
Les Chatouilles est un film qui peut inspirer des sentiments aussi forts que contraires. On navigue du ridicule au magnifique, du drôle à l’horreur la plus dérangeante, le tout en quelques secondes. En fait, dans un premier temps, le spectateur est tellement sorti de ses repères habituelles qu’il ne sait pas forcément quoi penser. Surtout que le premier tiers du film est parfois particulièrement maladroit (une pensée particulière pour Ariane Ascadie qui interprète la prof de danse la moins crédible de l’histoire… et de loin!). Mais au final, une fois que l’on comprend le sens profond de ce que Andréa Bescond cherche à partager avec nous, on accepte l’offrande avec beaucoup de bienveillance. Dire qu’elle a mis beaucoup d’elle-même dans ce film est un euphémisme et on est au final très heureux qu’elle l’ai fait.

LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Réalisation et scénario : Andréa Bescond et Éric Métayer, d’après leur pièce Les Chatouilles ou la Danse de la colère
Production : François Kraus et Denis Pineau-Valencienne
Décors : Éric Barboza
Costumes : Isabelle Pannetier
Photographie : Pierre Aïm
Son : Thomas Lascar, Margot Testemale, Thomas Desjonquères et Thomas Gauder
Montage : Valérie Deseine
Musique : Clément Ducol
Durée : 103 minutes
Casting :
Andréa Bescond : Odette, adulte
Cyrille Mairesse : Odette, enfant
Karin Viard : Mado Le Nadant
Clovis Cornillac : Fabrice Le Nadant
Pierre Deladonchamps : Gilbert Miguié
Grégory Montel : Lenny
Carole Franck : la psychologue
Gringe : Manu
Ariane Ascaride : Madame Maloc
Éric Métayer : le professeur du Conservatoire
Le plus dur, c’est pour ceux qui restent. Cette sentence s’apparente à un cliché, mais peut résumer bien des excellents propos. Comme par exemple, celui qui sous-tend Mon Cher Enfant qui nous plonge dans l’enfer vécu par les parents, et en particulier le père, d’un jeune Tunisien parti faire le djihad en Syrie. Un point de vue largement aussi intéressant que celui de celui qui part. Un film d’une grande pudeur, qui évite tous les pièges du mélodrame. Mais peut-être un peu trop au final.
La réalisation de Mohamed Ben Attia est sobre, très certainement du fait d’un manque de moyen. Mon Cher Enfant ressemble parfois quelque peu à un téléfilm. Mais évidemment, là n’est pas l’essentiel. On retiendra surtout la très belle performance de Mohamed Dhrif, tout en retenu, mais d’une justesse remarquable. Interpréter un tel rôle sans en faire jamais trop n’avait certainement rien de facile, car en comédie, qui peut le plus ne peut pas toujours le moins. Au final, le film ne possède pas tout fait l’impact que le sujet aurait mérité, mais la vision partagée par Mohamed Ben Attia mérite d’être reçue.
Quoi de mieux qu’un bon affrontement entre forces démocratiques et communistes pour nous offrir un bon film d’espionnage ? Le cinéma nous a offert de nombreuses histoires basées sur cette rivalité. Mais on oublie facilement que cela ne se résume pas à une lutte entre Américains ou Britanniques et les Soviétiques. La Corée constitue un autre théâtre d’opérations, qui de plus reste actuel. Le Pays du Matin Calme nous offre régulièrement d’excellents longs métrages, mais il manquait une œuvre marquante sur la rivalité entre Nord et Sud. C’est chose faite avec The Spy Gone North.
Ce qui finit de faire de The Spy Gone North un excellent film réside dans la qualité de ses personnages. Des protagonistes complexes et ambigus, mais auquel on finit par s’attacher. Aux enjeux géopolitiques réels s’ajoutent ainsi des enjeux personnels auxquels les spectateurs attachent une réelle importance. Cela ajoute encore une couche d’intérêt à ce film. Tout cela est porté par des comédiens remarquables et une réalisation sobre, mais élégante et efficace. On assiste donc à un peu plus qu’un simple film d’espionnage. On assiste surtout à un des films coréens les plus marquants de l’année.
