avec nous, on accepte l’offrande avec beaucoup de bienveillance. Dire qu’elle a mis beaucoup d’elle-même dans ce film est un euphémisme et on est au final très heureux qu’elle l’ai fait.

leschatouillesSi Andréa Bescond, épaulé par Eric Métayer, est une réalisatrice est parfois aussi maladroite qu’audacieuse, elle démontre qu’elle est une actrice absolument merveilleuse. Interpréter son propre rôle n’a rien d’évident, surtout qu’elle livre une performance où elle pousse son âme et son corps dans ses derniers retranchements. On saluera aussi la performance plus classique, mais totalement maîtrisée, de Pierre Deladonchamps. Au final, les Chatouilles démontre la manière dont l’art peut transcender toutes les souffrances. Pour cela, il faut oser. Andréa Bescond l’a fait et nous offre un film qui ne peut pas laisser indifférent.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Andréa Bescond et Éric Métayer, d’après leur pièce Les Chatouilles ou la Danse de la colère
Production : François Kraus et Denis Pineau-Valencienne
Décors : Éric Barboza
Costumes : Isabelle Pannetier
Photographie : Pierre Aïm
Son : Thomas Lascar, Margot Testemale, Thomas Desjonquères et Thomas Gauder
Montage : Valérie Deseine
Musique : Clément Ducol
Durée : 103 minutes

Casting :
Andréa Bescond : Odette, adulte
Cyrille Mairesse : Odette, enfant
Karin Viard : Mado Le Nadant
Clovis Cornillac : Fabrice Le Nadant
Pierre Deladonchamps : Gilbert Miguié
Grégory Montel : Lenny
Carole Franck : la psychologue
Gringe : Manu
Ariane Ascaride : Madame Maloc
Éric Métayer : le professeur du Conservatoire

MON CHER ENFANT : Ceux qui restent

moncherenfantafficheLe plus dur, c’est pour ceux qui restent. Cette sentence s’apparente à un cliché, mais peut résumer bien des excellents propos. Comme par exemple, celui qui sous-tend Mon Cher Enfant qui nous plonge dans l’enfer vécu par les parents, et en particulier le père, d’un jeune Tunisien parti faire le djihad en Syrie. Un point de vue largement aussi intéressant que celui de celui qui part. Un film d’une grande pudeur, qui évite tous les pièges du mélodrame. Mais peut-être un peu trop au final.

Mon Cher Enfant reste avant tout un film de personnage. Le fond géopolitique reste mineur, l’essentiel repose sur ce que ressentent les personnages et la manière dont ils réagissent. Or ces derniers ne sont pas du genre à s’épancher et restent souvent dans la retenu. Cela fait tout l’intérêt du propos et cette intériorisation des sentiments, qui conduit parfois à une forme de déni, constitue ce qui fait la singularité de cette histoire. Le film revient à se demander comment vivre des sentiments aussi violents quand on n’a jamais rien exprimé de toute sa vie. Mais cela constitue aussi au final la limite de ce film, qui transmet une émotion limitée au spectateur. On en reste au stade de l’intérêt intellectuel, réel, mais sans que cela ne prenne réellement au tripes. Cela donne certainement un plus grand réalisme au film, mais nous empêche de ressortir vraiment bouleversé.

moncherenfantLa réalisation de Mohamed Ben Attia est sobre, très certainement du fait d’un manque de moyen. Mon Cher Enfant ressemble parfois quelque peu à un téléfilm. Mais évidemment, là n’est pas l’essentiel. On retiendra surtout la très belle performance de Mohamed Dhrif, tout en retenu, mais d’une justesse remarquable. Interpréter un tel rôle sans en faire jamais trop n’avait certainement rien de facile, car en comédie, qui peut le plus ne peut pas toujours le moins. Au final, le film ne possède pas tout fait l’impact que le sujet aurait mérité, mais la vision partagée par Mohamed Ben Attia mérite d’être reçue.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Mohamed Ben Attia
Scénario : Mohamed Ben Attia
Photographie : Frédéric Noirhomme
Montage : Nadia Ben Rachid

Casting :
Mohamed Dhrif : Riadh
Mouna Mejri : Nazli
Zakaria Ben Ayyed : Sami
Imen Cherif : Sameh

THE SPY GONE NORTH : Go North

thespygonenorthafficheQuoi de mieux qu’un bon affrontement entre forces démocratiques et communistes pour nous offrir un bon film d’espionnage ? Le cinéma nous a offert de nombreuses histoires basées sur cette rivalité. Mais on oublie facilement que cela ne se résume pas à une lutte entre Américains ou Britanniques et les Soviétiques. La Corée constitue un autre théâtre d’opérations, qui de plus reste actuel. Le Pays du Matin Calme nous offre régulièrement d’excellents longs métrages, mais il manquait une œuvre marquante sur la rivalité entre Nord et Sud. C’est chose faite avec The Spy Gone North.

Le scénario de ce film est basé sur une histoire vraie. En plus de l’intrigue d’espionnage proprement dite, The Spy Gone North nous permet de découvrir de nombreuses facettes de la politique des deux moitié de la péninsule et leurs relations complexes qui ne se résument pas un affrontement. Cela donne un propos très riche et parfois passionnant. Il est teinté d’une pointe d’humour particulièrement bienvenue. On appréciera particulièrement la représentation de Kim Jong-Il, tourné légèrement en ridicule pour mieux démystifier cette figure inquiétante. Tout cela se marie particulièrement bien pour donner un résultat convaincant.

thespygonenorthCe qui finit de faire de The Spy Gone North un excellent film réside dans la qualité de ses personnages. Des protagonistes complexes et ambigus, mais auquel on finit par s’attacher. Aux enjeux géopolitiques réels s’ajoutent ainsi des enjeux personnels auxquels les spectateurs attachent une réelle importance. Cela ajoute encore une couche d’intérêt à ce film. Tout cela est porté par des comédiens remarquables et une réalisation sobre, mais élégante et efficace. On assiste donc à un peu plus qu’un simple film d’espionnage. On assiste surtout à un des films coréens les plus marquants de l’année.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : CJ Entertainment, Moonlight film, Sanai Pictures, Stone Comics EEnteratinment
Réalisation : Jong-bin Yoon
Scénario : Jong-bin Yoon, Sung-hui Kwon
Montage : Jae-beom Kim, Sang-beom Kim
Photo : Chan-min Choi
Distribution : Metropolitan Filmexport
Musique : Yeong-wook Jo
Durée : 137 min

Casting :
Jung-min Hwang : Suk-young Park
Sung-min Lee : Myong-un Ri
Jin-Woong Cho : Hak-seong Choi
Ji-Hoon Ju : Mu-taek Jong

UN AMOUR IMPOSSIBLE : Raté critique

unamourimpossibleafficheLe moment critique… celui où tout bascule, où l’histoire prend un tournant dramatique qui lui donne tout sa grandeur et toute sa force. Ce moment est évidemment crucial et pas question pour un réalisateur de le rater sous peine de voir tout l’édifice de son œuvre s’écrouler. Ou du moins prendre un peu de plomb dans l’aile. Difficile après de prendre tout le reste au sérieux, même quand le propos n’a plus rien de léger. C’est exactement ce qui arrive à Un Amour Impossible. Un film qui aurait pu être poignant et magnifique. Au final, le résultat est quelque peu bancal.

Je ne dirais évidemment rien sur ce twist raté. J’indiquerais simplement qu’une partie de la salle s’est mise à rire, quand elle aurait du être saisie d’une stupeur dramatique. Un rire un peu honteux, vu ce qui est dit à ce moment là, mais un rire sincère et incontrôlable. La manière est tellement maladroite qu’on ne peut s’en empêcher. La maladresse est un pêché véniel que l’on peur pardonner facilement. Le spectateur parvient tout de même à apprécier tout le reste et finira même par être ému par Un Amour Impossible. Mais jamais avec l’intensité qui aurait pu naître sans ce petit gâchis. Il reste tout de même une histoire qui valait bien un film et des personnages qui eux sont magnifiques.