Le moment critique… celui où tout bascule, où l’histoire prend un tournant dramatique qui lui donne tout sa grandeur et toute sa force. Ce moment est évidemment crucial et pas question pour un réalisateur de le rater sous peine de voir tout l’édifice de son œuvre s’écrouler. Ou du moins prendre un peu de plomb dans l’aile. Difficile après de prendre tout le reste au sérieux, même quand le propos n’a plus rien de léger. C’est exactement ce qui arrive à Un Amour Impossible. Un film qui aurait pu être poignant et magnifique. Au final, le résultat est quelque peu bancal.
J’ai maintes fois souligné ici la manière dont Virginie Efira devient, film après film, rôle après rôle, une belle et, désormais on peut le dire, grande actrice. Elle confirme dans Un Amour Impossible que son registre est large et qu’elle peut véritablement porter des émotions et les sublimer. A ses côtés, Niels Schneider est réellement éblouissant. Son jeu tout en retenu, mais parfaitement ciselé donne vraiment une dimension supplémentaire à son personnage. Globalement, la réalisation de Catherine Corsini est plutôt élégante et maîtrisée. Une maîtrise qui se relâche l’espace d’un instant. Mais un instant trop crucial pour passer inaperçu.
La comédie est un genre cinématographique où le cinéma français possède une singularité qui fait sa grandeur. Et parmi tous ceux qui ont contribué à lui donner cet éclat, Pierre Salvadori occupe une belle et grande place. Cible Emouvante, les Apprentis, Dans la Cour, autant de films qui allient rire, intelligence et beaucoup d’humanisme. Avec En Liberté !, il signe un nouveau petit moment de pur bonheur cinématographique drôle, sympathique et parfois même émouvant. Avec le Grand Bain, il forme un duo qui nous rappelle ces derniers jours tout ce que le 7ème art tricolore a de meilleur. Et c’est vraiment bon !
Quatuor de personnages et donc quatuor d’acteurs. Audrey Tautou et Damien Bonnard jouent les seconds rôles, mais s’acquittent de leur tâche avec assez de talent pour que leur rôle soit tout de même réellement marquant. Pio Marmaï nous livre un numéro dont il a le secret. Rien de fondamentalement nouveau pour lui, mais Pierre Salvadori a su le pousser vers plus d’intensité et moins de cabotinage. La vraie star de En Liberté ! reste cependant Adèle Haenel qui confirme qu’elle est une actrice éblouissante sur tous les terrains. Elle apporte à ce film une touche de charme supplémentaire qui finit d’emporter l’adhésion du spectateur, qui serait bien rester prisonnier avec elle dans la salle encore un peu.
Les comédies représentent le genre cinématographique le plus susceptible de rassembler un très grand nombre de spectateurs devant les écrans hexagonaux. C’est pourquoi, on imagine bien la tentation pour un distributeur quand il s’agit de faire la promotion d’un film hybride. Insister sur les aspects du film qui font rire, quitte à en donner une vision partielle, pour ne pas dire faussée, constitue un travers courant. Ce fut une nouvelle fois le cas avec Le Jeu, dont la bande-annonce ne donnait absolument pas envie, donnant l’impression qu’il s’agissait uniquement d’une comédie lourdingue. Ont-ils eu peur de l’aspect beaucoup plus noir de ce film ? Peut-être bien !
Fred Cavayé a bénéficié pour le Jeu d’un casting de premier ordre. Un casting quelque peu inégal, même si cela tient avant tout à des personnages pas tous parfaitement réussis. Petite déception du côté de Vincent Elbaz, pas totalement à l’aise dans le rôle du pote un peu beauf. A l’opposé, Stéphane De Groot est parfait, juste, avec ce qu’il faut de retenu dans son jeu. Mais c’est Grégory Gadebois qui donne une vrai supplément d’âme à ce film. Il apporte une petite touche d’émotion qui rend l’ensemble plus humain et pas uniquement taillé sur mesure pour faire rire. Au final, on ressort de ce film très agréablement surpris, mais avec l’envie conjointe de vivre seul et de jeter son portable.
Michel Ocelot a bercé mon enfance avec la Princesse Insensible, qui passait à Récré A2 et qui m’a laissé de grands souvenirs, bien que son passage à l’écran fut assez court. Pendant les quinze ans qui suivirent, ses œuvres passèrent nettement plus inaperçues, avant qu’il ne connaisse un immense succès avec Kirikou. Depuis, il offre régulièrement sur grand écran, aux petits et aux grands, des films d’animation poétiques et esthétiques. Le dernier d’entre eux, Dilili à Paris ne restera peut-être pas comme son film le plus marquant. Mais il prouve qu’à 75 ans, ce grand artiste a encore bien de belles choses à nous proposer.