unamourimpossibleJ’ai maintes fois souligné ici la manière dont Virginie Efira devient, film après film, rôle après rôle, une belle et, désormais on peut le dire, grande actrice. Elle confirme dans Un Amour Impossible que son registre est large et qu’elle peut véritablement porter des émotions et les sublimer. A ses côtés, Niels Schneider est réellement éblouissant. Son jeu tout en retenu, mais parfaitement ciselé donne vraiment une dimension supplémentaire à son personnage. Globalement, la réalisation de Catherine Corsini est plutôt élégante et maîtrisée. Une maîtrise qui se relâche l’espace d’un instant. Mais un instant trop crucial pour passer inaperçu.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Chaz productions, Artémis Productions, France 3 Cinéma, Le Pacte, Shelter prod, Voo
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Catherine Corsini
Scénario : Catherine Corsini, Laurette Polmanss, inspiré du roman de Christine Angot
Montage : Frédéric Baillehaiche
Photo : Jeanne Lapoirie
Décors : Toma Baqueni
Musique : Grégoire Hetzel
Durée : 135 min

Casting :
Virginie Efira : Rachel
Niels Schneider : Philippe
Camille Berthomier : Vhantal adulte
Estelle Lescure : Chantal adolescente
Iliana Zabeth : Gaby
Coralie Russier : Nicole
Gaël Kamilindi : Franck
Simon Bakhouche : Alain
Pierre Salvadori : le médecin

EN LIBERTE ! : Pierre le grand

enliberteafficheLa comédie est un genre cinématographique où le cinéma français possède une singularité qui fait sa grandeur. Et parmi tous ceux qui ont contribué à lui donner cet éclat, Pierre Salvadori occupe une belle et grande place. Cible Emouvante, les Apprentis, Dans la Cour, autant de films qui allient rire, intelligence et beaucoup d’humanisme. Avec En Liberté !, il signe un nouveau petit moment de pur bonheur cinématographique drôle, sympathique et parfois même émouvant. Avec le Grand Bain, il forme un duo qui nous rappelle ces derniers jours tout ce que le 7ème art tricolore a de meilleur. Et c’est vraiment bon !

En Liberté !, c’est avant tout un quatuor de personnages particulièrement réussis. Des personnages terriblement attachants, alors qu’ils auraient pu être terriblement antipathiques. Mais ils sont frappés d’une folie douce qui les rend aussi sympathiques qu’imprévisibles. Par la même occasion, ils rendent le scénario également imprévisible. Si on ajoute à cela, un rythme soutenu et des éclats de rire intenses et fréquents, le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer, ni de raison de bouder son plaisir. L’humour est présent à tous les degrés et se révèle remarquablement efficace. Une comédie riche et pleinement réussie donc.

enliberteQuatuor de personnages et donc quatuor d’acteurs. Audrey Tautou et Damien Bonnard jouent les seconds rôles, mais s’acquittent de leur tâche avec assez de talent pour que leur rôle soit tout de même réellement marquant. Pio Marmaï nous livre un numéro dont il a le secret. Rien de fondamentalement nouveau pour lui, mais Pierre Salvadori a su le pousser vers plus d’intensité et moins de cabotinage. La vraie star de En Liberté ! reste cependant Adèle Haenel qui confirme qu’elle est une actrice éblouissante sur tous les terrains. Elle apporte à ce film une touche de charme supplémentaire qui finit d’emporter l’adhésion du spectateur, qui serait bien rester prisonnier avec elle dans la salle encore un peu.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Les Films Pelléas, La Banque Postale Images, France 2, SOFICA Manon, Soficinema
Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Pierre Salvadori, Benjamin Charbit, Benoît Graffin
Photo : Julien Poupard
Distribution : Memento films
Durée : 107 min

Casting :
Pio Marmaï : Antoine
Adèle Haenel : Yvonne
Vincent Elbaz : Jean Santi
Damien Bonnard : Louis
Audrey Tautou : Agnès

 

LE JEU : Portable, mensonges et trahison

lejeuafficheLes comédies représentent le genre cinématographique le plus susceptible de rassembler un très grand nombre de spectateurs devant les écrans hexagonaux. C’est pourquoi, on imagine bien la tentation pour un distributeur quand il s’agit de faire la promotion d’un film hybride. Insister sur les aspects du film qui font rire, quitte à en donner une vision partielle, pour ne pas dire faussée, constitue un travers courant. Ce fut une nouvelle fois le cas avec Le Jeu, dont la bande-annonce ne donnait absolument pas envie, donnant l’impression qu’il s’agissait uniquement d’une comédie lourdingue. Ont-ils eu peur de l’aspect beaucoup plus noir de ce film ? Peut-être bien !

Vous hésitez à lui vous engager en amour ? A lui dire oui pour la vie ? A construire un beau roman, une belle histoire supposée éternelle ? Alors, le Jeu n’est pas du tout fait pour vous. En effet, l’aspect léger du début tourne vite en une plongée assez vertigineuse dans une vision sombre du couple, dont la survie ne pourrait passer que par l’acceptation d’un nombre croissant de mensonges au cours des années. Ces deux faces du même film se marient remarquablement bien, dans un équilibre qui empêche chaque partie d’en faire trop ou de tourner en rond. Et surtout elles fonctionnent, l’une arrachant de vrais fous rires, l’autre étant étonnamment mordant. En tout cas, infiniment plus que ce que pouvait laisser penser la bande-annonce.

lejeuFred Cavayé a bénéficié pour le Jeu d’un casting de premier ordre. Un casting quelque peu inégal, même si cela tient avant tout à des personnages pas tous parfaitement réussis. Petite déception du côté de Vincent Elbaz, pas totalement à l’aise dans le rôle du pote un peu beauf. A l’opposé, Stéphane De Groot est parfait, juste, avec ce qu’il faut de retenu dans son jeu. Mais c’est Grégory Gadebois qui donne une vrai supplément d’âme à ce film. Il apporte une petite touche d’émotion qui rend l’ensemble plus humain et pas uniquement taillé sur mesure pour faire rire. Au final, on ressort de ce film très agréablement surpris, mais avec l’envie conjointe de vivre seul et de jeter son portable.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé, d’après le scénario de Perfetti sconosciuti écrit par Paolo Genovese, Filippo Bologna, Paolo Costella, Paola Mammini et Rolando Ravello
Décors : Philippe Chiffre
Montage : Mickael Dumontier
Musique : n/a
Production : Stéphane Célérier, Valérie Garcia, Camilla Nesbitt et Pietro Valsecchi
Durée : 90 minutes

Casting :
Bérénice Bejo : Marie
Vincent Elbaz : Thomas
Suzanne Clément : Charlotte
Roschdy Zem : Marco
Doria Tillier : Léa
Grégory Gadebois : Ben
Stéphane De Groodt : Vincent
Fleur Fitoussi : Margot

DILILI A PARIS : Midi à Paris

dililiaparisafficheMichel Ocelot a bercé mon enfance avec la Princesse Insensible, qui passait à Récré A2 et qui m’a laissé de grands souvenirs, bien que son passage à l’écran fut assez court. Pendant les quinze ans qui suivirent, ses œuvres passèrent nettement plus inaperçues, avant qu’il ne connaisse un immense succès avec Kirikou. Depuis, il offre régulièrement sur grand écran, aux petits et aux grands, des films d’animation poétiques et esthétiques. Le dernier d’entre eux, Dilili à Paris ne restera peut-être pas comme son film le plus marquant. Mais il prouve qu’à 75 ans, ce grand artiste a encore bien de belles choses à nous proposer.

On retrouve dans Dilili à Paris un peu de Minuit à Paris de Woody Allen. Au fil de ses aventures, la jeune héroïne va croiser un nombre très important de figures marquantes du début du XXème siècle, qui vont jouer un rôle plus ou moins grand dans l’intrigue. Graphiquement, la grande originalité de ce dessin-animé est de proposer le plus souvent possible des images réelles de la capitale comme décor. Il y a clairement une volonté de Michel Ocelot de nous plonger au cœur d’une époque et de la faire revivre. Le regard porté sur les lieux et les protagonistes est clairement un regard amoureux. Un joli regard en tout cas, car ce mélange d’animation et d’images réelles fonctionne à la perfection et ajoute l’étonnement au ravissement devant la beauté graphique du résultat.