Le seul soucis est que tous les éléments que je viens de citer prennent du coup beaucoup de place. Cela se fait au final un peu au détriment de l’intrigue. L’histoire est sympathique, on ne s’ennuie pas, mais les rebondissements et les péripéties sonnent parfois un peu comme un prétexte pour mettre en scène tout le reste. On jette donc un regard curieux sur Dilili à Paris, pas un regard passionné et enthousiaste. Le film reste une sortie familiale réussie et intelligente, mais n’entretiendra pas forcément les conversations pendant les jours et les jours qui vont suivre. En tout cas, les amoureux de Paris auront tout de même grand plaisir à suivre la jeune Dilili.
Bien avant Colombo et Derrick, dans la Chine médiévale, il y avait le Juge Ti. Et il valait déjà bien ses glorieux successeurs. Une nouvelle preuve avec la Perle de l’Empereur, qui est en fait le troisième tome écrit par Robert Van Gulik. S’il porte le titre de juge, il reste avant tout un enquêteur perspicace, capable de faire surgir la vérité à partir d’indices matériels et en sondant les âmes. Ses aventures nous donne ici un épisode particulièrement riche… peut-être trop.
Le cinéma polonais n’est pas forcement celui que l’on associe le plus facilement à l’amour. Pourtant, on s’aime partout dans le monde, il n’y a donc pas de raison qu’il ne nous offre pas un peu de romantisme. Par exemple avec Cold War. Bon par contre, pour entretenir les clichés, le film est en noir et blanc, possède un fond géopolitique très présent et ne s’assimile pas vraiment à une comédie légère et heureuse. Ca reste tout de même un film polonais. Mais ce n’est par contre pas la première fois qu’il nous offre un beau film tout simplement, même si celui-ci est loin d’être parfait.
Tout d’abord, la caméra de Pawel Pawlikowski est une des plus élégante du cinéma européen, comme il l’avait déjà prouvé avec Ida. Le recours au noir et blanc peut être vu comme un procédé facile pour donner du « style » à un film. Mais ici, le réalisateur fait preuve d’une rare maîtrise de la photographie. Le film est beau d’un point de vue purement esthétique et constitue un petit délice pour les yeux. Les images mettent surtout parfaitement en valeur le jeu subtil et maîtrisé du duo formé par Joanna Kulig et Tomasz Kot. Ils donnent vie aux sentiments et aux tourments de leurs personnages de manière convaincante. On croît à leur histoire et c’est finalement ce qui compte avant tout dans une histoire d’amour.
Mettre sa propre vie en scène pour en faire un film, faire des membres de sa famille des acteurs plus ou moins volontaires, voilà une pratique singulière mais qui deviendrait presque une habitude au sein du cinéma français. La Guerre Est Déclarée avait montré la voie, dans un autre genre, Carré 35 avait suivi. Désormais, il y a aussi l’Amour Flou où Romane Bohringer et Philippe Rebbot nous racontent, ou plutôt reconstituent, leur séparation pas comme les autres. Il faut posséder une légère tendance au narcissisme pour penser que sa propre histoire est assez intéressante pour donner naissance à un long métrage. Mais le narcissisme n’est visiblement pas toujours un défaut.
Interpréter son propre rôle est-il encore jouer la comédie ? Dans l’Amour Flou, oui, clairement, car Romane Bohringer et Philippe Rebbot se mette réellement en scène. A tel point qu’on se dit que ce ne devait pas être un rôle si facile que ça. Trouver la bonne distance, ne pas en faire trop ou au contraire pas assez, ils y parviennent à la perfection et prennent ainsi à leur film de fonctionner. Ils prennent surtout un malin plaisir à donner vie à de nombreux seconds rôles tous très réussis. Un plaisir largement partagé par le spectateur qui parcourt cette grosse heure et demi le sourire aux lèvres et garde ce dernier un bon moment en sortant de la salle. Un film sur une jolie séparation qui donne au final très envie d’aimer.
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