dililiaparisLe seul soucis est que tous les éléments que je viens de citer prennent du coup beaucoup de place. Cela se fait au final un peu au détriment de l’intrigue. L’histoire est sympathique, on ne s’ennuie pas, mais les rebondissements et les péripéties sonnent parfois un peu comme un prétexte pour mettre en scène tout le reste. On jette donc un regard curieux sur Dilili à Paris, pas un regard passionné et enthousiaste. Le film reste une sortie familiale réussie et intelligente, mais n’entretiendra pas forcément les conversations pendant les jours et les jours qui vont suivre. En tout cas, les amoureux de Paris auront tout de même grand plaisir à suivre la jeune Dilili.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Wild bunch, Mars films
Distribution : Mars films
Réalisation : Michel Ocelot
Scénario : Michel Ocelot
Montage : Patrick Ducruet
Photo : Michel Ocelot
Musique : Gabriel Yared
Durée : 95 min

LA PERLE DE L’EMPEREUR (Robert Van Gulik) : Trop d’enquêtes tue les enquêtes

laperledelempereurBien avant Colombo et Derrick, dans la Chine médiévale, il y avait le Juge Ti. Et il valait déjà bien ses glorieux successeurs. Une nouvelle preuve avec la Perle de l’Empereur, qui est en fait le troisième tome écrit par Robert Van Gulik. S’il porte le titre de juge, il reste avant tout un enquêteur perspicace, capable de faire surgir la vérité à partir d’indices matériels et en sondant les âmes. Ses aventures nous donne ici un épisode particulièrement riche… peut-être trop.

Comme pour tous les tomes de ses aventures, le Juge Ti mène plusieurs enquêtes en parallèle qui finiront par trouver un lien entre elles… ou pas. Ici pas moins de trois meurtres, auquel viennent s’ajouter d’autres éléments d’intrigue. Heureusement, la Perle de l’Empereur nous offre un index des personnages, mais cela fait quand même beaucoup pour un récit aussi court. Du coup, il est particulièrement dense et un peu difficile à suivre si, comme moi, vous n’êtes pas un lecteur qui lit d’une traite mais peut interrompre ses lecteurs pendant plusieurs jours. Quand on reprend le fil, on s’aperçoit vite qu’on l’a quelque peu perdu.

Les amateurs de cet univers trouveront tout de même leur content. On prend toujours plaisir par le dépaysement apporté par ce récit qui nous amène loin dans le temps et l’espace. On apprécie aussi la personnalité unique de ce personnage qui jette un regard détaché sur les enquêtes qu’il mène. La Perle de l’Empereur ne fait pas exception, même si pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, ce n’est pas l’épisode qui m’a le plus enthousiasmé. Si jamais vous deviez découvrir le Juge Ti, je ne vous conseillerai pas de commencer par celui-là.

COLD WAR : Amour polonais

coldwarafficheLe cinéma polonais n’est pas forcement celui que l’on associe le plus facilement à l’amour. Pourtant, on s’aime partout dans le monde, il n’y a donc pas de raison qu’il ne nous offre pas un peu de romantisme. Par exemple avec Cold War. Bon par contre, pour entretenir les clichés, le film est en noir et blanc, possède un fond géopolitique très présent et ne s’assimile pas vraiment à une comédie légère et heureuse. Ca reste tout de même un film polonais. Mais ce n’est par contre pas la première fois qu’il nous offre un beau film tout simplement, même si celui-ci est loin d’être parfait.

Cold War comme beaucoup d’histoire d’amour nous raconte avant tout le destin de deux êtres unis par des sentiments très forts. Mais à travers eux, on parcourt aussi le destin d’un pays, celui de la Pologne de l’après-guerre. Cela donne au scénario une vraie richesse et des intérêts multiples. Je regrette simplement que le tout mène vers un dénouement à moitié convaincant. On ressort de ce film un peu circonspect, un peu triste de partir sur une mauvaise note, alors que l’histoire est globalement bien plus belle et forte que beaucoup d’autres du même type. Un sentiment mitigé qui ne doit pas nous faire totalement oublier les autres qualités que ce film présente par ailleurs.

coldwarTout d’abord, la caméra de Pawel Pawlikowski est une des plus élégante du cinéma européen, comme il l’avait déjà prouvé avec Ida. Le recours au noir et blanc peut être vu comme un procédé facile pour donner du « style » à un film. Mais ici, le réalisateur fait preuve d’une rare maîtrise de la photographie. Le film est beau d’un point de vue purement esthétique et constitue un petit délice pour les yeux. Les images mettent surtout parfaitement en valeur le jeu subtil et maîtrisé du duo formé par Joanna Kulig et Tomasz Kot. Ils donnent vie aux sentiments et aux tourments de leurs personnages de manière convaincante. On croît à leur histoire et c’est finalement ce qui compte avant tout dans une histoire d’amour.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : MK Film Production, Opus Films
Réalisation : Pawel Pawlikowski
Scénario : Pawel Pawlikowski, Piotr Borkowski
Montage : Jaroslaw Kaminski
Photo : Lukasz Zal
Distribution : Diaphana
Durée : 84 min

Casting :
Joanna Kulig : Zula
Tomasz Kot : Wiktor
Borys Szyc : Kaczmarek
Agata Kulesza : Irena
Jeanne Balibar : Juliette

L’AMOUR FLOU : Narcissisme réjouissant

lamourflouafficheMettre sa propre vie en scène pour en faire un film, faire des membres de sa famille des acteurs plus ou moins volontaires, voilà une pratique singulière mais qui deviendrait presque une habitude au sein du cinéma français. La Guerre Est Déclarée avait montré la voie, dans un autre genre, Carré 35 avait suivi. Désormais, il y a aussi l’Amour Flou où Romane Bohringer et Philippe Rebbot nous racontent, ou plutôt reconstituent, leur séparation pas comme les autres. Il faut posséder une légère tendance au narcissisme pour penser que sa propre histoire est assez intéressante pour donner naissance à un long métrage. Mais le narcissisme n’est visiblement pas toujours un défaut.

L’Amour Flou reste avant tout une comédie. On a du mal à démêler la part de vérité dans les anecdotes racontées ici. Mais beaucoup d’entre elles nous arrachent de vrais éclats de rire, alors au final on s’en moque un peu. On imagine facilement que Romane Bohringer et Philippe Rebbot ont voulu apporter un témoignage, mais finalement le côté « vécu » reste avant tout un prétexte à ce moment de légèreté cinématographique. Cette histoire est au final trop grosse pour ne pas être vraie, mais elle est surtout drôle, originale, touchante. Il se dégage surtout énormément de positivité de ce récit qui en fait un feel good movie réjouissant.

lamourflouInterpréter son propre rôle est-il encore jouer la comédie ? Dans l’Amour Flou, oui, clairement, car Romane Bohringer et Philippe Rebbot se mette réellement en scène. A tel point qu’on se dit que ce ne devait pas être un rôle si facile que ça. Trouver la bonne distance, ne pas en faire trop ou au contraire pas assez, ils y parviennent à la perfection et prennent ainsi à leur film de fonctionner. Ils prennent surtout un malin plaisir à donner vie à de nombreux seconds rôles tous très réussis. Un plaisir largement partagé par le spectateur qui parcourt cette grosse heure et demi le sourire aux lèvres et garde ce dernier un bon moment en sortant de la salle. Un film sur une jolie séparation qui donne au final très envie d’aimer.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Romane Bohringer et Philippe Rebbot
Scénario : Romane Bohringer et Philippe Rebbot
Photographie : Bertrand Mouly
Montage : Claire Cloarec
Musique : Arnaud Fleurent-Didier
Producteur : Denis Carot et Sophie Révil
Durée : 97 minutes

Casting :
Romane Bohringer : Romane
Philippe Rebbot : Philippe
Rose Rebbot-Bohringer : Rose
Raoul Rebbot-Bohringer : Raoul
Reda Kateb : Reda
Clémentine Autain : Clémentine
Pierre Berriau : Ra
Astrid Bohringer : la mère de Romane
Lou Bohringer : la sœur de Romane
Richard Bohringer : le père de Romane
Delphine Berger Cogniard : Delphine
Vincent Berger : Nicolas le promoteur
Brigitte Catillon : la psy de Romane
Aurélia Petit : la psy de Philippe
Aurélien Chaussade : Aurélien
Riton Liebman : le redresseur de stores
Gabor Rassov : le directeur de l’école
Roland Rebbot : le père de Philippe
Nicolas Rebbot : le frère de Philippe
Olivier Rebbot : le frère de Philippe
Noémie Schmidt : Léa
Céline Sallette : la femme qui dépoussière
Michel Didym : le metteur en scène
Valérie Crouzet : la femme qui veut tout
Benoît Cohen : l’homme qui ne croit pas à la séparation